‹ Les femmelinsChapitre 26 sur 28 · MADAME >'ECRER DE SAUSSURE · texte numérisé non relu

MADAME >'ECRER DE SAUSSURE

d'accord avec vous-même, et reconnaissez que, si la femme est douée d'une si grande puissance d'aimer, c'est qu'elle est douée d'une médiocre capacité pour la justice, ainsi que vous le constatez ailleurs, ce que ne rachètent nullement ses dispositions religieuses.

^|me ;^'ecker ajoute :

« De cet amour immense résulte l'amitié que les hommes ont entre eux. Il est de fait que là où les femmes captives etpeu développées n'exercent aucune influence, les hommes vivent solitaires ; ils ne s'aiment pas. »

Le fait peut être vrai ; mais ce n'est qu'une coïncidence, si l'on n'en montre le pourquoi. M'"^® Necker saurait-elle le dire ? Non : ceci rentre dans la raison deschoses, à laquelle ne s'élève jamais de lui-même l'esprit de la femme.

{( Du moins les femmes ne sont pas toutes mariées, et cela constitue une large exception en faveur de la liberté de la femme. »

Nous y voilà : la liberté. Comme si, mariée ou non, la destinée de la femme dans la société n'était pas toujours la même ! L'individu suit la loi du sexe, madame : demandez à Daniel Stern.

« Un fait dont on ne tient pas assez compte est la parfaite égalité intellectuelle des jeunes garçons et des jeunes filles pendant tout le temps qu'on les élève ensemble.))

Rapportez Feffet à la cause, et vous verrez que l'inégalité qui se développe après le premier âge vient de la masculinité, qui auparavant sommeillait. Mais

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quelle femme sait rapporter les effets à leurs causes ?

((L'engagement que prendTépouse est spécial ; il a sa limite : les droits de Dieu sont réservés, n

Holà I Après avoir reconnu la prépondérance de l'homme, rései^vcr les droits de Dieu, des droits que l'on prétend antérieurs et supérieurs à ceux de l'époux, c'est séparer ce que Dieu même a joint, et changer le mariage en concubinage.

Après une tirade contre les abus du pouvoir marital, M™^ Necker fait appel à l'égalité mystique en Christ. Elle est loin de se douter, la dévote institutrice, du chemin qu'on pourrait lui faire parcourir, avec cette égalité. Nous n'en avons déjà que trop dit * n'en parlons plus. Constatons seulement la fatalité de la loi qui mène toutes ces émancipées: bon gré mal gré elles tombent toutes dans l'érotisme, érotisme sensuel, si avec le respect conjugal elles ont perdu la foi religieuse ; érotisme mystique, si elles sont demeurées fidèles. Les Thérèse, les Chantai, les Guyon, les Cornuau, les Rrudener, émancipées de l'Eglise sont sœurs de Ninon de Lenclos, de \l™" du Chatelet, d'Epinay, de Tencin, du Deffant, de Genlis, de Geoffrin, émancipées de la philosophie. Toutes se valent, toutes sont également à craindre pour la famille et la société.

M""" Necker de Saussure est si peu amie du sexe masculin, qu'elle voudrait, pour lui faire la pièce, pouvoir ôter auxjeunes filles leurs grâces naturelles et leurs attraits. Elle ne supporte pas ce culte universel rendu à la beauté.

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u Le culte de la beauté a des autels indestructibles dans le cœur des femmes. Bien plus, des hommes graves, des penseurs capables de ie juger tel qu'il est, des moralistes qui devraient en diminuer l'influence, l'augmentent encore, lis semblent fascinés à la simple idée de beauté. Et ceux qu'on croirait appelés à donner aux femmes des conseils sévères s'arrêtent retenus par la crainte de nuire à leurs charmes. »

« Et pourtant il faut être sévère... »

Ne Yoilà-t-il pas un grand malheur que les femmes soient belles, qu'elles ajoutent, par la parure, à leur beauté, que même elles mêlent à tout cela un peu de coquetterie ? Eh bien, madame, puisqu'il faut vous le dire, sachez-le donc : labeauté, c'est toute la femme. Otez-lui la beauté, elle n'est plus rien pour l'homme ; elle n'est rien même devant Dieu ; et votre Éducation soi-disant progressive, qui conduit la jeune fdle au mépris de l'homme et de la beauté, est une éducation à reculons. Il faut refaire votre ouvrage, et prier quelque honnête homme, amoureux de la beauté, de vous assister de ses conseils.

(( Les hommes, observe-t-elle avec humeur, ne s'occupent de l'éducation des femmes qu'en M.ie d'euxmêmes. »

Et en vue de qui, s'il vous plaît, voulez-vous que nous nous en occupions, puisqu'il est avéré, mathématiquement démontré, reconnu par vous et par toute la chevalerie errante, que la femme jetée parmi les hommes n'est rien par elle-même, ne se soutient

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pas elle-même, et qu'elle n'acquiert de valeur et de signification que par le mariage ?...

Je ne pousserai pas plus loin ces citations, qui nous montrent la nature prise sur le fait, je veux dire la femme, même la mieux élevée, la plus instruite, celle que la fréquentation des hommes a de longue main fortifiée et aguerrie, dont une dévotion raisonnée a mis le cœur à l'abri des séductions de l'amour, en flagrant et perpétuel délit de contradiction, d'inconséquence, d'absence d'idée, de faux jugement, et, ce qui est pis, toujours à la recherche de compensations amoureuses en dehors de son intérieur et de ses serments.

Jusqu'à ces dernières années, je n'avais lu de M""= Sand que quelques fragments saisis à la volée dans des feuilletons et des revues ; et sur la foi de ces fragments, j'avais conçu, je l'avoue, un vif sentiment de répulsion pour l'auteur. Des amis, dont l'opinion devait être pour moi un grand poids, m'assurèrent que mes préventions étaient injustes et faisaient tort à mon jugement. M™^ Sand, me disaientils, est un écrivain de (jcnic, et, ce cpii vaut mieux, cest une bonne femme . Lisez-la : vous vous devez de la connaître.

Je demandai quels étaient ses meilleurs romans .^ L'un m'indiqua Lélia ; un autre, îndiana ; un troisième donnait la préférence à Jacques ou à Mauprat, on vantait le style de Leone Léoni, etc. C'était un mauvais signe que cette divergence d'opinions : j'en fus quitte pour voir tout. J'ai donc lu de M""" Sand Indiana, Valentine, Lélia, Mauprat, Jacques, Rose et Blanche, le Compagnon du iour de France, Spiridion, Leone Léoni, le Secrétaire intime, Téverino et l'Histoire de ma vie ; j'ai vu, à l'Odéon, le Champy, Claudie, Maître Favella : si cet ensemble ne suffit pas à motiver mon opinion, je suis prêt à rétracter tout ce que je vais dire.

Le premier effet de cette lecture fut de soulever en

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moi une réprobation terrible. Je n'avais pas assez d'imprécations et d'injures contre cette femme, que j'appelais hypocrite, scélérate, peste de la Répiihlique, fille du marquis de Sade, digne de pourrir le reste de ses jours à Saint-Lazare, et que je voyais admirée, applaudie. Dieu me sauve, par les puritains de la République.

J'avais tort cependant, sinon vis-à-vis des livres, au moins à l'égard de l'auteur. Une étude plus attentive m'a calmé, et je crois pouvoir d'un mot justifier ]y|ine ganj^ à qui je demande pardon de ma colère.

Rien de ce que la raison et la morale peuvent blâmer chez elle n'est d'elle ; en revanche, tout ce qu'elles peuvent approuver lui appartient. Puissante par le talent et le caractère, amante de l'honnête autant que du beau, M""^ Sand, dans la modestie de son cœur, a cherché un homme ; elle ne l'a pas trouvé. Aucun de ceux qu'elle a hantés, aimés, n'a su la comprendre et n'était digne d'elle ; elle s'est égarée par leur faute. Elle ne demandait, en suivant sa vocation, qu'à rester en tout et pour tout ce que les plus désintéressés de ses amis Font trouvée toujours, une bonne et simple femme : ses courtisans ont fait d'elle une émancipée ; que la responsabilité leur en revienne !

Si jamais l'étincelle du génie dut briller en une femme, ce fut certes en M™" Sand. Son éducation lui donna tout, et malgré certain petit accès de dévotion qu'elle accuse vers sa seizième année, et qui ne fut que le prélude de sa vie amoureuse, on peut dire que dès

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le ventre de sa mère elle ïuisaiis préjugés. Élevée par une grand'mère voltairienne et un précepteur athée, à vingt ans elle possédait les langues, les sciences^ les arts, la philosophie ; elle s'est mariée elle-même ; elle a fréquenté les jésuites, les religieuses, l'ancienne et la nouvelle société, les paysans et les aristocrates; depuis i83o, elle a passé sa vie au sein du monde politique et littéraire. Aucun écrivain, de notre temps, n'amassa pareille provision de faits et d'idées, ne fat à même de voir d'aussi près tant d'hommes et de choses. Ajoutez une faculté d'expression extraordinaire, qui imite à s'y méprendre la manière des plus éloquents. C'est avec ces avantages que M""" Sand, à vingt-huit ans, mère de famille et revenue des illusions de la jeunesse, renonce à la vie de campagne et entre dans la carrière. Que va-t-elle donner au public? Qu'estce qu'il y a, dans les cent ou cent cinquante volumes qu'elle a écrits, qui révèle une idée forte P Voilà ce que nous avons à démêler, et ce qu'elle serait sûrement incapable de dire.

Dans l'Histoire de ma vie, allant au-devant de certains reproches que je ne relèverai point, M""^ Sand accuse les fatalités de sa naissance. Elle se trompe. M™^ Sand tient de sa grand' mère Marie Dupin, beaucoup plus que de sa mère Victoire Delaborde, et de sa trisaïeule Aurore de Kœnigsmark. Les ébullitions de sa jeunesse, de même que la mélancolie sceptique de M. de Lamartine, furent l'elTet des impressions du dehors : elle est née calme, de sens rassis, point

sophiste et médiocrement tendre ; docile dans son premier mouvement, d'une conception nette, et, pour le train ordinaire de la vie, d'un très bon jugement. Tout en elle, tempérament, caractère, éducation, la lucidité, et, si j'ose ainsi dire, le sang-froid de l'esprit, la prédestinait à être le contraire de ce que la firent d'impures relations. Qu'elle eut, dès le premier jour, rencontré, comme Manon Phlipon, l'homme grave et fort dont son imagination avait besoin, et George Sand, de bacchante révoltée que nous l'avons vue, eût été la réformatrice de l'amour, l'apôtre du mariage, une puissance de la Révolution.

On peut suivre dans les romans de M"'* Sand le dérangement de cette âme mal équilibrée : elle est d'abord Yalentine, une jeune femme placide, facilement résignée à un mariage sans idéal ; puis c'est Indiana, que l'ennui, plutôt que des griefs sérieux, pousse à un amour de tête où elle ne trouve que déception ; plus tard elle devient Lélia, la femme irritée contre l'amour par l'impuissance de la volupté. Quand et comment cette fière Lélia est tombée sous la tyrannie des sens qui d'abord l'avaient dégoûtée, jusqu'où elle est descendue dans cet abîme, elle seule pourrait le dire. Quel qu'ait été pour elle l'auteur de cette initiation, elle a le droit de le détester ; mais qu'elle n'accuse pas son sang : ^1°"^ Sand n'est point une Phèdre ni sa mère une Pasiphaé.

La fatalité qui a fait le malheur de M™^ Sand est tout autre. Elle a dit je ne sais où : Je crois qu'il n'y

a que nous autres artistes d'honnêtes gens. Là fut le piège. Artiste, M™" Sand a pris l'art pour la révélation de l'honnête et du juste, tandis qu'il n'en est que l'excitateur ; elle n'a pas vu que cette liberté artistique, qui la séduisait, n'est par elle-même qu'un pur libertinage, tout ce qu'il y a non seulement de moins moral, mais de moins idéal ; et elle s'est égarée, en prenant pour conseillers intimes des artistes, des poètes, les moins sûrs de tous les guides, les moins moralistes, pour ne pas dire les moins moraux de tous les hommes.

Nous pouvons maintenant faire le thème de M™^ Sand, comme disent les astrologues :

Elle est femme, aussi femme que pas une fille d'Eve ;

Elle a en prédominance le goût de l'art et de la littérature ; la voilà qui, emportée par son talent, quitte son ménage et se jette à corps perdu dans le galop des artistes et des gens de lettres, vivant dans la plénitude de la liberté artistique, c'est-à-dire dans un complet arbitraire de pensée et de conscience. Bref elle devient, selon l'expression du jour, tout à fait artiste, au dernier siècle on aurait dit philosophe ou esprit fort ; elle n'est même plus de son sexe ; elle prend des habits d'homme et ne garde de la femme que ce qui sert à l'amour : nous savons ce qu'elle va produire. L'étude de la vie de M™" Roland, de Staël, Necker de Saussure et de leurs pareilles nous en a instruits d'avance ; la règle est sans exception.

Par cela même qu'une femme, sous prétexte de

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religion, de philosophie, d'art ou d'amour, s'émancipe dans son cœur, sort de son sexe, veut s'égalera l'homme et jouir de ses prérogatives, il arrive qu'au lieu de produire une œuvre philosophique, un poème, un chef-d'œuvre d'art, seule manière de justifier son ambition, elle est dominée par une pensée fixe qui de ce moment ne la quitte plus, lui tient lieu de génie et d'idées. Cette pensée est qu'en toute chose, raison, vertu, talent, la femme vaut l'homme, et que, si elle ne tient pas la même place dans la société, il y a violence et iniquité à son égard.

L'égalité des sexes avec ses conséquences inévitables, liberté d'amours, condamnation du mariage, contemiplion de la femme, jalousie et haine secrète de l'homme, pour couronner le système une luxure inextinguible : telle est invariablement la philosophie de la femme émancipée, philosophie qui se déroule avec autant de franchise que d'éloquence dans les œuvres de M-^^Sand.

Dès son premier roman sa protestation éclate : ({ Je ne sers pas le même Dieu que vous, écrit Indiana à l'un de ses amants. Le vôtre, c'est le Dieu des hommes, c'est le roi, le fondateur et l'appui de votre race ; le mien, c est le Dieu de l'univers, le créateur, le soutien et l'espoir de tou/^5 les créatures. Le vôtre a tout fait pour vous seuls ; le mien a fait toutes les espèces les unes pour les autres. \ous vous croyez les maîtres du monde ; je crois que vous n'en êtes que les tyrans. . . La religion que vous avez inven-

/ee,jela repousse : toute cette morale, tous vos princi-pes, ce sont les intérêts de votre société que vous prétendez faire émaner de Dieu même. »

Ce passage, déclamatoire et sans portée, est cependant remarquable à plus d'un titre. On y décou\Te d'abord ce fond noir d'androphobie qui forme le ciel des romans de M"''' Sand ; puis, sur ce fond noir, on voit poindre le panthéisme, l'omnigamie et la confusion auxquelles l'auteur devait aboutir dans Lélia. Certes, M'"*' Sand n'a pas saisi ces rapports, bien qu'il soit aisé d'en suivre chez elle la trace ; mais si la femme ne pense guère, la raison des choses pense pour elle, et conduit son imagination et sa plume.

Donc M™® Sand, émancipée, célébrera l'amour, toujours l'amour, puisqu'en définitive, sainte ou pécheresse, la femme émancipée ne rêve plus d'autre chose. La collection des romans de M™® Sand est une guirlande offerte à l'amour.

« Ce qui fait l'immense supériorité de l'amour sur tous les autres sentiments, ce qui prouve son essence divine, c'est qu'il ne naît point de l'homme même ; c'est que l'homme n'en peut disposer ; c'est qu'il ne l'accorde pas plus qu'il ne l'ôte par un acte de la volonté ; c'est que le cœur humain le reçoit d'en haut sans doute pour le reporter sur la créature choisie entre toutes dans les desseins du ciel ; et quand une âme énergique l'a reçu, c'est en vain que toutes les considérations humaines élèveraient la voix pour le

détruire; il subsiste seul et par sa propre puissance. » (^Valentine, ch.xvii.)

Voilà le texte, vieux comme le monde, invariable comme un instinct, qui occupe le sexe et constitue sa philosophie ; l'idée immanente de la femme, que George Sand délaie en pages interminables, sans pouvoir jamais comprendre que cet amour, prétendu divin, n'est rien de plus que du fatalisme, quelque chose qui tombe sous le coup de la liberté et du droit, qui par conséquent, recherché pour lui-même, rend l'homme indigne et la femme vile.

De là, à prendre l'amour, comme Dieu, pour principe de tout bien et de toute vertu, il n'y a qu'un pas :

(( Depuis que j'aime Yalentine, dit Bénédict, je suis un autre homme; je me sens exister. (Suivez le roman et vous verrez ce malheureux se crétiniser de plus en plus.) Le voile sombre qui couvrait ma destinée se déchire de toutes parts (il voit des lanternes) ; je ne suis plus seul sur la terre (en effet, il est pris), je ne m'ennuie plus de ma nullité ; je me sens grandir d'heure en heure avec cet amour. (Un homme qui tombe la tête la première croit monter.) »

(( Je sais que l'amour seul est quelque chose, je sais qu'il n'y a rien autre sur la terre. Je sais que ce serait une lâcheté de le fuir par crainte des douleurs qui l'expient, etc. » (Jacques.)

J'avoue que ce bavardage me cause un prodigieux ennui ; mais beaucoup de gens aiment cette excita-

tion erotique, plus ou moins parée et fardée, sans laquelle, l'amour se présentant m natiiralibiis , le dégoût serait par trop grand. Peut être ne serait-ce que demi-mal, si Fauteur s'en tenait là : nous avons constaté nous-mcme que l'idéal avait été donné à l'homme pour l'engager à l'amour, et que l'amour et l'idéal sont les deux éléments au moyen desquels la femme exerce sa part d'influence dans l'éducation de l'humanité et le progrès de la Justice. Mais M™*' Sand ne l'entend pas ainsi : point de Justice pour elle, point de société, tant que la femme ne sera pas libre, libre dans son amour, libre en tout. L'amour, en effet, étant souverain, absolu, dieu, ne connaît pas de loi ; la conséquence sera donc, en premier lieu, la réprobation du mariage :

a Je ne suis pas réconcilié avec la société, et le mariage est toujours, selon moi, une des plus barbares institutions qu'elle ait ébauchées. Je ne doute pas qu'il ne soit aboli, si l'espèce humaine fait quelque progrès vers la Justice et la raison ; un lien plus humain et non moins sacré (quel lien ?) remplacera celui-là, et saura assurer l'existence des enfants qui naîtront d'un homme et d'une femme, sans enchaîner à jamais la liberté de l'un et de l'autre. Mais les hommes sont trop grossiers et les femmes trop lâches pour demander une loi plus noble que celle qui les régit ; à des êtres sans conscience et sans vertu, il faut de lourdes chaînes. » (Jacques.)

Plus loin le même personnage écrit à sa fiancée :

« La société va vous dicter une formule de serment ; vous allez jurer de m'être fidèle et de m'êlre soumise, c'est-à-dire de n'aimer jamais que moi et de m'obéir en tout. L'un de ces serments est une absurdité, l'autre une bassesse. \'ous ne pouvez pas répondre de votre cœur, môme quand je serais le plus grand et le plus parfait des hommes ; vous ne devez pas promettre de m'obéir, parce que ce serait nous avilir l'un et l'autre. »

Et la jeune fille de répondre:

« Ali ! tenez, ne parlons pas de notre mariage ; parlons comme si nous étions destinés seulement à être amants. »

Pourquoi, alors, se marier ?

« Parce que la tyrannie sociale ne nous permet pas de nous posséder autrement, » dit Jacques.

Jacques et Fernande mariés, le roucoulement continue, sans le moindre respect de la dignité conjugale :

(( Il n'est qu'un bonheur au monde, c'est l'amour : tout le reste n'est rien, et il faut l'accepter par vertu. »

Puis arrive l'amant qui dit :

« Si je ne suis pas né pour l'amour, pourquoi suisje né, et à quoi Dieu me destine-t-il en ce monde ? Je ne vois pas vers quoi ma vocation m'attire... Je ne suis ni joueur, ni libertin, ni poète ; j'aime les arts, mais je ne saurais en faire une occupation prédominante. Le monde m'ennuie en peu de temps ; je sens

le besoin d'y avoir un but, et nul autre but ne m'y semble désirable que d'aimer et d'être aimé. Peut-être serais-je plus heureux et plus sage si j'avais une profession ; mais ma modeste fortune, qu'aucun désordre n'a entamée, me laisse la liberté de m'abandonner à cette vie oisive et facile... )>

Que dites-vous de cette délibération d'un jeune homme qui. cherchant sa vocation, hésite entre le jeu, l'a poésie, les affaires el Yamoar ! Quel gâchis I Et comme se trahit ici la femme émancipée qui, rendue à la lasciveté de sa nature, ne peut plus s'affranchir de ses pensers obscènes ! . . .

Et elle n'en sortira plus, elle en a pour la vie. Dans ses Mémoires^ publiés en iSd~, vingt-cinq ans après Indiana, M'"" Sand. qui a eu le temps de réfléchir et qui n'est plus jeune, conclut sur le mariage par cette formule dont tout le mérite est d'être calquée sur une phrase de Rousseau :

« L'indissolubilité du mariage n'est possible qu'à la condition d'être volontaire ; et pour la rendre volontaire, il faut la rendre possible. ))

On le voit, quand M"^ Sand parle du mariage, c'est toujours l'amour qu'il faut entendre. Par luimême, en effet, l'amour n'est que passager, et les deux lignes qu'on vient de lire lui sont directement applicables. Adressée au mariage, la critique porte à faux, et pourquoi? parce que le mariage n'est pas rien que l'amour ; c'est la subordination de l'amour à la Justice, subordination qui peut aller jusqu'à la néga-

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tion même de l'amour, ce que ne comprend plus, ce que repousse, de toute l'énergie de son sens dépravé, la femme libre.

Sans doute cette réprobation du mariage, si lestement exprimée, crée des impossibilités sans nombre, et pour l'ordre social établi sur la famille, et pour la conservation de l'espèce, et pour la bonne intelligence des deux sexes, et pour la femme, et pour l'amour même ; impossibilités qui, réagissant sur l'esprit de l'auteur, rendent à chaque instant sa narration absurde. Ces considérations ne regardent point M™'' Sand : elle est artiste^ et l'artiste, suivant l'esthétique de la femme libre, suit son idée, sans s'occuper de la réalité et de la raison des choses. Artiste et émancipée, M'"'^ Sand suit donc son idée, qui la conduit, romanesquement parlant, à l'impudicité la plus effrénée.

Les romans de M"^'' Sand abondent en combinaisons et en peintures dignes du célèbre M . de Sade, sauf les mots, qui, chez la première, sont à peu près toujours honnêtes. Dans Valentine, l'action se passe entre les gens que voici : une mère qui, selon l'expression vulgaire, a ruti le balai ; sa fdle Aalentine, faisant en l'absence de son mari l'amour avec Bénédict ; le mari de Valentine. qui, aimant ailleurs, ne demande pas mieux que d'être cocu afin de faire chanter sa femme ; la sœur de Valentine, chassée de la maison paternelle pour avoir fait un bâtard, et qui, amoureuse de l'amant de sa sœur, sert, faute de mieux, l'amour des deux

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jeunes gens ; une confidente, demoiselle de village, promise d'abord à Bénédict, et qui, après avoir de dépit épousé un rustre, suit l'exemple de Yalentine et de Bénédict. Il est entendu que les choses sont arrangées, le bon sens, la folie, le vice et la vertu distribués entre les personnages, de telle sorte que les amants aient toujours raison, les maris et les papas semblent ridicules. Pour ajouter à l'émotion, il y a du sang et des morts.

Dans Jacques, autrepriapée : une mère veuve, ayant pratiqué pendant son mariage l'amour libre, et, pour la sécurité de cet amour, l'infanticide ; sa première fille, adultérine, vouée aussi à l'amour libre ; sa seconde fille, légitime, mariée et faisant, comme samère et sa sœur, l'amour libre ; ces deux créatures possédées tour à tour par le même amant, ce qui ne les empêche pas de vivre très bien ensemble ; le mari de la jeune, fils d'un des amants de la mère et frère putatif de l'aînée, laquelle le prend pour confident de ses amours : scandale, duels, suicide ; triomphe de l'amour. A travers ce cataclysme on saisit à grand' peine Y idée de l'auteur, savoir, qu'amour, comme nécessité, n'a pas de loi.

J'ai cité tout au long la scène entre Pulchérie et Lélia, ce serait bien pis si je rapportais le viol de Bose et de Blanche ; si je disais pourquoi M^'® Edmée est amoureuse de son petit ours et cousin Bernard de Mauprat ; si je passais en revue le musée de M™* la princesse Quintilie, morganatiquement mariée à un

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étudiant allemand, et qui entretient chez elle, pour le plaisir de ses yeux et par fantaisie d'artiste, de jolis garçons et de jolies filles dont toute l'occupation est de faire l'amour : imitation des scènes de Caprée, esquissées par Tacite dans la vie de Tibère. L'amour a beau être profond, sublime, héroïque, divin ; il paraît bientôt insipide si une lubricité inventive ne l'assaisonne. CuA>GEO>'s DE POSTURE i ce fut jadis toute la science de la fameuse Eléphantine : c'est encore, hélas ! ce qui fait la meilleure part des histoires de M"' Sand.

Mais, l'égalité des sexes déclarée, le mariage banni, l'amour rendu libre, la volupté avec toutes ses joies prise pour règle et pour fm, quel sera le rôle de chaque sexe ? On ne peut pas toujours vaquer à l'amour : il faut travailler, produire, administrer, soigner le ménage, élever les enfants. En quoi consistera la fonction de l'homme .'^ En quoi, le ministère de la femme ?

Nous connaissons la réponse de M""^ Sand : On trouvera. Elle croit que cela se fait comme elle le dit. Par provision, et pour préparer les esprits à cette grande découverte, qui doit remplacer par un lien plus sacré le mariage, elle travaille de son mieux, bien qu'à son insu, à niveler les facultés entre les sexes, et tout d'abord à rabaisser le caractère de l'homme.

La femme auteur, surtout la femme émancipée, réussit difficilement à créer des caractères virils. Outre que la faiblesse ne peut pas naturellement exprimer la force, il y a ici une autre raison, qui est que la femme

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libre ne se grandit réellement que de ce qu'elle retranche à la taille de l'homme.

Dans les romans de George Sand, comme dans tous les romans de femmes libres, les hommes sont en général de deux sortes ; ceux que l'auteur aime et qu'il présente comme modèles, et ceux qu'il n'aime pas. Il ne faut pas demander si les premiers sont peints à leur avantage, les autres chargés. Eh bien, de ces deux catégories de mâles, celle qui a le moins de valeur est en général celle des amis de cœur de l'écrivain, et la raison en est simple : conçus fatalement d'après le iy^pe femmelin, ils ont perdu, au moral comme au physique, leur masculinité, tandis que les autres, précisément parce que l'auteur ne les a point flattés, la retiennent. Je prie ceux de mes lecteurs qui auraient la curiosité de vérifier le fait, de revoir les personnages de Bénédict, sir Ralph, Sténio, Téverino, Leone Léoni, Bustamente, Jacques, Bernard de Mauprat après sa conversion, l'amant de Ouintilie, etc. Vertueux ou coupables, tous ces êtres sont de même nerf, artistes, bohèmes^ braves et dévoués, cela va sans dire, et beaux diseurs ; mais, en fait, dépourvus de caractère, de sens moral et de sens commun.

A cette dépression systématique du sexe mâle, les femmes gagnent d'autant sans doute ? Il n'en est rien. Les femmes de M™^ Sand sont, comme ses hommes, de deux catégories : émancipées, c'est-à-dire esprits forts, cœurs secs, natures bilieuses, hautaines, rudes à Tabordage, au demeurant peu chastes, bien que le

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mot revienne à chaque ligne ; non émancipées, c'est-àdire lymphatiques ou sanguines, molles, lâches, bêtes et perfides. Comparez sous ce rapport Lélia, Ouintiha, Edmée, SyKia, avec Pulchérie, Fernande, Athénaïs, Joséphine de Frénays, Juliette, la comtesse dans Téccrino, etc. Yalentine et Indiana, types indécis, tiennent des unes et des autres. M*"'^ Sand, j'en ai fait ailleurs l'observation, a la plus triste idée de son sexe ; hors les élues qu'elle crée à son image, elle le traite on ne peut plus mal. Elle fait dire à Sylvia, la stoïcienne, à propos de la fiancée de son frère :

(( Elle a beau être aimable, elle aura beau être sincère et bonne : elle est femme, elle a été élevée par une femme ; elle sera lâche et menteuse, un peu seulement peut-être ; cela suffira pour te dégoûter. »

A force de chercher la liberté et l'amour, M"'* Sand finit par perdre jusqu'à l'intelligence des choses morales : ainsi, dans Jacques, elle fait du frère le conjfident des amours de la sœur ; dans le Champi, après avoir représenté l'enfant naturel comme un modèle de dévoùment filial, elle lui fait épouser sa mère nourrice, malgré le cri de la conscience qui proteste contre cet inceste spirituel ; dans Lélia, elle poussé le privilège de l'artiste jusqu'aux jouissances unisexuelles :

(( La continence où vous vivez, dit Pulchérie à sa sœur, provoque dans l'esprit des hommes de plus graves accusations que toutes mes galanteries. Mais peut-être ne trouvez-vous pas au-dessous de votre destinée d'être soupçonnée de mystérieuses et terribles

passions, tandis que vous méprisez le vulgaire renom d'une bacchante. »

Ailleurs elle calomnie la mariage dans sa solennité nécessaire :

(( J'ai enlevé ma compagne le jour de mon mariage ; par là, je me suis soustrait à tout ce que la publicité imbécile d'une noce a d'insolent et d'odieux. Je suis venu ici jouir mystérieusement de mon bonheur... Nous n'avons eu que Dieu pour témoin et pour juge de ce que l'amour a de plus saint, de ce que la société a su rendre hideux et ridicule. »

L'idée n'est pas plus neuve que cent autres ramassées dans les immondices du siècle par M""^ Sand. Il ne manque pas de gens qui se dérobent par la fuite à la publicité de leur mariage : ils ont raison puisqu'ils en rougissent ; mais il faut apprendre à ces gens-là ce qu'il appartenait à M"'"' Sand de dire, que s'il y a lieu de rougir ici de quelque chose, c'est de cet amour prétendu 5am/ et de ses jouissances, non du mariage, qui l'épure et l'affranchit. Que la concubine se voile, puisqu'elle suit la passion et se voue à l'amour ; mais que l'épouse se montre : elle a vaincu la chair, non plus seulement par l'amour, mais par la Justice et la charité.

D'après la théorie de l'amour libre, que suit fatalement George Sand, le mariage est réputé un marché infâme, et la jeune fille qui se marie sans inclination a^ipelée prostituée. C'est toujours la logique du déver-

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gondage, mise à la place de la raison du genre humain.

De tout temps la conscience des peuples a considéré comme luxure, fornication, prostitution, c'est tout un, l'usage que Thomme ou la femme fait de son corps dans un but de satisfaction passionnelle, paresse, orgueil, gourmandise, vanité, jusques et y compris la délectation amoureuse. Au fond, la prostitution est toute subjective ; on ne se prostitue réellement qu'à soi-même, non à autrui. Le mariage seul, subordonnant le plaisir à une fin supérieure, qui est la Justice, fait cesser la prostitution. Gomment le cœur de M'^^Sand, comment sa raison ne Font-ils pas compris ?

La conscience des peuples dit encore que, chez la femme formée parla famille à la Justice, la pudeur est une certaine abhorrence du cœur et des sens pour tout ce qui a trait aux plaisirs de l'amour ; la chasteté, une pratique inviolable de la pudeur. C'est pour cela que la pudeur, soit avant, soit après le mariage, n'existe véritablement que par le mariage ; elle est l'effet de cette dignité matrimoniale, qui, en sauvant les époux du fatalisme passionnel, leur inspire un amour calme et inaltérable.

M"^^ Sand n'a pu ignorer ces choses. Elle était mère lorsqu'elle écrivit son premier roman, et, la maternité n'eùt-elle pas sufû pour les lui apprendre, l'expérience de Lélia les lui eût révélées. Gomment sontelles sorties de sa conscience et de sa mémoire ? Ce

qu'elle appelle chasteté est une certaine fraîcheur de l'imagination et des sens chez la femme qui n'a pas joui, ou qui, avant passé par l'étamine, sait à force d'art conserver les apparences de la nouveauté. Je ne nie pas que pour un amateur cette qualité n'ait son prix ; mais ne soyons pas dupes de l'équivoque. Cette chasteté- là peut se concilier avec tous les raffinements de la volupté ; elle n'a rien d'innocent et de timide ; elle peut se trouver jusque dans les maisons que surveille la police, et l'aisance avec laquelle les héroïnes de M™® Sand, une fois sûres de leur homme, passent du nenni à Vaiiisiy prouve qu'il n'y en a pas une de chaste parmi elles.

Dans Rose et Blanche, elle nous montre une petite comédienne qui, vendue et livrée par sa mère, intacte encore, mais parfaitement instruite, dit à son acquéreur : Faites, je vous laisse mon corps, je garde mon âme ! Conçoit-on une vierge de dix-huit ans parlant de ce style ? Lucrèce, violée par Sextus Tarquin, se rend le même témoignage : Corpus iantumviolaium, dit-elle, animus insons ; mais elle est mère de famille, et puis elle se tue. Lucrèce était une sotte, en vérité. Quel malheur pour cette Romaine, dont le suicide enfanta la République, que M°^^ Sand ne se soit pas trouvée près d'elle ! La femme libre eût appris à la matrone ce que l'Évangile dit quelque part, que ce n'est pas ce qui entre dans le corps qui souille l'âme, mais ce qui sort du cœur. Collatin eût conservé sa femme, et tout le monde aurait fmi par être content, Brutus excepté,

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Après ce que je viens de dire, il n'y a plus rien, comme idée, à attendre de M*"^ Sand : nous la possédons tout entière. Cependant elle s'est mêlée un peu de tout ; en déroulant, sous forme de roman, sa théorie sur le mariage et l'amour, elle a voulu dire son mot sur tout ; mais partout elle n'a fait preuve que d'une orgueilleuse impuissance.

Philosophe, elle a fait de l'éclectisme à sa manière, disciple tour à tour de Lamennais, de Pierre Leroux, de Jean Reynaud et tutti quanti. Elle n'a pas dégoût, dit-elle, pour la métaphysique : je le crois bien, il n'y a rien de moins métaphysique que la promiscuité. Elle se défend d'être athée : qu'en sait-elle.^ J'ai eu la patience de lire jusqu'au bout Spiridion, attendant toujours le manuscrit révélateur : des pages toutes blanches m'auraient plus satisfait que les phrases creuses de ce sot évangile.

Sa politique est comme sa philosophie, empruntée aux sectes du siècle, depuis le babouvisme jusqu'au saint-simonisme. On peut en juger par ces maximes, prises de Louis Blanc, et que M'"^ Sand trouve fort AVANCÉES : Tous les hommes ont un droit égal au bonheur ; A chacun suivant ses besoins, etc.

De la critique, ne lui en demandez pas : elle décide de tout impromptu, selon son intuition, comme quand elle dit :

u J'aimais passionnément Virgile en/raziçais, Tacite en latin. »

En i855, M'"^ Sand, imitant Rousseau, publie en

MADAME GEORGE SAXD lOO

feuilletons l'Histoire de sa vie, 20 vol. in-S". Je comprends, toute honte bannie, la spéculation ; mais comment n'a-t-elle pas réfléchi qu'en se troussant de la sorte devant le public, elle autorisait le premier venu à la flageller, sans qu'elle eût le droit de se plaindre ? Donnez-moi trois lignes (riin homme, disait un criminaliste, et je le ferai pendre. Je ne connais de la vie de M'"" Sand que ce qu'il lui a plu d'en révéler dans ses confessions : eh bien, il n'est pas d'indignité dont je ne me fisse fort, par son propre récit, de la convaincre, s'il n'était encore plus évident pour moi que ce récit est fantastique, venant d'une émancipée, d'une folle ! Ah ! madame, vous fûtes autrefois une bonne fille ; cessez d'écrire, et vous serez encore une bonne femme.

Par le style. M'"" Sand appartient à cette école descriptive qui dans toute littérature signale les époques de décadence. Gomme faiseuse de paysages, elle est la reine des artistes, sinon le roi des écrivains. Elle a donné, dans le genre bucolique, de jolies choses, qui lui ont valu une réputation méritée, et dont le succès a dû faire sentir en quelle médiocre estime le public tient ses grandes compositions. Dans celles-ci même, il existe une foule de sentiments et d'idées marquées au signe de l'époque, et qu'ilfaut savoir gré à M™*" Sand d'avoir contribué à répandre. L'alliage n'est pas bon, mais il y a du bon. Ses descriptions ont aussi quelque chose de lyrique qui contraste avec les dissections de Balzac. Mais, ainsi que le savent tous ceux qui se

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sout occupés de l'art d'écrire, ce style ballonné, qu'imitent à l'envi nos dames de lettres, cette faconde à pleine peau qui rappelle la rotondité de la Vénus hottentote, n'est pas du style : c'est article de modes ; et je ne suis que vrai en disant qu'il y a plus de style dans un aphorisme d'Hippocrate, dans une formule du droit romain, dans tel vers de Corneille, de Racine, de Molière, dans un proverbe de Sancho Pança, que dans tous les romans de M""" Sand.

Je crois inutile de multiplier davantage les exemples. Ce serait à redire sans cesse les mêmes choses : il me faudrait montrer toujours la femme, quand une fois la manie d'égaliié et d'émancipation s'est emparée de son esprit, pourchassée par cette manie comme par un spectre, envieuse de notre sexe, contemptrice du sien, ne rêvant pour elle-même qu'une loi d'exception qui lui confère, entre ses pareilles, les privilèges politiques et sociaux de la virilité ; si elle est dévote, se retirant en Dieu et dans son égoïsme ; si elle est mondaine, saisie par l'amour et en épuisant honteusement toutes les fantaisies et les figures ; si elle écrit, montant sur des échasses, enflant sa voix et se faisant un style de fabrique, où ne se trouve ni la pensée originale de l'homme, ni l'image de cette pensée gracieusement réfléchie par la femme ; si elle fait un roman, racontant ses propres faiblesses ; si elle s'ingère de philosopher, incapable d'embrasser fortement un sujet, de le creuser, de le déduire, d'en faire une synthèse ; mettant

dans son impuissance métaphysique ses aperçus en bouts de phrase ; si elle se mêle de politique, excitant par ses commérages les colères et envenimant les haines.

A toutes les époques, les femmes se sont fait une place dans la littérature ; c'est leur droit et c'est notre bien, je suis loin de le méconnaître. Leur mission peut se définir : Vulgarisation de la science et de l'art par le sentiment, progrès de la justice par le juste amour, qui est le mariage. Qu'elles restent fidèles à ce programme : de brillants succès les attendent, et la reconnaissance des hommes ne leur manquera pas.

Mais la femme libre, la femme messie, exprimant la subordination de l'idée à l'idéal, de la Justice à l'amour, cette créature-là n'existe pas : c'est un mythe, qui, comme tant d'autres fictions de la prescience humaine, doit être renversé pour être vrai ; pris au sens littéral, ce n'est plus, comme la prostituée de Babylone, qu'un emblème d'immoralité et de dégradation.

TABLE DES MVHÈRES

Introduction 5

Influence de Vêlement féminin sur les mœurs et la

littérature française 27

J.-J. Rousseau 3o

Béranger 3!\

M. DE Lamartine 4o

M"^ Roland 60

Charlotte Corday 65

M'"^ DE Staël 68

]\£me jXecKER DE SaUSSURE 74

Mf"« George S and . 83

Poitiers. — Société iranyaise d'iujiuiuierje.

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Charles MAL î: '^ * ^

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