‹ Les femmesChapitre 55 sur 72 · L ŒIL, LA DENT ET L E CHEVEU · texte numérisé non relu

L ŒIL, LA DENT ET L E CHEVEU

le cheveu. — Plutôt que de voir s'effiler ainsi mon existence misérable, pourquoi n'ai-je pas fait partie de cette dernière mèche qu'Hélène»a donnée il y a un an (on ne la reprendra plus à pareille libéralité !) à ce jeune capitaine qui partait pour la guerre ? Je serais à cette heure enfermé dans un médaillon d'or et abrité sur une chaude poitrine, tandis qu'un jour ou l'autre, ici on me b lavera comme un témoin honteux!

l'œil. — Lin pince-nez, voilà mon avenir.

la dent. — Qu'est-ce donc que ces mots qu'on murmurait hier devant moi : pivots, ligatures, monture en caoutchouc? — « Sans nuire à la mastication, » ajoutait-on.

l'œil. — Eh bien, êtes-vous contents, vous tous qui avez aimé Hélène et qu'Hélène n'a pas aimés! Vous tous, qui vous êtes inutilement roulés à ses pieds et qui avez inutilement crié son nom dans vos fièvres! Nous étions ses complices alors, nous sommes vos vengeurs aujourd'hui.

le cheveu. — Etes-vous satisfaits, vous toutes,

ses rivales, qui pâlissiez à ses côtés, et qui vous irritiez de son inaltérable éclat ! Venez la voir à présent ; l'heure va sonner pour elle, l'heure sans pitié.

la dent. — La déesse va redevenir mortelle. Adieu, Hélène.

l'œil. — Adieu, Hélène.

le cheveu. — Adieu, Hélène.

l'oeil. — Chut! elle étend les bras, et sa bellu gorge se soulève sous le poids de quelque rêve funeste.

le cheveu. — Ses traits expriment l'épouvante...

LA DENT. — Pourquoi donc? [Un silence.)

l'oeil. — C'est que je m'éteins.

la dent. — C'est que je tremble.

le cheveu. '— C'est que je tombe.

Page 1