LA SCENE DANS LA RUE
le mari. Sans doute. — Ne te retourne donc pas comme cela...
la femme. Çà, une femme mariée, çà?
le mari. Le mariage luit pour tout le monde.
la femme. Pourquoi essayer de me faire prendre le change, Alphonse ?
le mari. Quel change?
la femme. Cette femme n'est pas la femme de ton ami; cela saute aux yeux. C'est une de tes anciennes maîtresses.
le mari. Allons, bon !
la femme. Ose soutenir le contraire : je t'ai vu changer de couleur en l'apercevant.
le mari. Par exemple !
la femme. Je ne t'aurais pas cru capable, moi étant à ton bras, de saluer une n'importe qui.
le mari. Mais je t'affirme...
la femme. Du reste, je ne t'en fais pas mon compliment : de gros yeux, de grands pieds, et quelle tournure ! Un sac de pommes de terre !
le mari. Caroline...
la femme. C'est une indignité! Laissez-moi; je veux rentrer seule.
LE MARI. Es-tU folle?
la femme. Voyons, laissez-moi, vous dis-je. Qu'estce que cela vous fait que je m'en aille? Vous serez plus libre pour aller retrouver cette personne. Croyezvous que je n'ai pas surpris le coup d'œil qu'elle vous a lancé? Me prenez-vous pour une aveugle ou pour une sotte? Il fait là un joli métier, votre ami.
le mari. Oh !
la femme. Je ne sais qui me retient d'aller souffleter cette effrontée.
le mari. Tu l'étonnerais, pour le moins.
la femme. Après un an de mariage, Alphonse, je n'attendais pas cela de toi !
le mari, perdant patience. — Mais quoi? mais quoi ? mais quoi?
la femme. Encore si tu avais un reproche à me faire! Mais* y a-t-il un mot, un seul, à dire sur ma conduite ?
LE MARI, faisant signe à un cocher de coupé. — Cocher,
êtes-vous libre ? (à sa femme) Monte là-dedans ou je t'assassine !