GLANES
à ce que vous lui diroz on ma t'avour; l'oiiîiioz quo jo suis aimable, et il vous croira : vous leu persuailere/. encore mieux que ne l'eraient mes reproches.
A peine eut-elle achevé de parler «pie je l'embrassai de tout mon cœur, je me jeltai dans ses bras, je crois même que nous pleurâmes ; et le moyeu à mon égard que je ne me tusse pas attendrie, que je n'eusse pas été remplie de zèle pour les intérêts dune femme qui venait me dire que j'étais plus aimable qu'elle, et qui demandait quartier à mes charmes : le tour était trop adroit. Aussi je n'y résistai pas, je l'embrassai encore, et puis je recommençai, je l'accablai de caresses, je la trouvai adorable, cent fois plus belle que moi ; car l'amour-propre, quand il a sou compte, est si tendre, si reconnaissant, si modeste; il rend tout ce qu'on lui donne.
.le ne rapporterai point les discours que nous nous tînmes ; notre attendrisse ment rendit la scène assez muette, je l'assurai qu'elle serait contente, et elle me qriitta.
Son mari rentra qu'il n'y avait pas un demi-quart d'heure qu'elle était sortie ; la joie était peinte sur son visage. Madame, me dit-il, voilà qui est fini, je ne vous serai plus importun; je viens vous demander pardon de l'avoir été : je vous admire, vous êtes la vertu même (et je me serais bien passée de ces éloges-là, ils me déplurent par pressentiment). J'écoutais à la porte de votre chambre lorsque ma femme vous a parlé, ajoula-t-il; je suis charmé d'elle : quelle femme ! quel caractère ! Voyez comme elle m'aime, elle redemande mon cœur ; elle veut le tenir de vous : elle l'aura, madame, vous avez promis d'y faire vos efforts, et je vous obéis. Je ne vous ai pas encore parlé, lui répondis-je assez vivement : oh! vous avez raison, ajouta-t-il, sans m'entendre : oui, j'avais un grand tort, je le sens tout entier : la pauvre enfant! quelle tendresse! vous serez contente, vous m'estimerez ; car je vais l'aimer plus que jamais.
Là-dessus il partit, ou plutôt il vola, sans me donner le temps de lui répondre nu mot : pour moi je restai immobile, je me regardai comme une dupe. Si j'avais revu sa femme dans ce moment-là, elle n'aurait pas eu si bon marché de moi : je ne l'aurais pas trouvée si charmante; je ne lui avais dit qu'elle l'était qu'à condition que je le serais toujours plus qu'elle : son mari ne tenait pas la condition, et cela ne m'accommodait point.
Je fus longtemps étourdie de ce que je venais d'entendre : à la fin sortant de ma jdace, on il m'avait comme fixée, et souriant de dépit : voilà une petite femme qui va être bien glorieuse ; mais je l'humilierai peut-être ; et son mari n'est qu'un étourdi.
En effet, j'arrêtai dans mon esprit que je travaillerais à la rechute de ce mari : je lui destinai quelques regards qui n'étaient guère charitables pour la femme : mais d'autres incidents me firent oublier ce malin projet. Cette femme-là vit encore; et il n'y a pas plus de dix ans que je lui ai pardonné : avant ce temps-là sa figure m'a toujours déplu ; je voyais bien qu'elle était aimable, et avec tout cela je la voyais sans en rien croire : un peu de vanité rend ces circoustanceslà possibles.
Dr.2 l.i:S FEMMKS DAPRKS LES AUTEURS I RANÇAIS.
Après celte aventure, je plus à un jeune homme, beau, bien fait, qui, de l'air dont il m'annonça son amour, m'en parla comme dune laveur qu'il me l'aisait; m;iis je trouvai la faveur impertinente, et je l'en remerciai sans en vouloir : autant (pic je m'en souviens mon remercîment fut plaisant.
Vous m'aimez donc, lui dis-je? à la bonne heure : continue/,, mon cher ; apportez moi souvent votre belle figure, et ces beaux airs de tète, ils me divertissent déjà ; c'est toujours quelque chose. Eh! que sait-on? à force de rire de la bonne opinion que vous en avez, je m'y accoutumerai peut-être, on se fait à tout : tenez, je gagerais que vous avez pu plaire à quelque femme; continuez, vous dis-je.
Apparemment que l'épreuve que je lui proposais lui parut trop douteuse; car il me quitta. Hélas! s'il avait tenu bon, je n'aurais voulu répondre de rien, il aurait pu réussir : les femmes l'appellaient le beau garçon : cette réputation-là est bien intéressante pour nous ; car nous sommes si soties, ou si disposées à le devenir; si ce n'avait pas été lui que j'aurais aimé, c'aurait été le litre qu'on lui donnait, cela revient au même, et même tout aussi bien.
Après que je l'eus congédié, mon mari eut une alfairc de conséquence, dont le jugement déi)eudait d'un liouime en place; mon maii l'allait voir souvent, et n'en rapportait pas de grandes espérances ; j'allai le voir à mon tour, j'en reçus l'accueil le plus obligeant : il me pria d'entrer dans son cabinet; et là me fit la réussite de notre afiaire d'une difficulté insurmontable : je ferais pourtant l'impossible, ajouta-t-il, jiour obliger une aussi belle dame que vous. Là-dessus il me baisail la main, avec des yeux qui aplanissaient toutes l(>s difficultés, si j'avais voulu aller par le chemin qu'il m'enseignait. Monsieur, lui dis-je d'un air sec et sérieux, notre affaire est perdue, je l'abandonne. Un homme aussi zélé que vous l'êtes pour moi n'est plus en état de rendre justice : cependant j'informerai mon mari des dispositions où je vous laisse, et je suis persuadé qu'il a lro[) d'honneur pour abuser du mépris que vous feriez du vôtre.
Je vis à ces mots son visage s'allonger de moitié : je lui fis la charité de ne vouloir pas le regarder fixement, et je sortis dans une silu;ilion d'esprit que je ne puis bien exprimer. Une autre femme (jue moi à (pii |)areille chose serait arrivée, et qui, en la racontant, voudrait se peindre un peu en beau, dirait ([u'elle sortit toute scandalisée, et s'arrêterait là : mais voici ce (pielle supprimerait, et ce (\w j'avoue : c'est que je fus scandalisée aussi, mais en h}j)ocrite; car je n'étais pas fâchée qu'on m'eût donné le scandale : ma colère était sans lancuue : au bout du compte, une laide aurait été plus respectée.
Noire allaire amait eu sans doute un mauvais succès, si elle élail restée entre les mains de cet homiéle arbitre que j'avais lait rougir de ses bontés pour moi : mais on la n'.nni aujug(!menl d'un autn; par je ne sais (piel accident (|ui arriva. Cet aulr(; était un vieillard gracieux, (pii en son lenq)s avait été grand ami des dames, et mil, dans ses vieux jours, n<' pouvant plus être aimé d'elles, s amusait il h-'ur iiioulrcr ipi'il les aimait toujours, et les priait de lui pardonner le