BUVEUSE D'ABSINTHE
Cest bon de humer frais la liqueur assassine, D'user beaucoup de temps à s'endcrmir un peu Et, comme un meurtrier patient qui lésine, De mesurer les coups et de s'en faire un jeu.
Très blanche sous son grand chapeau de mousseline Les coudes secs au marbre où sa main tremble un peu, Elle boit doucement, dévorante et câline.
Et c'est tout à fait beau quand elle clôt les yeux.
La nuit s^accroche aux marronniers de la terrasse. Mais, sensible aux vers dont son rêve s'embarrasse, La buveuse d'absinthe entr'ouvre lentement
Sa bouche rouge où tremble la plus glauque étoile Et la nuit maternelle a couvert son front pâle Du voile qui s'éploie sur la mort des amants.
MAKOHOKO I*'
Makohoko premier, roi des Alïoussas Est tout nu sur la plage. 11 regarde la mer Et petune en silence. 11 est triste. Sa mère \ 'îl vénérait, la vieille Makalaouna,
A ' ^ " a . ■ : 1 ► . : prince parricide, i •• •-.' rci c'u \:' r îu fait empaler.
Sii ♦? orite l'/.v . • î '.;t décédée, Makoho • ['emiT. • te, pense au suicide.
MAKOHOKO I"
1 ous ses guerriers sont morts sans honneur, son royaume N'est {dus rien qu'un désert où quatre concubines Imbédlfis se jouent en vain au jeu de paume Les anneaux d'or qu'il leur vissa dans les narines.
Tout nu. coiffé d'un vieux képi de sous-préfet, 11 songe que Dieu ne fait pas bien tout ce qu'il fait, Qy'il vaudrait mieux pour lu), roi sans postérité, Etre un grand singe obscène parmi les cocotiers .
Il songe à ces vaisseaux qui cinglent vers l'Europe Où les blancsont vaincu ta foudre et les torrents Et ne sont pas heureux, bien qu'étant très savants. S'il en croit le récit d'un marinmisanthrope.
Makohoko, plus seul que le premier des hommes. Pleure, et ses longs sanglots étonnent quatre singes Car ils n'ont jamais vu pleurer que ceux qu'on nomme Les blancs, ces drôles d'hommes qui pleurentdansd'.i linge.
Ayant jeté d'abord sa pipe à demi-pleine, Makoholio premier se jette dans la mer, Et la mer bercera le prince solitaire.
Le bon nègre penché sur la douleur humaine.