‹ Les Féeries: poésiesChapitre 22 sur 43 · LE TZIGANE · texte numérisé non relu

LE TZIGANE

J'aurais voulu mourir, satisfait du destin, Comme mon ours d'Asie qui mourut Tan passé.

En me léchant les mains, Ayant dansé pour ceux que j'avais fait danser.

Ma mémoire est pareille à la route suivie

Et pareille à la vie,

Cest.la route incertaine, au loin point un village...

Et vieilli maintenant j'y reviens pas à pas

Et d'âge en âge,

Pour l'amour d'un cloclier ou d un canard sauvage.

ir

Il y avait un petit traktir en bois sur le bord du chemin. 9

La jument grise mâchait son foin, g

La cheminée fumait au toit de la carriole.

Un ruisseau de mika flattait le tronc des saules

Et, du plus haut d'un talus

Fleuri de pierres et d'herbes folles,

Tout nus c

Mes quatre frères et mes deux sœurs i*

Et moi glissions dans l'eau avec douceur ; "

Mon père tondait son chien, ma mère faisait la soupe.

Deux voyageurs français considéraient la troupe.

lis souriaient et ils causaient de nous, dans leur langage.

L'un d'eux nous donna de l'argent, à tous les sept,

L'autre m'offrit des cigarettes

Et ses yeux frémissaient ainsi qu'un ciel d'orage.

II trouva pour mes sœurs jalouses deux mouchoirs roses.

Ça n'est pas très intéressant

Mais, voyez-vous, c'est de ces choses

Que s'alimente notre sang.

6^ LES FÉERIRt

Et maintenant tout est fini, '

Je me suis arrêté. i

Or jamais le marcheur

Qsii a rompu son pacte !

Ne saurait retrouver la routedont sonccBir

Rêva, belle comme un lac, )

Aux rives cTà-jainats etcf îmmortaihé

Et qui porte à nos lèvR» pour mander et pour boîfe

L'haleinedu matin et le soupir du s<Hr.

Déguisé en baron polonais d'autrefois

Avec quatre Hongrois,

Deux Serbes, trois Roamainset le Juif au piano

On peut me vc^r jusqu'à minuit

A Torchestre du Casino,

Four mes yeux pleins de tous les horizons du monde.

Pour mon col de victime et mes mains de bourreau

Des filles tièdes parfois caressent mes poils gris.

Et meurtri de baisers en des lits merveilleux

j'évoque les amours des bois et des prairies

Et les nuits où les loups veillaient sur les fiers jeux

Delà souple passante et du meneur de ronde.

Cherchant sans la trouver Ténigme du martyre

J'aurais voulu mourir

Gomme meurt, sous le flot de clarté blanche et dure,

La note déchirée qui jugule l'espace

Et se brise en chantant sur la corde qui casse.

Je voudrais être mort depuis déjà longtemps,

Pauvre vieux poème ambulant,

Riche de tous les chants par quoi l'homme respire,

QmI s'est un jour fixé dans Tâmedes moins purs.

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