LE RENDEZ-VOUS AVEC LE CHAPEAU GRIS-DE-PERLE, ETC
A cinq heures, j'étais dans le passage de TOpéra. Je me laisser aller comme de coutume au courant des évé-. nements; Olympe n'était pas au rendez-vous. Dans Fattente, je m'arrêtai devant le jardin du passage^ lorgnant les fleurs et la bouquetière. Je me retournai bientôt par pressentiment, et je vis le chapeau gris-de-perle, la robe bleu-de-pervenche, les yeux noir-de-corbeau et le sourire rose-pompon; mais tout cela n'était pas à Olympe.
— Il parait, dis-je, que je suis loin d'être au bout de l'aventure.
Du premier regard, j'admirai le pied, le corsage, la figure de la belle inconnue, car tout cela était admirable.
— Madame, murmurai-je en m'inclinant, madame, je reconnais le signalement/
— Ah! c'est vous, monsieur?
Et, sans plus de façons, elle glissa sa main sur mon bras.
— Où allons-nous, madame?
— En vérité, monsieur, je n'en sais plus rien.
— Ni moi non plus. — Vous ctcs merveilleusement belle, madame I - — Vous trouvez? j'en suis bien aise.
Nous arrivions au bout du passage.
— Madame, voulez-vous un bouquet?
— Un bouquet! merci; c'est bon quand on s'ennuie. Je fis avancer un coupé. La belle, après avoir re*
gardé aux alentours, monta lestement. Quand je fus a son côté, elle me demanda où nous allions.
— Qu'importe, madame? avec vous, nous allons à la terre promise.
Elle réfléchit un instant, — puis elle partit d'un bel
édat de rire.
— Cette pauvre Olympe I murmura-t-elle.
Je compris à peu près tout le roman. La dame au chapeau gris-de-perle n'était qu'un chien de chasse.
— Vous la connaissez, madame?
— C'est ma meilleure amie. A propos (remarquez bien l'à-propos), vous ne savez pas? elle doit nous rejoindre à six heures au café de Paris.
— La messagère est trop jolie pour ne pas faire tort au message.
Je mis la tête à la portière. — Cocher, à l'Arc de Triomphe.
Ma voisine eut l'air de me dire : Vous me faites bien de l'honneur I
Le voyage fut des plus amoureux. En arrivant au bois, nous nous savions par cœur. Nous dînâmes si gaiement à Saint-Gloud, que nous résolûmes d'y fixer nos jours.
dâphnis et chloé
Nous passâmes à Saint>Cloud une semaine enchantée; c'est à peine si j'avais le loisir de me ressouvenir iin peu d'Olympe et de Sylvia au milieu de toutes nos joies et de toutes nos fêtes. Nous allions les après-midi nous ébattre comme Daphnis et Chloé sur Therbe odorante du bois, cueillant çà et là des violettes et des baisers, nous aimant de toutes nos forces, en amoureux qui n'ont que peu de jours à vivre de leur amour.