‹ Les Féeries: poésiesChapitre 8 sur 43 · LE HIBOU · texte numérisé non relu

LE HIBOU

Est-il assez poseur cet oiseau de Minerve !

Descends de ton perchoir auguste, tu m'énerves. Animal ridicule, fiers de tes gros yeux ronds Dont la flamme, pareille à la petite flamme Ronde et fixe de la lampe des voleurs sans âme. Me fit deux douloureuses brûlures rondes au front. Secoue au vent du soir ton plumage de cendre, Hulule et si tu peux, en outre, fait la roue. Bah ! tu n'es qu'un hibou.

Mais je t'aimerai bien, ô sage que je hais, Lorsque le rossignol fera danser Torfraie, O Sage si tu veux l'aile grande descendre Sur le crâne du fou nomade qui te méprise.

— Cheveux noirs I cheveux gris 1 cheveux blancs I plu- Jeunes plumes à jamais grises ! [mes crises !

LE Hraou 29

Au fond des lupanars rouges et d'or où les miroirs

Multiplient par les salles la ronde des péchés,

De pâles, nostalgiques et pesants débauchés.

Venus pour écorner leur raison et leur or,

Sur l'épaule des filles nues posent leurs cigares rouges.

La fille crie un peu et les baisers du feu lui font

Sur l'épaule deux taches rouges et rondes comme les

Qyi firent sur mon front [taches

Les yeux rouges et ronds.

La fille pleure tout bas et sourit haut (de l'or ! de l'or I)

Et sourit toute nue afin que nul ne sache

Au fond de quel bourbier notre pitié se cache.

Le mal I Le bien ! Foi et Raison I

(Le vent soufïle sur la maison)

Crime ! Folie ! le Droit! la Loi I

(Le vent vient d'emporter le toit).

La nuit tombe sur l'hôpital où tant de fous sont enchaînés.

Sonne une cloche. J'entends sonner.

On sonne,

Pour qui ? Pour personne I

J'entends sonner I J'entends sonner î

Sonner la fuite des années

Et je raisonne ma raison.

Entre l'église et la prison

En écoutant crier les fous.

O monstre clairvoyant que la nuit favorise,

Implacable hibou t

Lorsque le rossignol chantera pour l'orfraie

Je saurai t'aimer bien, d sage queje hais,

O sage si tu veux l'aile grande descendre

Sur mon crâne que tant d'oiseaux couleur de cendre

Couleur de lune, couleur de sang, couleur de jour,

Que tant d'oiseaux divers emplirent par surprise

Pour s'entredévorer en y faisant l'amour.

Couronne mes cheveux de tes ailes de cendre.

— Cheveux noirs, cheveux gris, cheveux blancs, plumes

jeunes plumes à jamais grises I [grises.

(Ck.

Nous sommes ses amies, ses sœurs,

Une, deux, trois, quatre, peut-être douze,

Nous sommes ses petites épouses

Et nous nous appliquons à flatter sa langue

Car son souffle a passé dans nos têtes de bc

De terre fragile ou d'écume.

Il nous suffît d'un peu de hrume

Pour calmer son cœur aux abois

11 fait semblant de travailler

Et souffre, notre pauvre ami.

O favorite de sa nuit

Notre sœur, berce sa veillée !

Il s'énerve et tourne des pages

Mais comme il culotte une pipe il sait culotter le vélin,

Si la beauté pouvait surgir de ton petit crâne sybillin I

Qu'importe si, quand il rage,

11 te mord et te décapite

Comme un sultan fou

Mord au cou

Une sultane favorite.

II nous achète malhabiles

A calmer Tardeur de sa bile.

Avec amour il boit notre âme.

Son souffle règle, apaise, ordonne

Et c'est beau dans la nuit notre cœur nu en flamme.

Un jour nous avons belle mine ;

11 dit grave, en hochant la tête,

— Elle est bonne I

Puis (c'est si cruel un poète)

11 nous repend au râtelier

Où la poussière nous épouse.

Dormons bien sages, pauvres épouses.

Ainsi dorment au râtelier

Les vieilles pipes, les vieilles lunes

Avec les vieux calendriers.

Les amours consommées et les amis perdus.

L'ASSOMPTION DE SPIRIDON

SPIRIDONOWITCH MARMELADOF

Lorsque Spiridem Spiridonowitch Marmeladoff mourut

On mit sur sa panse d'ivrogne

Une icâne

Où l'on voyait Saint-Mitrophane prier d'un air bourru

Et. précédé d'un vol floréal de colombes,

Marmeladoff partit pour les deux idylliques

Tout droit et tout bouffi

Dans son vieil tiabit maculé de tchinownick

Et Dieu qui Tattendait lui dit : « Venez, mon fils. » Mais lui, le vieil ivrogne, tombant aux pieds du Père Voulut baiser ces pieds qui étaient toute. lumière Et, redoublant les pleurs et les génuflexions, Marmeladoff cria : «Je ne suis qu'un cochon ! »

Le Seigneur ineffable dit : « J'ai bien compté Tes péchés exécrables, pourtant j'eus pitié. »

— Seigneur, vous m'appelez parmi vos blancs élus.

Seigneur, il était temps, Seigneur, je n'en puis plus ;

Mais j'ai traîné ma panse dans tous les cabarets.

J'ai reniflé l'ordure avec tous les gorets,

Je ne suis qu'un cochon, entendez-le, Seigneur,

Car j'ai puisé l'oubli au verre où le voleur

Avait trempé ses lèvres impures, ô mon Dieu,

Le verre où j'ai puisé l'oubli de vous. Seigneur I

Cest que l'amour divin fuit les cœurs malheureux

Et vous ne savez pas ce qu'ils souflrent, les hommes ;

J'aurais chanté très haut des hymnes à ta gloire

Si j'avais dû souflrir la pompe du Calvaire

Mais je n'ai rien connu que froid, honte et misère

Et n'ai su qu'adorer ta force sans y croire.

Mon Dieu I j'ai peur de votre regard ineffable. L'ivrogne ne peut pas s'asseoir à votre table. J'ai peur de mal payer votre hospitalité.

J'ignore l'inflni de votre charité.

L ASSOMPTION DE MARMELADOFP 35

Si VOUS pouviez savoir ce qu'ils souffrent les hommes I

Quelles étranges fleurs emplissent ton royaume ?

Seigneur, vois, je titube, pardonne, je suis soûl I

Raskolnikotf tuera la vieille et dans la rue Il s'enfuira, portant ses mains ensanglantées A son front qui supporte un monde épouvanté Du crime mais peuplé de si merveilleux anges Qy'il n'en est point de tels entre tes fiers archanges !

Ah I Seigneur, les parfums de vos jardins m'enchaînent, Seigneur, soyez clément et comprenez ma peine,

duel parfum verses-tu à ceux que tu absous ?

Seigneur, tu n'es pas bon, tu n'es pas charitable.

Je ne veux pas des vins volés de votre table !

Oui, je trouble ta paix et je trouble l'encens

C'est que je viens d'un monde ayant le goût des drames.

Qy'as-tu fait de Sonia, ta fille, mon enfant.

Ta fille aux yeux profonds, ma fille au corps fragile I

Elle a loué son corps, son corps léger, pauvre âme.

Elle achète pour toi des cierges et de l'huile

Et n'oublia jamais ta part sur ses trois roubles...

Eloigne ces musiques et ces parfums troubles.

Seigneur il n'est pas beau d'insulter les vaincus. îl!^

Et Dieu qui l'attendait lui dit : « Venez, mon fils. » Mais lui, le vieil ivrogne, tombant aux pieds du Père Voulut baiser ces pieds qui étaient toute, lumière Et, redoublant les pleurs et les génuflexions, Marmeladoff cria : «Je ne suis qu'un cochon ! »

Le Seigneur ineffable dit : <( J'ai bien compté Tes péchés exécrables, pourtant j'eus pitié. »

— Seigneur, vous m'appelez parmi vos blancs élus.

Seigneur, il était temps. Seigneur, je n'en puis plus ;

Mais j*ai traîné ma panse dans tous les cabarets.

J'ai reniflé l'ordure avec tous les gorets.

Je ne suis qu'un cochon, entendez-le. Seigneur,

Car j'ai puisé l'oubli au verre où le voleur

Avait trempé ses lèvres impures, ô mon Dieu,

Le verre où j'ai puisé l'oubli de vous. Seigneur I

C'est que l'amour divin fuit les cœurs malheureux

Et vous ne savez pas ce qu'ils souffrent, les hommes ;

J'aurais chanté très haut des hymnes à ta gloire

Si j'avais dû souffrir la pompe du Calvaire

Mais je n'ai rien connu que froid, honte et misère

Et n'ai su qu'adorer ta force sans y croire.

Mon Dieu I j'ai peur de votre regard ineffable. L'ivrogne ne peut pas s'asseoir à votre table, J'ai peur de mal payer votre hospitalité.

J'ignore l'infini de votre charité.

L ASSOMPTION DB MARMELADOFF 3

Si VOUS pouviez savoir et qu'ils souffrent les hommes I Quelles étranges fleurs emplissent ton royaume ? Seigneur, vois, je titube, pardonne, je suis soûl I Q}iel parfum verses-tu à ceux que tu absous î

Seigneur, tu n'es pas bon, tu n'es pas charitable,

Je ne veux pas des vins volés de votre table I

Oui, je trouble ta paix et je trouble l'encens

C'est que je viens d'un monde ayant !e goût des drames.

Qu'as-tu fait de Sonia, ta fille, mon enfant.

Ta fille aux yeux profonds, ma fille au corps fragile 1

Elle a loué son corps, son corps léger, pauvre âme,

Elle achète pour toi des cierges et de l'huile

Et n'oublia jamais ta part sur ses trois roubles...

Eloigne ces musiques et ces parfums troubles.

Seigneur il n'est pas beau d'insulter les vaincus.

RaskolnikofT tuera ta vieille et dans la rue Il s'enfuira, portant ses mains ensanglantées A son front qui supporte un monde épouvanté Du crime mais peuplé de si merveilleux anges Qji'il n'en est point de tels entre tes fiers archanges I

Ah 1 Seigneur, les parfums de vos jardins m'enchaînent, Seigneur, soyez clément et comprenez ma peine.

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