‹ Les femmes d'après les auteurs françaisChapitre 165 sur 194 · LETTRES · texte numérisé non relu

LETTRES

^ Quelque longue que soit la lettre d'une femme, elle n'y met jamais sa pensée la plus chère qu'à la lin. Bernardin de Saint-Pierre.

Il ES FEMMES gUICULlIVENT LES LETTRES

^ L'existence des femmes en société est encore incertaine sous beaucoup de rapports. Le désir de plaire excite leur esprit ; la raison leur conseille l'obscurite ; et tout est arbitraire dans leurs succès comme dans leurs revers.

Il arrivera, je le crois, une époque quelconque, où des législateurs philosophes donneront une attention sérieuse à l'éducation que les femmes doivent recevoir, aux lois civiles qui les protègent, aux devoirs qu'il leur faut imposer, au bonheur qui peut leur être garanti ; mais, dans l'état actuel, elles ne sont, pour la plupart, ni dans l'ordre de la nature ni dans l'ordre de la société. Ce qui réussit aux unes perd les autres; les qualités leur nuisent quelquefois, quelquefois les défauts leurs servent ; tantôt elles sont tout, tantôt elles ne sont rien. Leur destinée ressemble, à quelques égards, à celle des alfranchis chez les empereurs : si elles veulent acquérir de l'ascendant, on leur fait un crime d'un pouvoir que

les lois lie leur ont pas donné; si elles restent esclaves, on opprime leur destinée.

Certainement il vaut beaucoup mieux, en général, que les femmes se consacrent uniquement aux vertus domestiques; mais, ce qu'il y a de bizarre dans les jugements de^ hommes h leur égard, c'est qu'ils leur pardonnent jikilôt de manquer à leurs devoirs que d'attirer l'attention par des talents distingués; ils tolèrent en elles la dégradation du cœur en faveur de la médiocrité de l'esprit, tandis que l'hoimêteté la plus parfaite ]iourrait à ])eine obtenir grâce pour une supériorité véritaMe.

Je développerai les diverses causes de cette singularité. Je connnence d'abord par examiner quel est le sort des femmes (jui cidtivent les lettres dans les monarchies, et quel est aussi leur sort dans les républiques. Je m'attache à caractériser les principales différences que ces deux situations politiques doivent produire dans la destinée des femmes qui aspirent à la célébrité littéraire, et je considère ensuite d'une manière générale (juel bonheur la gloire peut promettre aux femmes qui veulent y prétendre.

Dans les monarchies, elles ont à craindre le ridicule, et dans les républiques la haine.

Il est dans la nature des choses que, dans une monarchie où le tact des convenances est si finement saisi, toute action extraordinaire, tout mouvement pour sortir de sa place, paraisse d'abord ridicule. Ce que vous êtes forcé de faire par votre état, par votre position, trouve mille apprcdjateurs ; ce que vous inventez sans nécessité, sans obligation, est d'avance jugé sévèrement. La jalousie natulelle à tous les hommes ne s'apaise que si vous pouvez vous excuser, pour ainsi dire, d'un succès par un devoir ; mais si vous ne couvrez pas la gloire même du prélexie de votre situation et de votre intérêt, si l'on vous croit pour unique motif le besoin de vous distinguer, vous importunerez ceux que l'ambition amène sur la même route (jue vous.

.,En effet, les hommes peuvent toujours cacher leur amour-propre et le désir (ju'ils ont d'être applaudis sous l'apparence ou la réalité de passions plus fortes et plus nobles ; mais quand les femmes écrivent, comme on leur suppose en général pour premier motif le désir de montrer de l'esprit, le public leur accorde diflicilement son suffrage. Il sent qu'elles ne peuvent s'en passer, et cette idée fait naître en lui la tentation de le icl'user. Dans toutes les situations de" la vi'e, l'on peut remai(|uer cpn; dès (ju'un hounne s'apcrgoit que vous avez éminemment besoin de lui, |)n's(pi(! loujoms il se reiroidil pour vous. Quand une fcunuc publi(! im livre, elle si; met tellement dans la dépendance de l'opinion, cpie les disj)ensateurs de cette opinion lui l'ont sentir durement leur euq)ire.

A CCS causes générales, qui agissent pres(pic également dans tous les pays, se joignent diverses circonstances |)articulières à la monarchie fran(;aise. L'esprit de clicvaleiie qui subsistait encore s'o|)posait, sous (|uel(pu!s ra|)porls, à ce (pie les hommes mêmes cultivassent trop assidûment les lettres. (]e même esprit de- \,iil in-|)n( r |ilii.- d'éloigneiuenl encore pour les femmes qui s'oci ujtau'ul trop

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exolusivenient ilo ce genre d'étiule, et détournaient ainsi leurs pensées de leur premier intérêt, les sentiments du cœur, l.a délicatesse du point d'honneur pouvait inspirer aux hommes quelque répugnance à se soumettre eux-mêmes à tons les genres de critique (pie la publicité doit attirer; à plus (orte raison pouvait-il leur déplaire de voir les êtres qu'ils étaient chargés de protéger, leurs femmes, leurs sœui*s ou leurs lilles, courir les hasards des jugements du public, ou lui donner seulement le droit de j>arler d'elles habituellement.

In grand talent triomphait de toutes ces considérations ; mais il était néanmoins diriicile aux femmes de porter noblement la réputation d'auteur, de la concilier avec l'indépendance d'un rang élevé, et de ne perdre rien, par cette réputation, de la dignité, de la grâce, de Taisance et du naturel qui devaient caractériser leur ton et leurs manières habituelles.

On permettait bien aux femmes de sacrifier les occupations de leur intérieur au goût du monde et de ses amusements, mais on accusait de pédantisme toute étude sérieuse; et si l'on ne s'élevait pas, dès les premiers pas, au-dessus des plaisanteries qui assaillaient de toutes parts, ces plaisanteries parvenaient à décourager le talent, à tarir la source même de la confiance et de l'exaltation.

Une partie de ces inconvénients ne peut se retrouver dans les répubUques, et surtout dans une république qui aurait pour but l'avancement des lumières. Peut-être serait-il naturel que, dans un tel État, la littérature proprement dite devînt le partage des femmes, et que les hommes se consacrassent uniquement à la haute philosophie.

On a dirigé l'éducation des femmes, dans tous les pays libres, selon l'esprit de la constitution qui y était établie. A Sparte, on les accoutumait aux exercices de la guerre; à Rome, on exigeait d'elles des vertus austères et patriotiques. Si l'on voulait que le principal mobile de la république française fiit l'émulation des lumières et de la philosophie, il serait très-raisonnable d'encourager les femmes à cultiver leur esprit, afin que les hommes pussent s'entretenir avec elles des idées qui captiveraient leur intérêt.

Néanmoins, depuis la Révolution, les hommes ont pensé qu'il était politiquement et moralement utile de réduire les femmes à la plus absurde médiocrité ; ils ne leur ont adressé qu'un misérable langage sans délicatesse comme sans esprit ; elles n'ont plus eu de motif pour développer leur raison ; les mœurs n'en sont j)ar devenues meilleures. En bornant l'étendue des idées, on n'a pu ramener la simplicité des premiers âges ; il en est seulement résulté que moins d'esprit a conduit à moins de délicatesse, à moins de respect pour l'estime publique, à moins de moyens de supporter la solitude. Il est arrivé ce qui s'applique à tout dans la disposition actuelle des esprits : on croit toujours que ce sont les lumières qui font le mal, et l'on veut la réparer en faisant rétrograder la raison. Le mal des lumières ne peut se corriger qu'en acquérant plus de lumières encore. Ou la morale serait une idée fausse, ou il est vrai que plus on s'éclaire, plus on s'y attache.

Si les Français pouvaient donner à leurs femmes tontes les vertus des An-

glaises, leurs mœurs retirées, leur goût pour la solitude, ils feraient très-bien de préférer de telles qualités à tous les dons d'un esprit éclatant; mais ce qu'ils pourraient obtenir de leurs femmes, ce serait de ne rien lire, de ne rien savoir, de n'avoir jamais dans la conversation ni une idée intéressante, ni une expression heureuse, ni un langage relevé ; loin que cette bienheureuse ignorance les lixàt dans leur intérieur, leurs enfants leur deviendraient moins chers lorsqu'elles seraient hors d'élat de diriger leur éducation. Le monde leur deviendrait à la fois plus nécessaire et plus dangereux; car on ne pourrait jamais leur parler que d'amour, et cet amour n'aurait pas même la délicatesse qui peut tenir lieu de moralité.

Plusieurs avantages d'une grande imj)orlance pour la morale et le bonheur d'un pays se trouveraient perdus si l'on parvenait à rendre les femmes tout à fait insipides ou frivoles. Elles auraient beaucoup moins de moyens pour adoucir les passions furieuses des hommes ; elles n'auraient plus, comme autrefois, un utile ascendant sur l'opinion : ce sont elles qui l'animaient dans tout ce qui tient à l'humanité, à la générosité, à la délicatesse. Il n'y a que ces êtres en dehors des intérêts politiques et de la carrière de l'ambition, qui versent le mépris sur toutes les actions basses, signalent l'ingratitude, et savent honorer la disgrâce (piand de nobles sentiments l'ont causée. S'il n'existait plus en France de femmes assez éclairées pour que leur jugement pût compter, assez nobles dans leurs manières pour inspirer un respect véritable, l'opinion de la société n'aurait plus aucun pouvoir sur les actions des hommes.

Je crois fermement que dans l'ancien régime, oij l'opinion exerçait un si salutaire empire, cet empire était l'ouvrage des femmes distinguées par leur esprit et leur caractère : on citait souvent leur éloquence quand un dessein généreux les inspirait, quand elles avaient à défendre la cause du malheur, quand l'expression d'un sentiment exigeait du courage et déplaisait au pouvoir.

Durant le cours delà Révolution, se sont ces mêmes femmes qui ont encore donné le plus de preuves de dévouement et d'énergie.

Jamais les hommes, en Franco, ne peuvent être assez républicains pour se

passer entièrement de rindépcndancc et de la lierlé naturelle aux fonuues. Elles

avaient sans doute, dans 1 ancien régime, trop d'influence sur les affaires : mais

elles ne sont pas moins dangereuses lorscprelles sont dépourvues de lumières

et par conséquent de raison ; leur ascendant se porte alors sur des goûts de

fortune immodérés, sur des choix sans discernement, sur dos recoumiandations

sans délicatesse; elles avilissent ceux qu'elles aiment au lieu de les exalter.

L'Iltat y gagne-t-il'.' Le danger très-rare de rencontrer une femme dont la su-

|)ériorilé soit en «lisproportion avec la destinée de son sexe, doit-il priver la ré-

|)ubli(pi(! (le la célébrité dont jouissait la France par l'art de plaire cl de vivre eu

société'.' Or, sans les fenunes, la société ne pont être ni agréable ni pi(|uanle;

et les femmes |)rivé(!s d'esprit, ou de. c(;lte grue de conversation qui suppose

rêdiicMliiiii hi plus (li>liiigiiée, g;ilcrit la société au lieu de l'cndtcllir ; elles y iu-

IrtMliiivciil une sorte de niaiserie dans les discours cl de nicdisancc i\i' cotcru',

r. LAN F. s. 55Ô

une insipide iraiolo (|ni iloil tiiiii- par rloiuiior (oiis les liomnics vraiment supérienrs, et vtHlnirait les rénnions brillantes de Paris aux jeunes gens qui n'ont rien à faire et aux jeunes femmes qui n'ont rien à dire.

On peut découvrir des inconvénients à tout dans les affaires humaines. Il y en a sans doute à la siqiériorifé des femmes, h celle même des hommes, à l'amourpropre dos gens desprit, à l'ambition des héros, à rinq)rudence des .Imes grandes, à l'irritabilité des caractères indépendants, à l'inq^étuosité du courage, etc. Faudrait-il j>our cela combattre de tous ses efforts les qualités naturelles, et diriger toutes les institutions vers l'abaissement des facultés! A peine est-il certain que cet abaissement favorisât les autorités de fiuiiille ou celles des gouvernements. Les femmes sans esprit de conversation ou de littérature ont ordinairement plus d'art' pour échapper à leurs devoirs; et les nations sans lumières ne savent pas être libres, mais changent très-souvent de maîtres.

Éclairer, instruire, perfectionner les femmes comme les hommes, les nations comme les individus, c'est encore le meilleur secret pour tous les buts raisonnables, pour toutes les relations sociales et politiques auxquelles on veut assurer un fondement durable.

, L'on ne pourrait craindre l'esprit des femmes que par une inquiétude délicate sur leur bonheur. 11 est possible qu'en développant leur raison, on les éclaire sur les malheurs souvent attachés à leur destinée ; mais les mêmes raisonnements s'appliqueraient à l'effet des lumières en général sur le bonheur du genre humain, et cette question me parait décidée.

Si la situation des femmes est très-imparfaite dans l'ordre civil, c'est à l'amélioration de leur sort, et non à la dégradation de leur esprit, qu'il faut travailler. Il est utile aux lumières et au bonheur de la société que les femmes développent avec soin leur esprit et leur raison. Une seule chance véritablement malheureuse pourrait résulter de l'éducation cultivée qu'on doit leur donner : ce serait si quelques-unes d'entre elles acquéraient des tacultés assez distinguées pour éprouver le besoin de la gloire; mais ce hasard même ne porterait aucun préjudice à la société, et ne serait funeste qu'au très-petit nombre de femmes que la nature dévouerait au tourment d'une importune supériorité.

S'il existait une femme séduite par la célébrité de l'esprit, et qui voulût chercher à l'obtenir, combien il serait aisé de l'en détourner s'il en était temps encore ! On lui montrerait à quelle affreuse destinée elle serait prête à se condamner. Examinez l'ordre social, lui dirait-on, et vous verrez bientôt qu'il est tout entier armé contre une femme qui veut s'élever à la hauteur de la réputation des hommes.

Dès qu'une femme est signalée comme une personne distinguée, le public en général est prévenu contre elle. Le vulgaire ne juge jamais que d'après certaines règles communes, auxquelles on peut se tenir sans s'aventurer. Tout ce qui sort de ce cours habituel déplaît d'abord à ceux qui considèrent la routine de la vie connue la sauvegarde de la médiocrité. Un homme supérieur déjà les effarouche: mais une femme supérieure, s'éloignant encore plus du chemin frayé, doit éton-

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lier, cl |)ai' conséquent importuner davantage. Néanmoins un homme distingué ayant presque toujours une carrière importante à parcourir, ses talents peuvent devenir uliles aux intérêts de ceux même qui attachent le moins de prix aux charmes de la pensée. L'homme de génie peut devenir un liomme puissant, el, jfous ce rapport, les envieux et les sols le ménagent; mais une femme spirituelle n'est appelée à leur offrir que ce qui les intéresse le moins, des idées nouvelles ou des sentiments élevés : sa céléhrité n'est qu'un bruit fatigant pour eux.

La gloire même peut être reprochée à une frmnie, j)arce qu'il y a contraste entre la gloire et sa destinée naturelle. L'austère vertu condamne juscjuà la célébrité de ce (jui est bien en soi, comme portant une sorle d'atteinte à la perfection de la modestie. Les hommes d'esprit, étonnés de rencontrer des rivaux parmi les femmes, ne savent les juger, ni avec la générosité d'un adversaiie, i\\ avec l'indulgence d'un protecteur; el dans ce combat nouveau, ils ne suivent ni les lois de l'honneur ni celles de la I onté.

Si, pour comble de malheur, celait au milieu des dissensions politiques qu'une femme acquit une célélirilé remarquable, on croirait son influence sans bornes, alors même qu'elle n'en exercerait aucune; on l'accuserait de toutes les actions de ses amis ; on la ha'irait pour tout ce qu'elle aime, et l'on attaquerait d'abord l'objet sans défense avant d'arriver à ceux que l'on pourrait encore ledouter.

Rien ne prèle davantage aux suppositions vagues que l'incertaine existence d'une femme dont le nom est célèbre et la carrière obscure. Si l'esprit vain de tel homme excite la dérision, si le caractère vil de tel autre le fait succomber sous le poids du mépris, si l'homme médiocre est repoussé, tous aiment mieux s'en prendre à cette puissance inconnue qu'on appelle une femme. Les anciens se persuadaient que le sort avait traversé leurs desseins quand ils ne s'accomplissaient pas. L'amour-propre aussi de nos jours veut altribner ses revers à des causes secrètes, et non à lui-même; et ce serait l'empire supposé des femmes célèbres qui pourrait, au besoin, tenir lieu de fatalité.

Les femmes n'ont aucune manière de manifester la vérité ni d'éclairer leur vie. C'est le public qui entend la calomnie, c'est la société intime qui peut seule juger de la vérité. Quels moyens autlienlitpies pourrait avoir une femme de démontrer la fausseté d'imjinlalions mensongères? L'homme calomnié répond par ses actions à l'univers; il |ieut dire :

Ma vie (sl un témoin (|iril f:iiil ciiIcikIic aussi.

Mais ce lémoin, quel est-il |)()nr une rciniiie'.' (pichpics xcrlus |)rivé('s, quelques services obscurs, (piehpic:-. sentiuuMils icid'ermés dans le cercle élroil de sa destinée, (juehpies écrits qui la feront coimaitre dans les j)ays (prelle n liabilc pas, dans les années où elle n'existera plus.

l'n homme jteut, même dans ses ouvrages, réfuter les calonmies dont il est dc\ enu l'objet ; mais, pnui' les femmes, se défendre est mi désavantage de plus;

i; LA Mis. hhl

se justilier, un biuil nouveau. Les (einines sentent qu'il y a dans leur nature «luelque chose de pur et de délicat, bientôt flétri par les regards mêmes du public : l'eaprit, les talents, une ànie passionnée, peuvent les faire sorlir du nuage qui devrait toujours les environner; mais sans cesse elles le regreltent connue leur véritable asile.

L'aspect de la malveillance lait trembler les fennnes, quelque distinguées qu'elles soient. (!ourageuses dans le malheur, elles sont tiniiiles contre l'inimitié; la pensée les exalte, mais leur caractère reste faible et sensible. La plupart des femmes auxquelles des facultés supérieures ont inspiré le désir de la renommée, ressemblent à llerminie revêtue des armes du combat : les guerriers voient le casque, la lance, le panache élincclant ; ils croient rencontrer la force, ils attaquent avec violence, et dès les premiers coups ils atteignent au cœur.

Non-seulement les injustices peuvent altérer entièrement le bonheur et le repos d'une femme, mais elles peuvent détacher d'elle jusqu'aux premiers objets des affections de son cœur. Qui sait si l'image offerte par la calonmie ne combat pas quelquefois contre la vérité des souvenirs? Qui sait si les calomniateurs, après avoir déchiré la vie, ne dépouilleront pas jusqu'à la mort des regrets sensibles qui doivent accompagner la mémoire d'une femme aimée?

Dans ce tableau, je n'ai encore parlé que de l'injustice des hommes envers les femmes distinguées : celle des femmes aussi n'est-elle point à craindre? N'excitent-elles pas en secret la malveillance des hommes? Font-elles jamais alliance avec une femme célèbre pour la soutenir, pour la défendre, pour appuyer ses pas chancelants?

Ce n'est pas tout encore : l'opinion semble dégager les hommes de tous les devoirs envers une iemme à laquelle un esprit supérieur serait reconnu : on peut être mgrat, perfide, méchant envers elle, sans que l'opinion se charge de la venger. K est-elle pus une femme extraordinaire? Tout est dit alors ; on l'abandonne à ses propres forces, on la laisse se débattre avec la douleur. L'intérêt qu'inspire une femme, la puissance qui garantit un homme, tout lui manque souvent à la fois : elle promène sa singulière existence, comme les parias de rinde, entre toutes les classes dont elle ne peut être, toutes les classes qui la considèrent comme devant exister par elle seule : objet de la curiosité, peut être de l'envie, et ne méritant en effet que la pitié. M'"'' de Staël.

® Chez les Druzes du mont Liban, ce sont les femmes qui sont chargées d'instruire la jeunesse, et d'expliquer les livres sacrés de la religion.

Quand la chevalerie commença à perdre de sa dignité })remière, quand les hommes, rassasiés de tournois et de combats, se livrèrent aux lettres et à des goûts plus paisibles, les femmes ne tardèrent pas à les imiter, et, pour continuer à leur plaire, s'occupèrent d'instruction et de philosophie.

Comme le beau sexe est souvent exagéré dans ce (pi'il entreprend, il se livra avec trop d'ardeur aux sciences, ce qui dessécha l'esprit et nuisit aux grâces. Quand elles s'en aperçurent, elle abandonnèrent les sciences, et cultivèrent des

558 Li:s FKMMES DAPRKS LES AUTEURS FRANÇAIS.

lalents plus propres à leur ouvrir le temple de l'Amour que celui do la Uonoinniée.

Vers le seizième siècle, les hommes étaient adonnés à la fois à la galanterie et à la superstition, à la dévotion et à la débauche, comme à des choses compatibles. Le goût de rinslruction s'éclipsa. Dès lors les femmes, suivant toujours l'impulsion qu on leur donna, s'abandonnèrent à la plus grossière ignorance.

De Ségur.

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