‹ Les femmes d'après les auteurs françaisChapitre 20 sur 194 · DU ROLE DES FEMMES · texte numérisé non relu

DU ROLE DES FEMMES

Laiiloiir lie la grande harmonie universelle a dû nécessairement, dans sa haute et mystérieuse sagesse, assigner à la femme, ainsi (ju'à tous les êtres de la création, un rôle normal; mais la nature de ce rôle a bien souvent échappé aux investigations de la sagesse humaine, si restreinte et si inconséquente, puisque, dans les dilTérents âges et dans les diftérents lieux, il fut subordonné aux institutions, aux mœurs établies, ainsi que nous avons pu le voir dans la précédeutc série.

Aujourd'hui, — nous voulons dire à l'époque moderne, — il semble y avoir, tout au moins sur le fond de cette grave question, une sorte d'unanimité d'opinions. En faut-il conclure que l'esprit moderne soit dans la vérité, ou s en rapproche? Fidèle autant que possible à la neutralité que nous nous sommes imposée, nous laissons au lecteur le soin de répondre, après ([u il aura parcouru si bon lui semble, et médité s'il en a le loisir, les passages réunis dans les pages suivantes.

® Aristote, sans donner atteinte en aucune sorte au solide mérite et aux qualités essentielles du sexe, a marqué avec sagesse la différente destination de l'homme et de la femme, par la différence des qualités du corps et de l'esprit que Taulcur même de la nature a mise entre eux, en donnant à l'un une force de corps et une intré[)idité d'àme qui le mettent en état de ])orter les plus dures fatigues et d'affronter les plus grands dangers, et donnant à l'autre au contraire une complexion faible et délicate, acconipagnée d'une douceur naturelle et d'une modeste timidité, qui la rendent plus propre à une vie sédentaire, et (pii la portent à se renfermer dans l'intérieur de la maison et dans les soins d'une industrieuse et prudente économie.

Xénophon pense comme Aristote, et pour relever les travaux de la femme qui se renferme dans l'enceinte de la maison, il la compare agréablement à l'abeille mère, ajtpelée ordinairement le roi des abeilles, qui seule gouverne toute la ruche et en a 1 intendance; qui distribue les emplois, (jui anime les travaux, qui préside à la construction des petites cellules, qui veille h la nour-

158 Li;s I KMMKS DATIIKS LKS AUTKIUS IKANr.MS.

riluic t'I ;i la siilisislaiicc de sa iioinbrcusc ramillc, ([iii viiiiv l:i (|iiaiilil('' de miel (lesliiiée à cet usage, et (jiii, réj^ulièreiiieiil dans les temps mai(|iiés, envoie en colonie au dehors les nouveaux essaims pour décliarj^ei' la luehe. 11 reiiian|ue, comme Arislote, la dilTéieuce de cousliluliou et d illclillalioM^ (jne l'auleur de la nature a mise avec dessein dans l'iionnue et dans la i'eunne, |)our leur marquer ainsi à 1 un cl à l'aulie leur destination particulière et les l'onctions qui leur sont propres.

Ce partage, loin d'avilir et de dégrader la l'cmnic, rélève et l'honore véritablement, en lui confiant une es[)èce d'enq)ire et de gouvernement domestique, (pii ne s'exerce que ])ar la douceur, la raison, 1 écpiité et le bon esprit, et en lui donnant lieu souvent de cacher et de mettre en sùielé les plus rares et les |)lus estimal)les (jualités sous le précieux voile de la modestie et de l'cdjéissance. Car, il faut 1 avouer de bonne loi, il s est rencontré dans tous les temps et dans toutes les conditions des fennnes qui, par un mérite solide, se sont élevées au-dessus de leur sexe; cornnie il y a une inlinité d'hommes qui ont déshonoré le leur par leurs défauts; mais ce sont des cas j)articuliers, (jiii ne l'ont point la règle, et qui ne doivent point prévaloir contre une destination fondée dans la nature et |)rescrite [)ar le Créateur même. IIollin.

® La fennne et l'honmic sont faits l'un pour l'autre, mais leur nmtuelle dé- J)endance n'est [)as égale : les honnnes dépendent des l'ennues par lems désirs; les femmes dépendent des hommes et par leurs désirs et pai' leurs besoins; nous subsisterons j)lutôt sans elles (|u'elles sans nous. l*om' (pielles aient le nécessaire, pour (pielles soient dans leur état, il faut (pu' nous le leur donnions, (|ue nous voulions le leur donner, que nous les en estimions dignes; elles dépendent de nos sentiments, du prix (pie nous mettons à leur mérite, du cas qiM! imus faisons de leurs charme.^ et de leurs vertus.

Parla loi mèim! de la nature, les fennnes, tant pour elles (pu' pour leurs enfants, sont à la merci du jugement des hommes : il ne sul'lil |)as (pTelles soient estimables, il faut «prelles soient estimées ; il ne leur suffit pas d'être belles, il faut (ju'elles plaisent; il ne lem- suffit j)as d'être sages, il faut ipi'elles soient recoimues pour telles; leur honneur n'est pas seulement dans leur coiuluite, mais dans leur réputation, et il n'est pas possible que celle (jui consent à passer pour iid'àme puisse jamais être homiète. L'honmn', en bien l'aisanl, n(> dépend (|ue de lui-même, et p(!ut braver le jugem(ml public; mais la fennne, en bien faisant, n'a fait (pu; la moitié de sa tàdu!, (ît ce, (pie l'on |)ense d'elle ne lui iiiq)orl(! |)as moins (jne ce (piClle est en effet, l/opniion est le Imnbcan de la \ertn parmi les bommiîs et son trôn<! parmi les fennnes.

^ ha h'unne doit-elh.' être élevée dans l'ignorance de toute chose et boin(''e aux seules foncti(ms du ménage'.' h'homme fera-l-il sa servante de sa « onqiaj^neV se priv«!ra-t-il auprès (relie A\\ pins giand eliarnu' de la soeiêl('''.' l'otir mieux l'asservir, ii'nipeebera-l-il de rn-n sentir, de \\r\\ connaître'.' en leia-l il un véiilable aiiloniale".' non, s:(n> doute : aiii>i ne le dit pas la naliire, ipli

nr ROLK DES FEMMES. 159

(lonno aux ftMiinios un ospiil si agivahlo. Du soiu tlos ftMunies dépend la priMuière oduoaliou dos houunos ; des feuinics dcpeudout encore leurs mœurs, leurs passions, leurs goùls, leurs plaisirs, leur bonheur même. Ainsi toute l'éducation des lenunes doit èlre relative aux hommes. Leur plaire, leur être utile, se faire ainuM-, les élever jeunes, les soijjner .grands, les conseiller, les consoler, leur rendre la vie ajiréahle et douce : voilà les devoirs des femmes dans tous les teiHjts et e(> (pron doit leur apprendre dès leur enfance. Tant qu'on ne remontera pas à ce principe, on s'écartera du but, et tous les préceptes qu'on leur donnera ne serviront de rien j)our leur honhour ni pour le nôtre.

££9 La première^^tja^ghis importaiite qualité d'une femme est la douceur : faite pouLj>béijLi iiiL£j.r£^j2LiissL-imparfait que l'homme, souvent si plein do vices, et toujours si plein de défauts, elle doit apprendre de bonne heure à souffrir même l'injustice, et à supporter les torts d'un mari sans se plaindre; ce n'est pas pour lui, c'est pour elle qu'elle doit être douce : l'aigreur et l'opiniâtreté des femmes ne font qu'augmenter leurs mau.v et les mauvais procédés dos maris : ils sentent que ce n'est pas avec ces armes-là qu'elles doivent les vaincre. Le ciel ne les fit point insinuantes et persuasives pour devenir acariâtres : il ne les fit point faibles pour être impérieuses; il ne leur donna point une voix si douce pour dire des injures; il ne leur fit point des traits si délicats pour les défigurer par la colère. Quand elles se fâchent, elles s'oublient; elles ont souvent raison de se plaindre; mais elles ont toujours tort de gronder. Chacun doit garder le ton de son sexe; un mari trop doux peut rendre une femme impertinente ; mais, à moins qu'un honmie ne soit un monstre, la douceur d'une femme le ramène et triomphe tôt ou tard de lui. J. J. Rousseau.

^ Quel est donc le rôle particulier des femmes dans ce monde-ci? Selon nous, elles sont appelées à perfectionner la vie privée dans les limites imposées par la loi de Dieu. Ceci s'applique à tous les états. Pauvres ou riches, mariées ou libres, les femmes ont de l'influence sur la vie privée; le bonheur des familles dépend d'elles en grande partie ; nous disons la vie privée par opposition à la vie pvlitique^ aux fonctions publiques; car nous n'entendons nullement que l'action des femmes doive se renfermer dans l'enceinte de leur domicile, nous lescroyo'is, au contraire, destinées à exercer mi bien fort étendu; mais toujours leur influence est du même genre. C'est aux âmes considérées séparément qu'elles s'adressent; leurs conseils regardent l'individu et les relations qu'il soutient avec ses proches. Sans rapport direct avec le piiblic, elles sont libres aussi de tout engagement à l'égard des masses. Leur sort est toujours de n'être soumises icibas qu'à un chef unique : leur père ou leur époux, voilà leur maître; ainsi l'ont voulu leurs affections et la société.

Cette vocation est belle néanmoins. Perfectionner la vie privée, l'aimer, l'embellir, la sanctifier, c'est là une grande et noble carrière. Les femmes, selon nous, sont institutrices nées, car, tandis qu'elles ont iimnédialement entre leurs

160 LES KFMMKS D'APRKS LES AITKIUS in.\NÇ.MS.

mains la iiinialiU' dos oiiraiils, cos l'iilurs sonvcnains de la torro , roxcmnio r|u'elIos peuvent donner, le charme qu'elles peuvent répandre sur la destinée des aulres ài^es, leur fournissent des moyens d'amélioration de tous les moments. Sous le toit domestique se forment ees opinions et ces mœurs qui soutiennent les institutions ou qui en préparent la chute. Tout ce qui, dans l'organisation |)olitique, ne se fonde pas sur les vrais intérêts de la famille, dépérit bientôt ou ne j)roduit que du mal. Et comme ces intérêts sont pour la plui)art coniiês aux femmes, comme ils le sont d'autant |)lus que l'attention des hommes s'est portée ailleurs; comme, dans l'ordre matériel, c'est aux femmes que sont dévolus les soins de santé et les soins de la conservation des fortunes, et que, dans Tordre spirituel, ce sont elles qui communiquent et qui raniment les sentiments, vie de l'âme, mobiles éternels des actions, il leur est assigné un rôle obscur peut-être, mais immense, dans les vicissitudes de la destinée qui se déploient sous nos yeux.

® Les femmes remplissent les intervalles de la conversation et de la vie, comme ces duvets qu'on introduit dans les caisses de porcelaines : on comj)tc ces duvets pour rien, et tout se briserait sans eux.

^ C'est en étudiant la vie des femmes qu'on trouve la destinée humaine dégagée des obligations variées qu'imposent les diverses carrières sociales, et ramenée à ses éléments les plus simples. Il devient possible alors de demander aux événements qui s'y succèdent habituellement s'ils ont une signification cachée, s'ils sont faits pour nous rapprocher du but véritable de notre existence, et si nous avons le droit d'esj)éi'er ([uc tant de scènes passagères soient (>rdonné(>s de Dieu |)our nous préparer à rétcrnité.

^ D'où vient encore que la masse entière des femmes, ce peuple de même sang que les hommes, ce peuple de sœurs, ait jamais pu être traité en esclave, en race conquise? Comment à la sainte égalité de l'enfance a-t-il pu succéder un régime d'oppression? Peut-être faut-il l'attribuer d'abord à la jalousie, au féroce; amour d'êtres livrés à leurs |)assions. Néamnoins on doit smtout reconuaitre ici le doid)le elfet d'un mauvais jiencbant et d'un mauvais piincipe, d'un abus de la force d'une |)art et d'uiic idée fausse de l'autre. L'homme a pu asservir la .femme parce qu'elle était faible, et il s'est justifié à lui-même son usurpation en 's(î (lisant (|u'elh; avait été créée pour lui, (prellc était à lui, et n'avait autre chose; à faire ici-bas (\uo de le seivir ou de lui plaiie; oubliant à l'égard d'elle et delui-mênie les saints droits de Dieu. M'"" Neckkii.

£?î3 Les femmes ne jouent prescpie jamais de rôle dans le monde |iar ellesmêmes (pu; piu- rindêccnce, l'inlrigiM; ou le liditule. !M d'Aiico.nvm.i.i;.

£83 Les fennnes ne sont bonnes ipic |iuim' une chose, et ce n'est pas poui' vivre.' en société, .M"" i>i; l*iiisn:rx.

Dr ROLK UKS KKM.MKS. ICI

^ L lioiuiiie SI' doit à la patrie, la IVnirno au bonhoiir (11111 seul hoiiinic. V^ ■ Behkardi.n de Sai.\t-Pierhe.

Bsc M Je 1110 pas^siomio pour tel oiiviage, — écrivait à son lils luaciaiiie de Iléniusat, dans le temps où elle travaillait à VEssai sur l'éducation des femmes., — je ne sais encore où il me conduira. Je ne puis vous dire combien, à propos de mes pauvres femmes, toutes ces grandes questions (pion agite aujourd'hui, et qui vous occupent tant, me reviennent à l'esprit. Il me semble (|ucjenc peux rien écrire sur le mariage, sur la famille, sur l'éducation des enfants, sansavoir pris un parti sur toutes ces autres questions qu'on dit n'être que politiques. Il v a des moments où je suis près de croire que je lais, moi aussi, un ouvrage politique; et cependant je serais bien fâchée qu'il y parût. Non que je défende aux femmes de penser à ce qui se passe dans leurs pays : ce serait les faire indiflérentes au bonheur comme à la dignité de leurs maris ou de leurs fils. Mais leur bonheur à elles comme leur dignité ne doivent point dépendre de là. Je veux qu'elles se fassent un intérieur d'idées élevées, d'affections sérieuses, de saintes croyances, qui les isole, qui les préserve; et que leur âme y vive, quand même leur personne serait ailleurs. Je veux que, sans être Romaines le moins du monde, elles puissent dire à toutes les révolutions, à tons les despotismes :

Mais le cœur d'Emilie esl hors de Ion pouvoir.

J aime ce vers, en le prenant dans mon sens; je l'ai quelquefois répété tout bas dans le palais d'Auguste, et je ne conspirais pas pour la république... I^es femmes n'ayant qu'une activité d'intérieur, leur liberté est mieux assurée que celle des hommes. Elle n'a jamais d'ennemi que dans leur propre cœur. »

Et ailleurs, dans le cours de son ouvrage :

^ Supposons la vie politique une grande partie de jeu dont les règles auraient été déterminées d'avance, et dont le gain serait employé pour l'utilité du plus grand nombre : eh bien, la femme n'y devrait jamais teuir les cartes; sa place serait auprès du joueur pour l'avertir, lui montrer une chance inaperçue, partager son succès, le consoler surtout, si la fortune lui manquait. Ainsi tout ce qu'elle aurait de bon serait occupé, tout ce (ju'elle aurait de faible ne commettrait aucun enjeu.

Il ne faut |)as conclure que je veuille réduire les femmes à la condition d une humiliante oisiveté. Bien loin, dans la situât on où je les conçois, jamais elles n'auraient pu sentir, })enser, agir avec plus d'intérêt et de vivacité. Il est souhaitable que toute occasion de manège et d'intrigue liur soit interdite : mais de l'intérieur de la maison elles seront attentives aux choses importantes qui se passeront au dehors ; elles y appliqueront leur intelligence et leur sollicitude, afin de suivre, de seconder toujours le compagnon de leur vie. « Les hommes même qui ont toute 1 autorité en public, dit I énelon, ne peuvent par leurs

161' LES FKMMES D'APRÈS LES AUTEIUS FRANÇAIS.

délibérations établir aucun bien effectif, si les femmes ne leur aident à Texécuter. »

J'en appelle à la conscience des femnies : n'est-il pas cent lois plus honorable ire.vercer pour ainsi dire légalement des droits reconnus, mais sagement limités; (|ue de payer de la considération et souvent de la vertu une usurpation toujours disputée'.'

^ Les lemmes sont les secondes; elles sont soumises à l'influence des premiers, et, connue eux, à celle de l'organisation sociale qu ils se sont donnée- Si celle-ci a été conçue dans un système dont toutes les parties soient liées, elles s'y assujettiront forcément, et demeureront là où les lois les auront mises. Si ces lois, sans accord entre elles, sont un résultat confus d'incidences fortuites ou de volontés individuelles, les honunes n'auront point de caractère national ; la société, de forme (ixe : elle sera exposée à tous les genres d'empiétements, et ceux des fennues auront leurs jours de succès...

^ Tant que l'homme ne cherchera que son avantage à lui dans la direction (|U il imprimera à la destinée des femmes, sa personnalité le trompera, et il n'obtiendra pas le boidieur (ju'il a en vue. En vain il changera cent fois de sys- ' tème, en vain il demandera tour à tour à l'éducation Fodalisque, l'artiste ou la ménagère, il n'aura pas d'épouse, pas de compagne, pas rètre vraiment fait pour charmer et consoler ses jours.

C'est que l'honniie ne sait pas ce qu'il veut, c'est qu'il y a de linlini dans ses espérances et des bornes étroites dans les conceptions de son esprit. Semblable à un miroir brisé, son imagination faussée ne lui offre que des traits détachés de la céleste beauté dont l'ensemble seul peut le satisfaire. Et quand ses vœux terrestres paraissent remplis, les traits qu'il n'a pas su désirer sont précisément ceux qu'il regrette. Il ne demande (|ue des hagments, tandis que le tout seul pourrait le contentei', et ce tout, il ne le rencontreia jamais sur la terre.

M""' DK Uémus.vt.

^ Revenons donc cnlin de nos erreurs envers les femmes. Oui sont ces êtres iMK^ nous (ipprimonsV Leur sein nous porte et nous nourrit; leurs mains dirigent nos |)remiers pas, leur voix tendre nous appicnd à bégayer nos premiers mots; elles essuyent nos premières larmes, nous leur devons nos premiers plai- .sirs. L'homme semble conlié par la nature à leurs soins éternels ; h; berceau de son enfance n'est prolégé que par elles, el souvent leur pitié bienfaisante enferme encore s(!S restes dans le tombeau. Skcijh.

t^ Que les honunes sont heureux tl'aller à la guerre, dit madame de Staël dans C'o/'i»»6', qu'ils s(Mit heureux d'exposer leur vie, de se livrer à l'enthousiasme d<' I honneur el du dang(!r I Mais il n'y a rien ail dehors cpii soulage les lenunes.

Dl ROLE DES FEMMES. 165

!.a destinée des femmes, en effet, s'accomplit tont entière dans l'encenitc du ftvNcr domestique In moj résume toute la poésie de leur existence : l'amour! un mot en exprime les devoirs : laj;miille!

L'homme peut partager sa pensée entre mille préoccupations diverses. Ouverte de tontes parts aux soucis de l'ambition, à Tavidité des richesses, aux émotions de la gloire, son àme trouve quelquefois le repos, no fiV-ce qu'en changeant d'asitation et de fiitigue. Il a pour échapper an vide du cœur, mille issues que lui offrent sans cesse les événements auxquels se mêle sa vie. Il n'en est pas ainsi de la femme. Quand elle son(frt\ qui pourrait la distraire de sa souffrance? Qui rempèchera de se consumer dans la contemplation muette do sa blessure? Oui, c'est pour les fennnes surtout qu'écrivent ceux qui cherchent les moyens de rendre plus douce la vie de famille. La famille! association primordiale, unité élémentaire de toute nation, société antérieure à l'individu même, institution uaiment sacrée et indestructible, parce qu'on ne détrnit pas la nature.

Louis BLA^c.

^ La femme est née pour la souffrance. Chacun des grands pas de la vie est pour elle une sonflrance. Michelet.

® Que tous les hommes en masse aiment, respectent, défendent toutes les femmes en masse, regardant toutes les femmes âgées comme leurs mères, et toutes les jeunes femmes comme leurs sœurs, etpar ce fait le christianisme métamorphosera la société en la periectionnant. Si l'homme est plus fort que la femme, c'est, non pour l'opprimer, mais pour la défendre et la sonlager.

Cabet.

® A chaque sexe le respect des attributions de l'autre sous peine de se dégrader tous les deux. Ad. d'Houdetot.

® La soumission de la femme n'est point un esclavage, et la domination de l'homme ne doit pas être arbitraire et tyrannique. L'homme ne doit commander, la femme ne doit obéir que dans les limites du droit et du juste. Du reste, Dieu a réglé admirablement ce rapport. L'homme, c'est la force, l'intelligence ; la femme, cestja faiblesse, c'est le cœur. L'union constitue une harmonie dans laquelle le commandement et l'obéissance doivent être comme l'union de l'âme et du corps, comme l'accord du cœur et de l'esprit. Ni l'un ni l'autre ne doivent se faire sentir, parce qu'ils doivent exister si naturellement, que les froissements, que les heurtements soient impossibles. C'est l'idéal, dira-t-on. Eh bien ! c'est du moins ce à quoi on doit tendre.

Dans la fenmie, l'homme ne doit pas voir une chose faite pour lui, pour ses jouissances, pour les caprices de ses désirs, pour les tyrannies de ses volontés ; il doit voir la compagne de son existence, son égale en nature, en dignité, en destinées futures; il doit voir l'être faible qui a besoin d'être protégé par son bras, éclairé, guidé par sa raison. La femme ne doit pas voir dans l'homme un

loi LES FEMMES D'APRÈS LES AUTEURS FRANÇAIS.

maître, à |)liis forte raison un tyran. Elle doit le considérer comme un appui, comme un protecteur, comme un fïuide. Ils doivent marcher dans la vie en se domiant la main, connne le frère et la sœur. Ainsi s'adoucira la suprématie; ainsi s'élèvera la subordination. De cette union de la force et de la faiblesse, de l'intelligence et du cœur, résultera un tout harmonieux dans lequel le droit et le devoir se marieront si intimement qu'ils ne se feront sentir ni l'un ni l'autre. L'alfection, le respect de la dignité mutuelle élèveront les deux rôles jusqu'à l'oubli des deux individualités. Ce sera un tout, ce sera l'être humain, magnifique unité couronnant l'édifice de la création et fait à l'image de Dieu. C'est ainsi que s'exercera, suivant les desseins du Créateur, la suprématie de l'homme sur la femme.

Quand la femme veut prendre la suprématie, l'autorité, qui appartiennent à l'homme, elle fait une chose contre nature. Elle quitte son rôle pour en aborder un autre impossible. Elle prouve une seule chose, c'est qu'elle manque des qualités de son sexe, et qu'elle est envieuse de celles de l'autre.

Une femme qui veut prendre 1 autorité, ou manque de cœur et n'a qu'une sotte vanité, ou aime autre chose que son mari : mauvais symptôme dans les deux cas, insuffisance ou vice.

Xc mettez pas ainsi en question ce que Dieu a voulu ; daignez trouver bien ce qu'il a fait et vous y soumettre; suivez d'instinct les voies de ses commandements. Soyez, restez faibles, douces et charmantes, comme la nature vous a faites. Ne devenez pas cet être déclassé, cette caricature hybride, qui se nomme nn i'ir«f/o, et qui, cessant d'être une fournie , ne saurait devenir un homme. Chacun dans son rôle et chacun à sa place : la nature le veut ainsi. Viser plus haut, c'est pire que de l'absurde, c'est du ridicule,

Quand les femmes voudront se grandir, il faut qu'elles se rendent capables de remplir, sous toutes leurs faces, les fonctions sublimes j)our lesquelles elles sont laites. .\ l'homme l'empiie de r(»\téi'ienr ; à elles l'empire de la vie ])rivée.

® La fennne a, dans sa nature; et dans sa sensibilité, (pielque chose qui se |)rêle à merveille au rôle d'institutrice et d'apôtre ; elle enq)loie avec un sm-cès immense les ressources de persuasion, nous dirions |)resque de séduction, doni elle est douée. Presque toujours, c'est par les feunnc^s «jue commencent les coufjuêtes des religions, c'est toujours par elles (pi'elles se |)ropagent. Nous aurions trop à citer, si nous voidions rapporlci- toutes les conversions célèbres, toutes les conquêtes religieuses qu'elles ont opérées. Hélouino.

fs^ D'où vient l'amour qu'inspire la fennne'.' De sa faiblesse même. Tout êlitdélicat, tiinide , inq)uissant et conmie aliandonnê dans la natui'e, atliMidril l(! cœur humain naturellement par la piliê; Ici csl l'cnlanl, le malhcnrcnx, ro|)primê, l'être sensible (pii a le don des larmes. D'ailleurs, la nahne alIribuM les grâces, les formes polctlées et enfanlines, l'air de la jeunesse, de linnocence.

DU IU)I.K ni: S FKMMKS 165

la douce voix do la piièrc à co sexe pour enchauter le cœur de l'homine. 11 entre de la générosité, de la noblesse, l'oiguoil peut-être de la protection dans nos amours ; le choix, la prérérence (ju'une l'emnie accorde entre j)lnsicurs rivaux à un honuue, sendilant désiuiier le plus digne, le plus courageux, et paraissant avouer le doux triomphe de celui-ci, Halte suilout son amour-propre. Cette confiance le séduit ; mais la violence détruirait au contraire l'amour.

Vussi la colère chez la femme, l'aflcctation de dominer, l'air de violtMice, d(« supériorité, d'ai'rogance même, les qualités viriles dans une constitution si frêle» et qui n'est nullement formée pour exercer le pouvoir, rompent les liens avec lesquels le puissant est vaincu par le faible. La femme sera toujours maîtresse par la délicatesse, et toujours opprimée en voulant employer la force, soit au moral, soit au physique. Il faut donc qu'elle use de détours, qu'elle paraisse céder pour obtenir, qu'elle conserve les habitudes contraires à celles du sexe masculin. Si celui-ci doit être, selon sa nature, magnanime, ouvert, généreux, ardent, plein de courage et d'audace, la femme sera timide, modeste, chaste, économe, réservée: l'un doit s'occuper de vastes objets et d'actions fortes, connue de défendre, de protéger sa famille et l'Etat contre les maux extérieurs; la femme, renfermée dans le cercle plus étroit de la vie domestique, s'intéressera plus spécialement à des détails du ménage, montrera de plus doux soins et des attentions plus vigilantes, une tendresse active et prévenante. Elle règne dans l'intérieur du gynécée, tandis que l'homme est formé pour vivre en dehors. ,1. J. ViREY.

® L'une des gloires de la société, c'est d'avoir créé la femme là où la nature avait fait une femelle, d'avoir créé la perpétuité du désir là où la nature n'a placé que la perpétuité de l'espèce, d'avoir enfin inventé l'amour, la plus belle religion humaine. Balzac.

^ Stendhal a dit : « Vous prétendez que le vrai théâtre des vertus d'une femme, c'est la chambre d'un malade. — Vous faites-vous donc fort d'obtenir de la bonté divine qu'elle redouble la fréquence des maladies pour donner de l'occupation à nos femmes? C'est raisonner sur l'exception. »

Mais, quoi qu'en dise le spirituel écrivain, il est généralement adopté par les meilleurs esprits que le rôle de consolatrice, de garde-malade (pour employer l'expression vulgaire), de confidente, est le premier, le plus naturel des rôles de la femme.

^ i.a femme, dit Rousseau , semble n'exister que pour offrir un appui secourable aux malheureux, ne vivre que pour calmer les peines de l'homme, et ne respirer enfin que pour aimer; c'est là sa première, son unique destination ; c'est la seule loi qui lui soit imposée. Combien elle sort de la sphère qui lui est assignée, combien elle est coupable, lorscpi clic transgresse ces saints devoirs de la nature !

ler. LES FEMMES D'APRÈS LES AUTEURS FRANÇAIS.

Et bien (Faiihcs, comino on va le voir, ont été de son avis.

^^ Est-il quelques projets que votre esprit enfante? Vous aimez qu'une l'emmeeu soit la confidente; Elle pèse avec vous dans un comuicrce heureux Ce qu'ils ont de certain, ce qu'ils ont de douteux. Êtes-vous tourmenté d'une peine profonde? C'est un charme à vos yeux qu'une femme y réponde; Elle prend mieux le Ion qui calme les douleurs Sou œil aux pleurs d'autrui .<ait mieux rendre des pleurs, Et .son cœur que jamais l'égoïste n'isole Dit mieux au malheureux le mot qui le console.

Legouvk

^ Le lot (les femmes est d'adoucir nos traverses. Napoléon.

® Dès qu'il s'agit de félicité ou de consolation, c'est aux femmes que le cœur s'adresse ; et le cœur conduit la pensée.

g^ Les soins d'une femme

Avec les maux du corps soulagent ceux de l'âme.

Ducis.

^ Les fennnes sont éminennnent propres à la science de la charité ; elles y portent le sentiment prompt des maux à soulager et des peines qui ajoutent aux maux; une observation pénétrante, le talent de l'économie de détail, si important dans un ordre de soins où le verre d'eau donné en ce monde compte comme dans l'autre, où chaque calcul d'économie est un calcul de bienfaisance.

Page 1