‹ Les femmelinsChapitre 25 sur 28 · MADAME >'ECKER DE SAUSSURE · texte numérisé non relu

MADAME >'ECKER DE SAUSSURE

séquence, le comprend si peu qu'elle attribue la duplicité de la femme à sa servitude ; de sorte qu'au lieu d'un coupable nous en avons deux, la femme menteuse et l'homme tyran. Quelle psychologie !

« Cependant, ajoute notre institutrice, ses sentiments sont plus vifs, plus indestructibles, moins sujets à être refroidis par les sophismes que ceux de l'homme. »

Pourquoi cela encore ? M'"® Xecker, qui a vu le fait, n'en découvre pas mieux la raison. C'est qu'un esprit qui n'enchaîne pas ses idées est par là même plus difficile à entraîner par la série dialectique ; d'où résulte que la femme semble têtue, comme on l'a dit de tout temps, obstinée, indocile, tandis que tout son crime estde vouloir ramener cette certitude théorétique, à laquelle son intelligence répugne, à l'évidence de l'intuition. Pauvre femme !

Suit chez l'auteur une enfdade de lieux communs sur le despotisme de ces méchants sujets d'hommes, qui font, par la tyrannie de leur volonté, perdre la franchise et la sincérité aux femmes. Voilà toute la la philosophie de ^l^^ Necker : mauvaise humeur, dénigrement. L'homme est ceci, la femme est cela ; mélange de vertus et de vices, les premières données par le Saint-Esprit, les secondes contractées par la suggestion du diable. Tandis que M™® Necker, sévère aristarque, accuse la faiblesse de la raison chez les femmes, elle ne s'aperçoit pas qu'elle raisonne constamment en femme, et c'est ce qui m'indispose

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contre elle. De quoi se mêle-t-elle, femme, de pouvoir raisonner comme un homme ? J'aimerais autant qu'elle jurât comme un charretier.

Ainsi, elle convient de l'inégalité intellectuelle des sexes. « Mais, ajoute-t-elle, cette inégalité n'est pas aussi grande qu'on croit. » — Eh I madame, si peu que rien, c'est l'infini. Il en est ici de l'intelligence comme de la justification. Pour peu que l'homme ait par lui-même d'énergie justifiante, il a la sainteté ; pour peu (ju'il ait de force de conception, il a la science ; dans l'un et l'autre cas, il n'est pas déchu : c'est fait de votre religion. Or, la femme n'ayant de soi ni la justification, ni la conception ou le génie, serait positivement déchue, si elle n'était rachetée par son compagnon. Qu'avez- vous à répondre à cela ?

« La femme est naturellement plus religieuse que l'homme. »

Certes, oui ; pensez-vous lui faire de cette religion un titre à l'égalité ?

« Les femmes aiment immensément ; elles aiment depuis l'enfance jusqu'à la vieillesse, sans désirer d'autre honheur que celui d'aimer. Le mouvement du cœur n'est jamais suspendu chez elles. »

Pour cela encore, vous dites vrai : la femme est tout amour. Mais d'abord ne confondons pas cet amour immense, tel qu'il s'observe chez la femme naturelle ou émancipée, et qui n'est autre que lasciveté pure, avec ce qu'il devient sous le regard de 1 homme par la transfiguration conjugale. Puis, mettez-vous

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