POURQUOI L'ON AIME LA CAMPAGNE
le coucou. Oui, j'en reconnais un; voilà le passementier qui fait le coin de la rue du Ponceau.
un bluet. Oh ! cette grosse maman qui s'assied sur moi!... Adieu le jour!
un hanneton. On dit que je suis sans malice. J'ai bien envie de me laisser choir dans leur salade.
les bourgeois. Mangeons! mangeons! mangeons! Nous aimons la campagne, parce que la campagne fait trouver le saucisson meilleur.
Buvons! buvons! Nous aimons la campagne, parce que la campagne communique au vin un petit goût suret qui est plein de charmes.
Vive la campagne!
le coucou. Je les reconnais tous.
LX HOMME BARBU, couvert d'une blouse, un gourdin à la main, sur la route de Poissy-lès-Bestiaux.
La belle nuit ! — Le ciel et la terre ne forment plus qu'une vaste tache d'encre; la lune, ma digne complice, s'est creusé une retraite impénétrable au milieu des nuages épaissis.
Seules, quelques étoiles clignotantes tiennent conseil au fond de l'étang.
Mais, avant une heure, le brouillard les aura recouvertes de sa trame glacée.
La belle nuit! — Et le joli trimar!
on peuplier. J'ai frémi sans savoir pourquoi.
un rossignol. Le son de cette voix me fait peur. Distinguez-vous quelque chose ?
un linot. ?son. Il faudrait nous procurer du feu.
un ver-luisant. Du feu? Voilà!
l'homme barbu. Tous les bruits s'apaisent un à un ; on n'entend, par intervalles, que le vent qui s'engouffre et se débat dans les buissons noirs, et le roulement des charrettes attardées.
C'est par ce chemin creux que doit passer le riche Mancheron, qui a vendu aujourd'hui plusieurs paires de bœufs au marché de Poissy, et qui porte son argent dans sa ceinture.
J'aime la campagne.
Je l'aime surtout à l'heure de minuit, l'heure discrète, l'heure du recueillement...
un hibou. Hou! Hou! Houeh!
POURQUOI l/ON AIME LA CAMPAGNE. 193
l'homme barbu. J'ai cru que c'était lui... Comme ce Mancheron est lent a venir !
Pourvu qu'on ne cherche pas à le retenir au Grand Café. Tout serait perdu.
Mais non ; c'est un homme rangé, et qui n'a pas l'habitude de coucher hors de chez lui, — ce dont je le loue hautement.
Patientons un peu, en respirantl'air de la campagne.
J'aime la campagne.
On ne peut plus exercer tranquillement qu'à la
Campagne. (On entend le trot d'un cheval; l'homme barbu se précipite au-devant.)
La bourse ou la vie !
UN VAUDEVILLISTE, errant dans les environs de la Celle-Saint-Cloud, l'air préoccupé.
Non, pas ici.... je serais trop en vue. Inclinons plutôt du côté de ce petit fourré.
UN PIVERT, interrompant ses coups de bec contre un
arbre. Que veut cet homme-là?
un merle. Son air n'est pas méchant.
une alouette. Fuyons! il a deux miroirs sur les yeux !
le merle. Eh non ! c'est une paire de lunettes.
le vaudevilliste. J'aime la campagne... moi, que l'on prend pour un sceptique et pour un corrompu.
Am de la Famille de V Apothicaire.
Comme tant de sages vantés, Je raffole de la campagne.
Pour fuir l'air impur des cités, Souvent je me mets en campagne.
Au théâtre, par mon effort, Je suis fier de mainte campagne.
Si ce couplet n'est pas très-fort, Qu'on me pardonne... A la campagne!
Oh! Oui, j'aime la Campagne! | Jetant les yeux autour de lui.)
le merle. Il tient du papier à la main.
un moineau. Moi qui ai passé mon enfance dans le jardin du Palais-Royal, je suis ce que c'est : c'est un journal.
le vaudevilliste. Hâtons-nous; mes instants sont précieux.
Je suis seul... bien seul...
LE