SM)OME DE FLAVANCOURT
frisson mortel qu'elle ne fut pas maltresse de réprimer. M. de
N;i\ ailles sentit le fluide électrique qui courut sur le brusque la marquise avait posé sur le sien , et il la regarda avec une curiosité inquiète. L'orage était près d'éclater ; les forces de madame de Flavancourt s'épuisaient dans la lutte. Maxime l'entraîna rapidement dans le salon d'attente, et s'échappa dès qu'il eut entendu annoncer sa voiture.
Aucun des détails de cette scène n'échappa aux regards avides des amies de madame de Flavancourt. Elles ne regrettèrent qu'une chose, c'est qu'elle eût été si courte. Le monde , qui est sans pitié pour ceux qui ne le trompent pas , n'épargna ni la marquise, ni Maxime. Quelques âmes charitables voulurent même ouvrir les yeux à la duchesse de Rigenstein ; mais une réflexion soudaine vint arrêter les révélations. On craignit, en faisant rompre le mariage de M. de Navailles , de le voir se rattacher à madame de Flavancourt. Ce triomphe possible effraya les amies de la marquise. Elles furent obligées, comme Pénélope, de détruire leur ouvrage : et cette soirée n'enleva à M. de Navailles aucune de ses espérances de fortune.
Madame de Flavancourt rentra chez elle anéantie ; elle se jeta dans un fauteuil, au coin du feu, et tomba dans une contemplation muette. Celle femme avait été mal jugée. Elle avait commis , il est vrai , une faute que rien ne peut excuser aux yeux du monde; mais son plus grand tort avait été de le dédaigner. Le monde ne pardonne guère au bonheur, surtout à celui qu'on cherche en dehors de ses lois et de ses exigences. Il veut bien qu'on le trompe; mais il veut que ce ne soit ni au soleil , ni à la clarté des bougies. Il est moral à la. façon de la vieille Sparte, qui ne punissait pas le crime.