‹ Les femmes au CongoChapitre 2 sur 42 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Le mot de Samba. — Les mulâtresses. — Les méfaits de nos Sénégalais et le palabre. — La légende du gorille. — Le chef aveugle.

Combien de fois, depuis mon retour du Congo, ne m'a-t-on pas posé cette question : « Et les femmes? » question le plus souvent accompagnée d'un petit clignement d'œil significatif, qui voulait être à la fois fin, scrutateur, voire un peu .. comment dirais-je?... folichon.

Eh bien, chers lecteurs et lectrices, sachez d'abord ceci pour votre gouverne : sous la zone torride, les pauvres Européens sentent rapidement se calmer leur enthousiasme à l'endroit du beau sexe, et les prouesses dans le genre sont

plutôt rares. La chaleur, la fièvre, les fatigues de toutes sortes (je parle au moins pour les explorateurs en marche) ont bien vite raison des tempéraments les plus fougueux, des imaginations les plus montées.

Par conséquent, méfiez-vous des conteurs d'exploits amoureux, aux colonies. Il y a peut-être des exceptions, mais elles sont rares.

J'aurais pu ajouter aussi, pour répondre à la question « Et les femmes? » mon Dieu, les femmes, cest à peu près comme partout; mais cette réponse eût dépassé ma pensée et peut-être offensé la légitime susceptibilité de nos jolies blanches. Pourtant, je déclare avoir rencontré nombre de négresses qui auraient pu répondre orgueilleusement, comme dans le Cantique des cantiques: Nigra sum, sed formosci (je suis noire, mais je suis belle) ; et, s'il n'y a pas de comparaison possible entre nos dames civilisées et les sauvagesses du Congo et de l'Oubanghi, en revanche beaucoup de nos paysannes n'ont certes ni la grâce, ni même la finesse d'épiderme de certaines indigènes du Cassai ou de la Sangha. Je ne parle pas des femmes métisses ou mulâtresses de la côte; il y en a d'admirablement belles.

Quant à la couleur, j'affirme également que j'ai vu sur le continent africain des créatures, d'un ton d'or pâle ou même de cuivre rouge, dont la peau pouvait lutter, comme finesse de grain et comme satiné, avec les peaux blanches les plus délicates ; on trouve même des beautés ayant le foncé du plus bel ébène ; et puis, pourrais-je enfin ajouter, comme argument péremptoire et sans appel : « La femme noire, c'est autre chose »; c'est bien là la grande affaire, et le mot peut être mis en pendant de celui de Samba, le Sénégalais de Marchand, que celui-ci avait mené à Paris et présenté dans tous les milieux demimondains : comme ses camarades le questionnaient à propos des fameuses blanches, les Parisiennes, le nègre s'écria, les dents éclatantes et les yeux écarquillés : « Oh! cest bien plus meilleur! »

Ce qui par exemple demeure sans comparaison possible chez nos femmes d'Europe, c'est leur chevelure, dont le soyeux, la souplesse et les tons merveilleux s'échantillonnent depuis le noir éclatant de l'aile du corbeau jusqu'aux tresses les plus délicieusement blondes ; quels splendides diadèmes! et faut-il qu'il y ait des femmes assez

sottes ou assez dépravées pour se les couper.

Il est encore une erreur, une calomnie qu'il faut dissiper : la négresse, affirme-t-on, exhale une mauvaise odeur, et sa peau est huileuse.

Ces inconvénients sont tout à fait exceptionnels, exactement comme chez nous : la plupart des femmes noires ont au contraire un petit goût de noisette, qui est plutôt agréable. Elles déclarent, du reste, quand on leur reproche leur prétendue odeur, que nous autres blancs nous sentons le mort. La riposte vaut l'attaque.

On peut, pour clôturer ce débat, avancer sans crainte d'être contredit, qu'en été les chambrées de nos fantassins, retour de revue, ne sentent pas précisément la violette et que la gendarmerie a acquis une réputation légendaire qu'aucune senteur exotique ne saurait détrôner.

Je vais vous présenter mes types d'Africaines dans Tordre où ils me sont apparus sur la route que j'ai suivie.

C'est à Dakar que j'ai aperçu les premières femmes de couleur, négresses et mulâtresses, toutes pittoresquement vêtues d'étoffes éclatantes et parées de bijoux bien appropriés à leurs physionomies. Les sang-mêlées, avec leur teint

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