I, A M 01 H. — LE MARIAGE. — LA MATEHMTÉ
Qll-UELLES 11 A M oui;
IMu> lo> aiuouioiix s'aiment, moins il lenr est possible de rester ionglenips sans se quereller, so brouiller. — C'est une vérité aussi ancienne que le monde — et que l'amour. La (|iiorelle semble être un aliment à la tlannne amoureuse, un e.vcitaut à l'ardeur. Les rapatriâmes sont, on peut LaHirmcr, les grandes tètes des amants.
Rabelais l'a iori bien dit :
as Ces petites noisettes, ces riottes, qui par certains instants sourdent entre les amants sont nouveaux rafraîchissements et aiguillons d'amour.
Sgauarelle, de Molière, pousse la chose plus loin, car il va jusqu'à prétendre (pie :
® Cinq ou six coups de bâton, entre gens qui s'aiment, ne font que ragaillardir l'affection.
Selon Thomas Corneille :
8^ L'amour n'est que plus doux après les démêlés, Et l'on s'en aime mieux de s'être un peu brouillés.
Et J. B. Rousseau n'a fait que mettre en vers un adage universel quand il a lait dire à un personnage d'une de ses comédies oubliées :
£g Les amants ne sauraient vivre sans se gronder.
Partant de ce point que, « en amour, querelle vaut encore mieux qu'éloge, » Marivaux donne aux amants le conseil suivant :
® Tenez toujours les gens inquiets, et jamais tranquilles. Paraissez plutôt coupable que trop innocent. Du moins soyez constant avec art; je veux dire qu'il ne soit jamais bien décidé si vous le serez, ni même si vous l'êtes.
On se plaindra quelquefois de vous avec celte méthode; tant mieux; rassurez ces gens : répondez à leur reproche par plus d'amour que de bonnes raisons ; soyez [dus tendre que bien justifié.
Voilà en quoi consiste toute l'industrie des amants de part et d'autre. Est-elle praticable? Peut-être que non : la raison la recommande bien, mais le cœur n'en saurait faire usage.
^ Les colères des amants sont comme les orages d'été, qui ne font que rendre la campagne plus verte et plus belle. M'"" NECKiin.
® En amour, on n'est bien profondément passionné l'un pour l'autre qu'à la •>uite de longues el de fréquentes brouilleries : on sait alors tout ce (jue l'on \;Mit dans la résistance coujine dans la concession, Saint-Puospeu.
m) I.LS lEMMKS liAl'UKS LKS ALTiaUS FllANf.AlS.
Stendhal, dans sa classilicatioii des divers genres d'amours, fait ligurer l'amoM/ (/ querelles.
^ Il y en a deux esjjèces, dit-il :
1" Celui oîi le querellant aimo; 2" Celui où il n'aime pas.
Si l'un des doux amants est trop supérieur dans les avantages qu'ils estiment tous les deux, il faut que l'amour de l'autre meure, car la crainte du mépris viendra tôt ou tard arrêter tout court la cristallisation.
Rien n'est odieux aux gens médiocres comme la supériorité de resj)rit : c'est là, dans le monde de nos jours, la source de la haine; et si nous ne devons pas à ce principe des haines atroces, c'est uniquement que les gens qu'il sépare ne sont pas obligés de vivre ensemble. Que sera-ce de l'amour, où, tout étant naturel, surtout de la part de l'être supérieur, la supériorité n'est masquée par aucune précaution sociale?
Pour que la passion puisse vivre, il i'aut que l'intérieur maltraite son partner; autrement celui-ci ne pourra pas fermer une fenêtre sans que l'autre ne se croie offensé .
Quant à rétro supérieur, il se fait illusion, ot l'amour qu'il sent, non-seulement ne court aucun risque, mais presque toutes les faiblesses, dans ce que nous aimons, nous le rendent plus cher.
Immédiatement après l'amour-passion et payé de roloui', entre gens de la même portée, il faut placer, pour la durée, Vamour à querelles où le querellant n'aime pas. On en trouvera des exenqiles dans les anecdotes relatives à la duchesse de Borry. (Mémoires de Dudos.)
Participant à la nature dos habitudes froides fondées sur le côté piosaïque et égoïste de la vie et conqjagnes inséparables de l'houmie jusqu'au tombeau, cet amour peut durei' plus longtemps que l'amour-passion lui-même. Mais ce n'est plus l'amour, c'est une habitude occasionnée par l'amour, et qui n'a de cette passion que les souvenirs et le plaisir pliysique. Cette habitude suppose nécessairement des âmes moins nobles. Chaque jour il se forme un petit drame, « Mo grondoia-t-il? » qui occu|)0 l'imai^ination, connue, dans l'amour-passion, chaque jour on avait besoin de quchpie nouvelle prouve de tendresse. Voir les anecdotes sur madau»e d'IIoudetot et Saint-Lambert.
Il est possible (pio l'orgueil refuse de s'habituer à vo goni'o d'intérêt; alors^ a|)rès (juoiquos mois de; tonq)êtcs, l'orgueil tue l'amour. Mais on voit cette noble passion résister longtemps avant d'expiicr. Les j)etitos querelles de ranu)urheu' roux font longtenq)s illusion à un cœur qui aime encore et (pii se voit maltraité. Quebjues raccommodements tondros peuvent loiulie la tiansilion plus supportable. Sous le prétexte de cluupio chagrin secret, do (|uol(pio uialhour do fortune^ Ton o\cus(î l'homnio (|n'(tna beaucoiqt aihié; on s'habilno onlin :"i êiro (|U('rolléo. Où Irouvoi', on oiïcl, bois do l'amour-passion, hors du jou, hors do la possession du pouvoir, (jiii-l(|n<- antro source d'intérêt i\i' Ions lo> jours, ('onqiaralile à
[. AMOIR. - U: MAUIAGK. - l\ MViKUNlTÉ. !2<H
oell(-là |)oiir l.i vivacité 7 Si lo qiiorellanl vient à mourir, on voit la victime (jui survit ne se consoler jamais. Ce principe fait le lien de beaucoup de mariages bourgeois: le grondé sentend parler toute la journée de ce qu'il aime le mieux.
La (perelle et le rapatriage de Lucile et d'Éraste, dans le Dépit amoureux^ <onl à peu près universellement connus ; nous croirions cependant priver ce recueil d'un de ses jilus réels ornenient»;, si nous niancpiions d'y faire figurer cette scène, une des plus admirables, des plus vraies du théâtre fi ançais.
:"«e MARINKTTE.
Jo raj)orçois encov; mais ne vous rendez point.
LUCILE
No nio soupçoniU'Z pas d'èlre faible à ce point.