BALLADE
A Paul Fort
Lorsque parut le jour la Dame ouvrit les yeux,
La dame ouvrit les yeux. — Est-ce toi Léonore ? Attache mes cheveux d'ambre d'un ruban bleu.
— Madame, Monseigneur...
— Pas encor, pas encor^ Ma pauvre Léonore, quelle effroyable nuit,
J'ai fait de mauvais rêves.
— Madame, Monseigneur...
Pas encor, pas encor; je n'y suis pas pour lui,
BALLADE lOI
— Monseigneur...
— Léonore, chausse-moi les souliers De vair que je portais au bal du Commandeur.
Ah I j'ai bien mal dormi ma pauvre Léonore.
— Monseigneur...
— Un insecte assassin, Regarde, osa ternir la blancheur de mes seins. Donne-moi mes bijoux, Léonore.
— Madame...
— Mon bracelet d'opales... Je maigris, Léonore.
— Madame...
— Suis-je belle ? donne-moi ces béryls Et ces perles que le Duc me rapporta d'exil Avec le bracelet et les souliers de vair.
Tu disais, Léonore, mon enfant, que le Duc...
— Madame...
— l'ai beaucoup maigri depuis l'hiver.
Tu disais que le Duc... ?
— Madame, Monseigneur... Monseigneur s'est pendu I