‹ Les femmesChapitre 13 sur 72 · LA MÈRE, LA ROSIÈRE · texte numérisé non relu

LA MÈRE, LA ROSIÈRE

la rosière. Eh bien, qu'est-ce que tu fais donc, maman? Voilà une heure que je t'appelle. Tu n'entends jamais quand on a besoin de toi.

la mère, en extase. Belle comme une reine !

la rosière. Ma robe a craqué à l'épaule; il a fallu y faire un point. Gomme c'est agréable!

la mère. Gela ne se voit pas, je t'assure... Mais embrasse-moi donc, ma Thérèse !

la rosière. Voyons, ne me touche pas; tu vas toute me salir. Où est papa?

la mère. Il est sorti.

la rosière. Et Auguste ?

LA MÈRE, embarrassée. Auguste aussi.

la rosière. Tous les deux. ! Qui est-ce qui m'accompagnera alors ?

la mère. Dame !... moi,. mon enfant.

la rosière. C'est pour rire, n'est-ce pas?

la mère. Il faut bien que ce soit quelqu'un, puisque ton père et ton frère...

la rosière. Et avec quoi t'habilleras-tu ? Tu n'as seulement pas de bonnet à te mettre.

la mère. J'ai ma robe verte.

la rosière. Elle est propre, ta robe verte ! Tu veux donc me faire honte?

la mère. Ma chère fille, on sait que nous ne sommes pas riches ; c'est connu.

la rosière. C'est connu ici ; mais il viendra beaucoup de monde de Paris. Qu'est-ce qu'on dirait en te voyant à côté de moi ?

la mère. On dirait que je suis ta mère. Une mère n'a pas besoin de coquetterie.

la rosière. Tu crois cela? Non, maman, reste. Il est nécessaire qu'il y ait quelqu'un pour garder la maison.

la mère. Mais je veux te voir couronner, moi !

la rosière. Je t'apporterai ma couronne. Je te la donnerai. Tu pourras la serrer dans ta commode.

LA MÈRE, joignant les mains. Je t'en prie...

la rosière. Sois raisonnable; cela ne se peut pas.

(On entend les cloches.)

la mère. Ah! j'ai ma robe de noce!

la rosière. Je l'ai donnée l'autre jour à la petite

Maria pour sa première communion. Est-ce que je ne te l'avais pas dit?

la mère. Tu... as donné ma robe de noce?

la rosière. Une guenille!

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