LE TZIGANE
A Maurice Cremnitz
C'est dans la petite voiture ronde
— Et si légère d'avoir couru le monde — 5 Où mal ou bien vivaient pêle-mêle "* Mon père, " Ma mère qui fut aimée pour la gloire de ses seins « Et porta sans pleurer le fardeau des mamelles, ; Mes quatre frères, dont le plus beau fut assassin Et mes deux grandes sœurs qui faisaient en dansant Fleurir unerose noire dansle cœurdu passant, C'est dans la petite voiture ronde et radoubée comme un
— Le vieux ponton à la dérive — [ponton Qye je suis né, mais il y a si longtemps, Que je ne connais plus ma part de jours à vivre.
J'ai su la paix des haltes au soir tombant ,
Et la joie des départs furtifs avant Taurore, '
J'ai surpris le secret des couchants et des aubes. (
J'ai foulé bien des routes et tondu bien des champs |
Et ma mémoire se décore
De villes apparues et que Ton croit conquises» |
Pourtant le pas blessé d'une vieille jument grise
Nous fruste et les dérobe. |
J'ai connu tant de gens qui n'ont jamais erré I
Us sont comme moi désespérés
Et las ; I
Us parlent en tremblant
D'on ne sait quels royaumes perdus, |
Leurs crânes s'écroulant
Sonnent des glas J
Sur leurs genoux perclus. 1
Plus avant I C'est la loi.
Hélas I pourquoi des yeux brillent-ils aux fenêtres?
Pourquoi faut-il songer au petit toit
De tuiles abritant peut-être.
Le trésor inconnu et dont nul ne dispose ?
Pourquoi se souvenir d'un arbre, d'un lac, d'une lumière,
Q^i, un matin d'hiver,
Veillait sur le sommeil de Tiflis blanche et rose ?
Et je voudrais connaître qui nous mit sur la route.
Baladins vagabonds.
Pour perpétuer le rêve et pour forger le doute,
Mais l'exil a du bon.
Mon orgueil vrai, c'est d'avoir fait danser Tous les couples du monde avec mon violon ;