SCENE II
LA MÈRE, LE FRÈRE, dix-huit ans environ; pâle comme sa blouse. .11 entre silencieusement et va au buffet.
la mère. Trois jours sans rentrer ? Où étais-tu ? le frère. Je travaillais au pont.
LA MÈRE. La nuit aussi? | Le frère ne répond pas).
Comme tu as chaud, mon cher fils ! viens ici que je t'essuie la figure.
le frère. Finis donc.
la mère. Tu sais, mon ami, le bonheur qui nous est arrivé...
le frère. Où est le vin ?
la mère. Ta sœur a été nommée rosière.
LE FRÈRE, haussant les épaules. Que malheur !
la mère. Tu penses si j'ai remercié le bon Dieu! Notre Thérèse, la plus sage de la commune !
le frère. C'est flatteur pour les autres.
la mère. Tu vas mettre ta redingote; je t'ai repassé une chemise.
le frère. A cause? Je ne m'habille pas le dimanche, c'est trop commun.
la mère. Mais il faut que tu conduises ta sœur la mairie.
le frère. Qu'est-ce qui a dit ça ?
la mère. C'est M. Bersalotte, l'adjoint, qui est venu hier chez nous.
LE FRÈRE. C'est tout Ce qu'il paye? (Il prend sa casquette et se dispose à sortir.)
la mère. Auguste! où vas-tu?
le frère. Jouer au tonneau.
la mère. Ne fais pas affront à ta sœur ; accompagne-la, je t'en prie.
le frère. Merci ! Pour qu'on m'embête encore au chantier, comme on fait depuis trois jours. J*en ai assez, des rosières.
la mère. Oh? mon fils, un si grand honneur...
le frère. Laisse donc; de la comédie en bâton!
la mère. Auguste, mon cher enfant, va mettre ta redingote.
le frère. Eh ! je l'ai vendue.
LA MÈRE. Ah !
le frère. Adieu, maman, (ii sort.)
LA MÈRE, un moment interdite. Allons je n'ai pas le
temps de pleurer.