‹ Les Féeries: poésiesChapitre 7 sur 43 · LA MARCHANDE D'IMAGES · texte numérisé non relu

LA MARCHANDE D'IMAGES

C'est la vieille qui fume la pipe,

Elle est de Bruxelles en Brabant

Et vend l'Histoire du Juif-Errant,

La légende tendre et terrible

Du Petit-Poucet qui semait des cailloux

Sur son chemin ainsi que font les fous

Et les poètes qui vont semant des étoiles

Sans se douter qu'ils sont sur des vaisseaux sans voiles ;

Elle vend des chansons bleues et des romans noirs.

Elle a le Messager boiteux de Strasbourg et l'histoire

De la Dame du Lac et du beau Lancelot,

Elle vend du tumulte, du rire et des sanglots,

Des contes très pervers parfumés de morale

EtThistoireen couleurs du Petit Caporal.

Dans son vieux sac il y a de petites choses qui brillent,

Elle porte, dît-on, des messages aux filles,

Mais je crois qu'on la calomnie.

Je l'ai vue souvent dans les champs.

Elle n'avait pas Tair méchant.

Sa jupe rouge dans l'herbe verte

Semblait flamber sur son échine

Et dans sa bouche entr'ou verte

Deux dents souillées de nicotine

Frémissaient comme ses narines.

Je crois qu'elle a toujours vécu

Et le Juif-Errant la connaît

Et peut-être a-t-elle tenu

Sur les marches du palais

Le beau manteau d'or sur fond blanc

De Geneviève de Brabant.

Vieux poète en jupon! viens donc, lorsqu'il fait soir

Dans mon cœur, m'enseigner tes plus belles histoires

Pour que mon âme épouse l'âme des amoureuses

Qu'emporte la fumée de ta pipe crasseuse.

moussa

nés pas

DUte «toit loute [Muplé

Hélas I dans les villes

J'ai voulu glaner

Des fleurs plus nouvelles

Que les fleurs des prés

Et les fleurs des haies.

Quand je fus aux portes

Et quand vint la nuit

Alors je perdis

Mon bouquet qu'emporte

Le vent à jamais.

Plus tard, à l'auberge, De beaux artisans M'ont dit : Pour la vierge Qiii te fit errant Avec nous cisèle D'éclatants joyaux 1 — Et je les ai crus...

Mais rien n'est plus beau Qy'un bouquet perdu Et j'ai bu I j'ai bu 1

Jamais à ta porte Je n'irai frapper L'églantine est morte, Le bijou brisé.

Page 1