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IV

Du tendron et de» conteurs d'autrefois

Je ferai remonter la faute jusqu'à La Fontaine et à Boccace, ces corrupteurs de tant de charme et d'esprit.

Les premiers, ils ont appelé l'innocence — un gibier.

Leur œuvre est pleine de moines et de fillettes, festoyant à qui mieux mieux.

Écoutez-les ; ils vous feront croire que rien n'est plus naturel, lorsqu'on rencontre Lise ou Nanette au fond d'un bois, que de — chiffonner leur collerette.

Cela s'appelle aussi de l'Anacréontisme.

Pourquoi les gardes champêtres ont-ils si peu de lecture !

Les vétérans de Cythère ont pris au pied de la lettre les préceptes de La Fontaine ; ils ont fait plus, ils les ont transformés en paroles d'Évangile. Ils seraient hommes à lire naïvement, devant la cour d'assises, pour leur défense : Comment V esprit vient aux filles ou la Clochette.

Je parcourais l'autre jour avec stupeur un de ces recueils échappés aux loisirs d'un homme soi-disant sérieux. Je tombai sur le couplet suivant :

A madame et à mademoiselle N..., qui me demandaient de les comparer au printemps et à Vêlé.

Rose, du printemps est l'image; Elle a sa riante fraîcheur.

Hébé, sous son charmant visage, Versait le nectar enchanteur.

Comme an bouton qui vient de naître Brillent ses appas séduisants.

Puissé-je lui faire connaître Le doux emploi de ses quinze ans !

Pour de telles infamies débitées en vers, on n'a que des sourires et des applaudissements.

Essayez de dire la même chose en prose, toute la famille vous fera sauter par les fenêtres !

Et elle aura bien raison.

Fresque destinée a couvrir les murs du temple de cottyto.

La fresque court, immense, racontant tous les ca-

priées, toutes les inventions des vétérans de Cythère.

Il y en a qui se couvrent d'une peau de dogue et qui marchent à quatre pattes — devant celles qu'ils aiment — en aboyant.

Il y en a qui tendent leur chambre de noir, qui allument des cierges, qui se couchent dans un cercueil, et qui font chanter le De profondis — par Cydalise.

Il y en a qui s'habillent en bébé et à qui il faut absolument donner la bouillie, — sinon leurs larmes et leurs cris dureront jusqu'au matin.

II y en a qui courent, éperdus, et qui sautent sur les meubles, poursuivis par les fanfares d'un cor de chasse.

La fresque court, immense, racontant tous les délires, toutes les habitudes des vétérans de Cythère.

Celui-ci veut rester coloriste quand même; il se pare de plumes de paon, et le voilà qui fait la roue.

Celui-ci est ingénieux, il a de la littérature : il va trouver le matin sa bien-aimée, il lui remet un morceau d'éloquence erotique, qu'il a laborieusement composé, et qu'elle devra apprendre par cœur et lui réciter le soir.

Celui-ci apposte un domestique avec un pistolet chargé.

Celui-ci se contente de moins : d'une chevelure à natter, d'une paire de bottines à cirer...

La fresque court, immense, racontant les déviations de l'intelligence humaine, les désordres, les folies des vétérans de Cythère.

Elle se continue, tantôt compassée et minutieuse comme les séries d'Hogarth, d'autres fois sombre et malsaine comme les cauchemars de Goya.

Elle ne s'arrête ni devant les hontes, ni devant les étidités, ni devant les férocités; — elle plonge dans l'impossible.

Nous ne pouvons la suivre.

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