‹ Les Féeries: poésiesChapitre 26 sur 43 · ARTHUR RIMBAUD · texte numérisé non relu

ARTHUR RIMBAUD

A M. jACQyBS DB BOISJOUN

MarUl, Ange $i Démon

Mortel, Ange et Démon, poète et baladin, Casseur de pierres aussi et soldat de fortune, Rimbaud I frère de ceux qui naissent pour l'exil. Tu passas, recelant sous la face commune Le visage d'un dieu honni des dieux voisins Et voulus, dîneur las des festins inutiles, Mordre sans les cueillir tous les fruits du jardin.

Sur tes cahiers d'enfant écrasés de ratures, j

Partout enluminés d'énormes caricatures, ^

Dans l'étude moisie et sous le gaz blafard ^

Tu griffonnais, petit prodige narguant son art, | Des pamphlets prophétiques que tu signais : Arthur.

N'étais-tu que Tenfant maudit de Charleville ? -'

Des mères t'ont crié dans les rues : « Antéchrist ! »

Sans savoir quelle aurore illuminait tes yeux

Et sans faire baiser tes cheveux à leurs fîls.

Tu fus le frère lointain des princes douloureux

Qui quelque soir, au fond d'une sombre Bavière»

Quand les étudiants chantent autour des pots de bière,

Laissent les eaux gardiennes se refermer sur eux,

Pour avoir compris l'âme des cygnes et des lys.

Un matin ce fut beau. Au pied d'un sapin rouge Déroulant jusqu'à toi ses bras de palmes vertes, Le voyageur qui va triste de bouge en bouge.

De palais en palais et dans les gares désertes S'ennuie à regarder la pluie aux carreaux noirs, L'étemel voyageur cherchant le but de vivre Et ne le trouvant pas et repartant put voir — Et trembla de le voir et de t'avoir surpris — Au pied d'un sapin rouge un poète accroupi, Qpi riait aux éclats et qui brûlait son livre t...

Un empereur casqué de plumes et vêtu d'or Testimait. Ses sujets disaient : ^ Rimbaud le Juste I »

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