NUMÉROTÉS A LA PRESSE
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LA BLONDE ZULIME
Au général Février
LA BLONDE ZULIME
Très loin, très loin, dans un pays très beau, très beau, Etaient trois monts plus noirs que l'aile du corbeau Avec trois pitons blancs comme trois cols de cygne. Et ces trois monts avaient la puissance maligne De retenir près d'eux les gens qui les voyaient. Leurs contours tant plaisaient, leurs pics tant chatoyaient, Leurs flancs mystérieux dégageaient de tels charmes Que les yeux des agneaux se remplissaient de larmes, Que les pasteurs joignaient leurs mains, et qu'étonnés, Tous ceux qui passaient là, pauvres ou fortunés,
Y demeuraient, dans une extase inépuisable,
Puis tombaient, tour à tour, morts de faim, sur le sable.
Or, la fille du Roi, la blonde Zulimé
Dont le sourire semble une aurore de mai,
Dont le sein fait pâlir la lune qui se lève,
La blonde Zulimé, rôdant de grève en grève,
Du côté des trois monts, un matin, se perdit.
Désespéré, le Roi cria : « Je suis maudit !
Ma fille va mourir. Holà, mes gens de guerre !
En selle ! Partez tous vers les Monts, ventre à terre !
Partez et rendez-moi l'infante Zulimé
Dont le sourire semble une aurore de mai.
Dont le sein fait pâlir la lune qui se lève ! »
Mais en vain il commande, et gronde, etprend son glaive :
Aucun guerrier ne veut s'approcher des Monts noirs.
Alors il part, fouillant masures et manoirs
Et prisons, pour trouver un laboureur, un prince,
Un condamné qui daigne, au prix d'une province,
Lui sauver son enfant : et nul n'accepte encor.
« Menez-moi mon eheval caparaçonné d'or ! »
Clame-t-il. Le Roi monte en selle et trotte, trotte,
LA BLONDE ZULIME
A travers champs et bois et villes, vers la grotte
Où reste Alvar, le barde au luth mélodieux
Dont les vers sont si beaux qu'ils font rêver les dieux,
Si purs qu'ils font s'ouvrir les fleurs dans les prairies,
Et si touchants que les colombes attendries
Accompagnent ses pas tout le long des chemins
Et viennent, quand il dort, se poser sur ses mains.
Le Roi lui dit : « Alvar, Zulimé, ma jolie, A vu les Monts ; va la sauver, je t'en supplie. Va la sauver avec tes vers miraculeux ; Chante-lui tes chansons, dis-lui tes contes bleus, Touche ton luth sonore avec un doigt bien tendre Pour qu'elle se retourne et soupire à l'entendre, Pour qu'elle te regarde et que ses yeux en pleurs Se détachent enfin des Monts ensorceleurs. Oh ! chante alors, modale une chanson divine Et reviens doucement, de ravine en ravine, En égrenant les sons de ton luth renommé. Et, comme une colombe au col blanc, Zulimé, Ma Zulimé suivra tes pas, l'âme ravie, Et nous te bénirons, Alvar, toute la vie !
Pars ! Et mets par prudence un bandeau sur tes yeux Afin de ne pas voir les Monts pernicieux ! Pars ! Nous te donnerons un char rempli d'or !
— Sire — Dit Alvar à son Roi — je ne veux qu'un sourire De celle qui se meurt pour prix de son salut. » Puis il partit vers les Monts noirs avec son luth.
De plaines en coteaux et de forêts en roches,
Il alla. Puis, sentant que les Monts étaient proches,
Il se mit un bandeau sur les yeux et chanta.
« Zulimé ! » clama-t-il. Et l'écho répéta :
« Zulimé ! Zulimé ! » sur les cimes lointaines.
Et cet appel était si doux que les fontaines
Arrêtaient leur murmure afin d'entendre mieux.
Sept fois il dit ce nom dans l'air silencieux ;
Puis une voix menue, argentine et légère
Comme un souffle du soir qui frôle une fougère,
LA BLONDE ZULIMÉ
Demanda :
« Qui m'appelle avec ce ton touchant?
— 0 Zulimé ! gémit Alvar en s'approchant ; Que votre voix est faible ! Encore une journée Et vous mouriez devant les Monts, infortunée ! Mais je viens vous guérir et vous délivrer d'eux, Je viens vous arracher à leur pouvoir hideux ; Levez-vous! mon luth frêle aux trois cordes ténues Va vaincre ces trois pics qui plongent dans les nues Et leur ravir, avec un quatrain bien rythmé, Comme un papillon bleu, l'àme de Zulimé. >
Et le barde entonna ses plus beaux chants pour elle.
Jamais cygne mourant, plaintive tourterelle, Biche menant ses faons espiègles au ruisseau, Lionne au cœur percé pleurant son lionceau, Tigre amoureux faisant des bonds vers sa tigresse, N'eurent des cris d'horreur, de gloire ou de tendresse Plus troublants que les vers du poème enflammé Qu'Alvar dit sur son luth pour sauver Zulimé.
« Oh ! comme votre chant est beau l » soupira-t-elle.
Et sa main se tendit vers celle d'Alvar, telle
S'appuie une liane en fleurs sur un bambou.
« Altesse, dit le barde en pliant un genou,
Si vous trouvez mon luth plaisant, ma voix sonore,
Il faut me suivre, afin de les entendre encore !
Venez ! Je vais vous rendre à votre père en pleurs 1 »
Et son luth lui jeta des appels enjôleurs,
Sa voix rendit l'essor à ses strophes ailées.
Et tous les rossignols arrivaient des vallées
Pour apprendre sa pure et vibrante chanson.
Attentif, un serpent leva sur un buisson
Sa tête plate ; un roc, pleurant des gouttes claires,
Lui jeta sur le front des brins de capillaires ;
Un filet d'eau s'en vint baigner ses pieds meurtris
Et, là-haut, les trois Monts eux-mêmes attendris
Devaient pencher leurs pics comme trois têtes blanches ;
Et le sol, pour le voir, se couvrait de pervenches
Douces comme des yeux d'enfant émerveillé ;
Et Zulimé, tournant son visage mouillé,
Ouvrit ses deux bras nus avec un trouble extrême
Et dit : « Alvar, je vais vous suivre, je vous aime ! »
LA BLONDE ZULIMÉ
A ces mots il trembla ; puis, enthousiasmé : « Quoi? la fille du Roi, la blonde Zulimé Dont le sein fait pâlir la lune qui se lève, Aimerait un joueur de luth? Oh! non, je rêve ! » S'écria-t-il. Et, dans un geste glorieux, Il ôta brusquement le bandeau de ses yeux.
« Alvar ! que faites-vous ? » dit l'infante alarmée En lui fermant les yeux de sa main parfumée
Mais il était trop tard : il avait vu les Monts.
Aussitôt son regard s'étoila, ses poumons
Se gonflèrent, ses mains se joignirent, pieuses.
Le jour mourait et les trois cimes radieuses,
Transperçant un nuage aux bords incandescents,
Semblaient trois flèches d'or dans le ciel plein d'encens.
Alvar pâlit.
« Pitié ! — dit-il — faites-nous grâce, Pics dont la majesté sublime nous terrasse ! Pitié ! je neveux pas mourir ; je suis aimé De la jolie et douce infante Zulimé ;
Je serai roi, j'aurai légions et ministres ; Laissez-nous repartir ensemble, ô Monts sinistres! — A quoi bon les prier, Alvar ? Ils nous tueront ! » Balbutia l'infante en lui baisant le front
Mais alors il perçut comme un choc magnétique,
Il se sentit puissant, immortel, prophétique
Et crut que son front lourd allait heurter les cieux.
Il tendit vers les Monts un bras impérieux
Et dit : « Consolez-vous, Zulimé, ma compagne !
Votre baiser m'a fait plus fort que la montagne,
Plus fier que le Zénith, plus grand que l'Univers
Et je vais foudroyer ces pics avec mes vers !
Je le peux ; le génie éclate dans mes moelles,
Un mot de moi ferait se rompre les étoiles
Car le Verbe est toujours le Maître omnipotent
Et les dieux ont créé les mondes en chantant.
Baisez mon front, baisez mes yeux, jolie infante !
Infusez dans mon cœur la force triomphante
Qui doit faire crouler ces montagnes d'effroi !
Baisez mes yeux, baisez ma bouche, fais-moi roi !
Oh ! je sens que les dieux descendent dans mon âme ! »
LA BLONDE ZULIMÉ 11
Le barde prit son luth ainsi qu'une oriflamme, Il fit trois pas vers les trois Monts, puis fièrement, Gomme un orage gronde à l'horizon fumant, 11 chanta :
« Cimes d'or de vingt mille coudées, Vous que les feux du soir ont seuls escaladées, Piliers vertigineux du portique divin Que, depuis cent mille ans, la foudre sabre en vain Avec sa flamboyante et superbe rapière, Vous dont les siècles las n'ont pu prendre une pierre., Monts géants, Monts cruels, Monts qui nous fasciniez, Je vous somme aujourd'hui de tomber à mes pieds I »
Sur les flancs des trois Monts élevés de trois lieues, Il lança trois regards comme trois flèches bleues, Puis.il toucha trois fois son luth, d'un doigt vainqueur. Et, comme trois moutons qu'un pâtre blesse eu cœur, Les trois Monts, tour à tour, devant lui s'écroulèrent
Et, la main dans la main, les amants s'en allèrent.
Et, quand le Roi connut cet exploit valeureux,
II dit : « Epousez-vous, enfants, soyez heureux ; Que, pour l'éternité, cet anneau d'or vous lie ! »
Et le barde épousa Zulimé la jolie,
Et tous les deux se sont aimés jusqu'au tombeau,
Très loin, très loin, dans un pays très beau, très beau
HISTOIRE DE TINTINTIN
HISTOIRE DE TINTINTIN
Un sourire clair sur un tas de loques ; C'était Tintintin, fils de Zouzouzou, Gamin déjà maître es arts ventriloques Et faisant en sus l'âne pour un sou.
S'il vécut en Perse, en Chine, en Russie, Du temps de Cyrus ou de Rhamsès trois, La chose n'est pas très bien éclaircie. Aristotélès n'en dit rien, je crois.
Mais certain auteur, mort à Craeovie, Prouve en ses écrits, tome avant-dernier, Que mons Tintintin, un soir, eut envie D'un ballon ponceau valant un denier ;
D'un de ces ballons qu'orne une ficelle. Oh ! rêve î Le voir monter aux plafonds ! Tintintin fouilla dans son escarcelle, Mais l'artiste, hélas ! n'était pas en fonds.
Il se dirigea vers la place proche Et fît son braiment le plus réussi :
Nul passant ne mit la main à la poche : Ah ! l'Art allait mal dans ce temps aussi !
« Denier de malheur ! pour que je te gagne Que faire ? — dit-il. — Que faire ? » Il pleurait. « Si j'allais prier sur une montagne ? Peut-être que Dieu me le jetterait î »
HISTOIRE DE TINTINTIN 17
Alors vite, vite, il se mit en route,
Grimpa sur le mont le plus élevé,
— Pour être plus près du bon Dieu sans cloute —
Et dit vingt Pater et dit vingt Ave ;
Il pria, pria comme l'agneau bêle, Comme l'oiseau chante en son cœur meurtri, Et son oraison alors fut si belle Que le soleil rose en fut attendri.
On vit ce soleil sourire, descendre, S'attacher au bout d'un fil argentin De la Vierge, et s'y balancer, et pendre Gomme un ballon d'or devant Tintintin.
Et le soleil dit, de sa voix touchante
Qui fît se pencher les fleurs du vallon :
« Prends-moi, Tintintin ! Prends-moi, cours et chante !
Joue et sois heureux : je suis ton ballon. »
Oh ! l'enfant le prit en tremblant de joie Et courut, courut, ainsi qu'un lutin.
Et, docile, au bout de son fil de soie, Le soleil courut comme Tintintin.
« Oh ! le beau ballon ! » criaient les gamines, « Oh ! le beau ballon ! » criaient les gamins. Et dans les palais, et dans les chaumines, Tous s'émerveillaient en battant des mains.
Devant Tintintin, naissaient les pervenches; Sur son front, s'ouvraient les fleurs des pommiers ; Et, des bois voisins frôlés d'ailes blanches, Montait la chanson d'amour des ramiers.
Le printemps rieur, la sainte lumière Gomme des vassaux marchaient sur ses pas : Et l'hiver blafard, la nuit meurtrière Couvaient les pays qu'il n'habitait pas.
HISTOIRE DE T1NTINTIN 19
« Seigneur Tintintin ! — suppliaient les hommes En se prosternant, craintifs et troublés — Voici trente sous : fais mûrir nos pommes ! — Voici cent écus : fais croître nos blés ! »
Et Turcs, Nubiens, Kabyles, Sarmates, Sur des éléphants drapés de satin, Ou sur des chameaux frottés d'aromates, Venaient rendre hommage au grand Tintintin.
On le couvrit d'or et de pierreries, On brûla l'encens sous ses pieds sacrés : Des sultans, vêtus de robes fleuries, L'emportaient de force en leurs chars nacrés.
Et quand les doublons, les florins, les piastres Firent devant lui des monts éclatants, Afin d'approcher le dompteur des astres, Les peuples rivaux luttèrent longtemps.
Le sang ruissela de l'Indus au Rhône : Les vainqueurs, avec des chants glorieux, Mirent Tintintin premier sur le trône, Et l'air retentit de vivats joyeux.
Alors Tintintin, le roi grandiose, Parut au sommet de son fier donjon Et dit au soleil : « Va, mon joujou rose, Regagne le ciel ainsi qu'un pigeon.
« Fais naître les fleurs, briller les épées, Mûrir les raisins des ceps vigoureux, Et fais resplendir les yeux des poupées Des petits enfants qui sont malheureux. »