AVERSION
ESB Les femmes n'ont j)oinl de sévérité complète sans aversion.
La Rochi;foucal'..d.
beaux-arts
® Quand on envisage les beaux-arts relativement à l'éducation des jeunes fdles, il s'élève dans Tesjjrit bien des questions différentes. Comment nier qu'il y ait une alliance naturelle entre les facultés des femmes et les boaux-arts? Les mêmes dons de l'âme qui donnent tant de charme et de pouvoir à un sexe faible, font aussi fleurir les talents. La sensibilité, un certain souffle d'inspiration, le goût de la nature, la vivacité des impressions, le désir d'embellir ce monde matériel pour en retirer l'essence d'une vie divine et pure : voilà les dispositions (pie veulent les arts et qu'on aime à rencontrer chez les femmes. Ils se plaisent comme elles à vivre au soin de la paix, loin du théâtre oiî s'agitent la cupidi é el les passions hostiles. Aussi, dans le temps où ils furent l'objet d'un culte idolâtre, on éle\a des autels à des divinités femmes. Les Muses ont personnifié les talents, représenté les sciences même qui demandent l'élévation des pensées ou l'éloquence de l'expression, tant le génie des plus belles œuvres de l'esprit hmnain a semblé pouvoir animer les femmes.
Ceci toutefois n'est qu'un dos aspects de la vérité et n'est peut-être pas le plus juste. C'est un jour brillant, coloré, qui n'éclaire pas l'objet entier et n'en montre pas la grandeur réelle. La femme dans sa perfection est mieux qu'une Muse, mieux que la porsonnilication des sensations terrestres les plus éthérées; elle inspire plus de respect. Son regard rélléchit un éclat céleste; la pureté, la sainteté en tempèrent l'expression. Ce n'est pas la beauté matérielle des formes, des élans, des sons, des couleurs, qu'elle doit représenter à nos yeux ; la beauté éternelle de l'âme aurait plutôt en elle un type ici-bas.
Voilà son idéal; mais pourquoi différerait-il de celui des arts? Eux aussi, sous l'empire d'une religion pure, aspirent à s'élever vers le ciel; eux aussi sont capables d'exprimer les plus beaux mouvements de l'âme immortelle. Si cette âme a été revêtue d'une enveloppe terrestre, n'est-ce pas apparemment pour que la succession d'impressions variées donnât une impulsion heureuse à ses facultés'.' Dès lors comment supposer que les beaux-arts, ces brillants résultats de l'organisation la plus achevée, ne soient pas en rapport avec le développe-
:,|s LES FEMMES D'APRÈS LES AUTEURS FRANÇAIS.
nient <le l'être moral'.' N'csl-il pas des nuances délicates dans les sentiments que nous n'aurions jamais connues si les arts ne les avaient fixées dans un langage jiénétrant ou sous des formes brillantes?
Ces considérations ne sont pas sans force à nos veux; mais nous avouons que, trop vagues et trop indirectes, elles ne sont pas de nature à calmer les scrupules de bien des parents. La question ici est plus personnelle. Nul doute (pi^une femme libre d'engagement et simplement soumise aux lois de la religion et de la morale, n'ait le droit de cultiver les talents qui répondent le mieux à ses inclinations innocentes; mais il s'agit d'éducation ici, nous ne parlons pas d'une personne tout élevée, nous parlons de celle qu'il faut élever.
Qu'importe alors que les dispositions des femmes soient favorables à la cultmo des arts? l'essentiel c'est d'examiner si nous devons demander aux arts de venir favoriser les dispositions qui ne dominent déjà que trop dans leur sexe. L'babitudc des émotions vives, le désir de les exciter, la vanité qui vient s'attacher à leur expression de plus en plus animée, une perte immense de temps, l'occasion naturelle et fréquente de former des relations dangereuses : voilà ce que des écrivains sévères reprochent à l'étude des arts et surtout à celle de la musique. Rien de plus respectable que leurs motifs, et si nous écartons leurs objections à l'égard du talent même de la musique, nous croirons à peine avoir besoin de justifier les autres talents.
De quoi s'agit-il en effet? Est-ce de porter les beaux-arts à leur plus grande hauteur, de leur faire déployer toute leur puissance et de n'envisager l'élève que comme la prêtresse de leur culte? Non assurément, les parents n'ont point en vue la gloire de l'art; ils ne mettent d'intérêt qu'à leur fille. Ils no pensent (ju'à lui procurer un plaisir, une ressource, un moyen de déveloj)pcmont, peutéfre un charme attaché à sa j)ersomie. L'art ])0ur eux n'est pas du tout l'essenliel ; c'est un accessoire agréable, un ornement ajouté qui perd son prix s'il n'est pas subordonné à l'ensemble et s'il en altère la solidité. C'est donc ici, comme toujours, une affaire de proportion.
Une fois la chose entendue ainsi, n'est-ce pas se méfier du simple bon sens (jue de voir de si grands dangers à l'étude de la musique? Parlerai-je des émotions, dos [)assions même que cet art semble devoir exciter? Mais c'est lui attribuer un pouvoir (|u'il n'aurait pas par lui-même. Ktes-vous donc obligé de l'associer à une |)oésie coriuptiice? Qui vous dit de faii'e chanter à votre fille des paiolcs (pi'olle ne devrait jamais j)rononcer, [)as même entendre? Ne jouissezvous pas dans la musique connue ailleurs du [)lus noble privilège de l'houmu', celui de choisir? Où en serions-nous, si nous n'eu faisions |)as usage? quel «lével(i|)j)ement serait alors légitiuK!? nos |)lus Iicmux dons deviendraient à iu)s yeux des pièges cachés. ïiC \\co de la civilisation et des nururs est-il donc assez prolond pour (pi'on n'envisage (\[\v le mal, là où le bien a tant d'évidence?
Le plaisii' ipie peut doinier la musique iiisti'umeMt;de est surtout d'une nature bien iimoceiil(;. Iles impressions vagues et sans objet n'excitent lien (pie de pui' daii^ mie iiine iieove. Tool v est jdf'id, immaleiiel ; des sons êvoijnés comme par
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luaj^ie, M'mblabli's à ilt'> ospiits aoricns, étraiigors aux choses d'ici-bas, nous ciilèvenl sur leurs ailes légères. Ihius la musique vocale, sans doute, !cs synipalliies pei-sonnelles aj^issent bien plus. Là se retrouve riunuainté, uiais l'humanité ijloriliéc. La voix sonore du chaut, comparée avec le bruit du langage, ne semblel-elle pas indiquer ce que sera notre vie dans le ciel auprès de notre misérable vie terrestre? Kt quel moyen pour dis|ioser des affections, pour développer l'àme religieusement! I.éducaliim veut-elle autre chose?
.Vussi les cultes les plus austères ont-ils admis lei chant sacré, ce concert des voix du peuple assemblé, on l'amour de Dieu- et l'amour des hommes se réunissent. Toile est la double inspiration qui dicta jadis les psaumes, prières sublimes des temps reculés où s'olTrent encore les plus beaux modèles d'invocation pour les moments les plus divers et les plus décisifs de la vie. Dans l'Evangile même, la voix de Marie s'élève en accents éclatants pour célébrer sa gloire maternelle ! comment interdire aux femmes la plus belle expression de leurs sentiments? Comment leur refuser de cultiver dans la jeunesse un talent naturel, un talent charmant et dont la religion autorise l'exercice?
Ah ! bannissons la vanité dans l'éducation entière, et sanctifions par la reconnaissance les bienfaits du ciel. Si nous aimions les arts avec un sentiment parfaitement pur, la musique ne serait plus abandonnée au moment où elle cesse d'élre un moyen de briller. Elle charmerait les enfants, enchanterait le séjour domestique, retiendrait dans une enceinte étroite, mais plus animée, les maris, les frères, les parents âgés ; et la jeune personne elle-même, sous l'empire d'un art si puissant, recouvrerait bientôt sa sérénité lorsque des chagrins légers à nos yeux, mais souvent bien vifs à son âge, seraient parfois venus la troubler.
On nous pardonnera si nous dédaignons de répondre à l'objection tirée de l'inconvénient des relations, du danger auquel exposent les maîtres eux-mêmes, Nous oftenserions les mères et les filles en la réfutant. Il est de fâcheux exemples, souvent allégués; mais, à force d'aveuglement et d'imprudence, tout est possible. Qui ne le sait?
Il seudjle oiseux de le dire, la vigilance sera toujours un devoir obligé dans l'éducation, et il faut ici redoubler de soins ; nous les pousserions si loin que les admirateurs fanatiques des talents trouveraient notre circonspection excessive, ils feront peut-être assez peu de cas de nos tentatives modestes. A leurs yeux, les beaux-arts qui vivent d'enthousiasme, qui grandissent et prospèrent sous l'influence de l'exaltation, s'offrent sous un aspect mesquin et rétréci quand on les soumet aux lois imposées par les convenances aux jeunes personnes. Mais qu'importe? Sévérité à part, le genre dont nous ferions choix }tourrait être approuvé encore. Si les beaux-arts ont besoin d'élan, ils ont aussi besoin d'harmonie, et ici leur expression doit être d'accord avec le naturel modeste d'une jeune fille. Si nous leur interdisons leur plus grand essor, si même, hélas ! nous leur coupons un peu les ailes, dans cet état de demi-captivité, ils conserveront encore du charme. Réduits à employer leurs plus doux moyens, ils expri-
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iiu'ioiil lelle sensibilité voilée, celte émotion contenue (|ni se conniiuni(|iK'iil en se cachant. Et n'est-ce pas là ce ((ni louclie le plus che/ les femmes'.'
Ètes-vous sûrs de les maîtriser à ce point'.' nous dira-t-on. Comment em|)èclier (ju'une flamme n'éclate et ne brille au loin? Que fcrez-vous s'il vous tombe un Mozart, une Mali bran, un génie enfin parmi vos filles? D'abord, nous serons longtemps avant de le croire, longtemps encore avant de paraître nous en douter ; et en attendant, nous donnerons à notre élève les principes, l'instruction solides qui la mettront un jour en état ou d'accepter sans trop de danger le lot de la célébrité ou de le rejeter loin d'elle. Mais ce qui arrive à peine une lois en cent ans ne mérite pas qu'on s'y arrête.
Une chance, à la vérité, moins rare, c'est de trouver chez une élève des dispositions suffisantes pour qu'au moyen de beaucoup de temps et de soin elle puisse atteindre le niveau des artistes de second ordre. Elle aurait alors ce qu'on appelle dans le monde U7i grand talent; et il y a là de quoi faire bien du fracas pour un amateur. Mais c'est précisément ce qui nous semble à redouter ; aussi croyons-nous que cette chance se présentera difficilement pendant le règne de parents sages. Les autres exigences de l'éducation les empêcheront d'accorder à un tel talent le temps nécessaire pour qu'il se forme, et ils ne souffriront pas que les applaudissements d'une société nond)reuse viennent en hâter les progrès.
Tout succès est dangereux dans la proportion de l'ivresse qu'il cause : et quel succès brillant n'enivre pas un })eu? Quel succès ne fait pas battre le cœur d'une émotion sans égale, d'une émotion où tout s'allie ])our unefcnnne, et l'espoir de la gloire et celui d'être aimée, et l'attente d'un bonheur que la terre ne donne pas? Dans ceux des arts, surtout, où le succès reçoit une récompense soudaine, où le tumulte des applaudissements ajoute à l'exaltation du talent, c'en est trop, beaucoup trop pour une jeune tète. Le reste de la vie pâlit auprès.
Les grands talents! (|ui peut leur refuser son honnnage? Qui peut ne pas s'incliner devant cette gloire, et quelle femme ne sent pas quelque orgueil en voyant une telle auréole décorer le front d'une autre femme? Mais qu'une mère s'itdorine de la destinée de ces êtres (pii allirent tous les regards, (pi'cllo s'en infoirne anj)iès d'eux-mêmes, et (pi elle vienne ensnit(! nous dire si l'on peut désirer un sort pareil |)()in' son enfant. Une exaltation fiévreuse, le sentiment d'une discordance éternelle enti'c les vojux formés et la réalité, peut-être des torts plus redoutables encore, décèlent la femme dans l'artiste, et une faiblesse intérieure au sein de la puissance qu'on a sui' autrui.
Il est peu de grands talents qui n'envahissent l'existence entière, (pu ne l'absorbent d'abord comme enq)loi (h; tc^mps, puis connue accaparenu'iil des désirs, des sentiments, des pensées. Est-ce là ce (ju'on peut souhailcr poiu' un(Mréatui'c de Di(!n, pour une femme chrélicnnc? \'l niênu', en se rcnrrrniaiit dans l'cnccint(! des i(lé(!s t('rr(!sli'('s, je dirai (pu; le di'vcloppenu'nt produit exclusivement par les arts (et il y en a un) ne lournc pas i^cn(''ral('mcnl à lavanlagc de l'inlcl lig(!nce, Icllc du moins (pi'on (!st accoutume à voir rinlelligcncc se manifester.
(;ha(jue talent dounnateur devient im langage, et il est alois le langage dont
(ÎLANKS. H'-M
on <o s(Ml lo plus volontiers. Los iniprossions, los senlimonls, los disposilions ilo Và\\u\ loiil y passe, los organos onlinaires de notre esprit restent sans emploi. Telle femme, à sa harpe, est un ange, est une fée; elle vous fera passer par les nuances los plus Hues, les [dus variées d'un monde entier d'impressions; ôlez-lui cet iustrumout c\ domandez-lui de vous rendre raison des émotions qu'elle a excitées, elle no lo peut, elle n'a pas de mots pour traduire ce qu'elle a exprimé. On a vu des founues so montrer poètes dans des scènes pantomimes les plus pathétiques, où toutes les passions se dessinaient, pleines de beauté, et ces poètes se servaient d'une langue inconnue à elles-mêmes, et une fois la scène terminée, leur inspiration était un rêve oublié. Sans doute, et je l'ai dit, il y a un dévelopi)ement intérieur tout particulier chez les êtres doués de la sorte, mais leur seul moyen de communication avec nous, c'est leur talent. Ce sont d'ailleurs les habitants d'une autre planète.
.Ajoutez que la société, toute frivole qu'elle est, sent si bien la nécessité de l'équilibre moral chez une femme, que celle qui s'y distingue par un don trop spécial y est mal placée. On la veut supérieure à son talent; autrement, on fait d'elle une virtuose, on ne lui parle que de son art. Les peintres, les musiciens de profession la recherchent, et comme elle n'a plus de vraie communication qu'avec eux, elle perd sa caste, à certains égards. Il faut bien de l'esprit, de la gi'àce, de la dignité, un caractère bien élevé pour qu'une femme de la classe aisée soit en état de supporter une distinction d'artiste.
Vouerons-nous donc les arts à la médiocrité, chez nos filles? Cela, c'est bien aisé, et ici les exemples ne manquent pas. Mais alors qu'est-ce, dans l'éducation, qu'une étude où l'on ne \e\iipas trop réussir? Que de temps, que d'argent perdu pour des exercices sans àmel Telle sonate qui a coûté bien des sacrilices aux parents, souvent des larmes à la jeune fdle, finit par ennuyer tous les assistants, et par n'obtenir d'une personne entendue que certains mots à peine obligeants auxquels la pauvre enfant ne se méprend pas.
Tout est-il donc mécompte ou danger dans ces études? n'est-il point de roule qui éloigne également une élève de la médiocrité la plus insipide et d'un succès auquel sa destinée ne se prête pas? A notre avis, il en existe une, mais nous ne sounnes guère en état de la tracer.
Il nous semble seulement que, dans les pays où la culture des talents n'est favorisée ni parle climat ni par un enseignement très-perfectionné, les maîtres, en général, s'y prennent mal avec les jeunes filles. Ils supposent chez elles le goût de l'art plus qu'ils ne l'inspirent, et, sans leur en avoir fait sentir la beauté, ils les soumettent aux travaux d'un apprentissage assez rude. Un mécanisme desséchant est l'objet de leurs plus grands soins. Dès lors, la plupart des commençantes restent en chemin, et quand par hasard une élève, grâce à des dispositions particulières, brave les rigueurs du noviciat et triomphe des difficultés matérielles, les maîtres, peu accoutumés à de tels progrès, la louent au point que sa vanité est tout d'abord excitée avant même que la jeune lille ait connu le charme de l'art.
• on
Quant à nous, qui ne voyons dans les arts qu'un moyen de développement pour rame, nous ne mettons du prix qu'à l'expression ; nous la voulons pure, douce, significative, autrement la musique n'est guère que du bruit. Les arts exigent toujours sans doute l'exercice de certains organes, mais il importe de distinguer l'organe en rapport avec l'âme, de celui qui n'est qu'un simple ouvrier. Ainsi, dans la musique, oîi l'oreille guide, il semble qu'on devrait s'attacher à former l'oreille avant tout. L'appréciation des sons, de leurs intervalles, de leur réunion dans les accords, [)uis colle de la division du temps on espaces égaux, mèneraient à retrouver sur un instrument les notes d'un air enchanté, |)uis à les écrire soi-même. Dans une étude de si longue haleine, le temps que jjrendraient au début de tels exercices pourrait-il être regretté, si Ion donnait du plaisir autant que de l'occupation à l'oreille?
Il y aurait à cette marche l'avantage qu'un maître consciencieux serait capable de décider promptement si telle élève est susceptible de progrès. Les développements tardifs qu'on fait espérer sont bien peu probables quand la nature s'est montrée rebelle à un certain point. De même à toutes les époques où les progrès de l'élève sont arrêtés, où le dégoût et l'ennui se manifestent, faites-lui abandonner la musique de bonne amitié, sans trop de regret, surtout sans reproches; elle a dû savoir que c'était un art agréable mais non nécessaire.
La diiférence entre les branches de luxe et les branches essentielles de l'éducation doit sans doute être rendue sensible de mille manières à la jeune fille, mais ce n'est pas pour lui permettre de suivre avec négligence même les études qui semblent frivoles.
Nous en dirions autant de la danse, qu'on regardait avec quelque raison comme un art trop frivole, si l'on pouvait l'exclure de l'éducation sans exposer l'élève h de grands désavantages. A cet égard, comme à tout autre, bien faire ce qu'on fait est une maxime triviale, mais excellente. Ouellc absurde altectation de solidité chez les parents que do parler avec mépris des talents dont ils ordonnent pourtant la culture! Quelle mauvaise habitude à laisser contracter aux jeunes filles que colle de prendre des leçons lâchement et étourdimcnt, parfois même de tourner en ridicule le sérieux des maîtres! j^a dislinclion entre les études (pi'il est peiinis à toute heure d'abandonner, et colles (ju'il l'aut suivre avec constance quoi (|u'il en coûte, cette distinction, dis-je, suffit poiu' les mettre toutes à leur place.
L'étude du dessin nous paraît mériter un peu plus de persévérance (pie celle de la musi(pie, puisqu'elle conserve du prix à de moindres degrés d'avancement, l'out-êlre le dessin a-t il moins (pie la nmsique dans le chant sacré l'avantage d'amener un dévoloppcnient r(;ligieiix ch(!/ les jeunes filles. Aux grands peintres seuls il a été réservé 3c donner à la (igiue de« vierges saintes, du Christ luimême, uru; expression (pii remplit le cd'ur d'une émotion céleste et prolonde. Mais cet ait produit un antre efrel qui m Csl pas étrangeià la religion; il l'ait aimer, il lait a(lmii(!i- la natur(; ; il apprend à la voir en altiste, il en reliace les t>cènes où l'iime est surtout livrée au tliarnie de la contemplation, (l'est un pri-
r.l.ANKS. hlô
vile<,'o luMiroiix liii itavsaiïisto (pu' de lairo rcnailic do donv .sciiliiiieiils en iclraçaut les lioux où rànie on a ôto pénétrôe. Encourageons ainsi les modestes essais de nos jeunes lilles et no méprisons pas leurs petits albums. Puissent-ils leur rappeler un jour les paisibles joies du premier âge, le souvenir de parents qui les ont aiuïées et ont préparé leur véritable bonheur I
Les études relatives à I industrie, aux sciences même, se trouveront bien de ces exercices. Cependant, nous dirons aussi : Ne forcez pas la nature. Inspirez, s'ils se peut, le goût; faites saisir l'esprit, mais ne prodiguez pas le temps. Pensez que les arts ne sont après tout que le luxe de la vie.
Cette considération est à nos yeux si forte, que nous croyons impraticable de cultiver les talents réunis de la musique et du dessin durant la période (pii nous occupe, sans nuire au reste de l'éducation. Le nombre d'heures nécessaire pour assurer les progrès dans tous les deux doit paraître trop considérable à des parents sages. Ce ne serait ainsi que dans le cas où l'étude de la musique aurait été abandonnée que nous conseillerions de commencer celle du dessin avant l'âge de quinze à seize ans. Si la musique nous paraît devoir passer la première, c'est que les organes d'où dépend le succès dans cet art demandent à être formés de très-bonne heure et qu'il n'en est pas de même dans le dessin, où l'on peut se perfectionner à tout âge. L'élève qui a déjà tracé des cartes géographiques et des figures de géométrie a exercé ses yeux à l'appréciation des contours, et l'art de doimer du relief à l'imitation par le moyen des ombres peut lui être enseigné plus tard. Ce sera une étude nouvelle et charmante pour cet âge de l'adolescence où l'on a un si grand besoin de trouver de l'attrait à l'occujiation.
La modération que nous conseillons dans la culture des beaux-arts permettrat-elle à ces études de porter quelques fruits heureux? Il importe ici de s'entendre. Les talents que l'on développera ne seront pas des talents consommés; on pourra les trouver faibles, trop peu exercés; mais quand le sentiment y est, nous ne les nommons pas médiocres ; la médiocrité peut exister dans l'œuvre, mais non dans la jeune artiste. S'il y a vérité, intelligence, harmonie dans l'exécution, si l'amour du beau s'y manifeste, n'importe qu'il y reste quelques défauts; les germes qui s'y sont annoncés pourront une fois prendre de l'accroissemeut, et ils trouveront toujours à grandir dans l'âme.
Si, pour les arts comme pour la science, nous avons songé à l'avenir plus qu'au présent, et soigné l'espérance plus que la possession, nous estimons avoir exclu par là le plus grand fléau qui puisse s'attacher aux études, j'entends l'orgueil ou la vanité. Il est bien clair que les dessins imparfaits de la jeune iille ne s'étaleront pas dans des cadres fastueux, que les richesses de son portefeuille ne se déploieront pas aux yeux ennuyés des indifférents; il est clair que dans la musique elle ne luttera point avec ces jeunes virtuoses, gloire des maîtres, objets d'un enthousiasme parfois sincère. Loin d'avoir rien a démêler avec leurs succès, elle en jouira, et son sentiment développé lui fera goûter les plaisirs de l'admiration la plus j)ure. Pourtant, il se peut que ce sentiment la conduise un jour à un genre de perfection réelle et intime dont les artistes de salon donnent
bi'i i.Ks fi;mmi;s I)ai»i;ks lks .uni; in s finançais.
raieiiiciil ridée. Jamais, dans un morceau d'ensemble, elle ne chercherait à hxcr sur elle l'attention, et l'effet général serait toujours son objet. Même quand elle serait entendue seule, le désir de briller par des traits isolés ne l'entraînerait point; elle ferait valoir le compositeur et non elle-même. On dirait : Quelle délicieuse musique! non : Quelle étonnante exécution !
C'est ainsi qu'une âme exempte d'égoisme se manifeste jusque dans les arts ; c'est ainsi qu'on peut retrouver dans tous les actes humains une signilication morale, et que l'éducation du cœur étcud ses suites heureuses sur tout le domaine de l'instruction. M'"" Neckeiî de Saussuiie.