I. AMOl H. - l.i; MVIUACK. I. V MM KIIMIK
Kl souxoiil de nos aoiir> l'absolu (■liaii^^iciiicnl Dovionl, par ses U-çons, rouviagc il'uii iihuiu'iit. l)o la nahu'o on nous il foioo les obstacles. Kl SOS ollbls siibils ont do l'air des miraolos. ITiM» avare à l'inslaiil il l'ait un libéral, lii vaillant d'un pulli-on, un t ivil d'iui bnilal. Il rond agilo à tout l'ànio la plus posante, Kt donne de rosprit à la plus innoconlo.
MoLIÈIiE.
®3 II l'rtut être bien dénué d'esprit, si Tinnonr non lait ()as trouver.
La Bruyère.
ES L'amour ne meurt jamais de besoin, souvent d indigestion.
dette remarque en prose de Ninon de TEnclos a été mise en vers par Alfred de Musset.
^ L'amoiii' — hélas! l'étrange et la l'ausse nature ! — Vit d'inanition et meurt de nourriture.
® L'amour est une divinité ja'ouse qni s'irrite dès qu'on cesse de la craindre, cl Ton aime quel(|uefois seulement parce qu'on a promis de ne pas aimer.
Alfred de Musset.
Sg C'est le caractère de cette passion de ronqilir le cœur tout entier; on ne pont pins s'occuper que d'elle; on en est possédé, enivré; on la retrouve partout : tout en retrace les funestes images; tout en réveille les injustes désirs; le monde, la solitude, la présence, l'éloignement, les objets les plus mdilîérents, les occupations les plus sérieuses, le temple saint lui-même, les autels sacrés, les mystères terribles en rappellent le souvenir.
i:S Aimer, c'est chercher la félicité dans ce qu'on aime ; c'est vouloir trouver dans l'objet aimé tout ce qui manque à notre cœur; c'est l'appeler au secours de ce vide affreux qne nous sentons en nous-mêmes, et nous flatter qu'il sera ca= [table de le remplir; c'est le regarder comme la ressomce de tons nos besoins, le remède de tous nos maux, l'auteur de tons nos biens. Mais cet amour des créatures est suivi des i)lns cruelles incortitndos : on doute toujours si l'on est aimé connue on aime; on est ingénieux à se rendre malheureux et à formera soi-même des craintes, des soupçons, des jalousies; plus on est de boime foi, plus on souffre; on est le martyre de ses |)ropres défiances. Massilloin.
E^ De toutes les passions, l'amour est celle qui dérègle le plus la l'aison, (pii met le plus l'âme en désordre, et qni lui fait c(nnmettre les plus grandes fautes. 0 1 ne met jjresqne point de différence entre un amant et un insensé : les actions de l'un ont beaucoup de rapport avec les actions de l'autre ; et si la folie tiouble r*'spril, l'amour trouble le jugement et déconcerte la laison. Si nousc(uisidér(>ns
±2-1 LES FEMMES It'AIMiKS LES AITKIUS I IIA.NÇÂIS.
ceux <|iii ainu'iit, nous venons, on effet, (|ue Tun a de Tamour pour ce (|ui nesl point aimable, que l'autre a de la haine pour ce qui est digne d'être aimé ; que l'un trouve beau ce qui est laid, que l'autre trouve laid ce qui est beau; que celui-ci estime ce qu'il devrait mépriser, et que celui-là méprise ce qui mérite son estime. On en voit qui suivent ce qui les fuit; d'autres, au contraire, liiienl ce qui !es suit; et des aveugles choisiraient mieux que ne font ces insensés; de sorte que si la raison est le plus grand de tous les biens, il s'ensuit nécessairement que ce qui nous la fait perdre est le plus grand de tous les maux. Pour connaître le peu de discernement do cette passion, il ne faut que voir les choses dont elle se satisfait, dont elle fait ses plus chers trésors, et dont toute son ambition est remplie. Un regard, un sourire, une parole, un méchant petit billet, un misérable bout de ruban sont le terme de tous ses désirs, l'objet de toutes ses espérances, la récompense de toutes ses peines et le payement de tous ses services. Cependant, pour obtenir de si grands biens, il faut soupirei-, il faut gémir, il faut endurer longtemps, et endurer même sans se plaindre; il faut avoir un soin continuel, une inquiétude éternelle, perdre le repas et le repos, ne parler point, no dormir ])oint, ne rire point, être pâle et défiguré, maigre, rêveur et mélancolique. H faut négliger ses amis, ses intérêts, sa réputation, pour se donner tout entier à une chose si agréable ; il faut agir comme s'il n'y avait qu'une seule persotme en toute la terre; ne regarder qu'elle, n'estimer qu elle, ne la quitter non plus que l'ombro abandonne le corps; devenir son importun, après être devenu son amant, et se faire haïr à force de vouloir se faire aimer.
Mais tout cela n'est rien, en comparaison de la jalousie qui suit inséparablement l'amour. Non, l'enfer n'a point de supplice assoz cruel poui' le comparer a cette passion enragée qui transporte l'àme, déconcerte la raison, trouble l'usage des sens, évoque des fantômes qui ne sont point, fait prendre des mensonges j)our des vérités, et des chimères pour dos corps réols. La jalousie se nourrit de poison, et en nourrit lame (pi'elle possède; c'est im de ces serpents (pii font nioinir ceux (pii les font naître; ses plus douces rôvorics n'ont pour objet (\no dos précipices ou des cordoauv, des poisons ou des poignards, la mort d'un rival on la sienne propre. De cette furie déchaînée sont venus mille moiir- Ires, milh' assassinats et mille autres ciiiiies horribles. Aussi, les poëlos (pii nous ont fait la |)ointure de celte passion (pii fait aimei', ont-ils représenté l'Amour enfant, [)our exprimer son peu de coiuluite. Ils 1 ont peint aveuglé par un bandeau, pour nous figurer régaremcnt de ceux qiu' ('otto folio emporte ; ils lui ont rioimé dos armes, pour lui roprésontoi' les maux (pi'il l'ail ; ot, coinmo aux Furies, ils lui ont mis im llamboan à la main; |)oui' nous l'aii'o comprendre ce fatal embrasemoiil pai' rpii l'ànie est consumée, et quia détrnit (juchpiefois dos maisons, dc^ \illos, des |)rovin(:(!S ol des niunaicliics loiil cntioros. M"'' ni', Sc,(ii)i;ui.
e^ Il ne faut [)as croire; tout ce (juo les pootes et les faiseurs do romans lonl débiter aux personnes arrionronses. Il y a de l'hyperbole dans leur description, iiiai> il faut pourtant conxenii que l'anionresl une source iné|)uisabl(Mle malheur i| (le désordre, (i'evt irrre pa>si()ri Ires-iiecessaii'e srii' la lerre pour y conserver'
i.AMom. — i.i: M\iii\(ii:. — k\ matkumte. '■n?,
les animaux. (Vost l'âino ilu iiioiuU' à 1 i\^aiil de colle espèce de créature, et il est même très-certain que la Providence a uni à une passion si nécessaire mille charmes, mille douceurs, mille agréments; mais, d'autre côté, elle y a joint une infinité damertume. Combien y a-t-il de gens qui en perdent le boire, le manger, le dormir, la santé, l'esprit ".' Le uond)re de ceux qui (Mi meurent est plus grand que l on ne pense : ceux (|ui s'en pendent sont rares en vérité, mais il s'en trouve.
Tout cela reganle ceux ipii aiment sans être aimés. Quant à ceux cpii sont aimés autant qu'ils aiment, ils payent bien cliei- leurs plaisirs, car, pour ne rien dire des égarements de leur raison ni de l'opposition qui se trouve si souvent entre leurs véritables intérêts et celui de leur amour, qui les e.fpose à une foule de traverses, ne sont-ils pas assez malheureux par la jalousie à laquelle ils sont exposés? Bavle.
ES ^'ous avons dans le cœur de quoi toujours aimer, et, par conséquent, de quoi toujours pleurer. Mirabeau.
£S L'amour, cette première des félicités humaines, a besoin, pour être vif et durable, que la douleur lui prête ses larmes; enfant de la mélancolie bien plus que de la joie, jamais ses feux ne sont plus ardents que quand il les allume dans des yeux noyés de pleurs, et ce n'est que nourri par la tristesse qu'il peut être éternel. M""' Cottin.
E^ Volage essaim, les abeilles de Guidé,
Dans les bosquets de ce riant séjour,
Vont composer un miel doux, mais perfide,
El qui jamais ne se garde qu'on jour.
Fleur de souci, d'amertume arrosée,
Est le nectar de ces fdles du ciel,
Et trop souvent, pour détremper leur miel,
Pleurs douloureux leur serve de rosée.
MiLLEVOYE.
^ Qu'il est doux d'être aimé !
Tout le monde a dit cela et tout le monde l'a pensé, et cependant, si l'on était de bonne foi avec soi-même, chacun avouerait que toutes les inquiétudes, tous les orages, tontes les larmes, toutes les angoisses, tous les remords de sa vie lui sont venus de ce bonheur si doux... Etre aimé, c'est de tous les succès celui que l'on pardonne le moins. Le véritable amour attire les tempêtes du monde comme les hauts rochers attirent les tempêtes des cieux. Deux êtres s'aiment, ce sont des parias, mais des parias qu'on envie.
La société tout entière se ligue contre eux. Les femmes, les hommes, en les montrant du doigt, se disent avec rage : ils s'aiment! c'est-à-dire : ils nous méprisent et nous ne sommes plus rien pour eux ! ils s'aiment ! c'est-à-dire : ils passent devant nous sans nous voir ; ces richesses que nous avons acquises avec tant de peine, ils n'en font point de cas; ces titres pompeux auxquels nous avons
•J2i LKS KK.MMKS D'APHKS LES AI ÏKI US lUA.NÇAIS.
sacrilié notre cœur et notre jeunesse, ils ne les désirent point ; ils ont un orgueil plus haut que notre orgueil, ils possèdent un trésor plus précieux que nos tré- •^ors... ils ont leur amour! M"" E. de GuiARoiN.
I)K LA NAISSAXCK I) K I. AMOUR
(description-; ni! mai, d'a.moir)
?^ Tircis disait un jour à la jeune Amarante :
« Ail ! si vous connaissiez comme moi certain mal
Qui nous plaît et qui nous enchante, Il n est bien sous le liel (pii vous parût égal !
Souffrez qu'on vous le communi({ue ;
Croyez-nK)i, n'ayez point de ])eur :
\oudrais-je vous tromper, vous pour qin jo me pique Des plus dou.v sentiments que puisse avoir un cœur? )>
Amarante aussitôt réplique :
a Comment rappelez-vous, ce mal? (piel est son nom? — L'amour. — Ce mot est beau! dites-moi quelques marques A quoi je le pourrai connaître. Que sent-on? — Des peines piès de tpii le plaisir des monarques fcist ennuyeu.x. et fade : on s'oublie, ou se plaît
Toute seule en une forêt.
Se mire-t-on près d'un rivage, Ce n'est pas soi qu'on voit; ou ne voit (pi'uue image Qui sans cesse revient, et qui suit en tous lieux :
Pour tout le reste on est sans yeux.
Il est un berger du village Dont l'abord, dont la voix, dont le nom l'ail rougii' :
Un soupire à son souvenir; On ne sait pas pounjuoi, cependant, on soupire; On a j)eur de le voir, eucor (pTon le désiie. »
Amarante dit à l'iuslaut :
'( Oh! oh ! c'est là ce mal que vous me prêchez tant? Il ne m'est pas nouveau; je pense le connaître. »
Tircis à son but croyait cire, Quand la belle ajouta : « Voilà tout justement
Ce qu(! je sens poui' Cli<laniant. »
l/autre pensa mourir de dépit i.'t de honte.
1,\ rOMAINK.
£33 Au malin de la vie, ils en avaient tout»! la l'raicheur : tels dans le jar»lin d'hd(!n paruicnt im>s ju-emiers pai(!nls, loi'scpu', sortant des mains de Dieu, ils se virent, s'appruclièrenl, cl conversèient d abord ((unme frère et coumie siriu'. Vir-ginie, doiu:e, modesic, c(uilianle c(uunu! livc: el l'aul, seudilalde à \dani, ayant la laille d'un houuue avec la siniplicih'' d'un enfanl.
<.>uel(|uclnis, seul avec elle lil me l'a mille fciis incdiilé), il lui ilisail an icloin
Mm)amr de vSÉVIGNR
MADAME M SEVIGNK
MARIE DE RH3U T I N -C H A NT A L , nfl A R Q U I 3 E 0 1. SEVIGN^ — I(i -J 7 - 1 lî . n —
Au\ absciices de la lillo intus devons les Lettres de la mère. (Jes iiiltu'valles, ijuclle icgurdait comme son mauvais temps, sont devenus les bons moments de la postérité. Nous jouissons de ses privations, et dès quelle rentre en joaissancc, nous sommes |irivés à notre tour, tellement qu'on se surprend à re^n'elter que, pour nos plaisirs, elle n'ait pas été plus lonjjlemps affligée par cette séparation.
Ses contemporains, encore qu'ils tussent loin de penser i[u'elle dùl, devenir un auteur, ont poin'lant apprécié son talent.
On lisait ses lettres au milieu des cercles les plus renommés par le bon goût, iladame de Coulangcs les prêtait à s:s trois soeurs, qui ont rendu célèbre l'esprit des Morlemart. Bussy-Rabulin en enrichissait ses Mémoires, qu'il faisait lire au roi pour recouvrer ses bomies grâces. Madame de Maison, a qui Bussy avait communiqué ces lettres, voulut absolument les copier.
rius lard, dès qu'on eut mqjrimé quelipies-unes de ces l'itres, auteurs et gens du monde. tous finenl daccoi'd pour bs legarder comme des modèles innnitables.
(jKOIVELI.E.