‹ Les femmesChapitre 19 sur 20 · N O T E S. ^JJ · texte numérisé non relu

N O T E S. ^JJ

Des petits garçoiis , au nombre de cinq , après avoir été lavés et parfuniés, portaient chacun une torche allumée en l'honneur des cinq divinités du mariage , Jupiter , Junon, Vénus, Diane et Suada, déesse de la persuasion. Deux enfans conduisaient la mariée dans la maison de son époux, et l'on portait derrièi-e elle une quenouille , un fuseau et un coffre qui renfermait sa toilette. Lorsqu'elle arrivait à la porte , qu'elle trouvait ornée de guirlande , de fleurs et de verdure, on lui présentait du feu et de l'eau , et on lui demandait en même temps son nom. A cette question , la mariée répondait Caïa ; c'est-à-dire qu'elle promettait d'imiter la fameuse Caïa Çicilia , qui s'é— tait fait une grande réputation par ses vertus domestiques et conjugales. Avant qu'elle entrât dans la maison , on arrosait la fiancée d'eau lustrale, afin que son mari la trouvât dans toute sa pureté. Elle posait aussi sur la porte un morcau d'étoffe de laine , et la frottait avec de l'huile ou la giviisse de quelque animal. On la poi'tait ensuite dans la maison , parce que les augures prétendaient qu'il lui arriverait malheur si elle touchait imprudemment le seuil de la porte. Immédiatement après, on

436 iV o T E s.

présentait à la nouvelle épouse toutes les clefs de la maison , et pour siège une peau de mouton qui n'était point tondue , afin de l'avertir qu'elle devait dorénavant s'en servir pour fabriquer les vêtemens de sa famille. Dès que les deux époux étaient rentrés dans leur chambre , le marié jetait des noix aux petits enfans, avant que la compagnie se retirât, et les hommes chantaient des vers pour prévenir l'effet des charmes et des sortilèges.

Pour ménager la modestie de l'épouse , on ne* laissait point de lumière dans la chambre nuptiale , et cette précaution pouvait également empêcher que le marié n'apei'çût les imperfections corporelles de son épouse.

Le lendemain , le marié donnait un repas. La nouvelle épouse y paraissait avec lui sur le lit nuptial , et le traitait publiquement avec une familiarité qui n'annonçait point le regret d'avoir perdu sa virginité. Elle mettait ordinairement si peu de réserve dans sa conversation , que lorsqu'en d'autres circonstances une femme parlait indécemment , on disait proverbialement à Rome : Elle parle comme une yiouvelle m^ariée.

A Rome, un époux , qui trouvait sa femme

en adultère , pouvait disposer de sa vie. De son côté , un enfant posthume de dix mois pouvait être reconnu , si la mère le voulait , et l'empereur Adrien étendit à onze mois cette inexplicable indulgence.

Il est assez piquant d'observer que les Barbares , qui renversèrent l'empire romain , avaient à peu près les mêmes mœurs relativement aux femmes. Ils mariaient leurs vierges sous des pavillons en signe de modestie , et les veuves en plein air.

Chez les anciens , les mariages se firent long-temps sans le ministère des prêtres ; on se mariait dans les cours de justice en présence des magistrats et des parens. Enfin Scier , cinquième évêque, qui occupa le siège de Saint- Pierre , imagina qu'il donnerait plus de poid^ au clergé , en le faisant intervenir dans un nœud solennel , et publia qu'aucune femme ne pourrait, à l'avenir, être légitimement mariée que par un prêtre.

Selon quelques auteurs, sous Cromwel même, en Angleterre , les juges de paix mariaient sans l'intervention du clergé. A la restauration de Charles II , les prêtres reprirent le

droit de cc'lébrer les maiiagesj mais je ne puis gaianlii- ce fait.

Dans les temps les plus recul(^s, il paraît que le mariage consistait dans la vente d'une femme à un homme. J'ai dit plus haut , dans les noies , que la pièce d'argent ou d'or , que l'on donne encore à la mariée , rappelle celte ancienne coutume. La polygamie et le concubinage reconnus furent la première base de tous ces genres de tyrannie des hommes euvers les femmes. Celte tyrannie fut employée sous mille rapports, et la jalousie ne fit que l'augmenter. On voit chez les Hindous utie recherche d'inquiétude rare sur ce point. Quand un mari quittait sa femme pour quelqvie temps , ils tressaient ensemble deux branches de reteni. Si, à son relour , la tresse était resiée intacte, l'époux se croyait sûr de la fidélité de sa fennne 5 mais s'il y avait aperçu le moindre dérangement , il la châtiait de la manière la plus cruelle. Elle alh'guait en vain les preuves les plus fortes de son innocence , même les témoins les plus véridiques.

S'il fiut en croire quelques anciens auteurs , les Egyptiens , en contractant un mariage ,

promeltaierit d'obéir à leur épouse ; ce qui ferait présumer que les femmes avaient , chez ces peuples , la grande voix dans la législation, puisqu'elles ont obtenu ce privilège extraor^ diuaire. Les femmes des îles Marianne le possèdent av( '• plus d'étendue. Tous les meubles^ nstensilf^'" de la maison leur appartiennent exclusivement, et le mari ne peut en disposer qu'avec la permission de son épouse. S'il est querelleur, opiniâtre ou dérangé dans sa conduite, elle est autorisée à le punir ou à l'abandonner. Si son mari la surprend en adultère, il peut immoler le galant, mais il ne lui est pas permis de maltraiter sa femine ; si , au contraire , c'est le mari qui est convaincu , sa femme a le droit de lui infliger tel châti-^ ment qu'elle juge à propos; et pour exécuter sa vengeance, elle assemble toutes les femmes du voisinage. Armées de lances , et coiffées de bonnets de leurs maris , elles s'avancent vers l'habitation du coupable, arrachent ses planlalions, saccagent ses grains, et après avoir fait le dégât en dehors, elles entrent comme des furies dans la maison qu'elles détruisent. Malheur au maître s'il n'a pas eu le temps de prendre la fuite : mais quand mêmeime Icni-

44o NOTES.

lîie n'aurail pas à se plaindre de son mari, lorsqu'il cesse de lui plaire , elle se plaint à ses parens , et leur déclare qu'elle ne veut plus vivre avec lui.

Un écrivain du dernier siècle prétend que , lorsque le Grand Seigneur donne sa soeur ou sa fille en mariage , il leur adresse le discours suivant : « Je vous donne cet homme, pour )) qu'il soit à l'avenir votre esclave ; et s'il lui » arrive de vous offenser ou de vous désobéir , » abattez-lui la tête avec ce cimeterre » . Cet auteur ajoute que la princesse porte toujours ce sabre à son côté , comme un symbole de son autorité.

Dans d'autres pays , les lois autorisent les maris à punir eux-mêmes l'inconstance de leurs femmes. En Suède , en Danemarck , le mari qui surprenait sa femme en adultère, pouvait impunément la tuer , et ravir au séducteur les moyens de retomber dans sa faute. Parmi quelques tribus de Tartares , les maris sacrifiaient souvent la vie de leurs femmes au plus léger soupçon d'infidélité ; et il n'en fallait pas davantage à quelques chefs orientaux pour faire enterrer jusqu'au menton leurs femmes et leurs concubines , qui mouraient dans

NOTES, 44l

une longue et douloureuse agonie. Lorsque le Grand Seigneur soupçonne quelqu'une de ses femmes, il la fait coudre dans un sac et jeter dans un canal. Chez les Germains , lorsque le mari surprenait sa femme en adultère, il lui coupait les cheveux , la chassait toute nue hors de sa maison , et la poursuivait à coups de fouet dans les rues de la ville. Les Chinois , dont le sentiment d'honneur est moins vif , vendent flegmatiquement leurs épouses infidèles à des marchands d'esclaves ; dans la Louisiane , au Pégu , à Siam , à Camboge , et dans la Cochinchine , l'adultère est , au contraire , une distinction honorable. Leshabitans offrent: leurs épouses aux étrangers , et s'offensent du refus de s'en servir , comme d'une insulte faite aux chai'mes de leurs femmes.

Hérodote fait mention d'un peuple nommé Gendanes , dont les femmes faisaient gloire de leur impudicité. L'usage de leur pays les autorisait à ajouter un falbala ou bordure à leur vêtement , pour chaque nouvel amant qui sacrifiait avec elle au dieu de Cythère; et celle qui portait le plus grand nombre de ces boidures , était la plus enviée de son sexe et la plus admirée du nôtre.

Si cet usage révolte à la fois et la raison el la décence , au moins avait-il une sorte decoriséquence qu'on ne trouve pas dans la conduite des hommes de ce siècle, qui eniployenl lous les genres de séduction pour corrompi-e les femmes j en passant leur vie à les calomnier.

Fin des ISoies (la deuxième Volume.

Page 1