LA MARCHANDE D'IMAGES
C'est la vieille qui fume la pipe,
Elle est de Bruxelles en Brabant
Et vend l'Histoire du Juif-Errant,
La légende tendre et terrible
Du Petit-Poucet qui semait des cailloux
Sur son chemin ainsi que font les fous
Et les poètes qui vont semant des étoiles
Sans se douter qu'ils sont sur des vaisseaux sans voiles ;
Elle vend des chansons bleues et des romans noirs.
Elle a le Messager boiteux de Strasbourg et l'histoire
De la Dame du Lac et du beau Lancelot,
Elle vend du tumulte, du rire et des sanglots,
Des contes très pervers parfumés de morale
EtThistoireen couleurs du Petit Caporal.
Dans son vieux sac il y a de petites choses qui brillent,
Elle porte, dît-on, des messages aux filles,
Mais je crois qu'on la calomnie.
Je l'ai vue souvent dans les champs.
Elle n'avait pas Tair méchant.
Sa jupe rouge dans l'herbe verte
Semblait flamber sur son échine
Et dans sa bouche entr'ou verte
Deux dents souillées de nicotine
Frémissaient comme ses narines.
Je crois qu'elle a toujours vécu
Et le Juif-Errant la connaît
Et peut-être a-t-elle tenu
Sur les marches du palais
Le beau manteau d'or sur fond blanc
De Geneviève de Brabant.
Vieux poète en jupon! viens donc, lorsqu'il fait soir
Dans mon cœur, m'enseigner tes plus belles histoires
Pour que mon âme épouse l'âme des amoureuses
Qu'emporte la fumée de ta pipe crasseuse.
moussa
nés pas
DUte «toit loute [Muplé
Hélas I dans les villes
J'ai voulu glaner
Des fleurs plus nouvelles
Que les fleurs des prés
Et les fleurs des haies.
Quand je fus aux portes
Et quand vint la nuit
Alors je perdis
Mon bouquet qu'emporte
Le vent à jamais.
Plus tard, à l'auberge, De beaux artisans M'ont dit : Pour la vierge Qiii te fit errant Avec nous cisèle D'éclatants joyaux 1 — Et je les ai crus...
Mais rien n'est plus beau Qy'un bouquet perdu Et j'ai bu I j'ai bu 1
Jamais à ta porte Je n'irai frapper L'églantine est morte, Le bijou brisé.