‹ Les femmes au CongoChapitre 15 sur 42 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Femmes bacougnies, bacongos, batékès. — Mme Tali et sa famille. — Générosité des chefs. — Zélingoma, les Bacotas. je deviens juge de paix. — Les jugements.

Durant la première partie de l'expédition que je fis sur le Niari, en compagnie démon excellent ami, le capitaine Baratier, nous ne rencontrâmes que peu de femmes, lesquelles étaient absolument sauvages : quelques-unes même allaient entièrement nues. Peu séduisantes et peu encourageantes, ces naturelles ne m'ont laissé dans l'esprit qu'un souvenir plutôt maussade. Toutes ces Bacougnies, Bacongos, Batékès, Mayombas sont très inférieures aux filles loangos. Il est vrai de dire que leur vie dans la brousse et la iorêt est peu faite pour développer ou conserver les charmes qu'elles pourraient avoir reçus de la

nature. Les femmes de toutes races, à l'instar des fleurs, ont besoin de soins et de culture; elles ne sont pas faites pour les travaux rudes. La nature, en les créant plus délicates que l'homme, semble leur avoir assigné un rôle moins dur. Elles ont assez des souffrances et inconvénients de la maternité, sans y ajouter celles du labeur forcé. Malheureusement, chez les barbares et les primitifs, leur état de faiblesse consacre leur infériorité et en fait des esclaves dont on abuse le plus souvent.

Donc, sur notre nouvelle route, peu ou point de femmes : de pauvres brutes à l'air farouche, faisant les corvées, portant les fardeaux en même temps que leurs enfants; elles sont moins maltraitées pourtant que les femmes arabes, que leurs maîtres rouent de coups. Le noir n'est pas foncièrement méchant, et j'ai même cru remarquer dans certaines contrées que la femme n'était pas du tout, malheureuse. Il est vrai d'ajouter que dans ces contrées-là elle était beaucoup plus agréable de forme, mais aussi plus facile de mœurs.

Est-ce que par hasard la vertu serait toujours

NIARI, FEMMES BACOUGNIES.

un peu le résultat d'une contrainte?... J'aime mieux croire le contraire.

Les souffrances sur le Xiari ne furent donc compensées, en dehors de ses splendides paysages par aucun autre charme des yeux. La seule créature à peu près potable que nous ayions rencontrée fut la femme du vieux chef Tali, au village de M'Tigny, sur la rivière du même nom : elle n'était vraiment pas mal tournée, surtout si on la compare à son gorille d'époux, lequel donnait assez l'idée d'un vieux chiffonnier, affublé qu'il 'était de guenilles européennes. Le vieux coquin, tout perclus et tout rhumatisant, s'offrait une compagne n'ayant pas plus de quatorze à quinze printemps, non compris ses autres épouses; tout comme Abraham et les vénérables patriarches de la Bible.

Il ne manqua pas du reste de nous réclamer le fameux élixir demandé par tous les chefs nègres, élixir qui rend la voix aux aphones et leur permet d'être encore présentables à leurs compagnes. Comme me disait le docteur F... : « Ils en crèvent le plus souvent, mais quelle belle mort! »

Après le gentil minois de Mmc Tali, nos regards

furent sevrés pour longtemps de visages aimables. Pour mon compte personnel, je ne devais plus en revoir avant Zélingoma; je mets de côté, bien entendu, les affreuses guenons, frottées d'huile de palme, dont je fis la rencontre en traversant la forêt, pour arriver à ce poste. Ça dépasse tout ce qu'on peut rêver en fait de repoussoir ; et en pareil cas le vœu de chasteté apparaît comme une ressource ineffable.

Ce qu'il y a de peu récréatif, c'est la facilité avec laquelle ces aimables personnes vous sont offertes! par leurs seigneurs et maîtres. On est obligé > d'opposer les résistances les plus acharnées pour; se débarrasser des solliciteurs qui les pousseraient j volontiers jusque dans vos bras. On en a le frisson rien qu'au souvenir. C'est le cas de s'écrier | avec le poète : « 0 amour, que de formes tu revêts pour nous attirer dans tes pièges.... »

Zélingomaî souvenir à la fois triste et gai, plutôt triste : la fièvre, la chasse, les émotions de toutes sortes; une vie étrange et nouvelle, mêlée d'aventures burlesques et sinistres.

Ici j'ai réellement commencé à vivre avec les;

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