‹ Les Féeries: poésiesChapitre 6 sur 43 · LES LIBELLULES · texte numérisé non relu

LES LIBELLULES

La pipe au bec, un paysan traîne Un vieux cheval tout harnaché.

Une vieille en maugréant mène Une chèvre blanche au marché.

A quoi, à quoi pensent ces gens ?

A tout» à rien, pas à ma peine ; Pourtant mon âme les va suivant Jusqu'au soir gris qui les ramène.

LA FEERIE DU BEAU MOIS DAOUT

A Stuart Mbrrill

Des anges sont venus pour faire la moisson.

En robes d*arc-en-cîel, avec des faux d'argent.

Des anges sont venus joyeux et diligents.

Ils nous ont appris des chansons.

Dites, sont-ils venus ce matin quand Taurore

Faisait de mon jardin un jardin de fiancée F

Qpand j'ai connu l'ivresse, dont je chancelle encore.

D'avoir bu à tant de mamelles d'or

Ul FEERIE DU BEAU MOIS D'aOUT 31

Entre mes doigts vraiment pressées ?

Le ciel léger de l'aube emplissait tant nos âmes I

Quel chemin ont^ils pris en descendant des cieux ?

Vinrent-ils par le bois recueilli où les drames

Eux-mêmes sont silencieux ?

Mais nul ne connaîtra le chemin su des anges,

Nous savons qu'ils sont là et qu'ils font la moisson

Et nous les reverrons au matin des vendanges

Et nous nous bornerons à redire leurs chansons.

Il est venu aussi des Belges roux et taciturnes

Et qui, sans se parler, se comprennent entre eux.

Et font, comme le font les pages de leur Bon Dieu,

S'écrouler les champs d'or ainsi qu'on vide une urne.

Quelquefois l'un s'arrête

Et il lève alors sa tête

Lourde

Et comme il y a de l'alcool dans sa gourde

Il y boit longuement et puis, à pleins poumons.

Il lance vers les cieux

Un refrain oublié de la Guerre des Gueux.

Et les anges autour de lui dansent en rondt

Il y avait des anges et de bons ouvriers.

Ils ont moissonné tout le jour.

Les moissonneurs ont bu, et puis ils ont prié, Et mon cœur, ce soir-là, était crevé d'amour.

Les anges se sont enfuis à la première étoile.

lu notre œil les attend, remières étoiles mt sur les bleuets

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