NYMPHES DE LA SOURCE DES DIAMANTS, A LOANGO
Une semaine avant la solennité, on les enferme dans une case, où elles font une sorte de retraite et sont soumises à des préparations intimes. Le grand jour arrivé, on les débarrasse du rouge dont elles sont enduites de la tête à la ceinture, et on les orne de leurs plus beaux bijoux. Ainsi parées, elles sont hissées sur une sorte de pavois et promenées en grande pompe de factorerie en factorerie, escortées de leurs compagnes plus jeunes et plus âgées, qui les suivent en poussant des cris, en battant du tambour et jouant de la flûte. Toute la bande, brandissant des ombrelles ou des parapluies écarlates, abreuvée à chaque station, finit par être complètement ivre. Gela dure jusqu'à ce que l'héroïne de la fête ait trouvé un amateur blanc qui veuille bien la prendre comme épouse, pour une nuit.
Le lendemain, dès l'aube, la famille se présente pour réclamer le matabiche, c'est-à-dire le cadeau, proportionné à la générosité de l'épouseur : ça ne dépasse généralement pas la somme de trois francs cinquante à cent sous,, en étoffes ou marchandises.
Comme vous pouvez juger, ces sortes de faveurs sont bien moins ruineuses que celles de
nos étoiles d'Opéra, avec cet avantage, inestimable pour l'amateur de fruits verts, qu'il s'agit ici le plus souvent de véritables vierges. Cette dernière qualité me paraît assez peu prisée des noirs et ne semble pas auprès d'eux être une recommandation, au contraire.
Je ne suis pas bégueule, et je ne voudrais pas faire le moraliste; mais, franchement, ce qui me surprend dans cette fête des calebasses, en pleine station civilisée et sur un point en contact perpétuel avec la France et l'Europe, c'est de voir se perpétuer cyniquement et effrontément cette apothéose de la prostitution.
Nous voyons les administrateurs, magistrats et notables négociants de l'endroit, s'accorder à trouver la chose toute simple et encourager cette bacchanale aussi stupide que grossière.
Il est vrai, pourrait-on me répondre avec une certaine raison, que celte façon d'offrir sa virginité en holocauste n'est peut être pas plus extraordinaire que l'exhibition et le trimballage de nos mariées vêtues de blanc et couronnées de lis, qu'on accompagne, après bombance, jusqu'au bord de la couche nuptiale.
Les cérémonies qui précèdent le sacrifice en