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qualités brillantes j femme du monde ou souveraine, elle eût également fixé tous les yeux 5 entraîné tous les cœurs.
Elle conserva dans le haut rang, où l'appella le sort de son second époux, la simplicité de mœurs dans lesquelles elle avait été élevée. Seulement elle donna un cours plus libre à son imagination naturellement vive et enjouée; elle s'adonna entièrement à son goût pour la dissipation et la prodigalité. Joséphine aimait les plaisirs, son cœur était de feu ; mais, au sein des voluptés, elle répandait à pleines mains les bienfaits sur des malheureux. »
On sait que des raisons politiques qui servaient les vues ambitieuses de Napoléon , l'avaient fait contracter son hymen avec la veuve de Beauharnais. 11 n'eut d'abord pour elle qu'un profond mépris , qu'il déguisait sous le masque d'une froide politesse j il négligeait sa société sous le prétexte des travaux auxquels il se livrait. Mais bientôt Joséphine charma son sévère époux* elle déploya à ses yeux les grâces de la beauté , fît
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valoir un esprit profond et cultivé , et parvint à se rendre entièrement maîtresse des mouvemens d'une âme que l'ambition agitait.
Depuis ce temps, l'empereur conserva pour cette épouse, un respect et une amitié qu'aucune sensation nouvelle ne put altérer. 11 fut amoureux d'une autre femme, et la première fut toujours présente à son cœur. Joséphine, avec beaucoup d'esprit et desavoir, manquait entièrement de caractère et d'ambition -j c'est sans doute ce qui l'empêcha d'avoir une grande influence. L'impératrice C* ne se mêlait des affaires de l'état que lorsque
son époux daignait prendre ses avis, qu'il trouva quelquefois justes et raisonnables. Le peuple le savait , et jamais il ne fit partager à son aimable souveraine les imprécations dont il accabla souvent le despote.
Si les femmes n'ont pas, sous tous les règnes, une influence marquée sur les mœurs et les choses de l'état, elles ont toujours partiellement un empire qui console quelquefois l'humanité des fureurs de ses maîtres.
Tefle
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Telle fut la généreuse princesse que la France vit assise quel(|ue temps sur le plus brillant des trônes.
Avant son hymen avec Napoléon , Joséphine eut des relations avec Hoche et le directeur Barras; et , si l'histoire a conservé le souvenir de ses dissipations, c'est que la bienfaisance et la vertu la plus pure en ont encore rempli tous les instans. Les prisons s'ouvrirent à sa voix protectrice: elle arracha des mains d'un décemvirat soupçonneux les malheureux qu'égaraient de funestes opinions politiques. Elle cherchait l'indigence, et la soulageait avec cette douceur et cette noble simplicité qui ajoutent encore au bienfait.
Le premier consul était à Saint-Cloud; il méditait le crime politique qui ensanglanta, l'aurore de son règne. Un Bourbon venait d'être arrêté et plongé dans les cachots de Vincennes j de nombreux courriers apportaient d'instans en instans les irrésolutions du conseil chargé de le trouver coupable. Trois fois Joséphine se jeta aux pieds de son époux j trois fois le prcn. 26
mier consul la repoussa. Ses larmes , ses supplications ne purent toucher son cœur.
ÎNapoléon , qui s'était montré inexorable dans cette circonstance fatale, laissa à d'autres époques fléchir sa sévérité. Joséphine sama du trépas des prétendus conspirateurs , et , après leur élargissement , pourvut encore à leur existence. L'empereur connaissait trop bien le cœur humain pour ne pas redouter l'influence des vertus de son épouse j aussi l'éloigna-t-il constamment des affaires. Il voulait se faire admirer et craindre , et non se faire aimer.
Le temps était arrivé où la fortune ouvrait au chef des Français la porte des triomphes. Les souverains les plus superbes s'étaient abaissés devant ses aigles. Ses soldats , accoutumés à vaincre avec lui, répondaient des succès, en le voyant à leur tête. Tant de eloire. tant de bonheur, les flatteries ^e quelques hommes serviles , le silence d'un peuple étonnéqui ressemblait à l'amour, tout enivra d'orgueil l'àme naturellement fière de JNapoléon. Bientôt les leçons que sa tendre épouse lui donnait quelquefois
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lui déplurent. Joséphine portait aux pieds de son trône les vœux que le peuple formait pour la paix Elle parlait à son
époux de prudence et de félicité j elle cherchait à faire passer dans son cœur les douces sensations qu'elle éprouvait. Ce furent autant de fautes qui lui ravirent son ancienne influence.
On voit que le caractère de l'impératrice ne pouvait imposer au siècle aucune variation. Le sort des femmes ne changea pas j il était impossible qu'il changeât.
Le nom de Joséphine , adoré à la cour , était béni dans toute la France. Les Français , qui s'abandonnent facilement à une confiance aveugle , excusaient les erreurs d'un trône que partageait cette femme chérie. Les impôts se payaient sans murmure, les armées s'augmentaient tous les ans de la fleur de la population ; et le règne de l'impératrice suspendit le courroux national que ]Xa[)oléon vit bientôt éclater, quand, séparé de son épouse, il fut abandonné par la prospérité.
LE DIVORCE (i).
De nouvelles victoires venaient d'illustrer les armées françaises j le géant des combats était salué à son retour par de vives acclamations. Tout respirait sur son passage l'allégresse et l'amour y mais la gloire ne suffisait pas seule au cœur du héros , l'habitude d'entendre et de voir une épouse adorée s'y faisait vivementsentir. Avant de rentrer dans les murs de Paris, il voulait se dérober quelques jours encore aux pompes triomphales qu'on lui préparait , et il ordonna à sa suite de se diriger sur Fontaineljleau.
C'est là que Joséphine se retirait ordinairement pendant les absences de son époux -^ c'est là qu'elle attendait son retour , et qu'elle déployait , au milieu d'une cour peu nombreuse , toute la douceur de son heureux caractère. Par une fatalité singulière , l'impératrice n'était point au château ,
(i) 11 est inutile de prëvenir le lecteur que tous les (Ic^lails de celte anecdote ne sont pas historiques.
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quand Napoléon y entra lui-même. Jaloux de causer une tendre surprise à son épouse, il avait pressé son retour. Il arrivait sans être attendu , sans qu'aucun bruit ne l'eût précédé.
a L'impératrice n'est pas ici! «Telles furent les seules paroles du vainqueur de Vienne. Ces redoutables mots contenaient cependant un arrêt qui ne tarda pas d'être exécuté. On chercherait vainement comment les petitesses peuvent souiller une âme magnanime et généreuse. L'homme , accoutumé à réussir dans tout , l'homme dans l'éclat de la gloire, sent son cœur se briser devant la plus légère opposition à ses désirs ; ce qui n'est que l'effet du hasard ou d'un innocent oubli prend à ses yeux le caractère grave d'une offense que son orgueil humilié punit toujours d'une manière trop cruelle.
Napoléon, irrité, sait dérober aux yeux de ses courtisans le trouble qui l'agite: il ordonne iVoidement qu'on prépare son appartement. 11 travaille quelques heures ; mais, dévoré par une secrète inquiétude , il aban-
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donne son ouvrage, se promène à grands pas.... il croit entendre le bruit d'une voiture.... il s'arrête.... il s'est trompé. L'empereur passe ainsi plusieurs heures dans une agitation douloureuse.... Pendant ce temps, il a déjà pris plusieurs résolutions funestes à son épouse. Dans ce déplorable état , où l'honneur combat contre son cœur, où il ne trouve que trop le moyen d'étouffer en lui ses plus chères affections , Napoléon lève par hasard les yeux... ils se remplissent de larmes àla vue d'un portrait de Joséphine..,. Il pleure celui de qui le nom terrible enchaîne trente peuples ; il pleure celui que cent batailles n'ont pas même fait tressaillir, il pleure devant l'image d'une femme qu'il abreuva jadis de froideurs et d'injures! Son âme nepeut rester insensible ... il aime; mais il se croit outragé , et déjà sa vengeance est arrêtée.
La tendre Joséphine accourait avec quelques femmes aimables , pour oubliera Font^ainebleau les ennuis du grand monde , et se montrer toujours bonne, compatissante , aimable , telle enfin qu'elle sortit des mains
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delà nature. Des gardes placés à l'entrée du palais, de jeunes aidès-de-camp essuyanten riantla poussière de leur chaussure, des courriers arrivant ou partant, enfin tout l'attirail du voyage d'un souverain s'offrit à ses yeux. Elle s'élance de sa voiture et vole vers l'appartement de son époux. L'empereur la reçut avec un front sévère : une ancienne habitude lui fît seule ouvrir ses bras à Joséphine. « Ah ! sire , lui dit-elle rayonnante » de joie, vous avez plutôt gagné une ba- )) taille , qu'on ne trouve l'expression pour )) vous en féliciter.... — Je vous rends grây> ces de votre empressement , madame , )) répondit l'empereur ». A ces mots, Joséphine pâlit ', son imagination , frappée de terreur , sembla déjà voir se réaliser l'avenir.
Napoléon donna, un instant après,l'ordre de retourner à Pans. Trop aimante pour ne pas s'apercevoir du courroux de son époux , n)aistrop fuie pourlui en demander la cause, Joséphine le suivait en tremblant.
Depuis ce jour funeste , la cour des Tuile-
ries porta l'empreinte de la tristesse des augustes époux. Les courtisans incertains calculaient leurs démarches et leurs regards sur ceux de l'empereur ; les femmes plaignaient l'impératrice.
Rarement Napoléon recherchait la société de la bien-airaée des Français. 11 était devenu sombre et rêveur • peut-être déjà il méditait les vastes projets qui firent écrouler son trône. Les passions de l'âme influent trop sur l'existence , pour ne pascroire que l'empereur, tourpienté par elles, ne se soit laissé entraîner par le délire d'une imaginalion fatiguée.
Entourée de quelques fidèles amies , Joséphine passait les jours dans la douleur , et Lt nuit elle versait des pleurs sur sa couche solitaire. Fière d'être la compagne d'un grand homme , son indifférence l'accablait. Yainement elle espéra quelquefois retrouver, dans les yeux de son époux , ce tendre intérêt et cette confiance qui faisaient le charme de leur hymen.... Vainement elle cherchait à le rappeler par ces mots , ces agace-
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1 les dont les femmes connaissent bien tout l'empire, le triste Napoléon ne faisait que reculer sa vengeance.
Un jour que fatigué de discussions diplomatiques avec un ambassadeur étranger, Napoléon se dirigeait macliinaleraent vers l'appartement de son épouse, il entendit les accords d'un piano. La voix de l'impératrice frappe bientôt son oreille , et il entendit chanter la romance suivante :
« L'aii'ain , dans les champs de carnage , » Depuis long-temps a cessé de gémir ; » Je ne vois pas celui dont je partage , » Et la couronne et l'illustre avenir.
» Ali ! dans son cœur , dans sa mémoire , » Qui donc a pu me remplacer un jour?.... M II ne vient plus le fils de la Victoire , )> Se délasser dans les bras de l'Amour.
■>■) Quand de ces palmes triomphales , » Mes mains devaient parer son front vainqueur, » Je dédaignais de superbes rivales ; » Ce jour cruel dévoile mon erreur !
» Hélas ! ébloui de sa gloire ,
» De rois vaincus il veut former sa cour
» Ah ! réponds-moi , viens , fils de la Victoire , » Viens , dans tes fers tu mets aussi l'Amour.
^lO LES FEMME S,
» Eu vain , de ma lyre tremblante , » Les tristes sons de'coulent affaiblis j » Dans ce palais , épouse , reine , amante , » Il faut mourir sans honneurs, sans amis,...
» Mais j'entends la sévère histoire,
» Et je frémis en quittant ce séjour
» Que des Français, le fils de la Victoire , » En me perdant , ne perde pas l'amour !
A ces mots, Napoléon ému entre précipitamment, et l'impératrice tombe évanouie dans les bras de ses femmes.
Joséphine revient à elle: son époux pressait ses mains dans les siennes; il la regardait avec intérêt... Douce émotion, prélude d'un heureux triomphe!... L'empereur traite Joséphine avec la tendre familiarité des beaux jours de l'hymen... (( Qui,lui dit-il, qui donc a pu te dicter des chants aussi douloureux ? — C'est toi, c'est ton indifférence que je ne puis plus supporter. Que t'ai-je fait , mon ami? — Ah !... combien les temps sont changés!... que de pleurs je prévois en arrêtant les tiennes!... — Grand Dieu! que signifie ce langage?... — C'en est fait Joséphine, il faut parler...» L'impératrice pâlit, une sueur froide coule de son front; elle attend en frémis-
LES FE M MES, 4ll
sant... Napoléon fait un signe, etles illustres époux restent seuls.
L'empereur donne les marques de la plus violente émotion. Il se promène à grands pas , il soupire quelquefois en regardant Joséphine qui fixe sur la terre ses yeux humides. Enfin, Napoléon rompt le premier ce douloureux silence, a Madame, dit-il , en » saisissant la main de son épouse , quand le )) destin et les vœux des Français m'appelè- » rent au trône , je contractai avec ce peu- )) pie des engagemens solennels. L'heure de » les accomplir est arrivée... Quelque juge- )) ment qu'on porte sur moi dans la suite, la y> sincérité de mon âme suffit à ma consola- » tion. J'aime les Français, je chéris cette na- M tiondehérosà qui je dois tant de trophées! » Ah! madame... ma Joséphine !...»
Le grand homme s'arrête à ces mots : une crainte involontaire semble glacer ses paroles sur ses lèvres. Une larme roule dans ses yeux.... puis il continue d'une voix altérée : « Il faut nous séparer... Tu frémis, ô ma )) chère compagne! Regarde ton époux, et » vois combien ces mots terribles m'ont
4l2 LES FEMMES.
» coûté... Oui... l'empire demande à mon » sang un héritier, qui fixe dans ma famille » des droits que me donna le peuple... O Jo- )) séphine!.., et toi aussi je t'aime... ))
L'impératrice gardait un morne silence : une grande pensée l'agitait; le souhait inattendu de son époux avait suspendu tous ses organes; mais bientôt elle se ranime, elle regarde Napoléon, et dit avec fermeté:
« Sire, ce n'est point les honneurs du trône » que je chérissais en vous.... J'ai admiré vo- )) tre gloire , j'ai joui des louanges méritées » qu'elle vous attira. Quand je fus unie au » plus grand des hommes , il était cependant » loin de prévoir encore ses hautes desti-
)) nées... je lésai long-temps partagées
» Sire, vous daignâtes souvent sourire à )) votre épouse, et vous voulez l'abandon- )) ner!... Si le sort de la patrie dépend de » mon malheur , de ma vie même, je n'hé- » siterai pas à me sacrifier : ordonnez, sire, et » Joséphine sera fière d'être utile à la Fran- » ce )). — « Je comptais sur de tels senti- )) mens... Mon amie... mon épouse... — Ah î )) je veux l'être toujours... Les hommes ne
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)) peuvent détruire ce que le ciel a pris soin » de former ; l'huile sainte a coulé sur ma » tête!...» L'empereur regarde son épouse avec cet œilde feu, noble marque d'un génie supérieur. On a beau s'attendre à l'héroïsme , une grande âme lui paye toujours son tribut.
Le lendemain, un ordre de l'empereur rassemble le sénat, les députés du peuple et les grands de l'empire. Il monte sur son trône; Joséphine, calme et résignée s'assied auprès de lui. ce Français! dit-elle... » A ce mot, une vive rougeur colore ses joues, le plus grand silence règne dans l'assemblée.... Elle s'arrête un instant, elle semble consulter son cœur pour y puiser de nouvelles forces, et continue ainsi : « Le » ciel m'est témoin que le bonheur de notre 33 patrie est mon vœu le plus cher , ce vœu » sacré doit étouffer en moi les plus tendres )) affections.... L'épouse de l'empereur doit » lui donner des fils , et la nature me ravit » cet espoir enchanteur : je dépose entre )) vos mains le titre glorieux d'impératrice » et de compagne de Napoléon... Français,
4l4 I. rs FEMMES.
» appréciez mes seiitimens, et je mourrai i:> sans douleur... » Elle dit... sa voix expire sur sa bouche-, un murmure d'enthousiasme
et de regrets accompagne son discours
«Non, madame, s'écrie l'empereurj non, vous î) êtes trop chère à mon peuple pourn'être )) plus sa souveraine; en cessant de m'appar- » tenir par les liens à qui je dus long- temps )) la félicité , vous ne cesserez pas d'être mon » amie , vous ne cesserez pas d'appartenir à 53 l'état; vous serez toujours la mère de cette » grande famille que je porte dans mon
)) cœur » Ainsi parle Napoléon ; et son
épouse émue signe en tremblant l'acte qui la sépare à jamais du plus grand des mortels!...
11 fallut à Joséphine un certain courage , une certaine élévation d'âme , pour abandonner ainsi le titre qui flattait le plus son orgueil et son amour. Elle vécut depuis dans la retraite, où la suivirent la reconnaissance des malheureux qu'elle avait soulagés et l'estime des Français qui attachèrent de grands désastres à cette triste séparation, O voix du peuple! î !...
LES FEMMES. 4l5
Tu reposes maintenant dans la tombe , illustre souveraine 5 l'infortuné vient quelquefois verser sur ta cendre les larmes du regret. Ton souvenir ne mourra pas dans l'âme des Français j et toutes les fois qu'un heureux destin fixera la vertu sur le trône, ton nom sera prononcé. Ton nom brille sur nos grands monumens , ton nom est écrit dans nos cœurs. Tu ne dois pas ces faillies éloges à la voix intéressée des partis -, elle part d'une plume encore libre , qui ne flatta jamais les vices des grands et qui se consacre à la vérité. Au retour d'un long exil , le meilleur des rois honora ta mémoire j et moi, malgré de vils calomniateurs , je baiserai la pierre qui couvre ta dépouille mortelle.
Madame de Staël.
Plusieurs femmes se sont illustrées dans les lettres sous le règne que nous décrivons. La fille de Necker tient parmi elles un rang distingué.
Elle reçut de la nature , avec une âme forte , un grand caractère , une imagina-
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tion brillante ; ses écrits sont pleins d'images et de mouvemens sublimes. Son style n'est cependant pas toujours pur, et elle n'a pu se garder de l'apparence du pédantisme vers lequel penchent toutes les femmes qui ont de l'érudition.
Madame de Staël a peu fait pour les mœurs-, et sous ce dernier rapport, une femme qu'on met en parallèle avec elle, et dont je ne parlerai qu'avec discrétion, parce qu'elle vit encor, lui est infiniment supérieure. Elle visa trop à prouver ses profondes connaissances , et perdit ainsi en raisonnemens et en science , les grâces de son esprit et les charmes de son imagination.
Cependant les premiers essais de madame de Staël furent reçus du public avec enthousiasme : bientôt elle fut entourée d'une brillante réputation. Elle se forma une cour , où l'on jugeait en dernier ressort toutes les matières de goût. Ses manières agréables , sa politesse et sa bonté naturelle lui méritaient une estime générale.
L'envie qui s'attache toujours au génie,
qui
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qui cherche à lui créer des torts , répandit souvent sur la vie de cette femme célèbre tout le venin de ses poisons. La véritable gloire dissipa cette fumée de la calomnie, et madame de Staël doit briller à jamais de son éclat le plus pur.
Cet écrivain connaissait trop son siècle pour travailler à sa réforme : madame de Staël vit bien que ce torrent ne pourra s'arrêter que lorsque les sources qui l'alimentent seront desséchées. Elle n'aimait pas les mœurs nouvelles; mais elle jugea sans doute que le temps seul pouvait les corriger. INous ne parlerons pas de sa conduite privée : malheureux celui qui , dévoilant le secret de familles ^ s'expose à calomnier , en présentant souvent sous un faux jour les choses les plus innocentes.
Madame de Staël , qui a fait des mémoires politiques , n'était pas étrangère à l'esprit de ces grandes discussions. Elle voulait la liberté du peuple : elle parla souvent de ce droit iQiprcscriptiI:)le et sacré avec l'enthousiasme poétique , et la force de la raison. Cependant die penchait pour l'avlsto- 11. 27
4l8 LES FEMMES.
cratie , peut-être par faiblesse pour son raiîg, ou par une suite de contradictions continuelles, qui marquent l'existence de toutes les femmes.
L'auteur de Corinne donna dans ses écrits quelques preuves de sa haute estime pour Napoléon -y cependant elle fut dans la suite infidèle à ce premier penchant de son àme. Elle avait eu dans sa Jeunesse des liaisons avec le général Bernadotte , qui crut devoir trahir par héroïsme sa patrie et son bienfaiteur. On assure qu'à l'époque *oii une coalition formidable menaça la France, et finit ensuite par renverser du trône le pins glorieux des despotes , madame de Staël fut en correspondance réglée avec le prince royal de Suède. C'est elle qui l'affermit dans le projet d'abandonner nos armes , et qui prépara par l'influence de ses raisonnemens et de son esprit la défection de Bernadotte,
L'événement a justifié les prédictions politiques de madame de Staël: Napoléon est toml)é , et la Siukle obéit encore avec joie au Français ([ui la gouverne. Je ne pro-
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noHcerai pas si, dans cette circonstance, les conseils de cette femme furent glorieux ou coupables. La raison servait l'amitié ^ il y avait un peu d'orgueil et de présomption dans cette obligeance. Chacun cherchait déjà la place où il devait frapper Napoléon , et madame de Staël crut peut-être encore honorable de contribuer à sa chute.
Quoi qu'il en soit , les femmes lisent avec avidité tout ce qui est sorti de la plume riche et féconde de cet écrivain recommandable. Sa réputation est si vaste , et , dans ses dernières années , son influence sur l'opinion publique fut si grande , que toutes les femmes de l'Europe la proclament la gloire de leur sexe.
Bonne mère , épouse chérie , amie sincère, auteur célèbre*, la place de maJaine de Staël est marquée dans la postérité.
Madame Campan.
L'homme, qui voulait façonner la génération qui paraissait sous son règne , avait trop de génie politique pour ne pas faire
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de l'instruction publique un objet d'importante sollicitude. 11 avait institué les lycées où les jeunes Français puisaient au sein de l'étude des habitudes toutes guerrières. Leur esprit ne se nourrissait que d'idées de conquête. Partagés en cohortes , ils marchaient au son du tambour ; on trompait leur cœur , on corrompait leur raison. On ne leur parlait que du souverain, et jamais de la patrie. Le nom du prince était même dans les livres où l'on apprend les premiers préceptes de la religion , et l'amour pour l'empereur était devenu un article de foi. Les prêtres prêchaient cette
morale , et depuis ! Mais hâtons-nous
de rentrer dans un sujet moins fertile en regrets , en crimes , en belles actions, et cjui laisse l'àme se reposer sur des objets séduisans et chéris.
On sentait à cette époque combien l'éducation des femmes en France était vicieuseon essaya plusieurs fois d'y porter quehjue remède; mais ces vains palliatifs ne sont rien pour l'avenir. Napoléon conçut l'idée à la fois noble et généreuse d'ouvrir un asile
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aux filles de ceux qui n'avaient qu'une pauvreté anoblie par l'étoile des braves. On mit à la tête de cette institution madame
Carapan Tout ce que le mensonge et
la calomnie ont de plus infâme a depuis été épuisé sur cette infortunée , qui , admise quelquefois dans l'intimité de l'empereur , ne profita de la faveur que pour dire la vérité , et solliciter du pouvoir des actes honorables.
Madame Campan vit encore ; je ne ferai donc ici ni son panégyrique ni sa critique. Je me bornerai à ne parler d'elle (jue pouice qui rappelle l'institution des demoiselles de la Légion-d'honneur.
Elle porta dans cette maison un esprit de sagesse et d'ordre qui cessa d'être admiré , lorsque le fondateur ne fut plus heureux. Elle s'appliquait à donner à ses élèves beau- . coup d'enthousiasme pour la gloire et les belles actions. Destinées à être les compagnes de héros , ces idées devaient encore rendrez leurs époux plus giandsà leurs yeux, et plus chers à leurs cœurs. On commença doiio alors adonner à l'éducation des femmes "un
caractère coufornie aux mœurs. Napoléon \isitait souvent cet utile établissement -, l'arclncliancelier de l'empire pouvait seul y pénétrer ^ la plus sévère morale en excluait tous les autres hommes ; et les princes du sang n'y paraissaient que sur une permission expresse de l'empereur.
Ah ! j'ai besoin de défendre ici l'héritage de la victoire. De vils calomniateurs ont appelé cette maison un nouveau Parc aux cerfs ! Combien de coeurs généreux ont gémi de cette affreuse accusation! Combien de vieux guerriers ont versé sur leurs lauriers des larmes de douleur ! Non , le vainqueur de Marengo n'avait point une Ame aussi basse* non, il n'entra jamais dans sa pensée d'avilir un sang qui devait fonder la noblesse de son nouvel empire : c'est ainsi que, pour flatter les passions d'un moment, on outrage à la fois tout ce que la gloire et la nature ont de plus précieux.
I/institutrice de la maison de la Légiond'honneur n'aura donc jamais aux yeux de 1 homme impassibleet vertueux que le caractère d'une femme justement appelée à régir
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une fondation mémorable et digne d'un grand peuple. Elle conserva dans ce poste difficile ce qui sauva la monarchie de nos pères , ce qui sauvera toujours la France ,
l'honneur !
Marie-Louise,
Quand la nouvelle impératrice parut à h< cour , on prit sa timidité pour quelque chose de moins flatteur. La fille des Césars montait sur le premier trône du monde avec trop peu de grâces, selon les habitans du grand monde , et elle succédait à luie femme trop aimée , selon le peuple.
Marie -Louise avait alors dix-huit ans.
À la simplicité de son âge , elle unissait luie majesté et une noblesse digne du haut rang où le sort l'avait fait naître. Elle était bonne , douce , prévenante, aimable, et l'on remarquait bientôt en elle , quand elle s'al)an<lonnait à la conversation , une justesse d'esprit presque étrangère à son sexe , et surtout à sa jeunesse.
JNapoléorj aima cette épouse : l'attrait de la nouveauté , l'orgueil de posséder le sang d'une illustre famille l'enflammèrent quel-
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que temps. L'impératrice était souvent froide et silencieuse ; elle savait allier la dignité du trône à la candeur de son âge. Cette femme aurait pu avoir sur son époux un empire absolu j mais la force de son caractère avait été polie par une éducation qui ne laissait en elle aucun principe d'ambition. L'empereur affecta pour sa nouvelle moitié une jalousie ridicule ; il la laissait presque vivre seule, aucun homme ne pouvait lui parler ; mais tout cela était dans les goûts de Marie-Louise, qui se trouvait heureuse dans la société de quelques femmes charmantes dont l'empereur l'avait entourée.
Ainsi , l'impératrice ]\Iarie , plus capable que Joséphine de décider d'une question d'état, plus sévère, plus raisonnable qu'elle^ jouit d'une influence infiniment moindre.
Les mœurs de la cour changèrent ( du moins en apparence ) avec la nouvelle souveraine. L'empereur montrait le plus grand respect pour son épouse. Il était parfois galant avec les autres femmes . et la politesse sembla revivre quelque temps dans les lieuj; où elle prit naissance.
ISous l'avons dit en commençant cette notice, le sort des femmes ne pouvait changer sous un maître aussi absolu que l'était Napoléon. Ce dernier s'occupait plutôt à former les manières que les moeurs de son peuple. 11 méprisait les femmes ; il était quelquefois poli , mais toujours discret avec elles. 11 ne domina donc point sur le siècle par leur moyen , et , le premier, il voulut changer les Français sans associer les femmes à ses desseins.
Ce n'est peut-être pas un mal que l'esprit de politesse ait été un peu détruit par la révolution. Les femmes furent jadis parmi nous de bien cruels tyrans j elles asservirent nos faibles monarques , et portèrent la révolte et le trouble dans l'état. Je voudrais que l'empire des femmes fût uniquement privé j que dans le sein des familles elles donnent aux mœurs une pente vers la douceur , qu'eUes président aux actions de leurs enfans , et leurs droits deviendront plus cliers et plus sacrés. Le pouvoir des femmes conduit à la mollesse , la mollesseminç lentement les empires 3 et chez un peuple
aussi ardent , aussi impétueux que les Français , combien leur influence extrême serait dangereuse !
Mais ne privons pas cette belle moitié du genre humain des droits que lui assignent ses grâces , ses vertus et même ses défauts. L'éducation des femmes devient un objet de la plus grande importance ; cependant on s'en occupe peu-, et quand une jeune personne sait lire des romans , écrire des billets voluptueux , danser et chanter, c'est une jeune personne accomplie. Ah î c'est ainsi que la corruption fait parmi nous des progrès effrayans ! A quoi sert-il que les esprits deviennent sages , si les cœurs s'avilissent ? Les femmes , par leur nature , influent sur l'existence morale , leurs manières deviennent bientôt les manières des nations : un gouvernement protecteur ne saurait donc trop se hâter de jeter sur leur sort des regards paternels. Tels sont les vœux que nous formons pour les femmes.
Un règne de vertu succède à un règne de gloire : ces êtres charmans qui nous donnent la vie , et sont chargés du soin de
rembellir , ne peuvent y rester étrangers. Femmes , si, dans le cours de ces faibles essais , nous avons quelquefois dit trop sévèrement la vérité, loin de vous en alarmer, cherchez dans vos cœurs la racine des maux que nous signalons : rien n'est impossible à votre sexe j aucun héroïsme ne peut l'étonner. Pour nous , en ajoutant à ces annales de vos grandes actions et de vos mœars, nous nous croirons suis du succès , si vous nous accordez un sourire.
F lis.
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