CONDITION DES FEMMES DANS L'EUROPE MODERNE
ilaiis un pays où les alYniies piiMifiuos oceiipont toiil, où l'Anglais le plus amoureux n'oublie jias le pailenieiil au.v pieds de sa maîtresse, où son goût pour l'aisance et pour la couunodité le porte à renvoyer les femmes au dessert, alln de rester loiiiitenips à table entre bonnncs ; dans un pays où un sexe si aimable est plus estimé (ju'adoré, ee sexe n'aura jamais une grande influence; et même en ce moment, où les femmes françaises ont tant perdu de leur empire sous le rapi ort de l'amour-jjropre et des plaisirs, il sera toujours préférable pour une fennne de nailre à Paris qu'à Londres, où le sort de ce sexe ne s'améliore (ju'en se rapprochant de nos mœurs.
Convenons-en, les femmes anglaises vivent à peu près comme les femmes turques, à l'exception des clôtures et des gardiens. Sans être aussi surveillées, elles ne sont pas moins contraintes \ Quelque supériorité qu'elles se sentent sur leurs maris, elles sont obligées de les respecter et de les craindre ; ce qui fait (pi'elles premient le parti de s'en faire aimer pour se tirer d'affaire. C'est aussi la leçon qu'elle donnent à leurs enfants, et l'on peut remarquer que c'est plutôt en elles un conseil qu'un principe, et qu'elles le leur recommandent plutôt comme calcul que comme devoir. En effet, elles ne peuvent parvenir à commander qu'en obéissant ; et, lorsque l'on vous dit qu'une femme, en Angleterre, est plus heureuse que dans d'autres pays, c'est comme si l'on disait qu'elle est plus j)réi)arée par l'éducation à jouir davantage qu'une autre femme d'un bonheur médiocre. Le seul dédommagement qu'elles aient de tant de privations, c'est la considération dont elles jouissent. Mais aussitôt qu'elles commettent la moindre laute apparente, et qu'elles sont moins bien vues dans le monde, elles la commettent alors tout entière ; et devant perdre d'un côté, pour ne pas être tout à fait heureuses de l'autre, elles aiment mieux opter que de concilier tous les deux. Rien n'est si rare que ces intrigues longtemps secrètes, et qui cessent souvent avant d'avoir été connues ; ce qui pourrait cependant se voir en France, si les femmes étaient moins légères et les hommes moins indiscrets. D'après les mœurs anglaises, cela devrait arriver souvent, et cependant on en remanjue peu d'exemples; la contrainte les fait bientôt éclater. Une femme fait tout ce qu'elle peut pour résister; elle sait que le bonheur de toute sa vie tient à refuser le boidieur d'un moment. Mais quand tous ses efforts ont été superflus, elle s'abandonne au sentiment dans lequel elle ne peut plus vivre, et renonce au monde qu'elle ne peut plus ménager. Il est rare que, lorsque l'amour a été cause d'une pareille démarche, l'homme qui l'a fait commettre ne s'empresse de la réparer et n'épouse la femme qu'il a séduite, et qui, sans lui, serait toujours malheureuse. Ils vont alors vivre ensemble à la campagne, et se tenir lieu de tout. C'est ce qui arriva à M. de Biron. Une personne à lacjuelle il avait cherché à plaire
* On iiîisuie «juc cela Psl bien changé depuis vingt iins. Les dames angi;iiscs n'ont, dit-on, plus rien de celle scvérilc de mœurs qu'on se plaisait à leur accorder.
Uesinit in |iiscciii iiiulicr fonnosu supcnie !
[JSote de Charles Nodier.
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lui avoua, après quelque temps, qu'elle ne pouvait plus lui résister, et lui lit la proposition de s'enl'uir dans un village d'Ecosse, pour y vivre heureux le reste de leurs jours. Il eut toutes les peines du monde à éviter cet excès de bonheur.
11 nie reste à parler des peuples du Nord. Chez eux, dans les temps les plus reculés, le sort des femmes paraît avoir été beaucoup plus doux que dans les autres pays. En Suède, elles ont toujours joui de la plus grande considération. Autrefois même, leurs faveurs paraissaient être la seule récompense digne de la valeur.
Les mœurs s'étant |)olicées, leur sort n'a pu qu'y gagner. Comme les couvents n'v sont pas connus, les jeunes Suédoises sont communément élevées sous les yeux de leurs parents, soit par une gouvernante française, soit par une autre qui sait cette langue. Quelques pensions s'y sont formées ; mais les premières familles en font peu d'usage, et lorsqu'elles y placent de jeunes personnes, elles les en retirent de bonne heure pour les élever sous leurs yeux. Habituées de boime heure au monde par ce moyen, vivant avec décence, mais avec la liberté, nu milieu des jeunes gens de leur état, c'est toujours leur inclination qui décide de leur mariage.
Chez le peuple même, la simplicité des mœurs produit toujours de bons ménages. Les femmes, dirigeant toute réconomie domestique, on y voit rarement de ces rixes assez communes chez d'autres peuples, qui Unissent par diviser les familles. Au reste, je ne m'arrête point sur cette réflexion; quand on observe, (liMis quelque pays que ce soit, ce n'est jamais la dernière classe de la société ([u'il faut regarder. Les mœurs n'existent qu'où l'éducation connnence.
Sous Gustave, dernier roi de Suède, assassiné au milieu de sa cour, les mœurs prirent une teinte chevaleresque qui tenait plus au goût particulier de ce monar- (jue (ju'au véritable caractère de la nation. Il voulut mêlera la simplicité suédoise une sorte d'élégance française que le climat semble repousser, et à la([uelle la pauvreté du pays ne convenait nullement. En effet, il y avait une contradiction manifeste entre ce désir d'élégance et la rigueur des lois (jui bannissaient le luxe et défendaient de porter de 1 or et de l'argent sur les habits. Les intentions brillantes de Gustave appelaient une magnificence commandée par ces mœurs nouvelleset défendue [)ar la sagesse des lois. Les femmesqui, dans tout le Nord, ont un désir de parure au moins égal à celui de nos Eranraises, cherchèrenl à faire oublier, parla grâce des foimes et le goût des habits, l'iibsencc! forcée de la magnilicence. Mais c'est là le cas de iapj)elcr ce que j'ai dit plus haut : l'extrême himplicité dans l'élégance même n'appartient (juanv campagnes; le Irùne cl la coui' veulent v.Ue entoiH'és d'éclat.
Pendant le lègnc trop court de Gustave, la galanleii(> s(Mnbla s'inlroduiie ; mais ce goût d'héroïsuK!, de clievabîrie, ces bals, ces tournois, tout ce cadre aimabb; dans lequel b's femmes se plaisent, parce (pi'il leur sied si bi»'n, sembhiit n'itxister (]ue |)ar la main (jui l'avait |>lacé. H se brisa à la mkuI du monar- (pic le plus l'cgrettable. (domine il ne tenait pas esseiiliellciiiciil ;iii\ lud'urs, au
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iîoùt du pavs, ces débris se disperseront proniplnment sans pouvoir se réunir ; et, comme ces plantes étrangères et transportées loin de leur sol naturel, qui périssent aisément, tout ce beau prestige s'éteignit et ne laissa que d'aimables souvenirs.
Exceptez-en quelques circonstances, les femmes, qui cependant ne sont point exclues du trône, ont fort jieu d'influence en Suède sur les intérêts politiques. C'est ici le cas de rapporter le peu de mots de Charles Xï h sa femme, (jui voulut se mêler des affaires de sa cour,: « Nous vous avons prise, lui dit-il, pour faire « des enfants, et non pas pour gouverner.» — Du reste, il l'aima, la traita trèsbien, et en eut beaucoup d'enfants.
Depuis la mort de Gustave, les Suédoises sont rentrées dans une situation analogue à leur caractère primitif, et qui se ressent un peii de la teinte passagère que ce prince leur avait communiquée. Aimables, polies, aimant la lecture, l'instruction, sans se livrer au goût d'écrire, qui, chez une femme, passe à Stockholm pour un ridicule, elles jettent dans le commerce de la vie le charme que l'on doit attendre d elles.
Partout il y a une immense différence des mœurs de la capitale à celles des provinces.
En finissant ce précis, je crois devoir placer ici la lettre d'un homme de mes amis, qui avait pris, pour l'objet principal de ses voyages, l'occupation picpianle d'observer les femmes des différents pays où il avait passé et de les comparer entre elles. Quoiqu'elle répète quelques détails que je viens d'offrir au lecteur, je crois devoir la publier telle que je i"ai reçue : elle sort d'une plume véridiquc, et peut-êlre les différents avis des voyageurs sur le même sujet sont-ils intéressants à comparer.
« Me voilà presque à la fin de ma tournée d'Europe, mon ami. Vous savez quel était l'intérêt principal qui me conduisait. Après avoir bien examiné les femmes de tous les pays, je finis par conclure qu'à quelques nuances près, qui tiennent aux lois, aux usages de leur patrie, elles sont partout les mêmes. Autant les hommes diffèrent entre eux, autant les femmes se ressemblent. Certes, rien n'est plus opposé qu'un Anglais et un Italien, tandis qu'une Italienr.e et une Anglaise, biew qu'elles diffèrent, se rapprochent mille fois davantage. D'abord dans les qualités essentielles, vous trouvez chez les femmes de dii'lérenfes contrées des points de ressemblance presque généraux. Humanité, patience, tendre pitié, douceur, courage inspiré par le sentiment dans les grandes circonstances, voilà de ces vertus que l'on est sûr de rencontrer partout chez les femmes. C'est plutôt dans leurs différences que dans leurs qualités qu'elles varient entre elles. La raison en est simple : leurs qualités leur viennent de la nature ; leurs défauts sont communément le fruit des vices d'éducation, des lois, des usages; c'est plutôt à nous qu'à elles qu'il faut nous en prendre, puisque les hommes gouvernent; ainsi, l'Angleterre étant mieux régie que l'Italie, les femmes y valent mieux; mais, quelle que soit l'influence du gouvernement, vous êtes sûr de trouver dans ime Italienne, comme dans une Anglaise, les qua-
lil(''s j)riiici|)alos qui sont le caractère distinctif de son sexe. C'est par la douceur naturelle des femmes et l'habitude de soumission dans laquelle elles rappellent à nos regards ces marbres purs, qui sortent de ia terre, pour prendre les formes que nous voulons leur donner. Le ciseau d'un artiste maladroit peut en faire un mauvais usage, sans avoir le pouvoir d'altérer les qualités qui leur sont propres. Les femmes sont donc partout, en quelque sorte, ce que nous les faisons. Sous ce rapport, rien ne les distingue dans les jiays que j'ai parcourus; cependant, en les observant avec une attention suivie, j'ai cru remarquer que les gouvernements avaient plus d'action sur elles que le caractère des hommes.
« Dans la France seule, où la société est un arl, il s'est fait un tel amalgame de l'esprit, des goûts et des passions des hommes et des femmes, que le caractère des hommes agit directement sur elles.
« Un Anglais, par ses habitudes, par son goût pour les affaires, a soumis sa femme aux détails sérieux de la direction de son ménage, et par là il a donné plus de gravité apparente à ses formes. Plus penseur que dissertant, surtout avec les femmes, il a établi entre son épouse et lui plus de rapports de puissance (pie (le tendresse, plus d'abandon que de confiance, plus de passion secrète (jue d'union de pensées, d'attrait et d'o})inion.
« En France, au contraire, où le caractère i)lus léger des hommes les ]ioi le à réfléchir prestpie tout liant sur leurs ])rojets, même devant ceux (jtii dépendent d'eux, un époux, par le besoin continuel de connnuniquer ses idées, d'en recevoir d'autres, d'en faire un échange perpétuel, identilie sa fenune, sans le vouloir, à tout ce qu il pense. Son but est bien de commander, d'être le maître; mais il a mis l'esclave dans sa conlidence. Soit qu'elle soit du même avis, soit qu'elle s'y trouve opposée, elle est dans son secret. S'aiment-ils tous deux, l'union d(! leuisàmes, de leurs |)ensécs, est |)arfaile. JNe s'aiment-ils ])as, il y a eu au moins une coninumication d'idées (pii ressendîle à la confiance. Ce n'est point cetle sépaialion morale de l'esclave au maîirc, (pie l'Anglais établit. Le FiaïK.ais avertit sa conq)agrie de sa puissance, la discute avec elle; par ce moyen, il peut l'altérer sans doute; du inoins, elle s'établit avec plus de forliie. Il en est de même des opinions de tout genre. En France, il existe entre les deux sexes inie communication habituelle. Aussi les femmes parlent, rélléchissent, décident de tout, des choses les |)lus frivoles comme des j)lus importantes. Elles sont i)lus associées à la pensée des hommes, qui linissent toujours par faiie les lois de l(!urs maisons; mais, comme ce n'est (pie par le souvenir de la force fpi'ils y parviennent, l'instant de lutlc renouvelée, (jui s'élablit sans cess(î entre les deux sexes, laisse à l'esprit des hMiimes rempiciiilc du caiaclère (|ii(! les liDiiimes leur ont commuiii(pié. .le h; ré|!èt(!, ce n'est (prcn France (pie celle réiiclioii se remarcpie, parce (pi'il n'exishî auciin point d'isolement cuire l(>s lionuiics cl, |(!s femmes, landis (ju aiilre pari, et surloiil en Aiiglelcire, il y eu a mille. I)(! |)liis, en France, les femmes étant les arbilres (hî la mode, les usages leur sont pi-es(pie soumis, et l'on a vu souvent avoir recours à elles dans des temps (le cris(!s, comme la Fiunde^ poui' faire leccvoir des choses (pie la puis-
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sanco no pouvait étalilir. Dans tons les liMiips, los l'cmmos ont. suivi en France l'impulsion donnée par los hommes, de s'identilier avec leurs systèmes comme avec leurs passions. Elles ne s'amusent pas plus des affaires que des plaisirs, et si elles ont besoin trèlre mêlées à tout, les hommes ont la même impossibilité de se passer d'elles.
« Voilà 00 que Ton ne remarque dans aucun autre pays de FEuropc, même dans ceux où elles montent sur le trône à leur tour.
« 11 est encore un antre pays distingué par une nuance particulière; c'est la Poloune. Là, los fennnos, conduites par une volupté plus raffmée, plus aimables qu'en Italie, sont bien forcées d'avoir les hommes pour but de leurs séductions ; mais, moins soumises que partout ailleurs, soit à raison de leurs richesses, soit par le propre de leur caractère, elles ont un rôle plus indépendant, une existence personnelle qui tient à leur charme particulier. Elles ont en général de la grâce et de l'imagination : la grâce captive d'abord, et l'imagination fait faire ensuite, aux têtes qu'elle embrase, tout le chemin qu'elles veulent. Une étincelle de ce don céleste est venue tomber sur leur froide patrie, et la plus charmante partie des habitants s'en est emparée. En Pologne, il n'y a point do poètes, il n'y a point d'artistes ; mais il y a des femmes qui rêvent aux arts, qui chantent avec une \o\\ charmante les stances du Tasse, et qui récitent les vers de Delille. Elles se sont dit que l'amour était pour les femmes ce que la gloire était pour les hommes. Se faire aimer est leur plus doux penchant et le premier besoin de leur vie. C'est plutôt de l'enivrement qu'elles inspirent que de vrais sentiments. Le privilège d'allumer de grandes passions n'appartient qu'aux âmes fortes qui peuvent donner tout ce qu'elles peuvent recevoir. Cette véritable passion, dont il court tant de parodies dans la société, appartient à tous les pays, et peut se trouver dans tous les climats; mais elle n'est sentie, que par les âmes nées avec une sensibilité exquise, susceptibles d'enthousiasme et de profondes émotions. Les femmes qui n'ont que de la grâce, de l'esprit, quelques ciiarmes et de la coquetterie, inspirent des goûts qui prennent la couleur de lamour, et qui s'effacent aussi rapidement que les tleurs éphémères, (juant aux femmes à imagination, elles aident d'un autre charme un sentiment d'une nature différente, qui ne vit que d'enthousiasme; et voilà pourquoi le sentiment qu'inspirent les Polonaises ressemble à de l'amour ; mais peut-être est-il plutôt delà volupté. Elles sont adorables parles souvenirs qu'elles laissent, parles espérances qu'elles donnent ; elles savent tout embellir de cette magie (jui a quelque chose de vague, d'indéterminé : elles aiment la nature, sans être naturelles : mais leur art devient presque simple par sa perfection. Il y a un abandon charmant dans leurs manières; elles accordent avec une giâce qui n'est pas celle des Françaises, qui semble leur avoir été révélée par la nature, source inaltérable de tout ce qui est bien, de tout ce qui doit plaire. Elles n'ont pas dans leurs salons cette monotonie de convenances qui tyrannise la conversation par des règles formelles, et prescrit à peu près les mêmes mots, comme les mêmes usages, une fois adoptés. Mollement couchées sur leurs divans, elles
bm l.r.S FEMMES D'APRÈS LES AUTEURS FRANÇAIS.
ont nulaiit d'altitudes différentes que de costumes. Leur coincisjition n'est peiit-êlre pas aussi spiritue'.le que celle des Fran(,'aiscs, mais elle est plus piquante par son originalité. Une femme dont la pensée voyage sans cesse, qui laisse errer ses idées d'un objet à un autre, qui voit au même moment, des yeux de l'imagination, les sites enchantés de l'Italie et les effrayantes beautés de la Suisse; qui a l'art ou la bonne foi de mêler Tenthousiasme à tout ce qu'elle dit, cette icmme-là a mille moyens de plus que les autres de plaire et de charmer. C'est par toutes ces sources de séductions que les maisons des Polonaises deviennent des habitations ravissantes, et leurs jardins des féerins. Tout ce que l'imagination embrasse s'embellit à rinslant ; ces enchanteresses ont le talent de faire penser et sentir ceux qui les écoutent, sous mille et mille rapports diflércnts. C'est à la fois l'art d'enivrer et l'àme et les sens. Les oppositions piquantes viennent ajouter encore au charme. Quoi de plus délicieux que d'entendre une jolie femme dans des bosquets qu'elle a créés, s'entourant d'art parler de la nature ; dans le même moment enrichir son salon de chefs-d'œuvre divers, s'embellir elle-même de mille talents aimables, et tout cela avec des formes destinées naturellement à l'élégance ! Sans cesse elles sont parées de leur négligence même, et n'ont l'air de se servir de la fortune (juc pour se jouer de ses présents.
« Une certaine mollesse, une grâce calculée, et surtout un accord intime du moral au j)hysique, se remarquent également en Pologne et en Russie ; les Courlandaises particulièrement ont un attrait distinctif. Les deux princesses ' (pii, cet hiver, sont venues charnier notre capitale, en sont un exemple remarquable.
« Les diflérentes secousses du gouvernement ont fort influé sur les fcnunes en Piussie. Sous Pierre l", elles se sont ressenties de la rudesse d'un gouvernement absolu, (pii avait besoin d'une extrême sévérité. Pierre voulait changer les mœurs, et faire fléchir sous de nouvelles coutumes une nation superstitieusement attachée à ses usages, et d'iiutant moins accessible à la civilisation, qu'elle avait tous les préjugés de l'ignorance et toute la barbare férocité, effet nécessaire de ses sanglantes révolutions.
« Les femmes, si bien faites pour adoucir les mœurs, vivaient enviponnées il'esclaves et l'étaient elles-mêmes. Elles trend)laient sous la domination d'un époux ou d'un maître faiouche. (jiiehiuelois elles étaient reléguées avec lui dans de vastes déserts, d'où était exilé tout ce (pii ennoblit la vie, les lettres, les sciences, les arts, doux présents de la société, (pii font contracter à râmc des habitudes généreuses, et la mettent sans cesse en présence des témoins (pii la jugent.
« Oiu'hjuefois appelées à la cour de ce même Pierre, elles y assistaient à de hontcîuses orgies; elles voviiient tomber les tètes d(! leurs amis, ou subissaient ( lles-mènu'sde honteuses |)nniti(iiis. On sait (pu; Piei're le (ii'and, cet honinu' de gèni(!, par un contraste! CI iiel, en tirant les Russes de la barbaiie, couvrit son
' I,n prinrc'sc ili- l'.irlinri cl s-i siiiii .
CONIHTION I)L:S FKMMKS dans L'EUROl'E MODERNlv Mil)
pavs (réoliafaiuls, ot lit périr iiiio partie do la noblesse de l'enij)irc. Catlierinc 1"', inonlrant ce (pie j)Ouvail Vîuuc héroïque d\u\e tVmine, prépara les Russes à la doniination heureuse de Catherine II, dont les grâces et le génie ne contribueront pas pou à faire chérir ot ros[)ector los fenunes dans ce pays. Les mœurs s'adoucirent, lo beau sexe y reprit une place digne de lui ; aussi, après la France, peut-être la Russie est-elle le pays où il est le plus agréable d'être femme.
« Les femmes russes sont, en général, très-jolies ; peu instruites, elles apprennent avec facilité. Elles ont des talents, de la grâce et de la noblesse dans le maintien ; et si on remarque dans quelques-unes une gravité qui les distingue des Polonaises, presque toutes se livrent à une indolence orientale qui les en rapproche. Leur vie s'écoule entre le jeu qu'elles aiment beaucoup. La paresse, le luvo et la magniricence la plus recherchée sont un besoin pour elles. Presque ttnites crédules, superstitieuses, elles aiment tout ce qui parle à leur imaginalion. Éprises du merveilleux, elles passent quelquefois des soirées entières à entendre leurs femmes leur répéter des contes qui les amusent et les attachent comme des enfants.
« Telles sont mes observations sur les femmes des différents pays que j'ai parcourus ; et, pour peindre en deux mots les nuances que je remarque entre elles, je crois que, s'il m'était permis de clioisir, je prendrais pour ma femme une Anglaise, une Française pour mon amie, et une Polonaise pour ma maîtresse. »
Peut-être Pami qui m'écrivait cette lettre est-il un peu hardi dans ses décisions sur les femmes. Je ne les donne que comme son opinion particulière...