ÉPOUX
g3 Des époux ne sont précisément que des amants heureux, qui ne doivent point s'attacher ailleurs ; mais qui, malgré le mariage, peuvent toujours rester glorieux et jaloux de l'honneur et du plaisir de se plaire; en ce que ce n'est pas le nœud qui les unit, mais seulement le goût qu'ils ont l'un pour l'autre, qui les rend mutuellement aimables; leur devoir est de se comporter en amants, mais ils ne sont pas réellement obligés de l'être : de sorte que lorsqu'ils cessent de s'aimer, c'est un amant qui n'est plus aimable au\ yeux de sa maîtresse, c'est une maîtresse qui n'a plus de charmes pour son amant ; et cela devrait humilier ce me semble : je ne puis comprendre comment l'amour-piopre ne regarde pas cela comme une dimiiuition de ses avantages, comment il ne songe pas à s'en épargner l'affront ; car, c'en est un, tout de même qu'entre amants que le mariage n'a point unis. C'est positivement la même chose. Quoi ! nous qui nous eslimons tant et presque toujours mal à propos ; nous, qui avons tant de vanité, (|ui aimons tant à voir des preuves de notre mérite, ou de celui que nous nous supposons : faut-il que sans en devenir ni plus louables, ni plus modestes, nous cessions d'être orgueilleux et vains, dans la seule occasion peut-être où il y va de notre profit, et défont l'agrément de notre vie à l'être? Des gens s'épousent, ils s'adorent en se m^iriant; ils savent bien ce qu'ils ont fait|)Our s'inspirer mutuellement de la tendresse, elle est le fruit de leurs égards, de leur complaisance, et du soin qu'ils ont eu de no s'offrir de part et d'autre que dans une
r,u -M'-s ri.MMKs irAi'i;i;s i,r.s ai ti:i us finançais.
corlaiiie propreté, qui mît leur liyurc on valeur, on (|iii du moins l'i'inpècluU d'être désagréable; ils ont respecté leur imagination, qu'ils connaissaient faible, cl dont ils ont craint, pour ainsi dire, d'encoinir la disgrâce en se présentanl mal vêtus. One ne continuent-ils sur ce ton-là quand ils sont mariés".' et si c'est trop, (jue n'ont-ils la moitié de leurs attentions passées? poiu'quoi ne se pi(pient-ils plus d'être aimés, (piand il y a plus (|uc jamais de la gloire et do l'avantage à l'être? Marivaux.