‹ Les femmesChapitre 24 sur 72 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Le théâtre représente un café, à Paris. Les quatre personnages ci-dessus y sont groupés autour d'un bol de punch, après un dîner excellent. Les têtes sont un peu échauffées.

cazenave. Gomment ! vous ne connaissez pas Toulouse?

(1)11 me fallait une ville de. province pour les besoins de cette esquisse. Je n'ai pas choisi Toulouse, de préférence à une autre, avec l'intention de ridiculiser spécialement ses habitants; je l'ai prise précisément parce que je ne la connais pas, que je n'y suis jamais allé, espérant échapper de la sorte à des suppositions de satire trop directe. (Note de l'auteur.)

moi. Non, monsieur, à mon grand regret. cazenave. Est-ce possible ! — Dis donc, Roucoumille; monsieur n'a jamais vu Toulouse.

boûcoumille. Oh ! ! !

cazenave. II faut absolument que vous nous fassiez l'honneur de venir y passer quelque temps.

roucoumille. Vous ne pouvez pas vous en dispenser.

diomède. Vous n'avez pas le droit de vivre sans connaître Toulouse. — Garçon! un autre bol de punch !

cazenave. Nous serons heureux de vous y offrir une hospitalité qui ne soit pas trop indigne de vous.

moi. Merci, messieurs, merci...

cazenave. Nous ne sommes que de petites gens auprès de vous autres Parisiens, mais enfin, quand nous voulons nous mêler de faire les choses... N'estce pas, Roucoumille?

roucoumille. Fiez-vous à Cazenave : il sait traiter son monde.

moi. Je suis aussi touché qu'embarrassé de ces témoignages de cordialité.

diomède. Eh bien , vous seriez bien bon d'y mettre

LES INVITEURS. 107

des façons; on voit bien que vous ne nous connaissez pas. — A votre santé !

MOI. A la Vôtre, monsieur. (On choque les verres, et l'on boit.)

cazenave. Voyons, quand venez-vous à Toulouse?

roucoumille. Oui, quand partez-vous? ditesnous ça.

moi. Mais... je ne sais pas... aussitôt que je le pourrai.

roucoumille. Pourquoi pas tout de suite?

cazenave. C'est justement la saison des bécassines.

moi. Gela m'est impossible en ce moment.

diomède. Allons, faites un sacrifice. Que diable ! vous n'êtes pas tellement retenu à Paris !

moi. Mais si, je vous assure. Tout ce que je peux

vous promettre, pour répondre à vos charmantes

instances...

cazenave. Ah!

diomède. Ecoutons !

moi . C'est d'aller à Toulouse le printemps prochai n .

ROUCOUMILLE, d'un ton désappointé. Dans six mois !

cazenave» Au moins, est-ce une affaire bien entendue ?

108 LES FEMMES QUI FONT DES SCENES. DIOMÈDE, sur un air de basse. Bien Convenue?

moi. Oh ! j'y engage ma parole.

roucoumille. A la bonne heure ! Vous verrez une ville comme vous n'en avez jamais vue.

diomède. Ce n'est pas Paris... c'est autre chose.

cazenave. Je me charge de vous montrer toutes nos curiosités ; et nous n'en manquons pas !

diomède. Moi, les monuments ne sont pas mon fort , mais je vous ferai manger d'un poisson unique au monde, et boire d'un certain vin. . . Dis donc, Roucoumille, le vin de l'avocat !

roucoumille. Ah ! oui! le vin de l'avocat !

cazenave. Oh ! le vin de l'avocat !

diomède. Il faudra le mener aussi chez le père Morel, un restaurant de Clémence Isaure. C'est là qu'on fait de bons repas.

cazenave. Nous lui ferons faire la connaissance de Constantin.

roucoumille. C'est une idée I

cazenave. Vous verrez un bon garçon, sans pose, tout franc, tout rond... pas bête cependant.

diomède. Qui, bête? Constantin! Je crois bien qu'il n'est pas bête !

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