I. AMOIU. — LK .MAKI.VCK. — I. A MATERNITÉ. :2ti
lie ses travaux : « Lorsque je suis fatigué, ta vue uie délasse. Quand du haut do la uioutaguo je l'aperçois au loud de ee vallon, lu me parais au milieu de nos verger> connue nu Itonlon de rose. Si tu niareh(>s vers la maison de nos mères, la perdrix «pii ctunt vers ses petits a un corsage moins beau et une démarche moins légère. Ouoi(|ue je te perde de vue à travers les arbres, je n'ai pas besoin de te voir imur te retrouver; quelque chose de toi que je ne puis dire reste pour moi dans l'air où tu passes, sur l'herbe où tu t'assieds. Lorsque je t'approche, lu ravis tous mes sens. L'azur du ciel est moins beau que le bleu de tes yeux, le chant des bengalis moins doux que le son de ta voix. Si je te touche seulement du bout du doigt, tout mon corps frémit de plaisir. Souviens-toi du jour où nous passâmes à travers les cailloux roulants de la rivière des Trois-Mamelles. En arrivant sur ses bords, j'étais déjà bien fatigue ; mais, quand je t'eus prise sur mon dos, il me semblait que j'avais des ailes comme un oiseau. Dis-moi par quel charme tu as pu m'enchanter. Est-ce par ton esprit? Mais nos mères en ont plus (]ue nous deux. Est-ce par tes caresses? Mais elles m'embrassent plus souvent que toi. Je crois que c'est par taboulé. Je n'oublierai jamais que tu as marché nu-pieds jusqu'à la rivière Noire pour demander la grâce d'une pauvre esclave fugitive. Tiens, ma bien-aimée, prends celte branche fleurie de citronnier que j'ai cueillie dans la l'orét, tu la mettras la nuit près de ton lit. Mange ce rayon de miel; je l'ai pris pour loi au haut d'un rocher. Mais, auparavant, repose- toi sur mon sein, et je serai délassé. »
Virginie lui répondait : « 0 mon frère! les rayons du soleil au malin, au haut de ces rochers, me donnent moins de joie que ta présence. J'aime bien ma mère, j'aime bien la tienne ; mais, quand elles t'appellent mon fds, je les aime encore davantage. Les caresses qu'elles te font me sont plus sensibles que celles que j'en reçois. Tu me demandes pourquoi lu m'aimes; mais tout ce qui a été élevé ensemble s'aime. Vois nos oiseaux : élevés dans les mêmes nids, ils s'aiment comme nous; ils sont toujours ensemble comme nous. Ecoule comme ils s'ap- |)ellent et se répondent d'un arbre à l'autre. De même, quand l'écho me fait entendre les airs que lu joues sur la flùle, au haut de la montagne, j'en répète les paroles au lond de ce vallon. Tu m'es cher, surtout depuis le jour où tu voulais le battre pour moi contre le maître de l'esclave. Depuis ce temps-là, je me suis dit bien des fois : Ah ! mon frère a un bon cœur; sans lui je serais morte d'effroi. Je prie Dieu tous les jours pour ma mère, pour la tienne, pour toi, poui' nos pauvres semteurs ; mais, quand je prononce ton nom, il me semble que ma dévotion augmente. Je demande si instamment à Dieu qu'il ne l'arrivé aucun mal. Pourquoi vas-tu si loin et si haut me chercher des fruits et des fleurs? N'en avons-nous pas assez dans le jardin? Comme te voilà fatigué. » Et, avec son petit mouchoir blanc, elle lui essuyait le front et les joues ; elle lui donnait plusieurs baisers.
Cependant, depuis quelque temps, Virginie; se sentait agitée d'un mal inconnu. Ses beaux yeux bleus se marbraient de noir; son teint jaunissait; une langueur niiiversellu abattait son corps. La sérénité n'était plus sur son front, ni le sou-
-J'iC) LKS 1 I^M.MKS D'APllKS lj;s ALiiaUS I IIA.NÇAIS.
rire sur ses lèvres. On la voyait tout à coup gaie sans joie, et triste sans chagrin. Klle fuyait ses jeux innocents, ses doux travaux et la société de sa famille bicn-aimée. Elle errait (;à et là dans les lieux les plus solitaires de l'iiahitatioii, cliercliant partout du repos et ne le trouvant nulle part. Quelquefois, à la vue de Paul, elle allait vers lui eu folâtrant; puis, tout à coup, près de l'aborder, un embarras subit la saisissait, un rouge vif colorait ses joues pâles et ses yeux n'osaient plus s'arrêter sur les siens. Paul lui disait : « La verdure couvre ces lochers; nos oiseaux chantent quand ils te voient; tout est gai autour de toi : loi seule est triste. » Et il cherchait à la ranimer en l'embrassant; mais elle détournait la tète et fuyait tremblante vers sa mère. L'infortunée se sentait troublée des caresses de son frère. Paul ne comprenait rien à des caprices si nouveaux et si étranges
Dans une nuit ardente, Virginie sentit redoubler tous les symptômes de
son mal. Elle se levait, elle s'asseyait, elle se recouchait, elle ne trouvait dans aucune attitude ni le sommeil ni le repos. Elle s'achemine, à la clarté de la lune, vers sa fontaine. Elle aperçoit la source, qui, malgré la sécheresse, coulait encore en filets d'argent sur les flancs bruns du rocher. Elle se plonge dans son bassin. D'abord la fraîcheur ranime ses sens, et mille souvenirs agréables se présentent à son esprit. Elle se rappelle que, dans son enfance, sa mère et .Marguerite s'amusaient à les baigner avec Paul dans ce même lieu ; (jue Paul, ensuite, réservant ce bain pour elle seule, en avait creusé le lit, couvert le fond de sable et semé sur ses bords des herbes aromatiques. Elle conservait dans l'eau, sur ses bras ims et sur son sein, ces reflets des deux |)almiers plantés à la naissance de son frère et à la sienne, qui entrelaçaient au-dessus de sa tète leurs rameaux verts et leurs jeunes cocos. Elle pense à l'amitié de Paul, plus douce que les parfums, plus pure que l'eau des fontaines, plus forte (pie les palmiers unis, et elle sou[)ire. Elle songe à la nuit, à la solitude, et un feu dévorant la saisit. Aussitôt elle sort, effrayée, de ces dangereux ond)rages et de ces eaux plus brûlantes que les soleils de la zone torride. Elle court auprès de sa mère chercher un apj)ui contre elle-même. Plusieurs fois, voulant lui raconter ses peines, elle lui j)ressa les mains dans les siennes; i)lusieurs fois elle fut près de prononcer le nom de Paul ; mais son cœur oppressé laissa sa langue sans expression, et, |)osant sa tête sur le sein maternel, elle ne put cpie l'inonder de ses larmes.
Madame de la Tour pénétrait bien la cause du mal de sa fille, mais elle n'osait elle-même lui en parler... « Moti eid'ant, lui disait-elle, adiesse-toi à Dieu, qui dispose à son gré de la santé et de la vie. Il t'éprouve aujourd luii, jiour te récompenser demain. Songe; (pie nous ne sonunes sur la terre (|ue pour exercer la vertu. »
Des cliahiiM's (ixcessives éhivèreut de rOcéau des \apeins (pn* eouvrireiil l'île connue im vaste |iaias()l. Les sommels des nututagnes les rasscnddaieiil aiiloiu' d Cux, et de longs sillons de feu s(u taicnl de tenqis en Icnqis de leius pitons • 'ii'biiMn<''s. [{ientôt des liMUKîrres idliciix liiciil rclenlir de Iciiis éclats les bois.
I/AMOIR. — LK MAHIAtii:. — LA MATKRMTE. ill
les plaines et les vallons; îles pluies épouvanlables, semblables à des cataractes, tombèrent du ciel
Sur le soir, la pluie cessa, le vent alizé du sud-est reprit son cours ordinaire, les nuages orageux furent jetés vers le nord-ouest, et le soleil coucbant païut à riunizon
Paul v[ Virginie sortirent ensemble de la case. Il n'y avait plus, aux
environs, ni gazons, ni berceaux, ni oiseaux, excepté quelques bengalis qui, sur la pointe des rochers voisins, déploraient, par des chants plaintifs, la perte de leurs petits.
A la vue do cotte désolation, Virginie dit à Paul : « Vous aviez apporté ici des oiseaux, l'ouragan les a tués. Vous aviez planté ce jardin, il est détruit. Tout périt sur la terre; il n'y a que le ciel qui ne change point. » Paul lui répondit : « Que ne puis-jevous donner quelque chose du ciel ! Mais je ne possède rien, même sur la terre. » Virginie reprit en rougissant : « Vous avez à vous le portrait de saint Paul. » A peine eut-elle parlé qu'il courut le chercher dans la case de sa mère. Ce portrait était une petite miniature représentant Termite Paul. Marguerite y avait une grande dévotion. Elle l'avait porté longtemps suspendu à son cou, étant fdle ; ensuite, devenue mère, elle l'avait mis à celui de son enfant. 11 était arrivé qu'étant enceinte de lui et délaissée de tout le monde, à force de contempler Timage de ce bienheureux solitaire, son fruit en avait contracté quelque resseml)lance, ce qui l'avait décidée à lui en faire porter le nom et à lui donner pour patron un saint qui avait passé sa vie loin «les hommes, qui l'avaient elle-même abusée, puis abandonnée. Virginie, en recivanl ce petit portrait des mains de Paul, lui dit d'un ton ému : « Mon frère, il ne me sera jamais enlevé tant que je vivrai, et je n'oublierai jamais que tu m'as donné la seule chose que tu possèdes au monde. A ce ton d'amitié inespéré, de familiarité et de tendresse, Paul voulut l'embrasser; mais, aussi légère qu'un oiseau, elle lui échappa et le laissa hors de lui, ne comprenant rien à une conduite aussi extraordinaire. Bernardin de Saint-Pierre.
® Ta joue est pâle, jeune fille.
Est pâle comme un lis en fleur.
Dans les yeux une larme Inillc, Chaque jour tu dis à ton cœiu' :
'( Oh ! mon cœur, iic bals pas si vile, « Sommeille, mon cœur, si tu poux. »
Et tu souffres, pauvre petite, Et lu no sais ce que tu veux,
Lamartine.
^ Se livrer tout entier sans rien garder de soi, renoncer à sa possession et à son libre arbitre, remettre sa volonté entre les bras d'un autre, ne plus voir par ses yeux, ne plus entendre avec ses oreilles, n'être qu'un en deux corj)s, fondre et mêler ses âmes de façon.! ne plus savoir si vous êtes vous ou raulre.
;il)s()ibiM' (M rayonner coiUimiclUMiient, (Mrt> taiilôl la Inno ol tantôt le sdlcil, voir tout le monde et toute la création dans un seul ètic, déplacer le centre de vie, être prêt, à toute heure, aux plus grands sacrifices et à l'abnégation la plus absolue, souffrir à la poitrine de la personne aimée, comme si c'était la vùlre; ô prodige! se doubler on se donnant. — Voilà l'amour. Thkgpiulk (tautikh.
^ Voici ce qui se passe dans l'âme :
V L'admiration.
2" On se dit : « Quel plaisir de lui donner des baisers, d'en recevoir! » etc.
3° L'espérance.
On étudie les perfections; c'est à ce moment qu'une femme devrait se rendre, pour le plus grand plaisir physique possible. Même chez les femmes les plus réservées, les yeux rougissent au moment de l'espérance ; la passion est si forte, le plaisir si vif, qu'il se trahit par des signes frappants.
4" L'amour est né.
Aimer, c'est avoir du plaisir avoir, toucher, sentir par tous les sens, et d'aussi près que possible, un objet aimable et qui nous aime.
5" La première cristallisation commence.
On se plaît à orner de mille perfections une femme de l'amour de laquelle on est sûr; on se détaille tout son bonheur avec une complaisance infinie. Cela se réduit à s'exagérer une propriété superbe, qui vient de nous tomber du ciel, que l'on ne connaît pas, et de la possession de laquelle on est assuré.
Laissez travailler la tête d'un amant pendant vingt-quatre heures, et voici ce que vous y trouverez :
Aux mines de sel de Saltzbourg, on jette dans les profondems abandonnées de la mine un rameau d'arbre effeuillé pai- l'hiver; deux ou trois mois après, on le retire couvert de cristallisations brillantes : les plus petites branches, celles qui ne sont pas plus grosses que la patte d'une mésange, sont garnies d'une infinité de diamants mobiles et éblouissants; on ne peut plus reconnaître le rameau primitif.
Ce que j'appelle cristallisation, c'est l'opération de l'esprit qui tire de tout ce qui se présente la découverte que l'objcit aimé a de nouvelles perfections.
Un voyageur parle de la fraîcheur des bois d'orangers à Gênes, sur le bord de la mer, durant les jours brûlants de l'été; (piel plaisir de goûter cette fraîcheur avec elle !
Un de vos amis se casse le bras à la chasse; quelle douceur de recevoir les soins d'une fennne qu'on aime ! Etre toujours avec elle et la voir sans cesse vous aimant ferait presqiu! bénir la donleiu-; et vous |)artcz du bras cassé dt> votre ami i)our ne |)lns douter de l'angélique bouté de votre maîtresse. En un nutl, il suffit de penser à une perfection pnur la voir dans ce (ju'on aime.
(le phénomène, (\\\i' je me permets d'ap|)('l(!r la crisIttlUsaHon^ vient de la nature, (pii nous ((MumaiKh^ d'avoir du plaisir et (pii nous envoie l(! sani; an «•ervean; du sciiliincnl ipic l('>< plaisirs auiinicnlcni avec les pcirniions de lob-
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jet a\iuô, of lie ridée : Elle est à moi. Le sauvage n'a pas le temps d'aller an delà du prenner pas. Il a du plaisir, mais lactivilé de son cerveau est employée à suivre le daim i\iù fnil dans la l'orèl et avec la chair (huincl il doit réparer ses forces an pins vile, sous peine de tomber sous la hache de son ennemi.
A lanlre extrémité de la civilisation, je ne doute pas qu'une femme tendre n'arrive à ce point de ne trouver le plaisir physique qu'auprès de l'homme qu'elle aime. C'est le contraire du sauvage. Mais, parmi les nations civilisées, la fenune a du loisir, et le sauvage est si près de ses affaires qu'il est obligé de traiter sa femelle comme une béte de somme. Si les femelles de beaucoup d'animaux sont plus heureuses, c'est que la subsistance des mâles est plus assurée.
Mais quittons les forêts pour revenir à Paris. Un homme passioiuié voit toutes les perfections dans ce qu'il aime ; cependant l'attention peut encore être distraite, car l'àme se rassasie de tout ce qui est uniforme, même du bonheur parfait.
Voici ce qui survient pour fixer l'attention :
6° Le doute naît.
Après que dix ou douze regards, ou tonte autre série d'actions qui peuvent durer un moment comme plusieurs jours, ont d'abord donné et ensuite confirmé les espérances, l'amant, revenu de son premier étonnement, et s' étant accoutumé à son bonheur, ou guidé par la théorie qui, toujours basée sur les cas les pins fréquents, ne doit s'occuper que des femmes faciles, l'amant, dis-je, demande des assurances plus positives et veut pousser son boidieur.
On lui oppose de l'indifférence, de la froideur on même de la colère, s'il montre trop d'assurance; en France, une miance d'ironie qui semble dire : « Vous vous croyez plus avancé que vous ne Têtes. » Une femme se conduit ainsi, soit qu'elle se réveille d'un moment d'ivresse et obéisse à la pudeur, qu'elle tremble d'avoir enfreinte, soit simplement par prudence ou par coquetterie.
L'amant arrive à douter du bonheur qu'il se promettait; il devient sévère sur les raisons d'espérer qu'il a cru voir.
Il veut se rabattre sur les autres plaisirs de la vie, il les trouve anéantis. La crainte d'un affreux malheur le saisit, et avec elle l'atlention profonde.
7" Seconde cristallisation.
Alors commence la seconde cristallisation, produisant pour diamants des confirmations à cette idée :
Elle m'aime. . Stendhal
M. Michelet, dont l'opinion peut iairc loi en l'espèce (pour nous servir d'une expression bazochienne), s'est exprimé ainsi sur cette allégorie devenue célèbre :
^ Une comparaison ingénieuse est celle qiie fait M. de Stendhal, celle du rnmeau qu'on jette aux sources salées de Saltzbourg. Deux mois après, on le retire changé, embelli d'une riche et fantastique cristallisation, girandoles, diamants, fleurs de givre. Tel est l'amour jeté aux sources profondes de l'imagination.
f,a oomparnisoii allait à son joli livre ironique et sensuel sur Tamour. Le fond |)our lui est lorl sec; c'est une pauvre branche de bois, un bâton; voilà le réel, et le reste serait le rêve, la broderie, de vaine poésie, (jue nous y laisons à plaisir,
EKCcllenfe théorie pour stériliser à fond lo plus fécond des sujets. Théorie banale, en réalité, malgré le piquant de la forme. C'est toujours la vieille thèse : « L'amour n'est qu'une illusion. »
L'amour, je n'ai rien trouvé de plus réel en ce moude.
Réel, comme seconde vue. — Seul il donne la puissance de voir cent vérités nouvelles, impossibles à voir autrement.
Réel comme création. — Ces choses vraies, qu'il voyait, il les faisait telles. Pour la femme, par exemple, il est si doux d'être aimée que, quand elle s'en aperçoit, ravie et transfigurée, elle devient infiniment belle. Belle on la voit, mais elle l'est.
Réel, comme création double et réfléchie. — Où le créé crée à son tour. Ce rayonnement de la beauté que notre amour fait dans" la femme, il agit el rayonne en nous par nos puissances toutes nouvelles de désir, de génie et d'invention.
Comment le nonnnerons-nous? Qu'importe?... C'est le maître, le puissant et le fécond... Qu'il nous reste, et nous sommes forls. Lui do moins sur cette terre, nous n'aurions rien fait de grand. Michelet.
® A peine un léger duvet commence à couvrir les joues délicates de l'adolescent, qu'un nouveau sentiment germe dans son cœur et semble lui donner une existence nouvelle. Le sang coule dans ses veines avec plus de chaleur, et porte dans toutes ses fibres le frémissement d'un désir inconnu. La nature entière change de face à ses yeux. 11 se plaît dans la solitude, il ainu> à se plonger dans de douces rêveries. La mélancolie s'empare de son àme; heureuse tristesse qui ressemble au plaisir! Tout l'appelle à l'amour, tout nonrril le feu divin ((u'il recèle.
l'ne jeune fille s'offre à sa vue. Il tremble, il frémit, ses genoux le soulienncnl à peine; il est dans un état cruel, et cependant il éprouve \\\i sentiment «lélicieux. Il recommit l'objet qu'il désirait, sans savoir (pi il eût des désii-s. || baisse les yeux; il les lève un instant, il les baisse encore», il n Ose rcgaider celle qu'il voudrait dévorer de ses regards. Il l'aime, il l'adore et craint (pic de l'aimer ce ne .soit lui faire une injine. Il faut du tem|)s avant qu'il ose lui |)arl('r, il en faudrait bien davantage avant de lui dire (pi'il l'aime. Mais (pic ses coniplaisanccs, ses soins, son accent devenu pins doux, plus touchani, son o'il humide et enllammé, savent bien Ir dire au driauL (b; sa voix! Il voiidiiiil se confondre avec l'objet de ses v(eux, (it cependant il crainl de s'approclK r de Irop près. Il s'cnhai'dit cnliii. On sait (piil aime, il sait ipi'il est ,nu\ô..
P. C. Li';vi:s(.n i:.
I/.VMUIR. - Li; MAKIACi;. — I.A MATKU.MiK. ^251
lus lUKPEKKNC.Kt. K N T P. K I.A .NAISSANCK 1) K 1. A >l 0 (i i; DANS LKS DKUX SKXKS
:^^S Los loiiiiiu's s altaclioiil par les faveurs. (Connue los dix-iuMil' vini>lièiii('s de; leurs rêveries liaMtuelles sont relatives à l'aiiioiir, après l'iuliiiiité, ces rêveries se ijroupont autour iluii >eul objet; elles se nielteiit à justifier une déinarclie aussi extraordinaire, aussi décisive, aussi contraire à toutes les habitudes de pudeur, ("e travail n'existe pas chez les honuncs ; ensuite, riuiaginatiou des t'ennnes détaille à loisir des instants si délicieux.
Connue laniour fait douter des choses les plus démontrées, cette feuniie qui, avant lintiniité, était si sûre que son amant est un homme au-dessus du vulj;aire, aussitôt qu'elle croit n'avoir plus rien à lui refuser, tremble qu'il n'ait ( lierehé (pi"à mettre une femme de plus sur sa Hste.
Alors seulement parait la seconde cristallisation, qui, parce que la crainte raccompagne, est de beaucoup plus forte.
l'ne femme croit de reine s'être faite esclave. Cet état de l'àme et de l'esprit est aidé par l'ivresse nerveuse que font naître des plaisirs d'autant j)lus sensibles qu'ils sont plus "rares. Enfin une femme, à son métier à broder, ouvrage insipide, et qui n'occupe que les mains, songe à son amant, tandis que celui-ci, galopant dans la plaine avec son escadron, est mis aux arrêts s'il fait un faux mouvement.
Je crois donc que la seconde cristallisation est beaucoup plus forte chez les fennnes, j)arce que la crainte est plus vive : la vanité, l'honneur sont compromis, du moins les distrations sont-elles plus difficiles.
lue femme ne peut être guidée par l'habitude d'être raisonnable, que moi. homme, je contracte forcément à mon bureau, en travaillant six heures tous les jours à des choses froides et raisonnables. Même hors de l'amour, elles ont du j)enchant à se livrer à leur imagination, et de là l'exaltation habituelle; la dispaiition des défauts de 1 objet aimé doit donc être plus rapide.
Les femmes préfèrent les émotions à la raison ; c'est tout simple : comme, en vertu de nos plats usages, elles ne sont chargées d'aucune affaire dans la famille, la raison ne leur est jamais utile; elles ne l'éprouvent jamais bonne à quelque chose.
Elle leur est au contraire toujours nuisible, car elle ne leur apparaît que polir les gronder d'avoir eu du plaisir hier, ou pour leur commander de n'en plus avoir demain.
Domiez à régler à votre fenmie vos affaires avec les fermiers de deux de vos terres, je parie que les registres seront mieux tenus que par vous, et alors, triste despote, vous aurez au moins le droit de vous plaindre, puisque vous n'avez pas le talent de vous faire; aimer. Dès que les femmes entreprennent des raisonnements généraux, elles font de l'amour sans s'en apercevoir. Dans les choses de détail, elles se piquent d'être plus sévères et plus exactes que les hommes. La
iiKtilic lin (H'iit coninierce est confiée aux femmes, qui s'en acquittent nui'ux (|nt' Icnrs maris, (l'est une maxime connue, que si l'on parle d'affaires avec elles, on ne saurait avoir trop de j^ravité.
C'est qu'elles sont toujours et partout avides d'émotion : voyez les plaisiis de renteiremenl eu Ecosse. Stendhal.
DU !• K K M I K li A M 0 U 11 l'ENSÉES DIVERSES
® L'on n'aime bien (pi'une seule fois; c'est la première : les amours (jui suivent sont moins involontaires. La Bruyèiœ.
® 0 premières promenades de l'amour, il faut que* votre souvenir soit bien puissant, puisque après tant d'années d'infortunes vous remuez encore le cœur du vieux Chactas Chateaibhiaind.
^ 0 mes premières amours !
0 le bon temps ! j'étais bien malheureuse ! «
Sophie Arnolld (citée par Lebrun).
Madame de Staèl sendjlait avoir en vue cette charmante exclamation lorsqu'elle a fait la remarque suivante :
^ Ce n'est pas le premier amour qui est ineffaçable, il vient du besoin d'aimer; mais lorsque, après avoir connu la vie, et dans toute la force de son jugement, on rencontre l'esprit et l'âme que l'on avait jusqu'alors vainement cherchés, l'imagination est subjuguée par la vérité, et l'on a raison d'être malheureuse.
^ C'est un âge, ce bel âge des amours naïves, qui éclôt de vsoi, et qui, d'ailleurs, doit à cette spontanéité môme une grande partie de son charme indescriptible...
On ne choisit |)as j)0ur aimer du premier amour. L'heure sonne d'aimer, et l'on aime an hasard, en bâte, comme s'il n'était (piunc femme, et comme si la |)uissance d'aimer devait se retirer du cœur cpii s'attarde... C'est la loi, (pu- nous trouvons illogique et bizarre quand nous en sounnes affranchis, et que pouilaut nous voudrions subir encore. * * *
Stendhal, le peintre, l'anatomist(> « ironique et sensuel, » |)aile ainsi du premier amour- :
^ L'image i\\\ premier amoui' est la pins liénéralenient toneliante; pouripioi'.' c'est (ju'il vsl pri s(|ue le même dans tous les |)ays, dans tous les caractères. Donc ce premiei' amour n'(!st pas le plus passionné.
On l'iiil l'ainoiMà svi/r. ans pour faircî un roman, et l'on s<' demande à elia(|ne démarelie el picsipu' à ehaipie \m\\\v : « Ne suis-je pas bien connue Julie d'Etange'.' »
L'AMOIR. — lE MAUIAGK. — l\ MATERNITÉ. 235
\.c même auteur dit encore ;
sa Le premier amour d'un jeune homme qui entre dans le monde est ordinairenuMit un anuMU- ambitieux. 11 se déclare rarement pour une jeune lille douce, aimable, innocente. (Auumeut trembler, adorer, se sentir en présence d'une divinité? Un adoU'scent a besoin d'aimer un être dont les qualités l'élèvent à ses propres yeux. C'est au déclin de la vie qu'on en revient réellement à aimer le simple et l'innocent, désespérant du sublime. Entre les deux se place l'amour véritable, qui ne pense à rien (pi'à soi-même.
Déjà la Bruyère avait dit :
ES II n'y a point, dans le cœur d'une jeune personne, un si violent amour auquel l'intérêt ou lambitiou n'ajoute quelque chose.
Les deux font la paire !... mais faudra-t-il les en croire? Dans le jeune homme ou la jeune fille qui aime pour la première fois, d'ordinaire avec tant de spontanéité, d'élan, de générosité, faudra t-il ne voir qu'un ambitieux, qu'un poseurl et considérer comme un épisode froid et banal cette « première étape du cœur » que Balzac appelle « une seconde enfance jetée à travers nos jours de peine et de labeur? » — Non, sans doute, à moins qu'on ne veuille tenter une profanation.
J. J. Rousseau, lui, n'admet pas cette prétendue spéculation quand il dit:
® Les premières voluptés sont toujours mystérieuses; la pudeur les assaisonne et les cache : la première maîtresse ne rend pas effronté, mais timide. Tout absorbé dans un état si nouveau pour lui, le jeune homme se recueille pour le goûter, et tremble de le perdre. S'il est bruyant, il n'est ni voluptueux ni tendre; tant qu'il se vante, il n'a pas joui.
Marivaux l'a niée aussi •
^ La première fois qu'on aime on éprouve un mélange de trouble, de plaisir et de peur ; oui, de peur, car une jeune fdle, qui en est là-dessus à son apprentissage ne sait point où tout cela mène ; ce sont des mouvements inconnus qui l'enveloppent, qui disposent d'elle, qu'elle ne possède point, qui la possèdent; la nouveauté de cet état l'alarme. Il est vrai qu'elle y trouve du plaisir, mais c'est un plaisir fait comme un danger, sa pudeur même en est effrayée . il y a là quelque chose qui la menace, qui l'étourdit et qui prend déjà sur elle.
On se demanderait volontiers, dans ces instants : Que vais-je devenir? Car, en vérité, l'amour ne nous trompe point ; dès qu'il se montre, il nous dit ce fju'il est et de quoi il sera question; l'âme sent la présence d'un maître qui la flatte, mais avec une autorité déclarée qui ne la consulte pas et qui lui laisse hardiment les soupçons de sor« esclavage futur.
Et après Marivaux, Domoustiers :
^ Le preniici jour (jii'oii .liniL' ou se plait en secret A mettre an rang des rois l'objet cpie l'on adore; Et s'il était un rang plus éclatant ojicore, (le serait là celui que le cœur choisirait.
Et bien d'aulros (ju'on pourrait citer.
l'REMIER AMOl'H DU JEINK HOMME
S3 Je brûlais pour une personne qui aurait pu, à la rigueur, être ma mère. Je passais mes journées près d'elle. Débouta ses côtés pendant qu'elle travaillai! à quelque ouvrage d'aiguille; faute d'oser soupirer, je jasais, je tenais son écheveau, ou je courais après son peloton s'il venait à rouler sur le plancher. Que si quelque soin domestique l'appelait à sortir de la chambre, je profitais des instants pour baiser avec transport des objets qu'elle avait touchés. Je passais mes mains dans ses gants, et, pour que le chapeau qui avait pressé ses cheveux pressât aussi les miens, me voilà affublé d'un chapeau de femme, ayant horriblement peur d'être surpris et rougissant de ma rougeur même...