‹ Les femmes d'après les auteurs françaisChapitre 2 sur 194 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Tout d'abord, qu'est-ce que la femme?

— Voilà, certes, une grande, une redoutable question posée : et bien audacieux nous paraîtra qui tentera d'y répondre. Qu'à cela ne tienne pourtant; les définitions ont été formulées en grand nombre. Citons-en quelques-unes.

Ecoutons d'abord l'auteur du Pantagruel, en son vieux style : « Quand je dis femme, je dis un sexe tout fragile, tout variable, tout inconstant, et imparfait que nature me semble (parlant en tout honneur et révérence) s'être égarée de ce bon sens par lequel elle avait créé et formé toutes choses, quand elle a bâti la femme. Et y ayant pensé cent et cinq cents fois, je ne sais à quoi me résoudre, sinon que forgeant la femme, elle a eu égard plus à la sociale délectation des hommes et à la perpétuité de l'espèce humaine qu'à la perfection de l'individuale muliébrité (de la personnalité féminine). »

Malherbe nous dit, lui :

« Qu'il n'y a que deux belles choses au monde : les femmes et les roses; et

que deux bonucs : les fcuinies et les nielous. » Donc, selon rauslcrc réformateur de la langue française, « la femme est une chose belle et bonne. »

Dufrcsny appelle la femme :

« Un oiseau qui change de plumage plusieurs fois par jour : pic-grièche dans son domestique, paon dans les promenades, et colombe dans le lête-à-têtc. »

Voltaire en fait, par aventure :

« Un roseau que le moindre vent plie. »

« Les femmes sont la plus belle moitié du monde, »

dit Jean-Jacques.

« 0 femmes, s'écrie Diderot, vous êtes des enfants bien extraordinaires! — Oui, reprend Grimod de la Reynicre, des enfants, mais

0 Des enfants qui gouvernent le monde, »

Bernardin de Saint-Picrrc :

(( Les femmes sont les fleurs de la vie, comme les enfants en sont les fruits. »

G. Legouvéles nomme :

Ce présent qu'à riioninie ont fait les ciciix.

Rétif de la Bretonne :

« Un être qui, uni à riioniinc, fait un tout complet. »

De Bonald :

« L'amie naturelle de l'homme. »

On pourrait dire avec raison, selon S. Dnbay :

« Que la femme est le doux et tendre mystère que tout le monde adoie sans le connaître. »

Selon Napoléon :

« La femme est la poésie de Dieu, l'hounne étant la prose. »

Selon de Livry :

« Avec tous autres êtres que les hommes, les femmes eussent été des anges; avec les hommes, elles ne sont que des femmes; ce qui, à la vérité, diffère peu . »

Selon de Ségur :

« Les femmes, précieux ornements de la tcrrc!, sont une seconde ànie de \)o\n' cire, qui, sous une autre cnveloj)pe, correspond intimement à toutes nos pensées, (pi'elles évcilhmt; à tous nos désirs, (prdles font naiire et partagent; à nos faiblesses, qu'elles jtcuvent plaindre, sans en être atteintes. »

« Une lemmc, dit Alfred de Musset :

(i'fsl le pliislicl oiseau que nous ayons sur Icrrc.

( lu liicn encore :

« (i'esl un vase IVai^ilc l'ail de Icrrc \k\v ini |mi|ii ;•. >)

Plus loin, il cite ce mot du professeur llallé, qu'il trouve terrible : « La femme est la partie nerveuse de l'iunnanilé, et l'iiounne la partie rriUscuKure. »

Pour beaucoup, affirme G. Sand,elle n'est

« Qu'un animal domestique, proj)re à maintenir l'ordre dans une maison, à préparer le repas et servir le thé. »

Mais c'est là une plainte plus qu'une délinition : vite une galanterie « Femme, dit Stendhal, délicieux instrument dont l'amour doit être rarchet, et — l'homme l'artiste. »

Ajoutons une malice empruntée à V. Hugo : « La femme est un diable très-perfectionné. »

Deux traits pris dans Balzac :

« La femme est une charmante créature qui retire aussi facilement ses gants que son cœur. — Les femmes sont des poêles à dessus de marbre. »

Et enfin cette exclamation échappée au cœur d'un gracieux penseur contemporain, M. Adolphe d'Houdetot :

« Pauvre femme !... souffre-douleur!... Pis encore! souffre-plaisir!

Voilà bien des définitions : à laquelle donner la préférence? Nous n'avons pas^à nous prononcer : mieux vaut, croyons-nous, passer aux jugements plus explicites, mieux motivés, qui répondront à cette seconde question ; — Quelle opinion sommaire se former de la femme?

Les juges ici se divisent en deux groupes.

4" Groupe. Ceux qui, déclarant le sujet inabordable, inépuisable, se sont bornés, si nous pouvons parler ainsi, à formuler leur abstention.

2* Groupe. Ceux qui se sont crus aptes à émettre une opinion, et l'ont exprimée en toute autorité.

Le premier groupe n'est pas nombreux : — l'abstention est une vertu si rare !

« Il y a trois choses, disait Fontenelle, que j'ai toujours beaucoup aimées sans jamais y rien comprendre : la peinture, la musique et les femmes. »

Boufflers :

« 11 y aura toujours quelque chose à dire des femmes, tant qu'il en restera une sur la terre. »

Marivaux

« Pour définir la femme il faudrait la connaître. Notre siècle peut en commencer la définition, mais je soutiens qu'on n'en verra le bout qu'à la fin du monde. »

S. Dubay :

« Les hommes étudient sans cesse les femmes sans venir à bout de les connaître.

Al|ili. Kair :

« Tout homme de bonne foi qui se voudra rappeler les diverses opinions qu'il a eues sur les femmes depuis son enfance jusqu'à sa vieillesse, y trouvera un clrange chaos et verra qu'il n'est pas beaucoup plus avancé que le premier jour, et que, s'il pouvait recoudre une autre existence au bout de celle qui lui a été donnée à dépenser, il aurait encore à apprendre pendant tout le temps de cette seconde vie, et ne saurait rien quand elle prendrait lin à son tour. »

Ernest Legouvé :

« Qu'est-ce qu'une femme? Cette question est déjà une réponse. On ne demande pas : Qu'est-ce qu'un homme? L'histoire du passé et du présent le définissent. Dès le premier jour du monde, son rôle dans la civilisation et dans la vie a été marqué d'un caractère évident, et dès ce premier jour aussi la femme a porté sur son front : Mystère. »

P. J. Stahl :

« De tout ce qui a été dit sur les femmes, il ne résulte rien, sinon que, tant qu'il y aura une femme, il y aura quelque chose à dire sous le soleil. »

Abordons le deuxième groupe, que nous devrons nécessairement subdiviser.

Voyons en première ligne l'extrême louange, le panégyrique, la défense enthousiaste, les opinions enfin qui semblent dues à ce conseil de Diderot :

« Quand on écrit des femmes, il faut tremper sa plume dans l'arc-en-ciel, et jeter sur sa ligne la poussière des ailes du papillon. Comme le petit chien du pèlerin, à chaque fois qu'on secoue la patte, il faut qu'il en tombe des perles. »

Citons :

Dieu, qui s'est repenti d'avoir fait l'homme, ne s'est jamais repenti d'avoir

fait la femme.

£33 Les femmes ! ce nom-là me chatouille l'oreille.

Les (emmes ! c'est, je crois. . . c'est là cette merveille Que jusqu'à ce moment je ne connaissais pas. Faites-moi le portrait des femmes...

— Figurez-vous un être entre l'homme et les anges, Ces fatales Ijcautés ont des yeux meurtriers Qui de nos faibles cœurs percenl tous les sentiers ; Le cliiuildes lossignols est bien moins agréalile Que le son de leur voix; leiu- (bstours est aimable, Insinuant, badin ; leur couunerce est charmant. Les feniiues, einui mot, sont tout enchautcnient : Jamais sans succoinlici' nul lioiiiiiic ut; les brave, Et dèscju'd les regarde il devient leur esclave.

£33 0"i"'d Dieu créa la fcmiiii' il voidiit adoiicii'

Lfs Miaiix <|ii'il nous avait coïKlaniiirs à soiill'rir. Les grâces dans son sein ^ciment dès sa naissance. Dan» les jeux innuccnis de sa première eid'ance

MaLH£RUE.

Destouc.iies

DÉFINITIONS. - JUGEMKNTS SOMMAIRES.

On cnlrevoit rinstinot dos devoirs niateniels.

A sa poupée, objet de ses soins élernels,

Vous roalendez, ainsi qu'au sein de sa famille,

Bégayer les sermons d'une more à sa fdie.

A SCS jeux les talents succèdont tour à tour :

Les arts viennent finir l'ébauche de lamour.

Dans ses pas, cadencés au son do l'harmonio,

La volupté s'unit avccla modestie.

Sur la toile, les fleurs naissent entre sosdoifi;ts.

Tout s'émeut, tout palpite aux accents de sa voiv ;

Elle en mole le charme aux accords de sa lyre.

Et chante innocemment les désirs qu'elle inspire.

Sa mère la présente aux autels de l'hymen :

Pour gage de son cœur elle y donne sa main.

Bientôt, entre les bras d'un époux qui l'adore,

Elle a connu l'amour , son âme est vierge encore,

Sans trouble, sans regret, sa timide pudeur

D'un air reconnaissant sourit à son vainqueur.

Bien loin fpie sa défaite intéresse sa gloire.

Elle s'enorgueillit des fruits de ma victoire.

Et marchant près de moi, porte avec dignité

L'appareil imposant de la maternité.

La voilà mère enfin ! Je vois tout ce que j'aime

Tous les ans, sous mes yeux, renaître de lui-même.

Mes filles, de ma femme ont les touchants attraits,

Leur âme de son àme a conservé les traits.

Dans mes enfants j'adore et respecte leur mère,

Guidés par ses avis, empressés de lui plaire.

Vers le bien, chaque jour, ils font un pas de plus ,

Je vieillis entouré de leurs jeunes vertus.

Quoique ma femme et moi touchions à la vieillesse,

Nous nous rajeunissons encor de leur jeunesse.

Mais quand mon sang glacé circule avec lenteur,

Quand l'âge sur mes pas amène la douleur.

L'amitié m'encourage à souffrir ses atteintes.

Son feu ramène encor mes forces presque éteintes.

Que de soins ! que d'amour ! au plus beau de nos ans,

Ma femme n'eut jamais des bras plus caressans,

La mort, si formidable à l'homme solitaire,

S'approche avec respect d'un époux et d'un père.

A sa famille entière il le faut arracher ,

La mort tremble, en frappant, de se laisser toucher.

Ma femme, mes enfants, lui disputent sa proie ;

Leur tendresse, en mon cœur, jette un rayon de joie ;

Et, de mes faibles bras, les pressant tour à tour,

J'exhale dans leur sein ma vie et mon amour.

DîCMOL'sTirn

e LES FEMMES D'APRÈS LES AUTEURS FRANÇAIS.

Les hommes ne connaissent pas les femmes sous un autre nom que sous celui de beau sexe; mais s'il est seulement beau pour ceux qui n'ont que de? yeux, il est encore, pour ceux qui ont un cœur, le sexe générateur qui porte l'homme neuf mois dans ses flancs au péril de sa vie, et le sexe nourricier qui l'allaite et le soigne dans l'enfance. Il est le sexe pieux qui le porte aux autels lorsqu'il vient de naître; il est le sexe pacifique qui ne verse point le sang de ses semblables; le sexe consolateur qui prend soin des malades, et qui les touche sans les blesser.

BEflNAnDIN DE SaINT-PiERRE,

H faudrait reprodun-e ici tout le poëme de Legouvé ' : nous en détachons quelques passages seulement :

^ Quel homme, pour charmer la beauté qui l'inspiic, Se livrant aux travaux qu'un regard doit payer, S'il possède un talent, ne souhaite im laurier? Ce désir est surtout l'aiguillon du poëte. Sitôt que l'amour parle à son àme inquiète, Dévorant nuit et jour les écrivains fameux. Il ne respire plus qu'il ne soit grand comme eux, Dans ce cirque imposant où règne Melpomène, Il soumet un ouvrage aux juges qu'elle amène : Quelle chaleur, quel choc de sentiments divers! Le feu qui les consume a passé dans ses vers. Dans les scènes, surtout, où l'action pressante Peint les feux d'un amant, les douleurs d'une amante. Chaque vers est empreint de ce style cnflannné Que cherchent vainement ceux qui n'ont point aimé. Du trouble le plus doux il fait goûter les charmes ; On rap[)laudit du cœur, de la voix et des larmes. Il triomphe : et s'écrie en sou transport hiiilant : 0 femmes, c'est à vous que je dois mon talent ! . . .

II (l'homme) choisit une épouse, et redevient heureux 'i

Ce temple orné pour lui de festons et de feux,

Ces amis unissant leur présence et leur joie

A la solennité qn(î ce. jour lui déploie,

Celle vierge (jui vient <;n face des autels

Se .soumellrc à ses lois par des noeuds innuoilcls.

Et b(!lle de candeur, de grâce et de jeunesse,

Lui (loiuK! de l'aimer la [JidtfKpio (Jiomesse.

Cette leligion dont le poiivoii' [ucnx

Grave de son bonheiu' le [HiuMtir dans les (ienx;

Ces parents allcndiis dont la main lévérée

Lui remet de son nom leur lille décoiée,

Eteelle iniit lieiiiciise où, dans sa diasle ardeur.

• l.e Wc'riU' des Femmes.

DÉFINITIONS. — JUGEMENTS SUMMAIIIES.

D'une épouse iugéuue étonu;uil la pudeur,

11 entend s'éehapper d'un modeste silenee

Ce premier cri d'amour surpris à l'inuocenco

Tout renouvelle ensemble et son àme et ses sens.

De jour en jour livrée à ses feux renaissants,

Si des transports l'oujiueux (|ue le bel âge inspire

Elle ne lui lait pas retrouver tout l'emitire,

Elle donne sans cesse à son cœur satisfait

Unpeneliant plus dmable, un bonheur plus parfait;

Elle fixe chez lui la douce couliance,

Li tendresse et la paix, vrais biens de l'existence,

Tempère ses chagrins, ajoute à ses plaisirs,

Soulage ses travaux et remplit ses loisirs.

Oui, des plus durs emplois où l'homme se prodigue

Elle sait à ses yeux adoucir la fatigue :

Artisan, souffre-t-il par le travail lassé.

Il revoit sa compagne, et sa peine a cessé.

Ministre, languit-il dans son pouvoir suprême,

Au sein de son épouse il vient se fuir lui-même.

II y vient oublier l'ennui, le noir soupçon.

Qui mêlent aux grandeurs leur dévorant poison.

Et distrait de l'orgueil par l'amour qui l'appelle.

Du poids de ses honneurs il respire auprès d'elle.

Elle est dans tous les temps son soutien le plus doux

Sexe heureux ! son destin est de vaincre sans cesse.

Mais peut-être le fer sied mal à sa faiblesse ; Ses pleurs, arme plus douce, ont autant de pouvoir. Aman proscrit les Juifs, Eslher est leur espoir; Aux pieds d'Assuénis, de ses larmes ornée, Eslher demande grâce, et leur grâce est donnée. Le fier Coriolan auxVolsques réuni, Revient exterminer Rome qui l'a banni.

Tribuns, consuls, vieillards, pontifes et vestales. Tout presse ses genoux sous ces tentes fatales , Inclinés devant eux, devant son front altier, Ses dieux même, ses dieux semblent le supplier; Mais il n'écoute rien qu'une aveugle colère, Il est prêt à frapper. . . Il n'a pas vu sa mère ! Elle entre : Rome en vain la séparait d'un fils; Immolant cette injure au bien de son pays, Elle implore un vainqueur qui cède à sa prière : Les pleurs de Véturie ont sauvé Rome entière. Les pleurs ont mille fois désarmé les héros. Vainement Edouard au glaive des bourreaux Veut de Calais dompté, livrer les six victimes : Son épouse défend ces Français magnanimes, Et d'un prince terrible arrêtant la fureur,

Li:S FKMMES D'ARRÈS LES AUTEURS FRANÇAIS.

Rcii ! la vie ;iiix vaincus et la gloire au vainqueur.

Quel ixjnliour pour les rois et la terre soumise

Qu'une femme sensible au trône soit assise !

L'opprimé trouve en elle un généreux secours.

Souvent mémo, échappée à la pompe des cours,

Du chaume ou des prisons cherchant l'ombre importuna

Elle vient recueillir les cris de l'infortune,

Les porte au souverain ; et ses tristes accents

Révèlent de son cœur les soins compatissants,

Elle obtient du pouvoir, qu'elle rend plus affable,

Un poste à l'indigent, un pardon au coupable.

Elle le fait chérir par ses bienfaits nombreux;

Et le monarque est grand quand le peuple est heureux.

Quel éclat doit ce sexe à sa vertu suprême !

Vous, de ce sexe éternels ennemis,

Vous me peignez soudain la joueuse, l'avare, L'altière au cœur d'airain, la folle au cœur bizarre, La mégère livrée à des soupçons jaloux. Et l'éternel fléau d'un amant, d'un époux : Nous sied-il d'avancer ces reproches étranges? Pour oser les blâmer, sommes-nous donc des anges? Et, non moins imparfaits, ne partageons-nous pas Leurs travers, leurs défauts, sans avoir leurs appas? Vous ne m'écoutez point; et, d'un ton plus austère, Vous m'offrez Eriphile et sa fourbe adultère, Les fureurs dont Médée épouvanta Colchos, Le crime qui souilla les femmes de Lemnos, Messaline ordonnant d'horribles saturnales, Et, de l'antiquité passant à nos annales. Vous mettez sous mes yeux l'affreuse Médicis Au meurtre des Français encourageant son fils : Qui ne hait connue vous ces fennnes sanguinaires? Mais jugea-t-on jamais les rois sur les Tibères? Et la feuime perverse à d'équitables yeux Doit-elle lendre enlin tout son sexe odieux? Mille étoiles au loin rayonnent sin- nos tètes : Il en est dont le cours amène les tempêtes ; Mais, (juoicpie leur aspect présage des malheurs, Trouvons-nous moins d'éclat à leurs brillantes sœurs Qui viennent, de la luiit perçant les voiles sombres. Consoler nos regards du vaste deuil des ombres? Des fleurs oriuîut nos champs : mais pour les trahisons Siplusd'uiic à la haine ofl're de noirs poisons, En admirons-nous moins celles qui sur leur tige D'innocentes coideurs étalent le prestige, Et font à l'odorat comme les yeux charmé. Respirer le plaisir dans le souffle emliaumé?

Les femme;, dût s'en plaindra une maligne envie,

Sont ees flenrs, ornements dn désert de la vie. l

Reviens de ton erreur, toi (|ui veux les flétrir :

S;u"lie les respecter autant que les chérir;

Et, si la voix du sang n'est point une chimère.

Tombe aux pieds de ce sexe à qui tu dois ta mère.

Ces derniers vers, qui résument le Mérite des Femmes, ont acquis une sorte d'universalité.

fS Ce sexe est tout pour l'homme : il soutient notre enfance, Il prête à nos vieux ans son active assistance. Fait pour aimer, pour plaire, et prompt à s'attendrir, 11 nous encaffc à vivre et nous aide à mourir.

Ducis.

® J'ai dit aux épouses des hommes :

« Vous êtes la grâce du jour, et la nuit vous aime comme la rosée. L'homme sort de votre sein pour se suspendre à votre mamelle et à votre bouche ; vous avez des paroles magiques qui endorment toutes les douleurs. Voilà ce que m'a dit ma mère, qui ne me reverra plus. Elle m'a dit encore que les vierges étaient des fleurs mystérieuses qu'on trouve dans les lieux solitaires. » Chateaubriand.

® 0 femmes! doux présent du ciel! ô vous qui, dans tous les temps, fûtes pour nous une source intarissable de bonheur et de jouissances pures, que de larmes taries par vous! que de têtes égarées par le déhre de la douleur, et rendues par vous à la raison! que de proscrits secourus, sauvés par votre noble dévouement! que de traits sublimes inspirés par votre énergie! C'est au sein des périls et de la terreur que le sexe le plus faible a su mériter la palme du courage et de l'humanité. De Ségur.

® Les femmes partagent ici-bas les privilèges des esprits angéliques et répandent comme eux cette lumière que saint Martin, le philosophe inconnu, disait être intelligente, mélodieuse et parfumée. Balzac.

^ Le monde vit de la femme. Elle y met deux éléments qui font la civilisation : sa grâce, sa délicatesse, mais celle-ci est surtout un reflet de sa pureté.

^ La femme est mage, elle est reine. Elle domptera le vainqueur des lions.

MiCIlELET.

® Un poëte oriental, trop peu connu, raconte qu'un sage de son pays était venu à bout de comprendre le langage des oiseaux, et lui avait dit que toutes les chansons de ces aimables petits musiciens avaient pour refrain unique et invariable ces paroles : « Ah ! que les femmes sont donc jolies ! »

£33 Je m'étonne que les astronomes n'aient pas encore découvert que les

étoiles ne brillent au firmament que pour mériter le suffrage des femmes, cl (juc leurs petits yeux ne se font si doux là-haut que pour s'attirer leurs regards.

P. i. SlAlH..

£23 Bien ne ressemblerait plus à un ange qu'une femme parfaite.

S3 Sans la femme, raurore et le soir de la vie seraient sans secours et son midi sans plaisirs. Boiste.

£S3 Tu émigrés avec la femme que tu aimes, et tu appelles cola l'expatrier : dis donc plutôt que lu emportes ta pairie avec loi,... la pairie c'est la femme.

Ad. d'Holdetot.

Après l'optimisme, le pessnnisme.

En tête des délractcurs que l'on pourrait appeler systématiques, viennent se j)lacer Régnier d'abord, Boileau ensuite. Nous nous épargnerons cependant de faire figurer ici les fameux libelles de ces deux grands écrivains : l'œuvre du premier s'exclut d'elle-même d'un recueil cpie tous et toutes doivent pouvoir feuilleter. Quant à celle du second, elle est trop connue pour qu'il nous soil besoin de la reproduire ; mais, ne le fiit-elle pas, nous ne nous ferions nul scrupule de la laisser dans l'ombre.

Marguerite de Navarre, après avoir déclaré que :

« Jamais homme n'eut honneur à dire mal des femmes, »

profite sans doute de ce qu'elle n'est pas homme pour écrire les lignes suivantes : « Depuis que Eve fit pécher Adam, toutes les femmes ont pris possession do tourmenter, tuer et damner les hommes. »

A trois cents ans de distance, une autre femme dit (en prenant, il est vrai, un pseudonyme masculin) :

« La femme est imbécile par nature ; il semble que pour contre-balancer l'éminentc supériorité que ses délicates perceptions lui donnent sur nous, le ciel ait mis à dessein dans son cœur une vanité aveugle, une idiote crédulité. 11 ne s'agit peut-être, pour s'emparer de cet être si subtil, si souple et si pénétrant, que de savoir manier la louange el chatouiller l'amour-propre. Parfois les honnnes les plus incapables d'un ascendant (juelconque sur les autres hommes en exercent un sans bornes sur l'esprit des fennues. La llal(cri(> est V\ joug qui courbe si bas ces têtes ardentes el légères, h (ii;oiiGi: Sa.nd.

Le passage suivant nous semble se placer ici conv<'niibleMi(!nt :

LS3 II serait peu comtois à nu |)hilosophe de; s'en iap|)orler au jugement «le la

l(!innic sur clle-uiênK! : elle ne se connaît pas, elh; est iiu apable de se connailre.

C'est à nous qui la voyons, cl «jui l'aiinons d'en f;iii(' laulopsie.

P. .1. Pi;oui iii».N.

Quoi qu'il en soil, «jucllcs diiilribes l'aire figurera «ôlé des deux précédentes dé-

DÉblNlTIONS. — JUGliMl^NTS SOMMAIRES. 11

clarations fcmininos, (jui sdioiit ilii^iios ilo ce rapprochement? Nous serons sobres l'c citations — et nous somnios liouroiix irajoiilcr, nous lionnuo, pour came-,

£3 Réponds, Écho, cl, Ition (pie tu a)is foinmo,

— Femmo !

Dis vérité: Qui (it movdre la Icaunc?

— Femme !

Oui est la chose au monde phis infiime?

— Fenuue !

Qui plus engendie à riionmie de dillume?

— Femme !

Tu. SiBLKT, cité par M. Desciianel.

Voici qui est moins sérieux :

Pour triompher do l'humaine nature,

Le vieux serpent, cauteleux et madré,

Tenta la femme, et la femme parjure

Fit parjurer l'homme inconsidéré.

Mais que nons a Moïse figuré

Par ce récit? — Le sens en est palpahle

De tout temps l'homme à la femme est livré

Et de tout temps la femme l'est au diable.

L homme créé par le fds de Japet

N'eut qu'un seul corps, mule ensemble et femelle,

Mais Jupiter de ce tout si parfait

Fit deux moitiés, et rompit le modèle.

Voilà d'où vient qu'à sa moitié jumelle

Chacun de nous brûle d'être rejoint.

Le cœur nous dit : Ah ! la voilà, c'est elle !

Mais à l'épreuve, hélas! ce ne l'est point.

J. B. Rousseau.

Il ne faut pas non plus, croyons-nous, prendre troj) à la lettre cette boutade de Marivaux :

S3 Quand quelqu'un me vante une femme aimable, et l'amour qu'il a pour elle, je crois voir un frénétique qui me fait l'éloge d'une vipère, qui me dit qu'elle est charmante, et qu'il a le bonheur d'en être mordu. La vipère n'ôte que la vie. Les femmes nous ravissent notre liberté, notre raison, notre repos ; nous ravissent à nous-mêmes et nous laissent vivre ; ne voilà-t-il pas après des hommes en bel état? Des pauvres fous, des hommes troublés, ivres de douleur ou de joie, toujours en convulsions, des esclaves : et à qui apparlicmient ces esclaves? A des femmes.

Voici qui est cruel :

Eg Les femmes n'ont jamais pu et ne pourront jamais porter plus loin qu'elles ne le Ilfc aujourd'hui tous les défauts et toub les vices qui doi\eiit éloigner d'elles

l'J LES lEMMES D'APRÈS LES AUTEURS FRANÇAIS.

les hommes en ijénéral et surtout les maris : impétuosité, insouciance, profusion, perfidie, noirceur, bassesse, molesse, égoïsme outré, elles réunissent tout.

Rétif de la BnETOXNE.

Voici maintenant qui, à force de vouloir être méchant, devient maladroit : ® Si Dieu l'avait voulu, nous eussions pu avoir des enfants de la même manière que les anciens païens prétendaient que Minerve et Bacchus les avaient produits : il eût été beaucoup plus heureux pour le genre humain de sortir de la cuisse ou du cerveau d'Adam, que du sein d'une mangeuse de pommes, dont la gourmandise lui fut si nuisible.

® Un philosophe pourrait soutenir, sans crainte de passer pour extravagant, que les femmes ont été créées par la Divinité pour tenir les hommes dans un perpétuel élat de souffrances, et pour les faire souvenir qu'ils doivent regarder cette vie comme un tissu de peines et de chagrins.

® Il s'en faut bien en général que les hommes soient bons et vertueux; et quant aux femmes, la première justifia bientôt après sa création, quelles sont beaucoup plus propres à faire donner les hommes au diable qu'à leur être utiles. — Si l'on en croit Machiavel elles sont encore aujourd'hui les plus fermes soutiens de l'enfer, et il est peu de maris qui dans l'infernal séjour n'accusent leurs femmes de les y avoir conduits.

@3 Plus je considère les maux que les femmes causent, et plus je suis étonné que la Divinité ait jugé à propos d'endormir le bon Adam, de lui ôter une côte, et d'en former une compagne qui lui devait faire faire tant de sottises.

® Si l'Ecriture ne disait pas que Dieu accorda à Eve le titre de compcifjney je ne serais point surpris qu'on lui donnât, à elle et à ses filles, celui de diablotins, ou d'anges persécuteurs, puisque c'est effectivement sous les appas d'un être céleste qu'elles cachent leurs défauts. Est-il rien de plus doux, par exemple, de plus modeste en apparence qu'une jeune fille qui sort du couvent pour entrer dans le monde? Ses yeux craignent de rencontrer ceux que sa beauté fixe sur elle, une aimable rougeur colore son visage, sa timidité, qu'on [)rend i)our la suite d'une austère pudeur, en inqjose aux plus circonspects. Est-elle mariée, n'a-t-elle plus besoin de se conlraindr(!? la fioi-lé prend la place de la modestie, la hardiesse celle de la timidité; et si elle rougit encore ({uciquefois, c'est d'orgueil, de (léj)il et de colère. Marquis d'Aiigens.

Encore quelques gourmadcs :

® J'ai r(!manpié, en lisant l'Ecriture, qu'en |)lusieurs passages, lorsqu'il s'agit de reprocher à riiumanilé des fureins ou des crimes, l'auteur dit : les enfants des hommes; et, (juand il s'agit de sottises ou de faiblesses, il dit: les enfants des femmes. Ciiamfoiit.

t33 On débile beaucoup d'histoires fausse? ^ur les femmes; mais elles ne sont qu'une Ï.ïWàc ( oni|ieiisalion des vérilablcs ipTon ignore. II. ^^^.

ES Hélas! quel osl le ilovoir (|uon iia pas renié, pour une femme? quel est le parjura qui n'est point sorti il une poitrine humaine, pour une femme? Quel est le crime que la folie de l'homme n'a pas conunis, pour une femme? A quoi une fennne n'a-t-elle pas été préférée? Combien en est-il qui ont vu à leurs pieds, sous leurs pieds, les dons do la jeunesse, les richesses de l'âgé mûr et la dignité même de la vieillesse, et qui, au lieu de les relever d'une main confuse et attendrie, les y ont ingénument laissés, faisant sans remords litière de tous ces biens perdus 1

P. J. Staiil.

Viennent maintenant les opinions que nous appellerons mixtes (pour ne pas prendre sur nous de les appeler raisonnables)^ c'est-à-dire, celles qui mettent un poids dans chaque plateau de la balance, et qui, si elles n'étabhssent pas l'équilibre parfait, tendent au moins h faire la compensation :

® Les femmes sont extrêmes, elles sont meilleures ou pires que les hommes.

La Bruyère.

£S3 .le ne suis pas de ceux qui disent ce n'est rien : C'est une femme qui se noie.

Je dis que c'est beaucoup, et ce sexe vaut bien Que nous le regrettions, puisqu'il fait notre joie.

La Fontaine.

... C'ui n'aimerait pas le doux sexe des grâces. Lui seul fait nos plaisirs, hélas ! et nos disgrâces.

Lebrun.

® Douce monnaie, un tant soit peu légère, Marquée au coin des volages amours.

C'est au comptoir de Guide et de Cythèrc Que le plaisir l'échange tous les jours. En son commerce elle est d'un grand usage, Quoiqu'à l'or pur petit grain d'alliage Toujours s'y mêle, ou la reçoit toujours : De mains en mains constamment elle passe, Et parmi nous ne cesse d'avoir cours, Que lorsqu'enfm son empreinte s'efface.

MlLLEVOïE,

£S3 ... 0 sexe inconcevable !

De contraste sans tin mélange inexplicable ! Le ciel, ens'occupant de ta création, Se mit avec lui-même en contradiction.

(Aux femmes.)

La force naît chez vous du sein de la faiblesse ,

Et la grandeur s'élève où rampe la souplesse.

Plus nous vous chérissons, plus vous nous tourmentez ;

Et c'est par ces tourments que vous nous enchantez.

14 LES FK.MMKS D'APKÈS LKS ALTia'RS F^lA^^ÇAIS.

Si d'un défaut sur vous on s'apprèle à médire, Deux Yorlus à l'instant désarment la satire. En vain on vous démasque, en vain on vous connaît, 11 faut vous adorer en dépit qu'on en ait.

DEJIOUSTlEn.

O l'Cs femmes offrent l'assemblage do ce qu'il y a de meilleur sur la terre ; je veux dire la beauté, la douceur et la vertu : illusions !

Les femmes sont fausses, coquettes, vindicatives et inconstantes : misanthropie !

Les vertus des femmes sont à elles; leurs vices sont de nous : indulgence!

A. DlTIlCSNE.

[S3 On disserte sans cesse sur les contradictions que présente le cœur des femmes, et on termine toujours en affirmant qu'elles sont inexplicables. 11 y a bien \h quelque chose de vrai; cependant je crois qu'il est possible d indiquer la cause de plusieurs de ces contradictions, et de parvenir de cette manière à les justifier en partie. Les lemmes, qui ont beaucoup à souffrir, apportent en naissant la douceur et la compassion. Comme tout ce qui est faible, elles soiit aussi douées du désir de plaire, parce qu'au défaut de la force, c'est un moyen infaillible de succès. L'éducation qu'on donne aux (emmes développe les qualités dont je viens de parler, et leur en inculque de nouvelles qui tendent à les faiie habiles à subjuguer les honnnes. 11 n'en saurait être autrement; la société telle qu'elle existe, les rendant incapables d'assurer leur avenir, il faut qu'elles l'attendent des hommes. Ainsi les femmes courent toutes au même but. Dans renq)ressemcnt qu'elles ont de l'atteindre, elles se choquent et se heurtent sans cesse; et ce but, connue il faut le toucher à perle de bonheur, elles sont condanniées à se servir des moyens qui y mènent le plus vite. Mais toutes n(! peuvent réussir ; le Iriojuphe des unes est la défaite des autres. De celte lutte perpétuelle sortent la haine, la fausseté, l'emportement, enfin, une multitude de défauts qui tranchent avec les qualités naturelles des femmes, et les exposent à des contradietions toujours renaissantes. SAiNi-Pr.osPEU.

E83 Quand nous conviendrions d(;s reproches K's jdiis outrés des ennemis de ce sexe, nous aurions toujoius à faire la part de ses bonnes (pialilés et de ses vertus. Qui lui ùf<'ra l'humanité, la sensibilité, celles àme tendre cl eoiii|)alissanle jnsijii'à riiéioïsme, (pii vaut tontes les vertus, (]ui répare (ouïes les fureurs'.' (lelle dissimulation même, ou plutôt ces douces fautes n'ajouleiil-elles pas de luuiveaiix triomphes aux sentiments de l'amour 7 N'est-ce pas amsi i\\\v la feunne dit \rai en nieiilant avec tant de grâce".' La timidité ne se. Iransl'ormera-t-elle |)as en bonh'' touchante, l'avance en utih; économie, la superslitiiui en une piété sainle : vertus essentielles d'une mèn; de famille? Tout dépend donc de la règle des affections che/, les feiiiiiic> : et une bonne éduc alion ne iieul-elle pas se la |)rometlre.

£fe'i Femme, objclinconstanl «l'ididaliie cl de haine, coin|)ague sensible, éclairée d(! riinmiiic parmi nous, é|)ouse, lendic moitié, on plul(')t le loul du citoyen

DÉFINITIONS. — JUGEMENTS SOMMAIRl'S. 15

et lie sa faïuillo, votre vW^c ou votre lilàiue lait le destin du monde. Tantôt nymphe loiàtre, dansant sur les j^azons lleurisdn Tempe on les collines du m(')nt Olympe; tantôt veuve inconsolable se précipitant, près du Gange, sur le bûcher enflamnié ijui dévore son époux ; tantôt bacchante échevclée dans les fêles d'Adonis, ou séduisante Circé enivrant de nectar ses adorateurs, ou cruelle Médéc dans les fureurs de la jalousie ; ruine, délices de l'univers, source de la vie dans ses amours et princijie de la mort dans ses voluptés, être qui crée et détruit le genre humain, dont la prière ordonne, dont le commandement peut tuer; assemblage des plus étonnants contrastes, pétri d'éléments de discorde pour éta!)lir la concorde. Quels dangereux dons servent à l'accompHssement de cet être lorsqu'il sait en faire usage! L'honmie est plus sûr d'échapper à ses prestiges par la folie que par sa raison même ; elle lutte en vain contre le joug fatal que lui imposa la nature dans les jours de la jeunesse et dans presque tout le cours de la vie.

VuiEY.

® Une des causes peut-être de l'excessive rigueur avec laquelle les femmes ont été souvent jugées, c'est le haut degré de perfection qu'il paraît possible de trouver en elles. 11 semble qu'une image de la femme, pleine de grâce et de dignité, flotte sans cesse devant les yeux de l'homme, qu'elle le séduise, qu'elle l'égaré dans la jeunesse, et finisse par lui inspirer de l'éloignement pour tout ce qui s'écarte du parfait modèle qui semblait destiné à l'enchanter.

Avouons que l'idéal de la femme est beau en effet; avouons que la femme, œuvre de Dieu telle qu'elle a existé dans la pensée créatrice, est une admirable conception. Il y a bien du charme et de la pureté dans l'idée d'un être que sa faiblesse tient à l'abri du choc des passions hostiles, tandis qu'une fierté, une pudeur natives veillent à la garde de son cœur. Cet être a quelque chose de bien attrayant s'il s'offre sous une forme gracieuse, si sa physionomie mobile et candide est le voile transparent d'une âme que tout émeut, harpe éolienne dont chaque souffle du moment tire de nouveaux accords. Et si cet être est doué d'une sensibilité exquise ; s'il vit d'affection pour ainsi dire ; si son dévouement, parfois héroïque, est aussi tellement désintéressé que son objet le plus constant soit encore un petit enfant qui ne la paye point de retour ; si de plus cet être est animé d'une nitelligence rapide qui semble devancer les paroles et s'épancher sans leur secours, ne dirait-on pas qu'il est fait pour compléter ici-bas l'image de Dieu? Et de même que la majesté céleste se peint sur le front élevé de l'homme, de même l'amour universel, la charité compatissante, l'action pénétrante de la grâce divine enfin, sont exprimés dans le doux regard et les traits touchants de la femme.

Pourquoi ! ah ! pourquoi cet idéal se réalise-t-il si peu parmi nous ! Pourquoi ne se présente-t-il à l'imagination de l'homme que comme un rêve souvent dangereux, et h celle de la femme que comme l'nidication de tous les dons heureux dont elle peut se contenter d'ofirir l'apparence! Pourquoi tant de qualités sontelles souvent remplacées par les défauts précisément contraires ! Les femmes ne paraissent-elles pas démentir leur propre nature lorsque l'égoïsme succède chez

elles au dévouement, la ruse à la candeur, cl que leur discernement exquis no leur sert qu'à établir leur propre empire?...

... Nous attribuerons cela à une cause très-ancienne, au joug corrupteur de la servitude que l'homme a si longtemps imposé aux femmes, cause qui doit avoir eu bien de la puissance, puisque, après avoir graduellement diminué de force et enfin cessé presque entièrement d'agir, les effets en subsistent encore: la trace en est profondément empreinte dans les mœurs, dans les opinions générales et Jusque dans les pensées intimes des femmes cllcs-mcmcs, qui ont aveuglément adopté les maximes humiliantes qu'il leur importait le plus d'abolir.

® Quelle réunion de qualités ne faut-il pas ainsi pour former une femme excellente! que de dons en apparence opposés doivent être confondus et comme absorbés dans une céleste harmonie ! Où chercher un modèle si accompli?

M"'" Necker de Saussure.

^ Les femmes doivent plus à nos adulations qu'à leur mérite.

Saint-Evremond.

^ C'est plus par leurs défauts que par leurs bonnes qualités que les femmes plaisent aux gens du monde. Ils veulent profiter des faiblesses des personnes aimables; ils ne feraient rien de leurs vertus.

es II y a très-peu d'hommes capables d'être touchés du vrai mérite des femmes.

M""' DE Lamdert.

£S Ne crois pas qu'il n'y ait point en France de femmes de mérite. Il y en est d'assez heureusement nées pour se donner à elles-mêmes ce que l'éducation leur refuse. L'attachement à leurs devoirs, la décence de leurs mœurs et les agréments honnêtes de leur esprit attirent sur elles l'estime de tout le monde. Mais le nombre de celles-là est si borné, en comparaison de la nndtitudo, qu'elles sont connues et révérées par leur propre; nom. Ne crois pas non plus (pie le dérangement de la conduite des autres vienne de leur mauvais naturel. En général, il me semble que les femmes naissent ici, bien plus communément que chez nous, avec toutes les dispositions nécessaires poui' égalci- les bonnnes en niérile et en vertus. Mais, comme s'ils en convenaient au fond de leur cœur, et que leur orgueil ne pût supporter celle égalité, ils ((tnlribucnt en (ouïes manières à les rendre méprisables, soit en manquant de considération poni' les leurs, soit eu séduisant celles des autres.

Onand tu sauras qu'ici l'aulorilé est cnlièrcnienl du côlé des honunes, tu ne douteras pas (pi'ils ne soient responsables de tous les désordres de la société. Ceux qui, par une lâche indifférence, laissent suivre à leur fenune le goût (pii les perd, ceux-là, sans être les plus coupables, ne sont pas les moins dignes d'êlre méprisés. Mais on ne fait pas assez d'allenlion à ceux (|ui, par l'exenqjle d'une conduit<! vi(i('us(! et indécrMite, entraînent leur l'emnu! dans le dérèglement, ou par dépil on piu' vengeance. M""' de (jiiAi'i'Kiwv.

DÉFINITION — JUGEMENTS SOMMAIUES. 17

:"5^ D'un sexe digne qu'on l'adore N'exagérons |ws les travers.

S;uis lui riiouinie serait encore Farenuhe au uiiiieu des déserts.

(Uii, les femmes t|u'ou déshonore, Même eu voulant porter leurs l'ers Sont les fleurs (ju'amour fit éclorc Dans les jardins de l'univers.

De Dkhms.

tSi Toute femme a des perfections qui lui sont propres. 13alz.\c.

sg On a découvert que]toutes les femmes, et même les pires, peuvent être parfaites pendant cinq minutes. P. J. Stahl.

® Les femmes font ressentir aux lionmies les plus grandes joies et les plus grandes peines. Boiste.

Après avoir entendu les opinions extrêmes et les opinions mixtes, il nous semble curieux d'entendre les jugements portés sur les juges eux-mêmes ; la critique faite des critiques.

^ Nous sommes quasi en tout uniques juges de leurs actions, comme elles sont des nostres : j'advoue la vérité lorsqu'elle me nuit de mesme que si elle me sert. * Montaigne.

® Tous ceux qui se mêlent de peindre les belles se tuent pour les embellir cl n'oseraient leur dire un mot de leurs défauts. M"'^ de la Fayette.

® Il en sera des femmes comme des passions ; on ne cessera de s'en j)laindic, et l'on y reviendra toujours. E. Jouy.

® Parmi les philosoplies qui ont écrit sur les femmes, il eu est peu qui aient su se prései-ver à leur égard d'un dédain ou d'un enthousiasme également puérils. Tantôt nous regardant connue des créatures incapables d'uiu; pensée sérieuse et par conséquent d'une grave destination, ils nous ont placées au-dessous du ran" qui nous est dû, et leur méprisante indifférence a prêté secours aux froides railleries de tous ceux qui ne jugent que par épigrammes. Tantôt professant une admiration que soutenait l'éclat de quelques exemj)les, on les a vus relever nos qualités, nos penchants et jusqu'à nos faiblesses, au j)oint d'en faire des vertus, et de proposer qu'on abandonnât à elle-mcnie une nature dont ils exagéraient rexcellence, justifiant ainsi l'engouement romanesque des flatteurs de notre sexe. Rarement on nous a mises à notre véritable place; rarement oii n'a son «é à ne voir dans une femme qu'un être sensible, raisonnable et borné, la compagne de l'homme et l'ouvrage de Dieu.

^ On s'est beaucoup occupé des femmes en France ; des livres en tous genres y ont été composés en leur honneur, pour leur instruction ou pour leur amuse-

18 I.KS KblMMES D'AI'KKS LKS AI ÏKI hS 1 I;A.\(;AIS.

ment. Dans aucun pavs cllo n Ont pain aussi licincnscs, dan> a\icun elles n'nnt été aussi puissaulos. Ccpondant, à lonsidéror la nianièro dont on a parlé d'cllos, léducatiou qu'on leur donne, la silualion (pion leur laisse ou qu'on leur inqiose dans la société, il send)le qu'en Fiance, non plus (prailleurs, justice ne leur a pas été rendue. M""' i»e Rémusat.

^ Les déclamations contre les l'emmes tiennenl à ruiie de ces dois causes : mauvais cœur, mauvais choix ou mauvaise conipa<>nie. Ait. Dufresmï.

®3 Les femmes seraient plus en état (juc les honunes de bien juger les autres femmes, parce qu'elles n'ont pas les mêmes raisons d'aveuglement : mais la jalousie dont on les soupçonne les unes contre les autres ((!t ce n'est pas sans fondement) j'end leurs décisions prescpie aussi incertaines que celles des hommes.

M"'^ d'Arconvii.le.

?^ Il est difficile de concilier entre eux les jugenicnts univerhellement portés sur les femmes, car ils sont, ou contradictoires, ou vides de sens •• on leur accorde une extrême sensibilité; on dit même qu'elle est plus vive que celle des hommes, et on leur refusa de l'énergie, mais qu'est-ce qu'une extrême sensibilité sans éiicigie, c'est-à-dire une sensibilité qui ne rendrait pas capable de tous les sacrifices et d'un grand dévouenicnl? El qu'est-ce cpic l'énergie, sinon celle l'oice d'âme, cette puissance de volonté qui, bien ou mal employées, donnent une constance inébranlable pour arriver à son but, ou l'ail tout braver, les ol)stacles, les périls, la mort même pour l'objet d'une passion dominante'.'

La ténacité de volonté des femmes pour tout ce ([u'elles désirent ardemmeni est passée en proverbe : ainsi donc on ne leur conteste [)as ce genre d énergie qui exige une extrême persévérance. Qui ponri'ait ne pas reconnaître en elles l'énergie qui demande un courage héroïque? En maïuiuait-elle cette princesse infortunée qui se jeta an milieu des llammes pour chercher sa (illeV

Parmi tant de nobles victimes de la foi, ))armi tant de marlvfs ipii ont persisté dans leur croyance avec une énergie si sublime, cl malgré l'horreur des plu> affreux supf)lic(îs, ne comph'-t-im pas autant de femmes (pie (riiounnes?

M""' uj: (li;.Miis.

^ C'est une opinion assez généralement répandue dans le monde, que ceux-là seuls connaissent bien les femmes rpii ont remporté (h^ nombreux triomphes sur elles, .le suis loin de p(!nser ainsi : un(> véritable passion entourée d'obstacles, renonssée par la j)iévenlioii, mais eiiliii accueillie cl paiiagée, enseigne bien davantage (pi'un ra|)id(! succcis. l/obseivateiir altenlif peut NoiiNenl même faire d Iieureus(!S dccKiiveiies : car ce (jiie l'on sait le mieux des femmes, c'esl ce (pii leur échappe. Saint-Phosi-kii.

^ Toutes nos idées sur les fenimes nous \icimeiil en traiicedii caléchisnie de trois sous; et ce (pi il y a de plaisant, c Csl (pie beaucoup de gens (pii n'admel- Iraient piis l'anlorilé de ce livre pour régler une affaire de ciii(|iiante bancs, la

HKl- INITIONS. — .lUCiEMKNTS SOMMAIRES. 10

suivent à l;i loltrc et stupiiloniont pour rol»it'( t|iii, dans l'état de vanité des habitudes du (iix-iiouviiMuo siôclo, iui|)()ite pout-èlro le plus à leur bonheur.

Stendhal.

SB Ia's hommes «'liidienl les l'enmies, les juyenl, et se trompent souvent.

ES Les honnnes disent plus de mal des femmes (|u'ils n'en [)ensent: les l'euunes l'ont tout le eontraire. Beaucuêne.

^ La femme se présente sous tant d'aspects différents, qu'il faut moins s'étonner de voir les hommes divaguer à leur sujet, et soutenir successivement le pour et le contre. S. Dubay.

^ Que je plaindrais les femmes si elles n'avaient pour les soutenir que les paroles de leurs avocats en jupon ! P. J. Proudhon.

Sg Bien que tout le mal que l'on dit des femmes soit toujours fondé par quelque point, il est néanmoins difficile aux hommes de garder le sang-froid nécessaire pour les bien railler, et il y a souvent bien de l'amoui' dans leurs invectives. J'ai remanjué que ee sont les plus tendres et ceux qui avaient le plus le sentiment de la fcnnne, qui les traitaient plus mal (jue tous les autres, et qui revenaient à ce sujet avec un acharnement tout particulier, comme s'ils leur eussent gardé une mortelle rancune de n'être point telles qu'ils les souhaitaient, en faisant mentir la bonne opinion qu'ils avaient conçue d'abord. Th. Gautier.

^ Connaître les femmes aussi bien que je les connais, ce ne sera pas les connaître beaucoup ; elles ne se connaissent pas elles-mêmes! Enfin, Dieu, vous le savez, s'est trompé sur le compte de la seule qu'il ait eu à gonveiner et qu'il avait pris le soin de faire. Balzac.

^ Le mal que les honnnes ont dit des fennnes est incroyable.

Onelques-uns n'ont-ils pas poussé l'impertinence jusqu'à regretter sérieusement, avec Euripide, qu'il n'y eût pas d'auii'e moyen qu'elles pour conserver l'espèce humaine?

ApparennnentjOnnedit tant de mal de ce sexe que parce qu'on en pense trop de bien, et l'on ne fait semblant de le haïr que par crainte de trop laisser voir qu'on ne peut s'empêcher de l'aimer. Deschanel.

^ ..4 Voyons, qu'est-ce qu'il lui reproche à notre sexe, ce monsieur? de manquer de vertu?... Et sa ))anvre défunte mère, qu'en pcnse-t-il? Il fait exception pour elle, n'est-ce pas? Ils font tous exception pour leur mère; et ils ne s'aper- •;oivent pas qu'à ce compte-là l'exception devient la règle* Oct. Feuillet.

® On aime à écrire sur les femmes, cela donne un petit air de connaissance intime dont tout le monde est dupe... moins les femmes. A. d'IIoudetot.

® II est plus facile de parler (tes femmes en général que de telle ou telle femme en particulier. 11 est plus aisé, en un mot, d arriver à la vérité dans la définition^

20 LES FKM.MES D'Al'Ul-S l.liS ALTKl US FRANÇAIS.

du genre (|Uo dans celle de 1 individu, La femme la plus simple est plus diverse j)lus comj)li(piée que la j)lns compliquée des machines.

Crains la lennuc et le tonnerre, disait mon "grand-père.

Il est vrai (jue mon grand-iière n'avait pu entendre Ainal, à la lin de je ne sais quelle pièce ovi il avait été très-malheureux pour avoir trop aime, adresser au parterre, dans un soupir élofpient, cette exclamation qui sul'lit à venger les lennnes de tout ce qu'on a pu dire contre elles : « Et cependant il en fait! »

P. J. Stahl.

Eu dehors du débat, nous devons encore entendre le Ciros-Kené, de Molière, qui pourrait certainement [)arler longtemps sans nous convaincre.

^ ... Voyez-vous la tèiunie est, coninie on dit, mon maître. Un ctTlaiii animal dil'licilc à connaître, Et de ([ui la nature est fort encline au mal : Et, comme un animal est lonjoms animal. Et ne sera jamais t|u'animal, t|iiand sa vie Durerait cent mille ans ; aussi, sans repartie, La femme esl toujours l'ennnc, et jamais ne sera Que lèmmc, tant qu'enliei' le njondc durera : D'où vient qu'un certain Grec dit que sa tète passe. Pour un sable mouvant. Oi-, j^oùlez bien, de grâce. Ce raisonnement-ci, leipiel csl des jibis loris : .\insi que la tète est comme le chef du coips. Et que le corps sans chef est pin; qu'une bêle ; Si le chef n'est i)as bien d'accord avec la tète. Que tout ne soit pas bien réglé |»ar le compas, Nous voyons arrivci* de certains embarras ; La brutale partie alors veut prendi'e empire Dessus la sensilivc, et l'ini voit (pic l'on tire A dia, l'antre à burbaul ; l'un demande du mou. L'autre du dur ; enfin tout va sans savoir où. Pour monirer (pi'i( i-has, ainsi qu'on l'inlerprctle, La tète d'une lémmeesl comme une girouette Au haut d'une maison, qui touiiK; au premier veut : C'est poiuipioi le cousin Aristole soineiil La compare à la mer; d'où vient qu'où dit qu'au monde On no peut rien trouver d'aussi.. . stable (pie l'onde. Or, jiar comparaison (car la comparaison Nous fait dislinclemeut comprendre une raison, El nous aimons bien mieux, nousaulre< i^eii^ d'éludé. Une comparaison ipùnie "^iniilitmle) :

Par comparaison donc, mou mailic, s'il \ous plail. Connue on voit cpie la niei', cpiand roiaf.;e > a(( roil, Vieulà se l'oiu iducer, le \cul souille el ravaf.;e, Les Ilots couln- les iloi»- lont un rennie-niéuaf,'e lloiiible; ri le \ai>«MMU, mal;.;ré le naulonier.

DÉFINITIONS. — JUGEMKiNTS SOMMAIRES. 21

Va lantôt à lu oavo, cf lantof au grcnior :

Aiiiî^i, (juand une roninio a sa tèle iaiilasqno, ;

Ou voit une (t'initôlo i>n Ibrino do bourrasque.

Oui veut eouipétiter par de certaius.. . propos,

Kt loiN uu... eerlaiu veut, qui, par... de certaius tloU,

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