SYDOME J)K FLAVÀHCOURT
mais la maladresse ; et philosophe à la façon du Pyrronien .
qui dit que ce qui ne se voit pas , n'est pas.
La contemplation intérieure dans laquelle madame de Flavancourt était plongée, se termina par une crise nerveuse qui amena quelques larmes au bord de ses paupières attendries ; elle jeta un coup d'œil autour d'elle , vit tous les apprêts de son voyage , et résolut d'anéantir les souvenirs qui l'attachaient à l'homme qu'elle aimait encore. Mais, avant de brûler les lettres de M. de Navailles, elle voulut les relire une dernière fois, comme elle avait voulu, quelques heures avant , lui dire un dernier adieu . Elle se leva , en proie à une émotion indéfinissable , et prit le coffret qui contenait ses trésors ; elle l'ouvrit , et chercha au fond la première lettre de Maxime , cette première lettre d'amour, la seule qui ne s'oublie jamais. La marquise fondit en larmes à cette lecture ; elle tomba à genoux devant le feu, et, dans son délire, elle jeta tout dans les flammes ; puis , à la vue de ces lettres embrasées , de cet amour perdu , dont il n'allait plus rester qu'un peu de cendre, son sang reflua vers son cœur, et elle tomba évanouie sur le marbre de son foyer.
Quand sa femme de chambre entra chez elle quelques minutes après, il était déjà trop tard ; le feu avait pris à la robe de gaze de la marquise , et cette pauvre créature était morte étouffée sans jeter un seul cri.
Le soir , aux Italiens , il y eut beaucoup de monde dans la loge de madame Beaujé : on s'y entretenait de l'événement du matin, qui occupait déjà tout Paris.
« Savez-vous , madame , disait sérieusement M. de Candore à la vicomtesse, que cela est très-effrayant , el que le feu peut être demain aux quatre coins de Paris, si toutes les
>VI)()Mi: DE PLAVANCOURT. ITT)
remmes délaissées imaginent de suivie l'exemple de la marquise.
-Oh! rassurez - vous , mon cher duc, répondit lad) Flessing, les femmes ont trouvé le secret de n'être plus abandonnées : elles quittent les premières.
- De notre temps, il n'en était pas ainsi, reprit M. de Candore avec un tendre soupir. » Puis il ajouta : « Enfin , madame de Klavancourt est morte sur le bûcher comme les adorables enfants de la belle Asie. J'aurais cru plus facile d'en taire une femme d'esprit qu'une femme de cœur. ><
Lady Flessing l'arrêta et lui dit en souriant :
« Les veuves du Malabar se civilisent. Le Grand-Esprit leur en a donné un peu. Elles ne se brûlent plus. »
Madame de Beaujé termina cette conversation par un mol cruel : »
» Pauvre Sydonie! dit -elle tristement, elle a péri dans l'incendie qu'elle avait voulu éteindre ! N'est-ce pas le cas de rappeler ce mot si vrai de Pascal : « Il y a des gens qui se damnent bêlement. »
Ce fui l'oraison funèbre de Sydonie.