CONFUSION
^ Une jolie femmo (|in rougit baisse les yeux cl prend un air grave, cela ne va pas à so> lrail>. .'• ■!• Roisskau.
COQUETTES ^ tVTUVIT IIK^ MÊH(i|Rb> u'uNK CtiQLLIll U l. r 1 11 l. E U i; M (1 Ml L.
^ Jai soixante-quatorze ans {)assés quand j'écris ceci : il y a donc bien longtemps que je vis; bien longtemps, hélas! je me trompe : à proprement parler, je vis seulement dans ocl instant-ci qui passe ; il en revient un autre qui n'est déjà plus, où j ai vécu, il est vrai ; mais où je ne suis plus; et c'est comme si je n'avais pas été : ainsi, ne pourrais-je pas dire que ma vie no dure pas, qu'elle commence toujours. Ainsi, jeunes et vieux nous serions tous du même âge. Un entant naît en ce moment où j'écris; et dans mon sens, toute vieille que je suis, il est déjà aussi ancien que moi. Voilà ce qui me semble, et sur ce pied-là, qu'est-ce que la vie? Une rêve perpétuel, à l'instant près dont on jouit, et qui devient rêve à son tour. Je connais un pauvre homme qui a beaucoup souffert depuis trente ans : je connais un grand seigneur qui a passé tout ce temps-là dans la joie : lequel aimeriez-vous mieux avoir été, ou le pauvre ou le grand seigneur? Quelque choix qucvous fassiez, vous n'en serez ni mieux ni plus mal : voilà pourtant à quoi aboutissent le bonheur ou le malheur de cette vie ; peines passées, plaisirs passés, tout se confond, tout est égal : les rois n'ont qu'à profiter de l'instant dont ils jouissent, ils ne sont heureux que cet instant ; et de ce court bonheur qu'ils ont, c'est à eux à en bien choisir l'espace, tant court qu'il est, il a d'éternelles conséquences.
.Je suis vieille, ceux qui liront ceci doivent me pardonner les réflexions par où je commence : réfléchir sur ces matières-là est, je crois, un tribut qu'il faut payer une fois en sa vie : il vaudrait mieux le payer quand on est jeune, cela procurerait une vie plus tranquille et plus innocente, et diminuerait beaucoup de la valeur (pie nous trouvons à je ne sais combien de petites doctrines hardies dont nous nous gâtons les uns les autres, et qui nous paraîtraient bien faibles, si nous n'avions pas un intérêt présent à les trouver fortes, ou si nous n'avions pas le sang trop chaud.
Quoi qu'il en soit, voilà mon exorde : ce qui me reste à dire va m'engao^er d'abord à des détails [)lus amusants, et me ramènera ensuite aux réflexions les plus sérieuses.
On me maria à di\-huit ans : je dis qu'on me maria; car je n'eus point de pari à cela : mon père et ma mère me promirent à mon mari, que je ne connaissais pas : mon mari me prit sans me connaître : et nous n'avons point fait d'autres connaissances ensemble que celle de nous trouver mariés, cl d'aller notre train,
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sans nous doiiiaiuler co (|ii(' nous en pensions; de sorte que j'anrnis dit volontiers : quel est donc cet étranger dont je suis la l'enimeV
Cet étranger cependant était un fort honnête homme de trente-cinq à quarante ans, avec qui j'ai vécu comme avec le meilleur ami du monde; car je n'eus jamais pour lui ce qu'on appelle amour; il ne m en demanda jamais : nous n'y songeâmes ni l'un ni l'autre, et nous nous sommes très-tendrement aimes sans cela.
Sept ou huit mois après notre mariage, un aimable homme de notre société s'avisa de prendre du goût pour moi : dès que je m'en aperçus, je le condamnai à soupirer en vain, car j'étais sage; mais nous autres femmes, lorsqu'un homme nous aime, il n'y a pas moyen que nous le congédiions sans retour; la vertu nous dit, il ne faut point avoir d'amant; et là-dessus nous renvoyons celui qui nous vient : mais il ne s'en retourne pas si vite ; car notre vanité lui iait signe d'attendre : et il attend, comme fit le mien, que je traitais avec froideur, et que j'agaçais par mille petites bagatelles, dont il ne dépendait pas de moi de m'abstenir, parce que j'étais femme, et qu'on ne peut être femme sans être coquette; il n'y a que dans les romans qu'on en voit d'autres; mais dans la nature, c'est chimère, et les véritables sont toutes comme j'étais. Par exemple, lorsque je me sentais dans un jour de beauté, que j'étais avantageusement parée, j'étais bien aise que l'amant dont je parle me vît alors ; je l'en rebutais de meilleur courage, parce que je savais bien qu'il n'y avait point de danger à le (aire : je l'aurais défié de me (piitter, j'étais trop belle pour lors : ainsi, je laissais ma sagesse se donner carrière, j'altligcais hardiment mon homme, quand uses agréments pouvaient soutenir tout ce fracas-là : mais j'allais plus doucement (piand je me sentais moins forte .
Et qu'on n'aille pas dire que c'est là une grande coquetterie; car c'est la moindre de toutes celles qu'une femme peut avoir : ce n'est encore là qu'imc cotpietlcrie machinale. Vraiment quand la réilexion s'en mêle, c'est bien antre chose.
Cependant l'épouse de cet honnête homme connut, à n'en pouvoir douter, qu'il m'aimait : elle s'en alarma, comme de raison, et vint me rendre visite un jour qu'il était avec moi; ils parurent déconcertés en se voyant; un moment après il sortit, et j'allais continuer la couNcrsation avec elle, (piand elle me dit en souriant : Mon mari vous aime, madame, et vous mérite/, d'être aimée plus que personne au monde : ainsi je n'entreprends point de le détacher devons, j'y perdrais mes efforts; il vaut mieux que j'aie lecours à vous-même, et que j(> remette mes intérêts entre vos mains. C'est donc à vous, à votre amitié pour moi, (pic je redemande mon mari : j'ai de l'attachement j)our lui, et il le mérite, au penchant près (pi'il sent, et qu'il est bien difficile de ne pas sentir pour une lenime an-si bien faite (ju(! vous l'êtes : je suis sure (pie ce |)enclianl vous est à charge, et il niaflligc; jonc Ini ai rien dit encore : j'ai ciii (pie vous le ramènerie/ mieux (pie moi, cl (pi'il serait pliiN touché du chagrin (pi'il me donne si vous Tv rciidic/. sensible. Il ni'aiinail aniicl'ois ; dispose/, dmic son cdMir à plaindre du iiinins le mien : l'eslinie cl le icsjm'cI «pi il a pniir \niis doiuieroiit dn poiils