‹ Les femmes d'après les auteurs françaisChapitre 33 sur 194 · BUFFON · texte numérisé non relu

BUFFON

£^ Aimer est un destin charmant ;

C'est un bonheur qui nous enivre,

Et qui produit l'eneliantenient.

Avoir aimé, c'est ne plus vivre ;

Hélas ! c'est avoir acheté

Cette accablante vérité.

Que les serments sont un mensonge.

Que l'amour trompe tôt ou lard.

Que riiinocence n'est qu'un art,

Et que le bonheur n'est qu'un songe.

Parn'v.

^ Quand la belle Vénus, sortant du sein (\oîi mers, Promena ses regards sur la plaine profonde, tlle se crut d'abord seule dans l'univers : Mais près d'elle aussitôt l'Amour naquit de l'onde. Vénus lui fit un signe, il (îmbrasse Vénus, Et se reconnaissant, sans s'èlre jamais vus, Tous deux sur un dauphin voguèrent vers la pla^e,

Comme ils approchaient du rivage, L'Amour, qu'elle portail, s'é( happe de ses bras, Et lauci' plusieurs traits, pu criant : Terre! tciif!

!>i4 i.Ks n;MMi:s n\i'iii;s li:s vutkurs khant.ms.

Que l'ailcs-vous, mon lils? lui dit alors sa nièir. Maman, répondit-il, j'entre dans mes États.

3g L'amour est nu puissant potentat :

l.e guerrier courageux, le grave magisiral,

\a\ douei'reux ahhé, le procureur avide,

L'avoiat babillard et l'usurier perfide,

1,0 vautour sou confrèri', et tous les aiiimauv.

Jeunes, vieux, doux, crnels, siu' terre et dans les eaux,

Tout est, bon gré, mal gré, soumis à son empin

'l.OHIAN.

^ Sur des ailes de feu l'amour parcourt le monde, Il embrase les airs, il brûle an fond de l'onde.

Destouches.

Legouvé.

^ Les traits de l'amour se reiicoiitreiil partout : dans io monde, dans la solitude, dans les fleurs d'un bouquet, dans les plis d'une gaze, dans les reflets d'une glace, dans les romans, dans les lettres, même de l'amitié.

Demoustier.

^ L'Amour est un curant aussi vieux que le monde. Il est le plus petit et le plus grand des dieux. Il remplit de ses feux le ciel, la terre et l'onde, Et cependant Églé le loge dans ses yeux.

P.\NAiin.

® L'amour est une chose si puissante, qu'entrevu par son reflet seul, il enflamiiH^ tout. Michelet.

^ L'histoire de I amour est riiistoire (lu yenre humain. {]\\. NoDiEit.

^ J'aime ! voilà le mot (pie la nature enlièie

Crie au vent (pii r(!mporte, à l'oiseau (pii le siiil !

Sond)i'e et dernier souj)ir que poussera la terre.

Quand elle lombera dans l'éternelle miit !

Oli! vous le murmurez dans vos splièn^s sacrées,

Kloiles du matin, ce mol triste et cliai niant !

La plus faible de vous, (piaild Dieu \o\\> a ciVu-es,

A voidu traverser les plaines élbéives,

Four chercher le soleil, son immortel amanl.

\']\U' s'(îst élancée au sein d(!s nuits profondes.

Mais inie autre l'aimait elle-niènie; — et le> nioudcs

Se sont mis en voyage autoiu' du lirmameul.

Aliiiei» oe Musset.

^ Tout ce (|n On a voulu (qqxiscr ;i la 1(U'('(' de 1 anioiir n'a |)U l;i (iMiiiuuer, cl l'a reu(lu(! plus forte. Vainement on a lult('! contre! la puissance de celte loi naliirelh; : l'amour n'(!n est pas moins, coiunn' le dit Ih lv«''iins, le rcNsoiM pr(>s(pi(' uni(|N(! «les sociétés policées.

L AMOIR. — Ll. MAIUAGK. — LA MAiKUMTt]. Wo

ESB Le besoin d'aimer subsisté cbez ceux même qu'on pourrait croire étrangers aux aflections aimantes. On on retrouve des modilicalious pUis cachées dans les cœurs les pbis austères, dnns les tempériuneuts les plus froids et juscpic dans làge éteint. Souvent Terreur ou les siuiiularités de Tamour sont encore la passion secrète et méconnue de Tintorluné qui oublie l'amour, de l'arbitraire qui le fuit, du fanatisme qui le uiépiise. Dt; Skinancour.

tSB Hélas ! dans uno loui^iio vie One it'slo-t-il ajirrs rainoiir'?

Dans iiolic paupière éliloiiie (!o qu'il reste après im beau jour !

Ce (|u'il lesle à la voile vide Quand le dernier vent cpii la i ide Sahat sur le flot assoupi !

Ce qui reste au chaume sauvage Lorsque les ailes de l'orage Sur la terre ont couché l'épi !

Lamartine.

® L'amoni", c'est du Lonbeur pour ce monde et pour l'éternité. Aimez, et vos désirs seront remplis; aimez, et vous serez heureux; aimez, et toutes les puissances de la terre ramperont à vos pieds. L'amour est une flamme qui brûle dans le ciel, et dont les doux reflets rayonnent jusqu'à nous. Deux mondes lui sont ouverts, deux vies lui sont données. C'est par l'amour que nous doublons nos êtres; cest par Tamour que nous touchons à Dieu. Aimé MARTl^.

® Il y a de l'amour dans tout; i\ y a de tout dans l'amour.

cé3 La vie ne devrait avoir d'autre limite que l'amour ; tout ce qui peut eiieore aimer devrait vivre. Ad. d'IIoudi^tot.

® On peut dire qu'il est presque impossible de se préserver de l'amour. En elTet , on n'a de force contre lui qu'au moment où il s'approche du cœur ; et connue les formes sous lescjuelles il j^énètre chaui^ent et varient sans cesse, on n'a pas encore eu le temps de le reconnaître (pi'il est déjà sûr de sa puissance. Il faut encore remarfjuer (pie l'amour s'adapte de lui-même aux circonstances les indiiférentes de la vie, connue il se glisse au milieu des plus nobles sentiments.

Saiat-Prosper.

® L'amour est une fatalité (piOu ne peut vaiucre. Celte passion, qui naît d'un rejiiard, d'une parole, ne cède (pie raiement à la volonté énergique, à la lutte énergiipie. Ce sentiineiil, ipii vient germer au cœur de l'homme comme une graine légère que le vent porte aux fentes du rocher, s'y implante, y grandit sans qu'on puisse larracher.

Que l'amour soit une loi fatale et irrésistible, tel n'est pas l'avis de ce héros de Thomas Corneille, qui s'écrie :

:.--., • •• Co n'est (|ue des Ames commuiics

<Juc l'amour s'autorise à régler les fortunes!

tiic, Li;s ir.MMKs ir\i'Ri:s li:s aitkius finançais.

(( Mais laiil-il l'aire loi des propos (ruii |icrsoniiago liclil'V Bossuel dil danroiaisoii t'uncbie de Marie-Tliôièse :

« L'amour peut bien remuer le cœur des héros du monde, il peut bien y soulever des tempêtes et y exciter des mouvements qui fassent trembler les politiques, et qui donnent des espérances aux insensés, mais il y a des âmes d'un ordre supérieur à ses lois, à qui il ne peut inspirer des sentiments indignes de leur rang. Il v a des mesures prises dans le ciel qu'il Jie peut rompre.

Mais l'épouse délaissée de Louis XIV n'est (pi'unc douloureuse excej)tion peu l'aile pour détruire le caractère d'universalité de la loi.

PKS i)iFFi:iu:>Ti;s soniKs d vmouu ^

Selon la Rochel'oucauld :

^ Il nv a (pi'une sorte d'amour, mais il y en u mille différentes copies.

Selon Stendhal :

^ 11 y a quatre amours différents :

I" L'amom-passion, celui de la Religieuse portugaise, celui (rilélo'ise pour .Vbélard, celui du capitaine de A'ésel, du gendarme de Cenlo.

2° L'amour-goùt, celui qui régnait à Paris vers 1760, et que l'on trouve dans les .Mémoires et romans de cette époque, dans Crébillon, Lauzun, Duclos, Marmontel, Chamfort, madame d'Epinay, etc., etc.

C'est un tableau où, jusqu'aux ombres, tout doit être couleur de rose, où il ne doit entrer rien de désagréable sous aucun prétexte, et sous peine de mancpier d'usage, de bon ton, de délicatesse, etc. Un honnne bien né sait d'avance tous les procédés qu'il doit avoir et rencontrer dans les diverses phases de cet amour: lien n'y étant passion etinqjrévu, il a souvent plus de délicatesse que d'amour xéi'itable, car il a toujours beaucoup d'esprit : c'est une froide et jolie miniature comparée à un tableau des Carrache; et, tandis (|ue l'amour-passion nous emporte au travers de tous nos intérêts, lamonr-goùt sait toujours s'y conformei'. Il (îsl vrai (|ue, si l'on ôte la vanité à ce pauvre amour, il en reste bien peu d(! chose; une fois |)rivé de vanité, c'est un convalescent alfaibli (pii peut à peine se liaîner.

5" L'amoiu' |»hysiqne.

A la chasse, tronvcïi' une belb; (d Iraiche paysanne (jui fuit dans le bois. Tout le m(uide connaît l'amom" fondé sur ce genre d(! plaisir; (|uel(pie sec et nialheuirMiN (pie soit le caractci'e, on (■oninience par là à seize ans.

i" l/anioiir de vanité.

b'imineiise majoiitê des lioiiinies, -inloiil en liance, désire et a nue l'eiinne à la mode, (•((iniiu! on a un joli e|ie\al, <(»iiinie eliose iiéeessair<' an InvcMlnn jeune lioiinne. La xaiiilé pins on moins ILillée, plus ou iii(»iiis piijni''e, lait naiire (le> lian^poii-...

I, aiiiunr de deii\ |ieisoiii>e> qui ■- aiiiieiil n'isl pi<'s(pie jamais le iiiênie.

I, A.MOIU. — U; MAlUACi;. — l,.V MVÏKIIMTK. :î\l

l/ainmir-passion a ses phases durant lesquelles, et tour à tour, Tuu des deux aime davantage. Souvent la simple galanterie ou l'amour de vanité répond à l'amour-passion, et o"est plutôt la femme qui aiuu' avec transport. Quel que soit lamour senti par Tun des deux amants, dès qu'il est jaloux, il exige que l'autre remplisse les conditions de l'amour-passion; la vanité sinmie en lui tons les besoins d'un cœiu' tendre.

Knlin, rien n'ennuie l'amonr-goùt comme l'amour-passion dans son partner.

Souvent un homme d'esprit, en taisant la cour à une femme, n'a fait (pie la faire penser à l'amour et attendrir son àme. Elle reçoit bien cet homme d'esprit tpii lui doime ce plaisir. Il prend des espérances.

In beau jour cette femme rencontre l'homme qui lui fait sentir ce que l'autre a décrit,

® Tous les amours, toutes les imaginations, prennent dans les individus la couleur des six tempéraments :

Le sanguin, ou le Français, ou M. de Francueil (Mémoires de madame d'Épinay ) :

Le bilieux, ou l'Espagnol, ou Lauzun (Peguilhen des Mémoires de Saint-Simon);

Le mélancolique, ou l'Allemand, ou le don Carlos, de Schiller;

Le llegmatique, ou le Hollandais;

Le nerveux, ou Voltaire ;

L'athlétique, ou Miloii de Crolone.

Le prince de Ligne, un esprit original et primesautier, a fait cette ingénieuse paraphrase de la pensée de la Rochefoucauld :

^ On nomme toujours l'amour comme s'il n'y en avait qu'un. Il y en a une centaine de milliards, car chacun a le sien. C'est encore comme le visage, qui ne ressemble pas à un autre visage.

A n'aime pas, s'il n'a l'espérance de réussir.

B n'aime que lorsqu'il a réussi.

C si on l'aime sans le faire réussit'.

1) n'aime plus quand il a réussi.

E aime davantage.

F est furieux contre celle auprès de qui il a réussi.

G n'est amoureux que le premier moment, semblable à l'eunuque du

sérail ; mais, une heure après, il se remet encore à aimer. Il veut aimer sans être aimé.

I veut étic aimé sans aimer.

.1 est plus jaloux (|u anuuit.

K est celui-ci sans être celui-l;i.

L est enthousiaste.

M est froid.

N est soupçounciiv.

•jlN l.i:s ItMMKS ICAPRKS |j;s AUTLL'US FRANÇAIS

0 est conlianl.

P est despote.

Q a de 1 humeur.

R prend tout au tragique.

S est prudent, toujours occupé de sa réputation et de celle de la

femme qu'il aime.

T est gai et insouciant sur tout cela.

U fait un métier de ce personnage d'amant.

V craint la constance et l'air de ménage.

X a besoin de la variété, et, non content d'aimer et d'être aimé dans une société, la recherche dans une antre, sans réussir.

Y cherche l'égalité dans l'amour, c'est-à-dire à aimer dans la classe

où le sort l'a fait naitre.

. Z etc.

Je pourrais compter depuis un jusqu'au centième milliard de milliards d'amours, si je voulais encore nuancer tout cela. Occupé, épris, aimant, amoureux, amant passionné, fanatique... voyez ce (pie chacun de ces mots peut produire encore de différences imperceptibles, voyez ce que les coutumes, les préjugés, les climats produisent encore dans les divers genres d'amour; cela ne finit pas.

On entend dire : « Ces deux personnes sont faites l'une pour l'autre, tant elles se ressemblent ! » On dit : « Il ne faut pas que les deux caractères soient de même, pour se convenir. »

Il y en a qui écrivent trois fois par jour, d'autres qui n'écrivent jamais; il y a des assidus, il y a des négligents.

Les gens de guerre, les politicpies, les artistes ont tous la mémo marche, à peu près : il y a une école, et la différence de manière tient à un peu plus ou un peu moins de conception; mais, dans ce métier d'amour, les cent millards de milliards d'individus ont chacun Icin- manière; c'est connue leur nez, plus ou moins grand, aquilin, camus, etc.

il y a ramour poêle, l'amour journaliste ou journalier, c'esl-àdiie (jui rend compte de tout, tant il est ininiilieiix. Il y a l'amour liniuieier, (jui est le plus mauvais genre; l'amour théâtral, cpii est le plus dangereux ; Tainour de galerie, qui est le plus fal; lamour de maintien, de circonstance ou d'oisiveté; voilà puni les hommes.

Que l'on comj)le à présent l'amour de la part des fennnes. Av<'e leur mobilité, leur imagination, leur constitution, le plus ou moins de |)rinci|)es, préjugés, \n\di ur, humeur, coipielterie, dissimulation, et, par-ci par-là, naïveté, de cond)ien de couleurs doit être cet amour'.' — Kntcndez leur coulideiue, voyez la lin de toutes les lettres; on aime à la fol e, à la raison, à tort et à travers... La partie du roman e^t encore mieux traitée par ces dames que |)ar ces messieurs.

L AMdLR. — \a: MnRIAGK. — I, A MATERNITÉ. 219

Page 1