‹ Les femmes d'après les auteurs françaisChapitre 34 sur 194 · AMOUR KST r.\nTOL'T L F, MEME · texte numérisé non relu

AMOUR KST r.\nTOL'T L F, MEME

L'Amour ne t'ait qno cluuiiîor do costiuucs et de conventions; il faut remonter la source des siècles pour le rencontrera létal de nature. 11 est nu, près des puits de II Genèse, lorsqu'il inspire les fdles de patriarches donnant à boire aux pasteurs. Il est nu encore, dans Vlliale, quoique déjà à demi drapé de sublimité, lorsqu'il pousse Hélène rougissante dans le lit nuptial de Paris. Mais au delà de cette antiquité vénérable, que de métamorphoses et que d'artifices! La Grèce le traite en enfant; elle lui apprend tonte sorte de gentillesses et de mignardises anacréontiques. Home lenivre dans ses orgies. Le moyen à^e le spiritualise; il en fait un ange, une fée, une étoile, quelque chose d'aérien et d'incorporel que la chevalerie poursuit en rêvant. A la Renaissance, l'Amour reprend son beau corps païen, mais il garde Tauréoie mystique dont le christianisme l'avait entouré. Son culte sensuel et subtil se conq)lique de rites nouveaux et de pratiques infinies. Au dix-septième siècle, il devient le maître des cérémonies du cœur, et lève théoriquement le cours des fleuves du pays de Tendre. Sous Louis XV, il prend les ailes du désir et s'évapore en caprices. — Ainsi l'histoire de l'Amour n'est qu'un carnaval : il varie à l'infini ses masques et ses modes, ses idiomes et ses élégances; mais, ce qu'il y a de plus maniéré dans une société quelle qu'elle soit, c est lui, toujours lui. Qu'il soit ardent ou transi, qu'il s enveloppe du voiie des vierges ou qu'il dénoue sa ceinture, qu'il monte, le poignard aux dents, l'échelle de soie de l'Espaone, ou qu'il tienne à deux genoux, sur un tabouret, lécheveau que roule sa maîtresse, ce sera toujours avec des mines et des afféteries adorables. 11 a son dialecte à lui dans chaque langue, son sanscrit sacré dans chaque idiome; une langue de concetti, d'hyperboles et de délicieuses gasconnades. 11 se fait, pour ainsi dire, un sérail de toutes les sensualités et de toutes les grâces du vocabulaire. — Prenez au hasard un verset de Salomon, une strophe d'Hafiz, une élégie de Properce, un sonnet de Pétrarque, une déclaration d'amour de Shakspeare, une tirade de Racine, un rondeau de Voiture, une épître de Gentil-Bernard, vous y trouverez partout le même luxe de métaphores, les mêmes recherches de la parole se chargeant, pour mieux séduire, de toutes les parures, joyaux ou clinquants qu'elle peut recueillir. — Que d'étoi es, que de lis, que d'yeux de gazelle, que de perles, que de flocons de neige, que de rayons de soleil, que de croissants de lune! Toutes les fleiu's du ciel et de la terre versées pêle-mêle dans le giron de la hien-aimée!

Paul de Saint-Victor.

MvRr.S ( \r,ACTF,IlF,> KT FACL'LTÉS DE 1,'aMOUR

SȔ 11 est aimable quand il pleine, Il est aimable quand il rit; Un \p ia|)[i''llo quand il fuit,

220 LES FKMMES D'ÂPUÈS LES AUTEL US EUA.NÇAIS.

On l'ailoïc (|ii;m{l il (leiiKurc.

C'i'sl le plus aiiiiahle Ijoiuleiir Qui soit de Paris à Cyllière; C'est le plus aiiiiahlc imposteur Qui soit né pour lioniper la teire; Il fait vingt serments aujiund'liui.

Et demain il les désavoue; On sait (pi'il blesse quand il joue, Et l'on veut jouer avec lui.

Il est aveugle :

^ Pour ses méfaits et certain stratagème, Avec l'Olympe Amour était brouillé ; Des attributs de son pouvoir suprême En plein conseil Amour fut dépouillé.

Vénus supplie, et Jupiter compose :

<( Eh bien, dit-il, parmi ses attributs il peut choisir : mais, de crainte d'abus, D'un seulement je permets qu'il dispose. » Que reprit-il? ses ailes? son flambeau ? Son canpiois? Non : il reprit son bandeau.

li fascine (Auiour est un charmeur, a dit Ronsard) :

^ ... L'on voit les amants vanter toujouis leur choix. Jamais leur passion n'y voit rien de blàmal)le, Et, dans l'objet aimé, tout leur devient aimable, Ils comptent les défauts pour des perfections Et savent y donner de j'avorables noms : La pâle est aux jasmins en blancheur comparable ! La noire à faire peur, une brune adorable; La maigre a de la taille et de la liberté ; La grasse est, dans son pori, pleine de majesté; La malpropre sur soi, de peu d'attraits cbargée, Est mise sous le nom de beauté négligée ; La géante [tarait une déesse aux yeux, La naine, un abrégé des merveilles des cieux ; l>'orgueilleus(! a le cœiu' digne d'une couioniie; La l'oiube a de l'espiil; la sotte est toute boiuie; La trop grande parh'Use est d'agréable bumeiu , Et la muette garde une honnête pudeur, ("/est ainsi (pi'un aniaul dont l'ardiMU' est extrême, Aime jus([u aux délauts des personnes ({u'il aime.

Il Iransi'ormo :

^i ... L'Amoin est un grand maître :

(le qii on ne lut jamais d nous a[tprend à I elro}

DLSMUUlltiliS.

MlLLEVOïE.

Moi.niu..

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