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LES PARISIENS L) U DIMANCHE

Sonnez, mirlitons ! glapissez, fritures ! embaumez, rosiers ! — Soleil, darde tes rayons les plus dorés sur cette foule ! — Voilà les Parisiens du dimanche !

Le soir ce sont des feux d'artifice à tous les bouts de l'horizon. Les bombes du Château-des -Fleurs répondent aux fusées du Château-Rouge. A Grenelle, la tour Malakoff illuminée; la tour Solferino illuminée, à Montmartre. Tout autour de Paris une aveuglante guirlande de bals. L'ouvrier s'en revient, portant triomphalement sur l'épaule son enfant endormi, tandis que la mère, inquiète, les suit, en murmurant de minute en minute : « Tiens-toi bien, Jules ! »

LES VIEILLES BÈTES

Nul au monde plus que moi ne t'environne de respect et d'amour, sainte Vieillesse !

Tu es l'expérience attendrie, la majesté douce, le dernier sourire et le dernier rayon.

Mais nul au monde n'est plus irrévérencieux, plus impitoyable que moi, pour ceux qui te déshonorent ou qui te font ridicule.

Pourquoi les cheveux blancs sauvegarderaient-ils Jocrisse?...

Le nombre des vieilles bêtes est immense, hélas! Je n'en entreprendrai pas une classification complète, à la manière de Linnée; — je n'ai jamais rien fait de complet dans ma vie; je ne commencerai pas par Y Annuaire des vieilles bêtes.

Je me contenterai d'en piquer quelques-unes sur

le papier, et d'appeler mes amis autour d'elles pour en rire.

Un des caractères principaux des vieilles bêtes, c'est leur prétention à l'infaillibilité.

Il semblerait au contraire que l'âge, les événements, les catastrophes, les déceptions, auraient dû leur apprendre à se tenir dans une méfiance et dans une réserve continuelles.

Point du tout.

De même qu'elles ont une ùçon inexorable de mettre leur cravate, les vieilles bêtes ont aussi une façon inexorable de penser.

Leur point de départ est qu'elles rendent des oracles.

Une vieille bête politique, — c'est une des séries les plus abondantes, — se faisait lire le journal, un matin, devant moi.

Le lecteur arrive à un passage important, à l'annonce d'une combinaison ministérielle, dans laquelle entraient plusieurs hommes nouveaux.

La vieille bête soulève un peu la tête, se fait répéter

LES VIEILLES BÈTES. 31ô

les noms, sourit, se renverse dans son fauteuil, en fermant à moitié les paupières, — comme M. de Talleyrand.

Puis, tapant sur sa tabatière en or :

— Ce ministère-là ne durera pas huit jours. Le ministère a duré deux ans.

Je connais une vieille bête qui est habituée de la Comédie française.

Elle estrogue, elle est importante, elle crache avec bruit, elle hausse les épaules à tout propos.

Elle n'aime que le vieux répertoire, les pièces mortes, les auteurs enterrés. Son admiration en est restée à Alexandre Du val. Elle commence cependant à comprendre Scribe et Valérie.

Lorsqu'on joue les Caprices de Marianne, l'Aventurière ou la Fin du roman, la^ vieille bête s'agite dans son fauteuil; elle se tourmente, elle soupire, elle tousse, elle ricane, elle se retourne, elle feint de dormir.

La vieille bête n'admet pas plus les comédiens nou-

veaux que les écrivains nouveaux : elle s'écrie en joignant les mains : — Ah! ma pauvre Dupont, où es-tu? Air? Duchesnois! ah! Armand! ah! Cartigny ! ah! Baptiste!

Un soir, incommodé par le voisinage de la vieille bète, j'essayai de discuter avec elle; je lui représentai poliment que. si parfaite que fût mademoiselle Dupont. j'étais convaincu qir Augustine Brohan pouvait lui être comparée sans désavantage ; que Dressant valait bien Armand, et que Cartigny avait trouvé dans Got un digne successeur.

J'accumulai ainsi pendant quelques minutes les exemples et les comparaisons.

La vieille bête ne trouva rien à me répondre, sinon que j'étais un insolent, — et elle me menaça d'envoyer chercher la garde.

Ah ! voilà comme elles sont, les vieilles bètes littéraires !

Et celles qui ont fait elles-mêmes des ouvrages. dans leur temps, — pièces ou volume-1.

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