MARINETTE
Il vient à nous.
ÉRASTE
Non, non, ne croyez pas, madame, Que je revienne encore vous parler de ma flamme. C'en est fait ; je me veux guérir, et connais bien Ce que de votre cœur a possédé le mien. ** Un courroux si constant pour l'ombre d'une offense
M'a trop bien éclairé de votre indifférence. Et je dois vous montrer que les traits du mépris Sont sensibles surtout aux généreux esprits. Je l'avouerai, mes yeux observaient dans les vôtres Des cbarmes qu'ils n'ont point trouvés dans tous les antres, Et le ravissement où j'étais de mes fers Les aurait préférés à des sceptres offerts. Oui, mon amour pour vous sans doute était extrême. Je vivais tout eu vous; et, je l'avouerai même, Peut-être qu'après tout, j'aurai, quoique outragé, Assez de peine encore à m'en voir dégagé : Possible que, malgré la cure qu'elle essaye, Mon âme saignera longtemps de cette plaie. Et qu'affrancbi d'un joug qui faisait tout mon bien, 11 faudra me résoudre à n'aimer jamais rien. Mais enfin, il n'importe ; et puisque votre baine Chasse un cœur tant de fois que l'innour vous ramène, C'est la dernière ici des opportunités Une vons aurez j; mais de mes vœu ( rebutés.
LUCU.E.
Vons pouviz fiiire iuix miens la grâce tout entière, . Monsieur, et ni'épargner encore cette; dernière.
Éf VSTE.
Kb iiien, iniidame, eb l)ien, ils seront salisl'ail,>. Je romps avec<|ue vons, l't j'y lomps pour jamais.
•J',l2 LF.S FEMMES D'APRES EES AUTEURS FRANÇAIS
Puisque vous le voulez. Que je perde la vie Lorsque de vous parler je reprendrai l'envie '
1,DCILE.
Tant, mieux; c'est m'oMiger.
FRASTE.
i\on, non, n'ayez pas peur Que je fausse parole; eussé-je un faible cœur .lusques à n'eu pouvoir effacer votre image, Croyez que vous n'aurez jamais cet avantage De me voir revenir.
LUCILE
Ce serait bien en vain .
ÉRASTE
Moi-même de cent coups je percerais mon soin, ,^ Si j'avais jamais fait cette bassesse insigne
De vous revoir après ce traitement indigne.