LA MÈRE, LA ROSIÈRE
la rosière. Eh bien, qu'est-ce que tu fais donc, maman? Voilà une heure que je t'appelle. Tu n'entends jamais quand on a besoin de toi.
la mère, en extase. Belle comme une reine !
la rosière. Ma robe a craqué à l'épaule; il a fallu y faire un point. Gomme c'est agréable!
la mère. Gela ne se voit pas, je t'assure... Mais embrasse-moi donc, ma Thérèse !
la rosière. Voyons, ne me touche pas; tu vas toute me salir. Où est papa?
la mère. Il est sorti.
la rosière. Et Auguste ?
LA MÈRE, embarrassée. Auguste aussi.
la rosière. Tous les deux. ! Qui est-ce qui m'accompagnera alors ?
la mère. Dame !... moi,. mon enfant.
la rosière. C'est pour rire, n'est-ce pas?
la mère. Il faut bien que ce soit quelqu'un, puisque ton père et ton frère...
la rosière. Et avec quoi t'habilleras-tu ? Tu n'as seulement pas de bonnet à te mettre.
la mère. J'ai ma robe verte.
la rosière. Elle est propre, ta robe verte ! Tu veux donc me faire honte?
la mère. Ma chère fille, on sait que nous ne sommes pas riches ; c'est connu.
la rosière. C'est connu ici ; mais il viendra beaucoup de monde de Paris. Qu'est-ce qu'on dirait en te voyant à côté de moi ?
la mère. On dirait que je suis ta mère. Une mère n'a pas besoin de coquetterie.
la rosière. Tu crois cela? Non, maman, reste. Il est nécessaire qu'il y ait quelqu'un pour garder la maison.
la mère. Mais je veux te voir couronner, moi !
la rosière. Je t'apporterai ma couronne. Je te la donnerai. Tu pourras la serrer dans ta commode.
LA MÈRE, joignant les mains. Je t'en prie...
la rosière. Sois raisonnable; cela ne se peut pas.
(On entend les cloches.)
la mère. Ah! j'ai ma robe de noce!
la rosière. Je l'ai donnée l'autre jour à la petite
Maria pour sa première communion. Est-ce que je ne te l'avais pas dit?
la mère. Tu... as donné ma robe de noce?
la rosière. Une guenille!