‹ Les femmes comme elles sontChapitre 45 sur 45 · BOUFFÉES DE TEMPS PERDU · texte numérisé non relu

BOUFFÉES DE TEMPS PERDU

Les femmeâ aimées ne meurent pas tout à fait ; elles laissent en nous une parcelle de feu divin, unsouyenir inGni, je ne sais quoi de leur ftme qui palpite en notre cœur. Elles sont la lumière de nos pensées, comme le soleil est la lumière de nos yeux.

Quand on a tu partir pour le cimetière sa mère, 8a sœur, sa femme , on commence à aimer comme une patrie le royaume des ténèbres.

Le pays natal, c'est le pays où l'on a aimé i^a première maîtresse.

Depuis riiôtd Rambouillet , il y a toujours eu , en France, des cercles de beaux esprits, présidés par une femme à la mode. Louis XIV haïssait ces réunions, disant que la cour se répandait dans les hôtels de Paris. En effet, pour beaucoup de monde, les cercles de la duchesse du Maine, de la marquise de Lambert, de ma* dame de Tencin, avaient plus d*altrait que les fêtes iléjà surannées de Versailles. La Révolution française, Louis XIV Ta-t-il pressenti? a commencé dans les cercles, car oii y riait un peu des puissances de la terre; la philosophie et la liberté y avaient leurs coudées franches. Ainsi, chez madame Lenormant d'Étiolés, on rencontrait le vieux Fontenelle, qui ne croyait à rien, pas même à son cœur; Voltaire, jeune encore, armé de tout son esprit pour faire k guerre à ceux dont le règne était de ce monde, surtout aux jésuites; Montesquieu et Maupertuis, nés moqueurs et sceptiques; d'autres esprits bien trempés qui avaient vu le déclin de la royauté et de la religion, quand Louis XIV, près de mourir, avait permis à la veuve de Scarron d'affubler la France d'un san-benito, quand Philippe d'Orléans, né libre, quoique né sur le trône, avait déchiré le masque dans ses saturnales d'empereur romain.

Je ne. suis pas de ceux qui n'aiment pas les préfaces. La préface de la vie, c'est la jeunesse. La préface de

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champs ci moissonne çà et là. Le soir venu, tandis qne les autres s'en reviennent avec la gerbe abondante, elle dédaigne sa récolte et aiguise sa faucille pour le lendemain.

I^s femmes ont de la vertu corame certaines plantes, mais il faut les cueillir pour le savoir.

Sous Louis XV, ce fut le demi-monde qui régna à Versailles; sous Louis XVI, Versailles vint à Paris faire queue à la porte des coquines.

Les coquettes filent leur toile pour prendre les hommes; mais les forts traversent la toile comme les bourdons les toiles d'araignées.

Biilzac était doublé d'une femme, comme GeorgeSand est doublé d'uu homme. i

La vertu de madame*** n'est qu'un fantôme; mais autour d'elle on croit aux fantômes. Qu'il vienne un jour chez elle un amoureux sans supcrslilion, et le fantôme ne se montrera pas.

. La femme qni parle de sa vorta serait désespéré^ d'être prise au mol. Madame*** me disait: « CroirieziFOUS que je lui ai résisté et qu*il m*a plantée là f » Cet homme n'avait eu sans doute pour précepteur que Jean* Jacques Rousseau.

« Et moi aussi, j'ai mon collier de perles, disait une grande coquette : ce sont toutes les larmes que j'ai fait répandre. — Oui , lui disait-on ; mais ces larmeslà ne deviennent des perles iincs que si elles sont rcr cueillies dans les vers des poëtes; ainsi Laure a sou collier de perles immortelles dans Pétrarque. Vos perles ne sont que des perles d'un matin. »

La fille perdue garde toujours quelque coin primitif de la forêt vierge. Celui qui s' j égare peut y cueillir une violette qui a, comme toutes les fleurs oubliées, son parfum et sa goutte de rosée.

Il V a un livre à faire sous ce titre : De la crédalitc df s hommes en matière de feoaixies. Ce livre sera écrit un jour par l'esprit fait femme ^ la comtesse de L — • Mais la crédulité des hommes n'e$t*dle pasua piège?

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Une autre femme d'esprit à tr^te-six quartiers me disait, pour faire en un seul mot la critique de la mode : « Je vais me déshabiller pour aller au bal. »

L^tmour de certaines femmes donne la mort, mais quelques hommes s'y habituent, — comme Mithridate au poison.

Les femmes ne s'habituent ni aux injures de Vamour, ni aux injures du temps, — Tun poilant Fautre.

Le paradis n'est pas un rêve des poètes |: c'est un pays dont nous nous souvenons. Hier nous répond de demain. La soif de la pomme amère ne s'apaisera qu'aux fontaines de FÉden.

N'ayez pas trop d'esprit en amour ni en art.

Croyez-moi, il n'y a que les bétes qui osent avoir du génie. Hs vont en avant sans savoir oà, mais ils yont. Les poéies sont de snfaimifn ifpiorants» ils n'apprennent pas, ib devinent ; -^ Dieu n'avait pas étudié af airt de créer le monde. Les plus profonds phiksqifaes sont

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ceux qui n'écrivent pas un mot. Tout artiste ou poète a ici-bas son chaos sous la main ; il peut y trouver la vie ; mais, s'il y veut d'abord trouver la lumière, il est perdu. Dieu ne créa la lumière que le quatrième jour.

I/amourcux ne doit croire la lumière qu'après son triomphe.

Que de traits de mœurs pris au passage t

Lady *** passait aux Champs-Elysées, traînée à la Daumont. Un prince d'outre-Rhin caracolait autour de sa calèche avec toutes sortes de grâces d'outre-Rhin.

« Je vous l'ai déjà dit, prince, vous perdez votre temps. — Je ne suis donc rien pour vous, madame?

— Vous êtes la cinquième roue à mon carrosse. » Hais le prince, comme la mouche du coche, était toujours là, piquant des deux. c( Qu'est-ce que je vois à votre main, qui brille en plein jour comme un rayon de soleil? — Moins que rien, madame, un feu de diamant.

— Donnez donc que je me diauffe lès mains. — Ces étincelies ne sont pas dignes de vous, madame ; autant vaudrait donner un ruisseau à la rivière. — Donnez, donnez toujours, prinee : les p^is ruisseaux font les grandes rivières. .. de diamant. »

Ceci se passait avant-hier. Depuis œ jour*là le prince fi^est phis à la portière, 3 est dans lé carrosse.

On revient d'un amour comme on revient d'un feu d'artiCce, — triste et nocturne.

Jusqu'à quarante ans, la femme n'a dans le cœur que quarante printemps; mais, après quarante ans, elle a quarante hivers.

Quand la femme voit un soir chez elle Taoïonr prendre son parapluie pour ne plus revenir, elle fait cette triste réflexion, qu'il est temps de se rabattre sur la quantité.

Il ne faut pas comparer Manon Lescaut à Marion De* lorme. Marion Delorme savait toujours ce qu'elle fai* sait, Manon Lescaut jjunais. La première écoutait sa vanité, la seconde n'écoiiÉait que son caprice. L'amante de Cinq-Mars cherchait Tcclat, l'amante de Dea^eux cherchait le plaisir.

Plus volontiers il faudrait comparer Manon Lescaut à Virginie. Au dix-huitième siècle^ la grande et riche uatnrc des trppiques était, pour les poètes, ce que TOricnt est pour nous, une zone idéale où ils faisaient voyager leurs léveries. Virginie vient au monde sur le sable où meurt Manon Lescaut ; ces deux Bgures im«

Hiortcnes sont couronnées par la même poésie de Vamoar et des solitudes.

La fortune, l'amour, la poésie, sirènes qui n'ont pas vieilli depuis Tâge d'or, et qui nous appellent toujours à tous les dangers du rivage.

L'amour, — s'il est l'amour, — ne meurt jamais ; lisez cetle épilaphe antique :

« Ci-gît qui aima CharmiJe. Nymphes, ne pleurez « pasi L'âme de ceux-là qui ont aimé est comme la « fleur qui parfume les ruines des monuments. Le c( temps a emporté son âme dans la jeunesse de Charc< mide. Ne pleurez pas, car son âme, comme un léger « vent de mai, vient caresser vos chevelures et baiser « vos lèvres. »

La femme qui aime n'est pas plus vraie que la femme qui n'aime pas. Depuis qu'Eve a vu sa nudité, elle a caché son cœur en cachant son sein.

Les amoureux écrivetil leur serment sur le vent, sur les flots ou sur le sable du rivage, parce que Tamour passe toujours, et ne sait pas le lendemain ce qu'il a dit la veille. Pour lui le passé c'est l'avenir. Phaon

avait écrit sur le sable : « J'aimerai Sapho joaqu^knioiirîr. » Sapho reconnut récriture de Phaon, et s'age* nouilla pour baiser ces mots sacrés ; mais le flux ne lui en laissa pas lo temps : la mer les effaça d'une lèvre {abuse.

sagesse humaine I ô gloire de la terre ! Alexandre disait à Phryné :.« — Si j'avais usé sagement de ma valeur et de mafortunCyOn n'aurait point parlé de moi. )» — Phryné disait à Alexandre: « — Si j'avais usé sagement de ma beauté et de mon amour, mon nom ne courrait pas, comme un baiser, sur toutes les lèvres. »

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