LES VIEILLES BÊTES
De ce qu'un ne les joue plus, ou de ce qu'on ne les réimprime plus, tout va de mal en pis, l'art est perdu, an abîme est sous nos pieds.
Deux d'entre elles s'abordent dans la cour de l'Institut, — considérée comme passage.
- Comprenez- vous quelque chose à ce qui s'écrit aujourd'hui? demande le père d'un Asdrubal quelconque à l'auteur d'un recueil d'Apologues et (VHéroïdes.
— Moi! s'écrie avec indignation l'interpellé ; est-ce que je lis un seul mot de la littérature actuelle? Je me crèverais les yeux plutôt que de les souiller par ces rapsodies !
— Cependant, il est bon de se tenir au courant...
— Allons donc! est-ce que je ne sais pas à L'AVANCE , tous ce que ces messieurs peuvent dire!!!
Et Ton parle de la critique parfois étourdie des jeunes gens.
Comment qualifier alors la critique aveugle des vieilles bêtes?
Les vieilles bêtes sont presque toujours des méchantes bêtes.
A un moment donné, Cassandre ne reculera devant aucun moyen pour se défaire de Léandre.
Il y avait une fois une vieille bête qui était un oncle, et qui abusait horriblement de ce titre d'oncle pour opprimer un charmant garçon qui était son neveu.
L'oncle habitait la province; il était riche àlard ; il avait maison de ville et maison des champs; il ne faisait rien ; il était célibataire; il restait quatre heures à table. Le soir, il jouait aux cartes avec sa domestique.
Le neveu demeurait à Paris, où il étudiait la médecine. Il était seul et pauvre. Il travaillait et dormait dans un taudis immonde ; il mangeait des choses infâmes dans un cabaret ténébreux. En revanche, il recevait de son oncle une pension ridicule : quelque chose comme soixante francs par mois.
De temps en temps, le neveu écrivait à Tonde :
« Je vous jure sur l'honneur que vos soixante francs sont insuffisants à me faire exister! »