‹ Les femmes d'après les auteurs françaisChapitre 188 sur 194 · OWEN · texte numérisé non relu

OWEN

.*)Sr. I.KS FRM.MKS D'APRKS LKS AUTEURS FRANÇAIS.

l.i voliiiiU'. I/amoiir, les .spectacles, les arts, une existence oisive et molle, voilà l'emploi lie la vie de ce sexe voluptueux. Rien ne prouve plus le consentement tacite (les maris ' à la galanterie précoce des femmes, que ce peuple de s'Kjisbes^ (le cavaliers dévoués à leurs ordres. A la vérité ce sigisbé n'est pas celui qu'elles traitent le mieux; mais sans cesse avec elles, il est du moins l'image do l'amant dont il est presque convenu qu'elles ne peuvent se passer. Regardées, et se donnant elles mémos pour de simples parures de la société, elles doivent perdre de leur considération ; comme elles dirigent plutôt leur finesse vers l'intrigue amoureuse que vers les affaires, rarement elles y ont part; en un mot, leur rôle a plus de charme que d'importance. Il faut cependant rendre justice à quelques feuHues italiennes, surtout à celles de Florence, de Sienne, de Rome même : elles sont instruites, elles aiment les arts et la littérature. Leurs inclinations s'éimrent en même temps que leurs goûts; et leur société devient plus agréable, sans que leur caractère national perde ce qu'il a de piquant.

Avec plus de gravité, les Espagnoles ont iicul-ètrc autant de galanterie. Plus réflécliios (pie les Italiennes, le mystère qu'elles employaient autrefois pour leurs mtrigues, le voile dont elles les couvraient, les rapprochaient plus de l'état naturel de leur sexe, qui semble appelé à charmer |)ar sa modestie, à fixer par sa pudeur. D'ailleurs l'Espagne était le berceau de l'ancienne galanterie. Ne fût-ce que par les souvenirs, il reste toujours une sorte de déférence plus apparente d'un sexe pour l'autre; et, la vanité étant la base du caractère des lemmes, les pavs où l'on compte le plus avec elles sont ceux où elles peuvent se croire les plus heureuses. La jalousie même des Espagnols est une espèce d'occupation ins|)iréepar les femmes, et qui leur a doimé longtemps de l'inq^ortance à leurs propres yeux.

Dans quelque pays que ce soit, si ce sexe craint la persécution, il craint égali ment l'oubli ; et j)eut-être préférerait-il un |)eu do tourment à rinmiilialiou de nétre compté pour rien. Si l'on en croit nos voyageniN, c'est surtout dans certaines provinces d'Espagne que l'on ictrouve les traces de ses anciennes mœurs. Celles de Madrid sont plus relâchées, et ne rappellent (jne faiblement les souvejiirs de la galanterie aj)portée par les Mam'cs. Si les Italiennes ont un si(iisbi'\ ^es Espagnoles ont un corjeto, qui diffère du sùjisbé en ce que celui-ci n'est «pie l'homme dévoué aux soins, et non destiné aux faveurs, tandis que le corjeto des I^pagnoles est bien véritablement l'amant hem-eux. Tant qu'il règne, jiersonne ne se |)résente, et, s'il est congédié, rarement sa ))lace reste-t-elle longt(Miq)s vacante. Jus(|u'à l'instant où les jeunes personnes sont mariées, elles vivent dans ^es couvents ou dans l'intériciui' d(^ leurs familles ; mais on assure (pie ces niénics couvents ne sont pas cxenq)ts (b; (piehpu's intrigues amouienses, ipii profanent Il m' enceinte sacrée.

L'amour, et par conséquent la condilion des femmes, ont, en Espagne, trois

' Sfiiivont ce sont les iiiari« (|iii clioivi^sniil oiix-iii "mps ces si5i;islH's )ii)iif leurs riiiiiiics, hi |irciril("TP :iilMi'i' <lc leur iii;iii:i(;c.

CONDITION DKS l'EMMKS DANS I/EUROPIi: MODEUNi:. 587

i'|u);|iios disliiiotos. 1. amour participa trahoril ilo let esprit cliovaliMOsqiio, (|ni |>roooila et suivit (piel(|UO toiups les <;uorres coulro les Maures et les roiidcuicnls lie la monarchie espagnole. Celait alors (pie l'honucur, l'amour et la relii^iou semblaient se disputer les belles actions el se sui passer pour les produire. Plus délicats et plus désintéressés qu'aucun autre peuple, les Espagnols regardaienl le courage comme le seul mérite, et les succès auprès des femmes comme le seul but ou la seule récompense digne du courage. C'est dans ce temps que l'on vil deux amants expirer ensemble du bonheur de se revoir après trois ans d'absence, et du regret de se séparer ; deux autres se précipiter du haut d'un rocher pour ne pas se survivre l'un à l'autre. Je pourrais citer mille autres traits dont l'histoire d'Espagne est remplie. Le repos de la paix anéantit ces vertus guerrières, ces illusions brillantes. Le commerce et les richesses de l'Inde changèrent ces héros en flibustiers hardis, en aventuriers corrompus.

Les conquêtes (p>e l'Espagne fil en Amérique dépravèrent les mœurs, et celles ({u'elle lit sur le continent changèrent les usages et affaiblirent le caractère national. A ces passions succéda une multitude d'intrigues, de ruses, où l'adresse italienne se remarquait plus que l'honneur et l'amour castillan. Ce temps est [)aifailenient peint dans les comédies de Lope de Vega, Calderon^ et dans les Nouvelles de Cervantes. De là les sérénades, les enlèvements, les duègnes, les jaloux, toutes choses dont il n'existe plus en Espagne que le souvenir : l'amour semblait dégénérer à mesure que la civilisation se perlectionnait ; il avait été une folie, il devenait un calcul, et c'est à peu près ce qu'il est à présent. Quelques années après son mariage, une jeune femme, ordinairement assez ignorante, a besoin d'aller dans le monde, de se trouver aux courses de taureaux, aux assemblées; elle veut, pour l'y accompagner, un homme qui lui plaise, et souvent, sans l'aimer beaucoup d'abord, elle s'attache à lui, de peur qu'il ne s'attache à une autre; c'est \e cortejo dont je parlais tout à l heure. Cet homme, quelquefois ami du mari, avec plus de liberté dans la maison, étant moins sujet à en troublcr l'ordre, se trouve plus commode pour la femme, et est préféré à un étranger, ou à un autre qui n'aurait pas les mêmes avantages. C'est presque toujours un officier ou un moine, par la facilite qu'ils ont tous les deux de s'introduire dans la maison, et [larce qu'également oisifs, ils sont plus sous la main, el (|uc l'on peut en disposer plus aisément. Les moines ont cependant perdu beaucoup de leur influenco, et ne réussissent plus que près des femmes âgées. Les liaisona en Espagne durent fort longtemps, et prennent sur-le-champ un caractère authentique et respecté. Lorsque deux amants se brouillent, les [)arenls, les amis s'cm|)ressent de les raccommoder; le monde même s'y intéresse. Il semble que cette nouvelle union (pi'ilavu commencer soit un contrat dont il a été le témoin, et qu'il désire maintenir bien plus que celui du mariage, pour lequel il n'a ))as été consulté. Aussi un homme qui se conduit mal envers une femme, trop tôt infidèle, ou qui la rend malheureuse, trouve difficilement à se replacer auprès d'une antre. Il en est de même des femmes que l'on n'estime qu'en raison de leur conduite en amour. Rien n'est si rare que ce que nous aj)pelons une

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Icrnme coquette; elle pourrait tromper un Iiomine, mais elle n'en trompetait (pi'un, elle exciterait un soulèvement général. C'est ce qui fait que les étrangers, et les Français surtout, qui ont un si grand succès dans les pays du Nord et dans (jnclquos parties d'Allemagne, n'en ont aucun en Espagne, à moins qu'ils ne sachent l)ien la langue, et ne se conforment aux usages du pays. Au reste, je le répète, ce n'est ni à Madrid, ni dans quelques ports de mer, où les mœurs et les modes étrangères se sont introduites, que l'on peut juger de ces usages, mais dans les villes de l'intérieur, telles que Valence, Grenade, Tolède, Séville.

Remarquons un contraste assez frappant entre la Suisse et l'Espagne, ici, l'iiniocence est enfermée; là, elle est livrée à elle-même. On voit les jeunes peisonncs, en llelvétie et à Genève, préserver leur pureté avec une liberté presque illimitée, et la confiance qu'on leur accorde devenir souvent un plus grand obstacle à vaincre ([ue les murs élevés et les grilles de fer des couvents espagnols. Au reste, tout système d'éducation peut se soutenir ; l'ir^>ortance, sous ce rapport, tient, je pense, à la direction que l'on sait donner aux mœurs. Pour moi, je croirai toujours que les jeunes personnes, jusqu'à l'instant où elles ont un guide et un époux, ne doivent pas être livrées aux dangers delà société, (ju'elles ne peuvent pas connaître, et que leur existence de (illes et de femmes doit être entièrement différente.

Si l'Espagne \ comme la France, ne permet pas aux femmes d'hériter du trône, on les voit, dans le royaume voisin, en Portugal, tenir le sceptre, et par l'esprit des lois, lors même qu'elles se marient, accorder à peine le titre de roi à leur époux, qui n'est roi que de nom, sans exercer aucun pouvoir. Par une aulie bizarrerie, dans ce même pays où les femmes régnent, les époux, dans leur intérieur, ont un pouvoir absolu sur leurs femmes. Toutes les sortes de prérogatives sont attribuées au mari, qui commande en maître. Tout dans la société se ressent de l'état secondaire des femmes, et dans quelques tamilles, non à Lisbonne, mais dans les provinces qui gardent toute la rigueur de leurs anciens usages, un étranger ne pourrait adresser la parole sans la permission du mari. Elles sont même presque forcées de sortir de la chambre lorsqu'un homme y entre, et qu'il n'est pas amené par le maître de la maison. Malgré toutes ces précautions, en Portugal comme en Espagne, les intrigues amoureuses sont aussi connnunes (ju'autre [)art. A certaine épo(]ue de l'année, une femme vient confesser sa faiblesse à son directeur ; il en résulte une sainte réprimande, l'ordre de rompre avec son amant. Elle le cpiitle huit jours, reçoit l'absolnlion, approche de l'autel, et peu de jours après s'en éloigne pour se rapprocher de son amant. Ainsi donc, adorée et adorant tour à tour, elle passe sa vie à brûler l'encens sacié et à s'enivrei- du profane. Seulement le ((Mups (prcllc destine à la créiilurc! (!sl bi(Mi plus Jdiig ipie celui (piClIc doinic au (.'n'alcur.

U'ie le voyageur sorte de Lisboiiiie, cl (pu; les Ilots le portent à Conslanlinoplc : la, les femmes sont on enehaiiiées dans les séiails pour leur vie, ou ren-

' Dnimis ijiic ici II (jli' |:iil)li(:, 1 1 loi clIiriVdiU': K.jiili; u (Hr iiio lilicc.

(.ONmriO.N UES FEMMKS dans L'EIROI'K MODERNE. 589

foriiH'Oi; dans leur intérieur. Elles ne paraissent en public que voilées; elles ne peuvent jouir de leur liberté qu'en se livrant à l'état vil de femmes prostituées. Onoiiiue r.Mlemaune soit divisée en plusieurs parties et eu plusienis Etats souvent ennemis, la condition et le ear.ictère des feunncs s'y ressemblent pourtant beaucKup, puisqu'elles sont toutes formées plus ou moins par les écrits, qui sont les mêmes, et par une éducation analogue. Je ne parlerai ici que de la classe la plus distinguée, et qui peut seule avoir le nom de boiiDC compagnie, (pioicpie l'autre renferme be;uicoup d'esprit et dagrément, suilout dans les villes commerçantes. Les Allemandes sont généralement moins sensibles (jue lc« Françaises, plus passioimées, moins aimables ; elles ont |)lus de sagacité |)0ur reconnaître les qualités du cœur, que d'adresse à discerner celles de l'esprit. Souvent on peut leur plaire autant par de bonnes que par de belles actions ; elles ont une manière sinqile d'aimer, qui fait qu'on les séduit avec du naturel et de la simplicité : froides au premier abord, elles s'attachent à mesure qu'elles découvrent en vous les qualités solides et vraies qu'elles ont en elles. Pour elles, c'est peu que ce premier coup d'œil qui a tant de pouvoir sur les imaginations vives des Polonaises et des Italiennes; l'habitude attache les Allemandes plus que la ligure, et le mérite plus (|ue l'esprit; elles sont le juste inlermédiaiic entre les Françaises et les Anglaises. Moins réservées que celles-ci, moins attachées à leurs devoirs domestiques, elles sont aussi moins légères que les Françaises, et moins avides de louanges et de succès. Le système féodal, qui se conserve encore en Allemagne, donne aux femmes une grande inlluence. Quoiqu'il ne leur assigne aucune fortune, elles sont presque toutes à la tète de petites principautés et de propriétés suzeraines, oii elles ont beaucoup de représentation à la place de leurs maris, qui, ordinairement occupés à la chasse, aux jeux, vivent avec quelque complaisant subalterne. Les femmes se trouvent alors chargées d'exercer la bienfaisance, de recevoir la société et de faire les honneurs rlc leurs maisons ; toutes choses où l'amour-propre et la vanité les distraient beaucoup de l'amour. C'est ce que l'on remarque dans la plus grande partie des femmes de l'Empire, qui, en général, ont plus d'esprit et d'instruction que celles des pays de l'Empereur. Vienne seule renferme peut-être les femmes qui réunissent le plus de qualités. Parmi plusieurs sociétés nombreuses, on en remarque une, composée de femmes distinguées par leur naissance, leur richesse et leur beauté. Elles rassemblent autour d'elles les gens les plus marquants, non point par leurs titres, ni parleurs richesses, mais par leur mérite et les services rendus à l'État. On ne peut être admis dans leur société, si l'on est un homme médiocre. La lecture des romans de chevalerie, qui sont encore fort à la mode en Allemagne, et les différentes guerres que ce pays a eu à soutenir, ont servi à encourager ces idées libérales ; et il n'est aucun lieu en Europe où les sentiments d'honneur soient aussi parfaitement conservés. On retrouve au milieu de l'Allemagne toute la délicatesse, la galanterie des beaux temps de la France. Les personnes de cette société n'ont point passé, ainsi que presque tous les étrangers, d'une haine exagérée contre leurs ennemis à une admiration plus exagérée en-

oOO LKS FKMMKS D'AlUltS Ll-S AUTEURS FRANÇAIS.

coic. Elles n'ont pas voulu détruire la France, elles ne veulent pas rcncenscr. Tranquilles dans leurs })rincipes comme dans leurs sentiments, fidèles à tous les deux, elles ont conservé leurs amis, leur manière de vivre, et sont tous les jours plus attachantes et plus aimées.

La Prusse est encore une preuve de la facilité avec laquelle les femmes saisissent tous les différents genres que leur présentent les mœurs, les usages et la (endanec des esprits. Leur adresse se montre dans le parti qu'elles savent en tirer pour leur existence. L'esprit du grand Frédéric a laissé dans ce royaume cetlc teinte guerrière et celte philosophie qui étaient le caractère distinctif de son gouvernement. Comme il y avait en lui un grand amour du pouvoir, et de grands moyens de le soutenir, sa puissance devenait le contre-poids de sa philosophie : mais ses successeurs, moins grands, moins victorieux, ont laissé plus d'empire aux idées libérales, qui se sont étendues. Les femmes, toujours en accord avec l'esprit du moment, ont cultivé les sciences et les. lettres. Peu d'entre elles s'y sont assez distinguées pour s'y faire un nom; mais l'ensemble a de l'instruction, peut-être un peu de pédanterie : elles ne savent pas assez que l'esprit des universités a de la peine à remplacer la grâce, la légèreté, la finesse et l'élégance, qui sont la véritable parure de leur sexe. Dans un pays guerrier, où les homir.es sont sans cesse dans les camps, dans les garnisons, où la proniièro existence est d'être militaire, il reste peu de temps pour la galanterie. Cependant, sans la comparer à celle de l'Espagne et de lltalie, elle existe à Berlin : et il n'est |)oiiit de lieux, de climats, où l'amoiu" n'exerce son empire. S'il se cache sous le manteau d'un Espagnol, le casque d'un Prussien ne l'effraye pas, et même au milieu du fracas des armes, il soumet la pruderie de la Prussienne, comme il enflamme l'Italienne voluptueuse. Partout le but est le même, les différences n'existent que dans les routes, les moyens et les temps. Quelques observateurs prétendent qu'au milieu de ce goût pour les sciences, de cette apparence de pédantisme imposant, les femmes, en Prusse, ne sont [)as insensibles à l'attrait des offrandes. Ce contraste est assez piquant. Au reste, il n'est pas difficile à croire; et, dans la France même, nous avons vu les principes de la philosopliii^ nouvelle allier l'amour de la sim])licité avec C(!lui des richesses, et quelques femmes, soit par goût, soit par soumission, recevoir presque autant de dons de leurs amants ([u'ellesen avaient reçu de la nature. L'on doit remarquer aussi (jue la Prusse n'est pas riche. Un pays ])auvre est toujours contraire à l'existence des femmes, surtout lorsqu'il est monarchi(|ue. L'(!S|)èce de ponqie (|u'exige le trône rend nécessaire la magniliccnce de ses cntours. Ce désir continuel et cette im- |inissance de briller désolent C(! sexe, (pii doit plaii-e sans efforts, s(! i)arer sans [)eine et sans réllcxion. Une fcnnric n'a-l clic (pic le nioveii passager de s'cmiIoui<r d'éclal, c'est sans goût, sans cliannc, (pic les bijoiixsc placent aiiloiii' d clic; sa p(''iiil)le |i;iiure se ress(!nt du tourment (lu'clle eut poiii' se la procni'ci", et de la craint(; ignoble de la faner ou de la perdre. Pour (pie le brillant réponde, cbe/. les femmes, à la pompe du trône, il ne faut rien moins rpie la magnilicence (piCllcs ni()iili;ii(iil dans le siècle de Louis \1V; mais dans une i'é|)ul)li(pie. il faiil l.i

CONIUTION DES FKMMF.S DANS I/EIROPE MODERNE. r)9l

nioiioslo simplicité ilo h\ Siiisso. IVun oolô, oo so\c aiinaMc ost en rapport avec Tari : ilo Taulro, il losl avec la naliiro ; ot, lorsque cha(pio choso esta sa place, la simple htM'u'ère des Alpes cueille avec la même facilité, dans la prairie, les (leurs abouilaules et tVaiches dout elle couronne sa tète jiour |)lairc à sou auiaut, que lélégaute et sensible la Vallière trouvait siu- sa toilette les pierreries rares et brillantes (pi'elle opposait à l'éclat de son teint pour cbarnier les regards d(^ Louis,

Si Uerlin ollre le tableau dune société de femmes scientifiques, raisonneuses et peut-être pédantes, en Poloyne, au contraire, toute la coquetterie, l'amabilité française se retrouvent : il semble (pie, par les manières, les formes et l'élégance, la nature ait voulu nu^ttre une affinité marquée entre deux nations aussi éloignées l'une de lantie. Les Polonaises parlent très-bien le français ; leurs manirs, leur goût pour la société, pour les productions aimables de l'esprit, les rap|Mocbent encore des Françaises.

La Pologne a été conduite à sa destruction par des cbances politiques et par les vacillations d'un gouvernement instable qui a peu fourni d'occasions aux femmes dintluer sur les affaires. L'extrême magnificence des grands seigneurs donnait à ce sexte l'existence brillante qui seule lui convient. En cbaugeant le sort, elles n'ont point cbangé de caractère; et, soit qu'elles restent dans leur patrie divisée, soit quelles voyagent, elles portent partout ce désir de plaire, ce cbarme attirant, cet esprit fin, ce mélange de dignité et de grâces voluptueuses auquel on résiste peu. On assure que la [)ruderie des dames russes leur fiiit juger sévèrement les Polonaises ; qu'elles appellent légèreté le mouvement aimable que celles-ci répandent dans la société. Ce jugement prouve plus l'injustice des unes que les torts des autres. En Russie, les femmes, naturellement graves, ont un flegme apparent qui donne à leurs formes sociales une sorte de roideur opposée aux grâces des Polonaises. Les Russes sont moins vives, moins coquettes ; mais la galanterie n'est cependant pas plus bannie de Pétersbourg que de Varsovie. Seulement, le premier attrait est caché avec plus de calcul, les soins sont rendus avec plus de mystère, et le bonheur est couvert dun voile moins léger. Ces nuances tiennent à leur caractère et à l'éducation. Peut-être aussi les femmes, fières d'occuper le trône à leur tour, de compter parmi elles une Elisabeth et deux Catherine, ont-elles pris naturellement une dignité convenable à leur condition dans l'Elat. Chargées de tous les détails intérieurs de leurs maisons, de l'éducation de leurs enfants, à laquelle elles président jusqu'à un certain tige, réglant tout, excepté leurs terres dont leurs maris s'occupent ; en un mot, tout reposant sur elles, il en résulte une consistance naturelle qui les agrandit à leur propres yeux et donne au maintien de quelques-unes la fierté de leur position.

Comment ne pas observer, dans les nuances infinies qui diversifient les femmes en Europe, à quel j)oint ce sexe mobile est j)ropre à modifier son caractère, et même ses passions, d'après les usages et les loisV Ces différences sont moins frappantes dans notre sexe que dan ; le l(>ui'.

Pciit-c'lrc, dans aucun pays, la condition et le caractère des femmes no se sont-ils pas ressentis de l'influence des mœurs et du gouvernement autant qu'en Aniili'tt'rre. Dans cette monarchie limitée, qui réunit la nécessité du trône et la passion raisonnée de la liberté, le véritable goût des arts, celui de la magniticence, et surtout cet amour vrai de la patrie qui attache un Anglais aux alïaires publiques préférablement aux siennes propres, les femmes ont dû avoir beaucoup d'importance dans leur intérieur et fort peu dans la société, ainsi que dans les intrigues politiques. Ce sont les grandes villes qui perdent les mœurs des femmes. Une Anglaise, passant presque foute sa vie dans ses terres, occupée de sa maison, de sa famille, aimant l'époux qu'elle a choisi, a peu d'occasions d'être séduite, et d'inspirer d'autre sentiment que celui de l'estime qu'elle acquiert par l'habitude de ses devoirs. Chez les hommes, chez les femmes, les divers buts de la vie influent sur le caractère, les formes, les goûts et la pensée. Qu'un Anglais soit marin ou commerçant, membre du parlement ou simple cultivateur de ses terres, il peut varier dans le genre de ses intérêts ; mais il en est un auquel tous les autres se rattachent : c'est cette occupation principale de la chose publi<pie; la raison eu est simple. Dans la parfaite combinaison du gouvernement, le commerçant tient au marin, le marin au commerçant, l'artiste au pair du royaume, le fermier au propriétaire : un membre de l'opposition tient au roi autant qu'un homme du parti ministériel ; en un mot, tout s'enchaîne, et nulle partie de ce bel ensemble ne peut souffrir ou prospérer, que tout ne prospère cl ne souffre ; et par là même, chacun s'intéresse avec suite aux opérations de l'Ktat.Sous un certain rapport, tous les intérieurs des familles doivent être à peu près les mêmes. Chez le grand seigneur connue chez l'artisan, chez le propriétaire comme chez le fermier, dans les comptoirs de banque comme dans les maisons des militaires, tout pense, calcule, réfléchit, et s'occupe plus habituellement de détails sérieux que de galanterie et de ces futilités aimables qui jilaiseut trop aux femmes pour ne pas les séduire, ou du moins pour ne pas les dis traire de leurs devoirs. En France, dans l'ancien régime, la paix se iaisait-elle après une longue guerre, tout revenait à la stagnation, au désœuvrement. La nullité d'intérêt sur les choses publicjues aux(pielles le gouvernement seul avait rapport, livrait les hommes et les femmes au mouvement des passions, à la distiiiclion des plaisirs. De là la galanterie, le désir, le besoin de \)\a\vc et de séduire. Les lemnies, passant leur vie, non dans leurs terres, mais à la ville et à la cour, se mêlaient d'intrigues pour de petites places qu'elles faisaient obtenir pai- leur crédit, d'où elles tiraient une sorte d'inq)ortance.

Kn Angleterre, au contraiie, eu paix connue en guerre, jamais l'esprit public ne laisse un instant l'esprit national s'éieindre ; les mceurs s'en ressentent, et les femmes, livrées à leur véritable destination , font plus pour le bonheur et moins pour le plaisirs. Il paraît (\uc, de|)uis (pu'hpies aimées, il s'est fait unchangciiiciit dans lu manièie devivie : on p.isse plus de leuqis à Londres (jue dans ses terr(!s. La galanterie; semble inscnsibhMuent s'établir. Un |dus long séjour dans la ca|)ilale doit néccssaircineut coiidiiiic au relàchenieul i\ci< nueins. Mais

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