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L'OEIL, LA DENT ET LE CHEVEU

l'oeil. — Flamme! astre! aurore ! diamant ! j'étais toul cela autrefois. Je resplendissais, je caressais, je foudroyais. Un ange venait dore mes paupières chaque soir, un ange venait les ouvrir chaque matin.

la dent. — Perle ! ivoire ! disaient de moi les poëtes classiques, de moi, la trente-deuxième d'une brigade éblouissante. — Des dents de jeune loup! disaient les poëtes romantiques! — Et comme je savais mordre à toutes les pommes de tous les paradis terrestres.

le cheveu. — Un diadème, lorsque Hélène était coiffée! Une inondation dès qu'elle enlevait son peigne ! Un manteau de roi !- tout le Titien !

l'oeil. — A présent, une ligne bleuâtre s'accuse au-dessous de mes paupières.

la dent. — A présent, les pommes me sont défendues comme des crudités; les cigarettes me sont interdites parce qu'elles altèrent l'émail el qu'elles dessèchent la lèvre.

le cheveu, —-l'étais un cheveu autrefois; à présent, je ne suis plus qu'un tube capillaire. Et la tète

d'Hélène, cette tète digne de tous les hommages et de toutes les adorations, voilà qu'on l'appelle un cuir chevelu. Hélas !

l'oeil. — Hélas !

la dent. — Hélas !

le cheveu. — A qui m'a-t-on associé, justes dieux ! à une natte d'Alsacienne, et à des bandeaux dont j'ignore l'origine !

l'oeil. — Maudite soit cette épingle noircie dont on me blesse tous les jours pour m'allonger!

la dent. — Maudites soient ces petites limes et ces petites brosses qui me font grincer!

le cheveu. — Et ces pinces d'acier auxquelles je n'ai échappé jusqu'ici que par miracle !

l'oeil. — Mon orgueil est vaincu; je sais maintenant comment on pleure.

la dent. —La fluxion n'est plus un mot pour moi : je la sens, elle arrive. — Au secours!

le cheveu. — Éloignez ces eaux, ces huiles, tous ces corrosifs sous lesquels je me tords et me con- • sume. — Au secours!

la dent. — Des élancements ! — Au secours!

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