‹ Les femmes d'après les auteurs françaisChapitre 6 sur 194 · FACULTÉS MORALES. — CAUACTKRK. — QUALITES · texte numérisé non relu

FACULTÉS MORALES. — CAUACTKRK. — QUALITES

plaît. Cet empire est beau, vc me semble, et vaut bien la peine d'être acheté.

]''*'' m: Salm.

850 La coquetterie vieillit : sou instinct et ses ruses ressemblent à rexpérience,

M""' DK Geklis.

^ La contrainte est la mère des désirs. S'opposer à ceux d'une iennne, c'est ilonner aux ressorts de son imagination plus de force et pliis d'élasticité. Telle t|ui aurait été saye i)ar tempérament, devient coquette par contradiction.

M"* d'Argkns.

^ La cocpietterie sauve ordinairement les l'emmes des grandes passions, et le libertinage en garantit presque toujours les hommes. Il faut penser modestement de soi-même pour aimer sincèrement ; il faut être sage pour aimer longtenq)s. La plupart des fennnes se rendent et n'aiment point ; le grand nombredes hommes jouit sans s'attacher. Les amants véritables n'ont d'autre vanité que celle de s'être enchaînés mutuellement, et d'autre plaisir que celui de jouir de leur défaite.

De Beunis.

as Une faiblesse |)eut être (juelquefois plus excusable dans une femme, qjie la coquetterie qui l'en garantit. Beauchêne.

9^ Être coquette, c'est se promettre à plusieurs honnnes et ne pas se donner,

Balzac.

^ La plus belle des coquetteries, c'est l'innocence. Lamaivum;.

^ Par excès de coquellcric,

Femme ressemble aux conquéiuiils.

HÉRAiXiEK.

«i II n'est pas rare que te dernier sourire d'une coquette soit une convulsion d'agonie. La plupart cependant prennent la chose moins à cœur, elles se contentent de déserter le monde et de se plonger avec leur déses[)oir dans l'ombre des églises.

^ Comment ! on fera litière sous ses pieds de tout ce qu'il y a de sacré et d'inviolable, on fera vingt fois le jour de la parole un mensonge, des sourires et des larmes une comédie, de l'àme d'un homme un hochet, du nom même du ciel une lâche trahison... et on en sera quitte pour dire : Je suis une fennne ! Non, de par Dieu ! Oct. Feuillet.

® Une femme aimante se dit :

Je vais le voiii !

Et elle s'habille à la hâte pour arriver plus vite là où elle doit rencontrer celui qu'elle aime.

Une femme coquette, au contraire, se dit :

Il va me voih !

El elle perd une heure d'amour à sa toilette pour lui paraître belle.

.VJ LES FKMMKS DAI'UKS LKS Al TKlIiS IP.ANÇAIS.

E^ M. de Mailijiiiac nous disait un jour : « Les feninies coquettes n'ont jamais rroi(L » Il avait raison. M'"" K. ni; (HKARniN.

;:S On accuse souvent à toit les i'ennues de co(|uettciie... Quoiqu'elles devinent faeilenuMit Tamour qu'elles inspirent, cependant elles ne peuvent <>uère désespérer une passion qui iie s'avoue pas. Tant que Flionnue qu'elles ont séduit so contente d'une confiance fraternelle, elles n'ont pas à s'expli(pier d'une l'acon précise sur la nature et les limites de Taffeclion qu'elles acceptent et qu'elles encouragent. Sans les accuser de cruauté, il est d'ailleurs permis de croire qu'elles obéissent, en se laissant aimer, aux ins])iialions de l'égoïsme. Elles sont heureuses du dévouement qui les entoure; leur demander d'y renoncer quand rien ne leur démontre que leur joie est faite du malheur d'autrui, c'est leur imposer un sacrifice au-dessus de la nature humaine. S'il est arrivé à quelques femmes prévovantes d'aller au-devant d'un aveu, et de décourager une passion qui n'était pas encore déclarée, il leur faut tenir compte de leur prudence sans la proposer pour modèle; car pour sauver l'homme qui les aimait peut-être à son insu, elles ont couru un double danger : elle ont risqué de [)erdre un ami et d'infliger à leur vanité riiumiliation d'un démenti. Gust. Planchi;.

^ En supposant que tout reste dans l'oidre et que la coquetterie, bien loin de s'écarter de l'institution de la nature, se borne au contraire à en remplir les vues, elle contribuera beaucoup aux douceurs et aux agréments de la vie, surtout d lus les pavs où les fennues vivent avec les hommes, et n'en sont point séparées pai" les bairières (pie la jalousie orientale met entre eux. Libres d'y donner l'essor à leur goût naturel pour l(tiil ce (pii peut augmenter liMirs attraits, elles cultiveront avec fruit les arts agréables sans être tentées d'en abuser, s'exerceront à tirer de la panne des ressources (jui sont peiit-èlie encoie |>lus nécessaires (pie frivoles, s'attacheront à ac(piéiir des grâces (pii, pour se liouvei' (juel(|uefois alliées avec le vice, n'en sont pas plus incompatibles avec la sagesse, et répandiont une émulation générale de plaire (jui donnera nécessairement à la société un aspect plus riant et plus animé.

Si les agiéments du coips attirent, ceux de l'esprit fixent et enchainent : les Iciiiiiies y auront donc aussi res|)rit plus exercé; la nécessité de provo(|uei' et de repousser les attaipies coiitiiuK Iles des hommes, et de |)rendi'e, par consé(pient, toutes les formes et tous les tons, selon les ciicoustaïues, le rendra en elles plus subtil, |>lus p(''U(''liaiit, plus étendu et, par la mèiiK! raison, plus agréable».

(luiniiic panni des cires sociables le boiilieiir (pi'un sexe alleiid de raiilic depi'iid de (•(■rt;iiiics (pialilés morales (pu eu assiiiciit l:i durée, les femmes leroiil leurs efforts pour les a(upiérir, et imposcidiil aux luuumes, jiar leur cxeuiple, l'obliLialioii de les ;iv(iir; de sorte (pi'eu IravailLiit les uns el les aiilres à se rendre lieiiKMix, lU -e liuiixeioiil iiécessih'-s à devenir meilleurs. Eiiliii, eoiiime la veiiii, (pii lioïKin le plus |(v fciiiiiics, p;uce (pi'elle est la plus propre à calmer les inqiii<''lude> de^ lioiimies, est iiii iiioNeii des plus puissants pour plaire, il pourra bi(;n airiver (pi'elles soient (piebpielois vertueuses pai' co(|uetleiie. IloussKi..

FACILTÉS MORALES. — CARACTÈRK. — QUALITÉS. r)5

^ Les IVmnies no sont pas toutes |ironiples à devenir coquettes ; en dépit des instructions qu'on leur donne, elUs combattent lonjilenqis au protit de leur cœur; en général, il faut que leurs charmes baissent pour ipiVIles usent des ressources de la coquetterie : elles la subissent avant de l'imposer.

SsG La coquetterie se conq)ose de ruses qu'on improvise et de secrets qu'on apprend .

SïB On iloit aux l'emmes une nudtitude d'ouvrages où elles ont |icint, avec le plus rare bonheur, tous les sentiments dans leurs nuances les j)lus délicates comme les plus inq)erceptibles. Mais nulles d'entre elles n'a encore été leul(''(^ d'écrire un traité sur la coquetterie; au milieu des épanchements de leurs correspondances les plus intimes, elhs n'ont rien découveit d'important dans ce genre: on dirait que d'instinct elles ont tontes la discrétion de leur puissance.

® Le pouvoir du beau sexe n'apparaît ni dans les lois, ni dans les livres; il lait seulement réformer les unes quand elles le gênent, et fait tomber les antres quand ils l'ennuient. Les femmes ne commandent pas : elles entraînent; pour se conserver puissance dans tous les siècles, il ne leur a fallu qu'une habileté unique : la coquetterie.

® Il y a une espèce de coquetterie qui n'abandonnera jamais les femmes; elle n'admet ni calculs ni réflexions : c'est l'instinct du sexe. Cette coquetterie éclate dans les campagnes comme dans les villes; c'est un enfantillage qui, naïf, prompt et adroit, amuse, attire et distrait ; il s'infdtre dans les gestes, anime la'phvsionomie, et se jialance dans des non et des oui continuels ; le lendemain du mariage il disparaît : son rôle est rempli.

^ La coquetterie est un jeu où les femmes perdent rarement; d'abord elles ne le prennent pas au sérieux, ensuite elles ont au besoin une issue pour la retraite.

^ Dans ce qui concerne les femmes, les législateurs ont peut-être commis une grande erreur : au lieu de leur constituer des droits, ils ne leur ont imposé que des devoirs. La puissance naturelle des femmes est toujours cependant restée la même, avec cette différence que d'auxiliaires elles sont devenues ennemies obligées. Leur force s'est encore accrue des passions des hommes, qu'elles ont fait tourner à leur profit. Ainsi établies dans le monde, elles y ont donné la loi, et c'est au défaut de la justice que le pouvoir leur est venu. Les femmes connaissent si bien leur position sociale, que chez elles on cultive toujours avec soin les qualités qui leur doivent assurer l'empire. Dès l'enfance, on leur imprime la douceur, la délicatesse, on leur enseigne la finesse et la dissimulation, et tout cela mène droit au pouvoir.

S3 Considérées en masse, les femmes conduisent le monde. Cependant, il faut le dire, nous échappons souvent à leur pouvoir individuel, non par nos qualités, mais^ bien par leurs défauts. Ainsi leur coquetterie nous gnéi il de notre amour. Saint-Pkospei!.

5* LES FEMMES D'APRÈS LES Al TEÏRS FRANÇAIS.

ES Lorsque je vois une coquette sexagénaire découvrir aux yeux des hommes les débris de ce qui la faisait belle dans sa jeunesse, je songe involontairement à ces vieilles reliques dont l'antiquité nous inspire un si profond respect, qu'on n'ose, en les regardant, les toucher même du bout des doigts.

Adolphe Ricard.

^ Elle est bien à plaindre la coquette qui survit aux débris de ses charmes.

SS^ Il est impossible qu'une belle coquette allume tant de feux sans qu'il en tombe une étincelle dans son cœur. Boiste.

^ N'accorder rien et laisser tout espérer; causer sur le seuil de l'amour, mais la porte fermée ; voilà toute la sience d'une coquette.

Charles de Bernard.

^Q La naïve coquetterie d'une jeune fille emprunte parfois à la femme légère ses armes les plus redoutables.

R3 Voulez-vous savoir si une jeune fille est coquette? Ne la regardez pas.

rS Le paratonnerre est à la foudre ce que la coquette est aux hommages... elle les attire.

?S Tu te plains de la roqnotlerie des femmes, (juand ce n'est (jue leur coquellerie que tu aimes. Ad. d'Houdetot.

^ La coquetterie est si naturelle aux femmes, que plus elles semblent renoncer à plaire par le luxe, plus elles y visent par la modestie.

^ Coquette de corps, c'est bien ; coquette d'esprit, c'est mieux ; coquette de cœur, c'est très-mal ! A. Guyard.

8^ Que ne pouf la coquetterie, même sur le plus ingénu des cœurs féminins !

La précédente série nous semble devoir être tiès-convenablement close pai' lu charmante |)age (pii suit, empnmtéc à celui de nos écrivains qui, au siècle dernier, a le plus délicatement analysé le cœur féminin :

poitTiiArr it'r.NE cooiîeïti; yur voidr.mt m; pas \.\: PAitMiiti:.

Il V a bien dos clioscs à diic dans ce porliail-là : en gi'os, je vous dirai (|u'elle est vaine, envieuse cl cansli(|U('; elle «si sans qnarlici' sur vos défauts, vous garde le seci'ct sur vos bonnes (puililés, inipitoyablcineut muelle à cet égard el nnielle de mauvaise humeur; fière de son caraclèie sec et formidable, (pi'elle appelle austérité de raison; elle épargne volontiers ceux qui tremblent sous elle, et se ronlf-nte de lesentictenir dans la ciainte. Assez sensible à l'amitié, pourvu (pi'elle \ piinie, il faut (pic son amie soit sa sujette et jouisse avec respect de ses bonne.'»

FACULTES MOllALES. — CARÂCTEHE. - QUALITES. 55

;:ràces : c'est vous qui Uaimez, c'est elle qui vous le permet; vous êtes à elle, ,vous la s(M-vez et elle vous voit faire. Généreuse d'ailleurs, noble dans ses façons ; sans son esprit (pii la lend méchante, elle aurait le meilleur cœur du monde : vos louauiïes la chagrinent, dit-elle, mais c'est comme si elle vous disait : Louez-moi encore du chagrin qu'elles me font. Quant à moi, j'ai là-dessus une manière (pii l'enchante, c'est que je la loue bruscpiemcnt du ton dont on (pierelle ; je boude en la louant cojume si je la grondais d'être louable; et voilà surtout l'espèce d'éloge qu'elle aime, et que sa vanité hypocrite peut savourer sans indécence. (Tesf moi qui l'ajuste et qui la coiffe; dans les premiers jours je tâchai défaire de mon mieux, je déployai tout mon savoir-faire. Eh! mais finis donc, medisailelle; tu y regardes de trop près, tes scrupules m'ennuient. Moi, j'eus la bêtise de la prendre au mot et je n'y fis plus tant de façons; je l'expédiais un peu auv dépens des grâces. Oh! ce n'était pas là son compte, aussi me brusquait-elle ; je la trouvais aigre, acariâtre. Que vous êtes gauche! laissez-moi, vous ne savez ce (pie vous faites. Je me demandai d'où cela pouvait venir? Je le devinai. C'est que c'était une coquette qui voulait l'être sans que je le susse, et qui prétendait qu*e je le susse pour elle; son intention, ne vous déplaise, était que je fisse violence à la profonde indifférence qu'elle affectait là-dessus. 11 fallait que je servisse sa coquetterie sans la connaître, que je prisse cette coquetterie sur mon compte, et que madame eût tout le bénéfice des friponneries de mon art sans qu'il v eùl (le sa faute. Marivaux.

DU CAPRICF.

&3 Les belles font vanité de certains caprices qui ne laissent pas de donner beaucoup de peines à ceux qui les aiment. M"'' de S.:ldéri.

^ Le caprice est dans les femmes tout proche de la beauté, pour être son contre-poison, et afin qu'elle nuise moins aux hommes, qui n'en guériraient pas sans ce remède. La Briyèrk.

^ Les armées sont capricieuses et journalières comme vous, mesdames.

Napoléon.

^ Quand Pandore eut reçu la vie,

Cliac^ue dieu de ses dons s'empressa de l'orner.

Vénus, malgré sa jalousie, Détacha sa ceinture et vint la lui donner.

Jupiter, ;i(linirant cette jeune mervedle, Craignait pour les humains ses attraits enchanleuis.

Vénus rit de sa crainte, et lui dit à l'oreille : Elle blessera bien des cœurs; Mais j'ai caché dans ma ceinture Les caprices, pour affai])lir Le mal que fera sa blessure, Et les faveurs pour en guérir.

Florian.

^ Quelque vertu qu'ait une femme, le caprice ne perd pas son droit.

Fi. Jouv.

S3 Vous, mesdames, dont ou adore, tout en les maudissant, les tendres faiblesses et les aimables caprices... C. Delavigne.

ES La femme qui ne reconnaît pas de lois est bien près de n'obéir qu'à ses caprices. Balzac.

, ^ Certes, la femme est bien l'être le plus versatile de la création. Jamais ou presque jamais la raison ne la dirige; c'est presque toujours le caprice. Elle ne se rend compte de rien d'une façon logique ; rarement elle chercbe un motif à ses actes ; aussi elle cbange d'idées, de sentiments, d'impressions, avec une rapidité vraiment inconcevable. Le même instant la voit rire et pleurer, colère ou caressante. C'est l'hirondelle qui fend l'air sans savoir où diriger le caprice de son vol; c'est le petit oiseau qui sautille sans but et sans volonté.

Bélouino.

^ On a célébré en prose et en vers les caprices des jolies femmes, et il est des hommes ({ui ont trouvé dans cette imperfection des motifs d'attachement; mais il faut remarquer que cette indulgence, si on ne veut pas l'appeler une sottise, est bornée par les hommes à leurs maîtresses : les caprices d'une amie, d'une soMir, d'une épouse leur semblent intolérables, parce qu'un peu de mépris se mêle au sentiment que Fou éprouve pour un être raisonnable (pii ne fait pas usage de sa raison. Beaucoup de jeunesse, de beauté, de fortune, impose silence sur ce défaut, ainsi que sur bien d'autres, en présence de ceux cpii en sont atteints; mais à l'hilarité qu'il excite d'abord succèdent Fennui ef bientôt après l'éloignemenl; il faut un inlérêt piéseut pour faire suruumier le dégoût qu'inspire toujours une personne sur hupielle la vertu, les talents et l'affection ne peuvent cvercer aucun euqtire, puis(prelle ne sait pounpu)! elle aime, ui pounjiioi elle hait. .M""' de BiiAor.

ES Les femmes ont en général plus de caprices (|ue de |)enchants, et plus de goûts que de passions.

ES l-ics ca|)rices des l'ciuuu's ne soûl |>as loujoui's dus à la uidbililé de leur imaginalion; elles s'en servent aussi souvent pour uu'surer au juste toute Félen- (hu; de leiM' enqtirc. Samai, Diivvy.

FACULTÉS MORALES. — CARAGTKRi>. — QUALITÉS. :>?

Foiir.i: \)v. CAUACTKni:, — coiiUAo r.

E«B Quoique les lomuios n'aiont pas les nièuies occasions que les hommes do montrer leur courage, elles doivent pourtant en avoir... Il faut qu'une femme sache résister à de vaines alarmes, qu'elle soit ferme contre certains périls imprévus, ({u'elle ne pleure ni ne s'effraye que pour de grands sujets, encore fautil s'v soutenir par vertu. Quand on est chrétien, de quelqne sexe qu'on soit, il n'est pas permis d'être lâche. Fénelon.

^ C'est'dans les chargins domestiques d'où sortent tant de passions cruelles, dans ces efforts sans gloire qui demandent tant de courage, dans les maladies qui semhlent les réunir tous, et jusque dans la mort, que paraît la puissance des femmes. De tous les maux destinés au genre humain, les uns sont actifs et les autres passifs comme les sexes qui doivent les supporter. Les femmes, par je ne sais quel charme secret de leur imagination, échappent à ceux-ci en s'y ahandonnant ; les hommes s'étonnent, au contraire, quand ils ne peuvent aller au-devant d'eux, les saisir par la réflexion. Celui que la vue des armes anime, s'effraye aux approches des évanouissements. C'est au héros à donner l'exemple du courage dans les hatailles, et à aller au-devant de la mort; la femme le surpasse à l'attendre dans la maison. BEiiNAUDiN de Saim-Pierue.

^ De tous les genres de courage, celui que les femmes ont le plus est celui de la douleur; ce qui vient sans doute de la foule de maux auxquels les a soumises la nature... Elles aimeraient cent fois mieux souffrir que déplaire, et hraveraient bien plutôt la douleur que l'opinion. Thomas.

® Rien n'est plus capable d'inspirer du courage à une femme que l'intrépidité d'un homme qu'elle aime. L'abbé Prévost.

^ Il faut si peu de chose à l'esprit d'une femme,

Pour l'exalter d'abord et montrer à ses sens

Jusque dans le péril, ses plaisirs ravissants ;

Mais comme un rien l'anime, un rien la décourage.

F. d'Egl\ntine.

iSî Femme...

Quand d'un souffle immortel Dieu même t'eut formée,

Tu naquis pour aimer comme pour être aimée.

Eu vain ce Dieu l'impose un long tribut de pleurs,

Ton courage redouhle an sein de tes douleurs.

MnxEvovE.

?»8 LKS FKMMKS D'APUKS LES AUTEIRS FRANÇAIS.

^ Les feiiiiiies ne se découragent point dans Tadversitc, ne se calment |)oinl dans les succès, et ne savent point espérer en silence. De Ségur.

® Je ne prétends pas déprécier le courage des femmes : j'en ai vu, dans l'occasion, de supérieures aux hommes les plus braves. Il faut seulement qu'elles aient un homme à aimer; comme elles ne sentent plus que par lui, le danger direct et personnel le plus atroce devient pour elles comme une rose à cueillir en sa présence.

J'ai trouvé aussi chez des femmes qui n'aimaient pas rintrépidilé la plus froide, la plus étonnante, la plus exempte de nerfs.

Il est vrai que je pensais qu'elles ne sont si braves que parce qu'elles ignorent l'ennui des blessures.

Quant au courage moral, si supérieur à l'aiilre, la fermeté d'une femme qui résiste à son amour est seulement la chose la plus admirable qui puisse exister sur la terre. Toutes les autres marques possibles de courage sont des bagatelles auprès d'une chose si fort conire nature et si pénible. Peut-être trouventelles des forces dans cette habitude des sacrifices (|ue la pudeur fait contracter.

Un malheur des femmes, c'est que les preuves de leur courage restent toujours secrètes et soient presque indivulgables. Stendhal.

^ Pauvres femmes, qu'elles sont courageuses! car les femmes ont beaucoup plus de courage (pie les hommes : on avouera cela un jour. Regardez la rue, un jour d'orage : les hommes passent en cabriolet, les fennnes s'en vont à i)ie(l dans l'eau et dans la boue. Sur dix passants, il y a huit femmes. Ce ne sont point des élégantes, non, sans doute; mais ce sont de braves mères de famille laborieuses, qui courent pour alfaii'cs, des ouvrières consciiMicieuses ipii l'epoi"lent leur ouvrage à l'heure dite, des gardes-malades cpii lejoignent un lit de douleur, de jeunes filles artistes qui regagnent leur atelier. Ceci est un indice infaillible; vous ne risquez jamais de vous tr()nq)er en vous intéiessani à la lenunc (jue vous vovez courir dans la rue pai' une averse. Le mot il (|ui la fait sortir par ce temps-là méritera toujours votre intérêt et quelquefois votre ;idmiration.

Les jeunes gens du joui' ne savent plus ni souffrir, ni travailler; ils ne savent rien supporter, ni la doubiur, ni la pauvreté, ni l'eniuii, ni les hmuiliatioiis honorables, ni le chaud, ni le froid, ni la fatigue, ni les piivations; e\ce|)té quelques injuics, ils m^ savent rien embuer.

Voilà poiirtpioi les fennnes ont été loi'cé(îs de se métauiorplioser ; elles ont acquis des vcilus surnaturelles, et (pii cci'Ies ne leur ciiuvenaieiit point. Klles soid devciuH's couragcusrs, elles dont les havein's |)uériles avaient tant de i^iàce ; elles sont devernies laisoiniahles, elles (hnit la h'gèreté avait tinil d'attraits ; elles ont renonce'' à l;i beauté par économie, à la vanité piu' dévouenieiil : elles oui eoinpiis, avec ce |iur instinct qui est leur l'iuce, (|ne dans le ménage Inuuain il faut i|ue l'un des d(!u\ époiiv travailh' pour que l'eulaul soit noinri. 1, honnne

r M.ILTKS MORALES. - CARACTKRE. — QUALITES. 59

s'élaiit croisé les bras, la tViniiie s'est mise à l'ouvrage, et c'-est pourquoi la IVninie n'existe plus.

I!tutliez les mœurs du peuple; voyez la leuuue de cet ouvrier : elle travaille, elle élève ses enfants, elle s'occupe de la boutique et de son ménage, elle n'a pas dans loul le jour ini seul moment de repos. Oue fait donc son mari? Où estil? — Au cabaret.

Regarde/, cette jeune lille : elle est couturière en linge. Son teint est pâle, ses veux sont rouges, elle a dix-buit ans, elle n'est déjà plus jolie. Elle ne sort jamais, elle travaille nuit et jour. — Et son père? — Il est là, dans l'estaminet voisin, occupé à lire les journaux.

Suivez cette belle femme. Comme elle marche rapidement! elle regarde à sa montre avec inquiétude, elle est en retard, elle a déjà donné depuis ce matin quatre leçons de chant, elle en a encore trois à donner. C'est un métier bien fatigant ! — Et son mari, que fait-il donc? — Elle vient de le rencontrer; il se promène sur le boulevard avec une actrice de petits théâtres.

Regardez encore cette pauvre femme . comme elle a l'air de s'ennuyer! C'est une victime littéraire qui tâche de se faire une existence en écrivant. Ses médiocres ouvrages, qui se vendent assez bien, l'aident à vêtir convenablement sa petite lille. — Et son mari, où est-il donc? — Il est au café là-bas, qui joue au billard, en faisant des plaisanteries contre les femmes auteurs.

Vovez encore chez tous les ministres courir, s'agiter, parler cette petite femme; elle est riche, elle n'a pas besoin de travailler; mais son mari est un homme tout à fait nul, qui ne parviendrait à rien sans elle. Elle veut le faire nommer à telle place, et elle va solliciter pour lui, pendant qu'il joue au whist dans quelque club.

Eh! pensez-vous que ce soit pour leur plaisir que les femmes se fassent ainsi actives et courageuses? Croyez-vous qu'elles ne préféreraient pas mille fois redevenir nonchalantes et petites-maîtresses, et qu'il ne leur semblerait pas infiniment plus doux de passer leurs jours étendues sur de soyeux divans, avec des poses de sultane, entourées de fleurs, parées des plus riches étoffes et n'ayant autre chose à faire que de plaire et d'être jolies! En changeant leur nature, elles font un très-grand sacrifice, et qui leur coûte fort, croyez-le...

Ah ! vous ne savez pas ce qu'il faut de courage à une femme pour se dévouer à être toujours vêtue humblement; vous ne savez pas à quelles innombrables et irrésistibles tentations il lui faut à tout moment résister ! En fait de parure, être .'iage, c'est être sublime! Passer devant une, boutique engageante et voir suspendu derrière la glace un délicieux ruban bleu de ciel ou lilas, un ruban provocafeur qui vous excite à l'admirer; dévorer du regard cette proie charmante; bâtir toute sorte de châteaux en Espagne à son sujet; se parer en idée de ses nœuds coquets et se dire: « Je mettrai deux ro.settes dans mes cheveux; le grand ruban sera pour la ceinture, le plus petit servira pour la pèlerine et pour les manches... » et puis tout à coup s'arracher violemment à ces coupables lè-

60 Li:S FEMMES D'APRÈS LES AUTEURS FRANÇAIS.

veries, se les reprocher comme un crime et fuir courageuse et désolée loin du ruban tentateur, sans même vouloir le marchander : cela seul demande plus de force d'âme que les plus terribles combats, et ce mot [)lein de stoicpie résignation et de noble humilité (pie nous avons entendu l'autre jour nous a plus touché le cœur que toutes les belles paroles des héroïnes de Sparte et de Rome. Une femme devait aller à un bal, à une fête magnilîque; elle était occupée à choisir des fleurs. Après avoir admiré ces couronnes à la mode qui sont si jolies, dont la forme est si gracieuse, elle en demanda le prix. Les belles fleurs, les fleurs fines sont très-chères cette année, et ce prix trop élevé reffrava. Alors, posant tristement la couronne de roses sur le comptoir, elle dit avec un soupir: « C'est trop cher, je mettrai ma vieille guirlande! »

Ma vieille ynirlande ! Sentez-vous ce qu'il y a de douleur et de poignante résignation dans ces deux mots: ma vieille guirlande! (îela fait venir les larmes aux yeux.

Oui les femmes ont jierdu en attraits tout ce qu'elles ont gagné en qualités. Chose étrange! elles ont plus de valeur, elles ont moins de puissance; c'est que leur puissance à elles n''est point dans l'activité (ju'elles déploient, mais dans l'influence (pi'elles exercent; les femmes ne sont point faites pour agii', elles sont faites pour commander, c'est-à-dire pour inspirer : conseiller, em])écber, demandei-, obtenii', voilà leur rôle; agir, pour elles, c'est abdiquer.

Le courage des femmes est si cajnicieux! telle perd la tète dans un incendie, qui a été sid)lime dans un naufrage ; telle autre, Irès-brave au milieu des flammes, ne peut entendic un coup de fusil sans s'évanouir; un danger qui est un souvenir, poui- Tune est un motif de sécurité ; |iour une autre, jirécisément, c'est un motif de crainte invincible; il y a des mères qui sont courageuses parce que leurs enfants sont là et cpi'il s'agit de les protéger; il y en a (Fantres, au contraire, qui sont folles d'effroi parce <pie leurs enfants sont près (Fclles , et que l'excès de leur tendresse leur fait perdre tonte énergie, toute |)résence (Fesj)rit.

Il y a des jeunes lilles (pii ont peur des volcins, des icvenants, des crapauds, des souris, et (pii se voient eiiqKnlei' pai' un cheval foiigueux sans |)àlir. Interroge/, les femmes, elles vous feront lonles niu> réponse dil'iérente — Moi. je n'ai pas jiein- des revenants, mais j'ai peur des voilures; je reste une heinc avant de rue décider à traverser le boulevard et (juchpuTois j y renonce. — .Moi, je n'ai pas peur des voilures; je n'ai j)enr (pie des chemins de fer. — Moi, j'ai peur sur un balcon, sur une montagne, j'ai le vertige. — Moi, j'ai peur des voleurs, j(^ ne j)ourrais pas dormir sans inie hnnpe dans ma chaudtre. — Moi, je n'ai peur (pie des morts; je ne peux |)as traverser un cimetière sans frémii'. — Moi, j'ai peiii' (\i's fous. — Moi, des gens ivres (pii chanteni des (lueurs. — Moi, (les Ixeufs. — Moi, des (•Iianv(>s-soinis. — Moi, des araigiu'es, — Moi, des coideuvics. — Moi, des ennuveux. — Kl vous, madame, oh 1 vous êtes calme, vous n'ave/, peur de rien'.' — Moi! si, j'ai peur des lâches. — Et

l'.VCl LTi:S Mttr.AI.KS. - CAllACTÈKE. — OliALlTKS. CI

moi, j'ai peur do tout ce i|uc' vous vouez de uouuiier. — A la boiuic heure, vous ii'tMes pas uue teuuue iiu-ouséqueute, vous! M'"* E. de Guwrdin.

£S .lo dolic iiM porlolaix Ac suivie, i)Oudaiil loiil un hiver, une rouuue ([ui s'amuse. J'ai établi ipio les l'emMies cxagcrcut leur peur comme nous exagérons notre courage, et que grâce à leur puissante inlirmilé de ne voir à la lois qu un côté des choses, elles sont en général plus résolues et plus braves que nous. Il est à remarquer aussi que c'est à ce sexe faible (jue la société impose de résister à ses penchants et de les vaincre, de triompher de la nature môme et de maîtriser les instincts les plus impérieux et les plus invincibles.

Alph. Kakr.

^ Les lonnnes ont rarement le courage physi([ue qui consiste à lutter contre la douleur ou le danger, mais elles ont souvent le courage moral qui s'exalte avec le péril ou la souffrance. George Sand.

ES Si l'on savait combien il laut do vertu et de courage à une faible femme, pour lutter à la fois contre l'amour, la misère, les préjugés et contre ellemême, ce ne seraient plus les hommes qu'on décorerait des insignes de l'honneur. \d. d'IIoudetot.

^ Les hommes, pris en général, luttent contre la mort : c'est le dernier emploi de leur courage. Les femmes, au contraire, savent si bien se résigner, qu elles se parent pour mourir avec plus de grâce. Saint-Prospek.

RKtXEXlOJiS SUR LE COURAOE DES FEMMES.

Essayons de retrouver dans le caractère des femmes les sources et les causes réelles de ce courage si peu compatible en apparence avec leur faiblesse, leur éducation et la timidité qui leur est propre.

J'ai dit que leurs qualités étaient souvent en repos, et leurs agréments pres- (pie toujours en action. La raison en est simple. Le désir de plaire est inné en elles, tandis que le besoin d'estime ne paraît être dans leur àme qu'un fruit de Téducation; mais il 'existe, de plus, dans ce sexe, un sentiment secret de grandeur d'âme, qui sans donner habituellement des symptômes de sa présence, semble être une llamme précieuse et toujours entretenue jusqu'au moment d'une explosion subite et imposante. Aussi plusieurs femmes qui paraissent légères, insouciantes, portent en elles, comme d'autres et sans le savoii-, ce foyer ardent qu'une grande occasion allume. Dès lors un sentiment inconnu les enlève à des volontés frivoles, et les attache à leurs devoirs trop négligés dans des temps paisibles : mais il faut, pour ce changement, que leurs malheurs soient à leur dernier période , (jue les périls de ce qu'elles aiment soient extrêmes, pressants ; car, toujours fortement émues par le présent, elles semblent se jouer de l'avenir. De Ségur.

{}'■> LtS FEMMES D'APKÈS LES AITELUS FUA.XÇAiS.

Charles Nodier, juge assez prévenu du sexe féuiiuin, fait suivre celle réflexion des lignes ci-dessous :

« Comment accorder avec ces pénibles, mais jusles réflexions, la douceur et la sensibilité qu'ailleurs l'auteur prête aux i'ennncs? Si (juelques-unes donnèicnl dans la Révolution des preuves de vertus et d'énergie, le plus grand nombre voyait de sang-froid les horribles catastrophes qui marquèrent cette fimeste époque. J'ai longtemps cherché à analyser ces deux conduites, et je suis arrivé à ce point de réflexion. La sensibilité des fennnes, ([ui tient à la faiblesse de leurs organes, a principalement sa source dans les passions particulières. Les exécutions publiques ont ordinairement pour témoins plus d'hommes que de femmes, parce que les hommes avant l'imagination moins vive, ne jugent que le supplice, et que les femmes jugent le crime. Ensuite, les femmes aiment les spectacles, quels (|u'ils soient d'ailleurs ; souvent elles ne voient les malheureux que parce qu'elles éprouvent le besoin de s'attendrir sur leur soit. Quelle triste inqierfection de la nature dans le caractère de ce sexe! »

ESIMUT DE DUiMKNATiUN.

« Nous aimons naturellement à dominer,» a dil madame de Land)erl: pour- (pioi contredirions-nous madame de Lambert?

Jean-Jacques a traité fort sérieusement cette (|ueslion.

H L'empire des femmes, dit-il, n'est point à (îlles parce (pie les bonmies Ictnt voulu, mais parce qu'ainsi le veut la nature : il était à elles avant quelles parussent l'avoir. Ce même Hercule qui crut faire violence aux cinquante filles de Thes|)itius bit pourtant contraint de filer près d'Ompbale, et le fort Samson n'était pas si fort que Dalila. ('et empire est aux fejnrnes et ne peut leur être Ole, même (piand elles en abusent : si jamais elles pouvaient le perdre, il y a longtemps qu'elles l'auraient perdu. »

L(î pliilosophe fait observer toutefois que :

« L'enq)ire de la femme est un enq)ire de douceur, d'adresse et de complaisance ; ses ordres sont des caresses, ses menaces sont des pleurs. Elle doit régner dans la maison comme un ministre dans l'État, en se faisant connnander ce (|u'ell(î v(Mit faire. En ce sens, il est constant que les meilleurs ménages sont ceux on la fenune a U' |)lns «l'autorilé. »

Il vante (îiicore r(!nq»irc de « la lénnnc à la lois IiomiicIc, niinalile cl sa;.'e, (Hii Wwi'A' les siens à la respecter, qui est modeste, celle, en un mol, (pii d un

FACl LTKS M OU AL KS. — CAKAC rKUlv — QLIALITIÎS. (m

sigiio los oiivoio au combat, à la gloire, à la morl, où il lui plail. Cet empire Cïit beau ol vaut bien la peine d'être acbcté. » i

Oui, l'ortos, mais toute niétlaille a sou revers, et Jeau-,lac(|ues lui-mèuie signale

« Cette t'euuue liarilie, elïrontée, intrigante, cpii ne sait attirer ses amants (|ue par la coipietterio, ni les eonserver (pie par les laveurs, les l'ait obéir eomme des valets dans les ehoses serviles et eommunes: dans les choses importantes et graves elle est sans autorité sur eux. »

['A cette épouse qui « méconnaît la voi\ du cliel'; cpii veut usurper ses droits et conunander elle-même : de ce désordre il ne résulte jamais que misère, scandale et déshonneur. »

Nous ne croyons pas que l'opinion de Housseau trouve beaucoup d'adver- ■^aires.

C'est contre cet arrogant esprit d'autorité ((ue s'insurge le valet de la comédie quand il s'écrie :

Si nous avions l'esprit de nous luire valoii-, Les femmes n'auraient pas la parole si haute. Oh ! qu'elles nous sont bien fières par notre faute ; Je veux être pendu, si nous ne les verrions Sauter à notre cou plus que nous ne voudrions, Sans tous ces vils devoirs dont la plupart des honnnes Les gâtent tous les jours, dans le siècle oii nous sommes.

MoLiÈRi:.

Au dire de Kontenelle,

« lue femme peut gouverner toujours à sa fanliisie l'homme du monde le plus inq)érieux, pourvu qu elle ait beaucouj) d esprit, assez de beauté et peu d amour. »

Sedaine met les paroles suivantes dans la bouche d une soubrette : '( Oui, monsieur, notre sexe trouvera toujours le moyen de gouverner le vôtre. L'autorité que nous prenons marche par une route si fleurie, la pente est si insensible, notre constance dans le même projet a l'air si simple et si naturel, notre patience a si peu d'humeur, que l'empire est pris avant que vous vous en doutiez. »

Bien parlé, Lisette, ma mie !

@3 Nous sommes femmes, dit la Fée de Saint-Foix ; tout fléchi devant nous dans l'univers; ces hommes si furieux entre eux rampent à nos pieds; nous portons dans les yeux un caractère qui les adoucit, cet aimant les attache et les plie à tous nos mouvements, ils n'ont que ceux ({ue nous voulons.

6i LKS ii:m.mi:s d ai'uks lhs AiTEius h\.\.\(;âis.

Selon Voltaire :

Killo 011 rciiiiiiL", ou veuve, ou laide ou belle, Ou pauvre ou riche, ou j^alanlc, ou cruelle, La uuil, le jour veut êUe...

Tant qu'elle peut, la maîtresse au logis.

Touchant accord d'opinions que nous serions peiné de voir détruit par les citations suivantes...

« Mais ne nous l'orgeons pas de crainte anticipée. »

Ouvrons les Lettres persanes :

^ On se plaint en Perse de ce que le royaume est gouverné par deux ou trois l'emmes : c'est bien pis en France, où les femmes en général gouvernent, et prennent non-seulement en gros, mais même se partagent en détail toute l'autorité.

® On dit quon ne peut jamais connaître le caractère des rois d'Occident jusqu'à ce qu'ils aient passé sous les deux grandes épreuves de leur maîtresse et de leur confesseur. On verra bientôt l'un et l'autre travailler à se saisir de l'esprit de celui-ci, et il se livrera pour cela de grands combats. Car, sous un jeune prince, le dervis a un rôle bien difficile à soutenir : la force du roi fait sa faiblesse; mais l'autre triomphe également de sa faiblesse et de sa force.

® Il faut l'avouer, (pioique cela clioipie nos mœurs; chez les peuples les plus jtolis, les fennnes ont toujours eu de l'antorilé sm- leurs maris; elle fut établie par une loi chez les Égyptiens en l'honneur d'isis, et chez les babyloniens en l'honneur de Sémiramis. On disait des Romains (pi'ils connnandaient à toutes les nations, mais qu'ils obéissaient à leurs femmes. Je ne parle |)oint des Sàuromates, (pji étaient véritablement dans la servitude de ce sexe; ils étaient troj) barbares j)onr que leur exemple puisse être cité. Montesquieu.

Voici encoie Voltaire, uiais Voltaire historien :

gg On prétend que le cardinal .Mazarin avouait cpie plusieurs fenuiu's étaient dignes de régir un royaume, et qu'il ajoutait qu'il était toujours à craindre (pi'elles se laissassent subjuguer })(ir des amants incapables de (jouverner douze poules. Cepeiulant, Isabelh; en Caslille, l^lisabeth en Angleterre, Marie-Thérèse en Hongrie, ont bien démenti cv |)rélendn bon nu)t alliibué au cardinal Mazarin. Kl anjoni'd'lnii nous voyons dans le ,\ord niu' législatrict' aussi respectée (jue le souverain de la Gièce, de l'Asie Mineure, de la Syrie et de I Kgypte est peu estimé.

A|)rès N'oltaire, son ami SaiMl-hauibcrl, — aiiu par les Icninu-s ', a dit ini méchant de 1 épofjiie :

« I, luunnic rtuigit de céd(!i' à I lionune, et il cède à inu' jeune lille, d siudhe (prclle (M (ii|it' ses pensé(!S, (pi'elle le touiinente. »

' On II |iii'lfliilii, iii.'ii> le iiiil li'ii j;i iv ('li' i/ini proillf'. i|lic lu li liilrcssc ilc liiiiiliuiic ilu Clialclil (loiir

VolUiiic lui liiiM'i'i'c (Iliii cii|iiicL' \i»iu- I iiulciii- ilc^ Samuiiii.

lAClLiKS MdUALKS. — C.vr.ACTKlli:. OLAIMTKS. {)•)

953 L'uni(|uo nutviMi tK' ne pas dôpoiulri' dos l'iMniues est de les l'aire dé- . |)endio de soi. Uétif de la Hrktonne.

j«Q C.omnie il n'y a lieii do plus oloii^iio do la roiimio cpio la verilablo liiimilité, 0 est là prooisoiiionl la voitii (|uo riiomiiio voiidiait lui inspirer, et e'esl à cola iiièiuo (|ii'ollo se roTuso lo plus eonstamnient. Laleninie se ressouvieut loujiuii's «le SOS piivili'\iios, ukmuo ou (uddiaut ses deveiis.

Ss3 Lue l'eimue est toujours dupe de vouloir remuer autreiueiit que par l'euipire des «fràces ou pai' eelui de la bouté. McKciEr,.

E^ Les leuunes aiuieut la douiiuatioii par o.veès d'auiour-pro|)re. Klles voieul là l'euiporleuient de la passiou.

® Le jeune honuue qui, à sou outrée dans le inonde, clierelie à se ra[)proclier des femmes, à s'en l'aire, eu quelque sorte, un appui, rencontre d'abord un écueil dangereux : c'est la galanterie ; on la contond trop counnunément avec l'importunité d'éjiards, l'affectation de j)révenancc; elle ne doit être qu'une politesse attentive et plus délicate.

Certes, c'est un devoir que d'être galant près des femmes, de leur passer mille caprices, d'excuser leur légèreté, leur faiblesse, leur étourderie, qui souvent ajoutent à leurs charmes un charme nouveau. Mais, si l'on doit conserver constamment avec elles un ton de douceur et de respect, il est aussi des bornes (ju'on ne peut dépasser. L'honune de bon ton est le très-humble serviteur des dames, mais jamais l'esclave de leurs caprices, et en cela il agit sagement, car ce sexe charmant est toujours tro|) porté à l'cculer les bornes de son empire.

1!. Raissok.

■j^ Combien les belles ol les princes Aiment l'abus d'un grand pouvoir !

KÉr.AMiEll.

Si Savoir résister aux femmes, c'est donner une meilleure opinion de son caractère que de son cu'ur.

S3 Ce que les femmes aiment le plus, c'est d'être louées [)our des talents ou des (jualités (|u'elles n'ont pas. Cette sorte de louange leur offre la preuve quelles ont séduit notre raison, (|u'elles considèrent ordinairement comme une ennemie; victoire ((ui leur assure un enq)irc plus absolu que notre cœui'.

IJeauchêne.

ag Femmes, doux liens de la vie, (jni nous secourez au berceau connue au bor<l du cei'cueil! soyez toujours ce (jue la nature vous a fornu''es, le charme qui adoucit nos misères et qui (Mubellit le cours de nos ans. IN'essayez jamais sur nous l'empire pour robtonir toujours; votre ])uissanco est toujours dans votre faiblesse. 1) autant plus dignes de ré<.»,ner (pie vous rehisez do rmns asservir, vos ^ertus feront votre bonheur aussi bien (|ue votre gloire.

66 M;S IKM.MKS D'AI'HKS lks auki ks ih.vncais.

® l,'iuitorit('' est lo but on toiulcMit loutos les loiiimcs. 1/amour (jii\'ll»'> donnent les v fondnit ; celui qu'elles prennent les en éloi<>iie. Tâcher dVn inspirer, s'efforcer de n'en point sentir ou de cacliei- du moins celui qu'elles sentent, voilà toute leur ()olitique et toute lem- uioiale. Desmaiiis.

■■^ llicn de plus impérieux (pie la faiblesse qui se sent étayée de la force : voyez les fenunes. NAroi,i;oiN.

® Les femmes ne sont jamais plus fortes (jue lors([u'elles s'arment de leui' faiblesse.

^ Quiconque a cbe/ lui des femmes qui s'entendent n'est |)lus le maître.

UoiSIK.

^ Les fennnes furent jadis parmi nous de bien ci'uels tyrans, elles asservirent nos faibles monarques, et [)ortèrent la révolte et le trouble dans l'Etal. Je voudrais que l'empiie des fennnes lut uniquement privé. Que dans le sein des familles elles donnent aux mœurs une pente vers la douceur, qu'elles président aux actions de leurs enfants, et leurs droits deviendront plus chers et plus sacrés. Le pouvoir des fennnes conduit à la mollesse, la mollesse mine lentement les cnq)ires, et chez un peuple aussi ardent, aussi impétueux que les Français, combien leur influence extrême serait dangereuse !

Mais ne privons pas cette belle moitié du genre humain des droits que lui assignent ses grâces, ses vertus et même ses défauts. L éducation des femmes devient un objet de la plus grande impoitancc; cependant on s'en occupe peu, et ([uand une jeune pcrsomic sait lire des romans, écrire des billets volu[)tueux, danser et chanter, c'est une jeune personne acconqilie. Ah ! c'est ainsi que la corruption fait [)armi nous des jjrogrès effrayants ! A (juoi sert-il que les esj)rits deviennent sages, si les cauirs s'avilissent'.'

Les fennnes, par leur nature, influent sur l'existence morale, leurs manières deviennent bientôt les manières des nations : un gouvernement protecteur ne saurait donc trop se hâter de jeter sur leur soit des regards paternels. Tels sont les voMix ({ue nous formons pour l(!s l'cnniies.

EîS 11 est à remar(|uer (|ne les femmes n'ont de ronq)ir(! (pie lors(|ue les institutions vieillissent, ou (pie les goiivenicmcnts sont corrompus.

(lu. NODIKH.

^ l)e ce (pic riiommc , par tonte la terre, csl plus robusic (pie la femme , il IM! s'ensuit pas ipie la natmc ail exclusivemeiil accordé l'emitire au plus fort sur le plus faible. La violenci! m; fait (ju'nne (isclave, c'est leC(msenlenient (|iii donne une compagne; et l(!s lois niéines de la gu(!rr(! se plient (hîvant la captive (pi'oii épouse. L'amour est le irgiie d(( la femiiu': c'est par lui (pi'ellc devient souveraine arbilr(; de son vainqueur ; en se léscrvanl le droit de siiccoinber * elle l'asservit par sa faiblesse, aillant (prelle le lévolleiail par sa force; et lois(pri'll(i paraît céder, ce n'est (pie pour coimnander bienl(»t avec plus d'empiie» Sa dou-

FACULTKS MOUAI.KS. — i.AHAr.TKllK. — Ql ALITKS. O?

cour, voilà sa puissance; ses charmes, voilà sa i^loiie; précieux joyaux dont la nature voulut l'orner ilans loutt> sa niaiiuifieenee. .1. .1. Viiîey.

S2C Les honnuesont occupé l'einpiresur les l'ennnes par la i'(U'ce ; mais elles le re|>rennent j>ar laheanté, et surtout par la manière de s en servir. Alih. Kaiuu

î^ Toutes les l'ennnes (pii ne prennent ilu plaisir (pie pa)' la tète sont impélieuses.

9S Les rois, conmu' les l'ennnes, croient que tout leur est dû.

asB L instinct de la i'emnie est d'être despote quaiul elle n'est pas opprimée.

«B Les l'ennnes doivent aimer le despotisme, — un système de gouvernement (pii, en ôtant les livres et la nauséabonde politique, leur laisse les hommes tout entiers.

® Peu de femmes osent être démocrates ; elles sont alors tiop en contradiction avec leur despotisme en fait de sentiments. Balzac.

® Tout nous porte à ci oire que la femme a l'esprit oX le caractère plus républicains que l'homme. » S. Dubay.

â3 L'aristocratie , pour la femme , est le véritable ordre de la nature , l'ordre social par excellence. L'âge féodal est l'âge de la femme. Dans toutes les révolulions qui ont la liberté et l'égalité pour objet , ce sont les femmes qui résistent le plus. I*. J. Proudhok.

£S Quel est l'homme qui pense avoir vécu, s'il nie la puissance des femmes'.'

Alf. de Musset.

® L'empire des femmes est beaucoup trop grand en France, l'empire de 1« femme beaucoup trop restreint. Stendhal.

®3 Reines par l'amour, souveraines de l'empire du cœur, laissez-nous les vanités de la puissance, hochets que vous brisez dans nos mains; laissez-nous les vanités de l'intelligence et le vain orgueil de notre force. Enfants qui désarmez les hommes , soyez heureuses de la part que Dieu, vous a faite ; à nous celle de l'orgueil, à vous celle de la tendresse. Anges gardiens du berceau, qui nourrissez renfancc d'amour, de caresses et de foi qui mêlez à votre lait toutes les tendresses qui vivifient le creur et l'esprit; belles jeunes filles qui poétisez d'un regard l'existence tout entière, qui allumez les feux du génie, qui inspirez les hautes pensées, les dévouements sublimes, qui faites éclore sous vos pas les gloires de l'art , de la science et du courage; mères compatissantes, qui vous . penchez sur le lit des douleurs et qui avez re(;u de Dieu mission de pleurer avec ceux qui pleurent; ah! laissez-nous sans regret notre pesant diadème de devoirs et de travail, lourd à porter comme un diadème de plomb, dangereux par-dessus tout, à cause des responsabilités qui s'y attachent.

fis Li:S 1 K.MMKS D'APHKS LKS ALTKl US 1- IIANC.MS.

Hi'iiics lie la lenc, jiaidcz Unijouiscet t'iiipirc il amour <.oii(|uis par Kvo, \()lre iiièro. (! Cst hieii assez de cette souveiaiueté-là. P. Hélollno.

tg3 l.i's reuiiiies comiaisseiit si Wwn leur [)()siti(>ii sociale , ijue chez elles ou cullive toujours avec soiu les (jualités qui leur doiveut assurer Teuipire. Dès rciiraiice, on leur iuipriuie la dcuiceur, la délicatesse; on leur enseigne la finesse et la dissinndation; et tout cela mène di'oit au |)OUVoir. SAiiNr-Pr>osi'En.

L 0 (.tlj A Ci i E.

« Les rabbins, — dit de Séjour, — racontent une Table assez j)laisante sur Tétvuiologie du mot Eve.

« Eve, disent-ils, dérive d'un mot (pii signilic camer. La première lénuiie prit ce nom, parce que, lorsijue Dieu créa le monde, il toml)a du ciel douze paniers remplis de caquets, et qu'elle en ramassa neuf, tandis ({ue son mari n'eut le temps (le ramasser (juc les trois autres. »

Ktonnez-vous maintenant que la lo([uacité des femmes soit — à ce (pi'on dit — cvtrème.

Selon le proverbe, « Langue de femme est son épée : elle ne la laisse; j>as rouillei'. )) Mais il doit en être nécessairement de cette épée-là coimne de toute autre : noble usage doit l'anoblir et vil service l'avilir.

Ouoi qu'il en soit, le « babil obstiné» (nouscitons) de la geni féminine a de tout lenqts défrayé la verve des censeurs plaisants et sévères :

« ilemède unique contre interminable parlement de fennne , c'est surdité du maii, » afiirme Dabelais, et cette saillie a été rééditée depuis, sous toutes les formes.

« Oui est ce sol-là (pu ne veid pas (\\\c sa femme soit muette'.' — s'écrie le Sgana)(dlc de Molière, — Plut à Dieu que la mienne eût cette maladie! je me garderais bien (b; la v(»uloir guérir.»

Plus lard, l)<'mousli('r lnin\c relie licurciisc \arianle :

... Du M'\c discrcl dont nous suixoii^ Li loi

Tel est l'iiinour pour le silence, <jor (|ii:iiid il iiilcrro^c \l\\ Jinirl de ii:iiss;iiiee. Il l:iul DU qu'il répouile, ou (|u'il dise poiuqiioi.

FArri.TKS MORALES. - CAUACïr.RE. - OrALlTKS. (Ul

Do nos jours. Alevandrenumas— «|ni, par parontliôso, a ivi.ii le jour dans la .'hauibro où mourut laultMu- i\o^ Lettres ù Emilie,— Aloxamlir Dumas aui'ail cn-it CCS liuuos (|uo cite M. Ad. Ricard :

M Dii'u, dans sa divino pirvoyanco, na pas donnr de Itarlto aux Icnnncs, parce qu'elles n'auraioni su so (aire pendant qu'on les eût rasées. »

Kniin, un savant lexiooj>Taplie moderne, M. Reseiiereile aine, s'exprime anisi dans un article de son dietioimaire :

c< La locpiacité e\eessive est un défaut que les moralistes n'ont pas mantpié de reprocher au beau sexe.... Un prédicateur, prêchant le jour de Pâques devant une assemblée de religieuses, dit que Jésus-Christ, après sa résurrection, apparut :iu\ femmes d'abord.... afin quo la nouvelle s'en répandît plus rapidement.

« Cette loquacité du beau sexe jmurrait être confirmée par l'usage des femmes nègres de la rivière de Gambie , lesquelles , pour se livrer plus attentivement à leurs travaux, ont coutume de se remplir la bouche d'eau pour éviter la médisance et les discours inutiles. »

Mais ne rions plus : voici venir des critiques sérieux.

® Le bon esprit consiste à retrancher tout discours inutile et à dire beaucoup en peu de mots . au lieu que la plupart des femmes disent peu en beaucoup de [)aroles. Elles prennent la facilité de parler et la vivacité d'imagination pour l'esprit. Elles ne choisissent point entre leurs pensées; elles n'y mettent aucun ordre par rapport aux choses qu'elles ont à expliquer; elles sont jiassionnées sur presque tout ce qu'elles disent.

« Une autre chose contribue beaucoup aux longs discours des lenmies, c est qu'elles sont nées artificieuses, et qu'elles usent de longs détours pour venuà leur but. Elles estiment la finesse, et comment ne restimeraient-elles pas, |)uisqu'elles ne connaissent pas de meilleure prudence, et que c'est d'ordinaire la première chose qui leur a été enseignée par l'exemple? Elles ont un naturel simple pour jouer facilement toutes sortes de comédies; les larmes ne leur coûtent rien ; leurs passions sont vides, et leurs connaissances bornées, de la vient qu'elles ne négligent rien pour réussir, et que les moyens qui ne conviendraient pas à des esprits plus réglés leur paraissent bons : elles ne raisonnent guère pour examiner s'il faut désirer une chose, mais elles sont tresindustrieusespour y parvenir. téneion-

« Ajoutez qu'elles sont timides et pleines de fausse honte, ce qui est encore une source de dissimulation. »

^ Les femmes ont la langue flexible ; elles parlent plus tôt, plus aisément cl plus agréablement que les hommes. On les accuse aussi de parler davantage; cela doit être, et je changerais volontiers ce reproche en éloge. La bouche et les yeux ont chez elles la même activité , et par la mémo raison.

L'hommeditce qu'd sait, la femme dit ce qui plaît; l'un, pour parler, a besoin

(le connaissance, ol l'anlro de ^^oiit; l'un doit avoir pour ol)jet principal les choses utiles, l'autre, les agréables. Leurs discours ne doivent avoir de formes communes que celles de la vérité. .1. .T. Rousseau.

^ Si la décence est absolument essentielle à une femme dans son ajustement et dans son maintien, elle est bien d'une autre conséquence dans son langage. On juge d'une femme par sa conversation. Si elle parle mal, elle a été mal élevée; si elle parle bien, son éducation répond à son langage.

Quoicpie l'on dise que les personnes qui parlent bien n ennuient jamais, je ne suis pas de cet avis : la grande volubilité de langue étourdit toujours ; et les personnes qui parlent beaucoup sont sujettes à dire des choses fort communes et souvent fort inutiles. Les femmes qui ont ce défaut parlent à tort et à travers de ce qu'elles ne savent pas, et n'entendent pas, la plupart du temps, ce qu'on leur dit. M'"* de Puisieux.

Demoustier, le poëte (jalaiil par excellence, après avoir percé d'un trait malin la langue du beau sexe, ne pouvait manquer de changer (selon l'avis de Rousseau) « le reproche en éloge. »

Aussi trouvons-nous dans h Comédie des femmes, les passages suivants :

^ Des femmes, il est vrai, le plus grave entretien, Tout bien analysé, peut se réduire à rien ; Mais ce rien dans leur bouche a l'air de (juelque chose, Les femmes ont le don de la métamorphose ; Elles savent donner de la réalité Aux elles de raison que leur l'écoudilé KnI'anli! en se jouant. Ces enl'anls éphémères Ap|)nrlenl en naissant les grâces de leurs mères. Aussi, j)Our soulenir leur conversation, i^eur espiil ne met pointa contrihulion L'histoire, la science, eucor moins la sagesse;. C'est dans ses propres fonds ([u'il puise sa richesse; Kl, niiciiv (ju'uu certaiu (irec (pii s'en vantait, je croi Que cliacunc de vous jioite toiU avec soi.

D'ailleurs il n'avait pas nu-né à lin les LeHri's sur la mythoïoçi'ie (d'où soni tiré> les premiers vers (jue neuis avinis cilés), sans y décliner (pie

Il u'appaiiieut (|u'au\ Ix-llcs De pouvoir, sans nous ennuyer, Eleiuiseï' les lia^at(^lles...

.Mais se borner à changer le reproche en éloge, ce n'était pas assez pour une àme profondénieni éprise des mérites féminins. Il fallail de prime abord louer à l'excès ce (jne d antres ont osé blâmer.

Ecoulons Miclielel :

fSB Les insecles <jt les poissons leslenl iiinels. L'(tiseau chaule, il vtuidiail arli-

F.VnLTKS MORALES. — CÂRACTKllE, — QUALITÉS. 71

riilor. Lhoiiuiio a l:i languo distincte, la parole iiotto etharmouicMiso, la clarté du verbe. Mais la l'emme, au-dessus du verbe, de riiouiuie et du chaut de l'oiseau, a une langue toute magique dont (>lle enliccoupe ce verbe ou ce chaut : le soupir, le souille passionné.

r^ La parole de la fennue, c'est le dictame universel, la vertu pacificatrice, ipii partout adoucit, guérit. Mais ce don divin n'est libre chez elle que quand elle n'est plus l'esclave, la muette de la pudeur, quand le progrès des années l'émancipé, lui délie la langue, lui doime toute son action.

Ouelle harangue d'homme agira comme le silence de In fenmie?

Comme sont loin Jean-Jacques et Demoustier! Pour combler la distance prenons l'avis de Balzac.

ES Les femmes — dit le grand romancier — savent donner ta leurs paroles une sainteté particulière. Elles leur communiquent je ne sais quoi de vibrant qui étend le sens des idées et leur prête de la profondeur. Si, plus lard, l'auditeur charmé ne se rend pas compte de ce qu'elles ont dit, le but a été complètement atteint; ce qui est le propre de réloquence.

Et aussi celui d'un de nos plus charmants écrivains :

® Je croirais manquer d'égards envers une femme si j'empiétais siu" son droit de diriger la conversation dans le sens qui lui plaît. Ogt. Feiillet.

Profitons du conseil d'Horace Raisson.

^ Étudiez avec fruit le vocabulaire féminin : il est une foule de mots dont peut-être vous ignorez le sens Que penserait-on de vous si vous entendiez les mots jamais ! toujours! et tant d'antres, comme les entend le Dictioiniaire de I Académie.

Et, enfin, pour nUroduire dans la cause un témoignage dont nous laissons le lecteur apprécier la valeur, citons ce passage du beau livre de M. Ernest Legouvé'.

® Une pauvre ouvière est transportée dans un hôpital à cause d'une paralysie «lu larynx qui lui ôte l'usage de la parole. Sa douleur, qui passe toute mesure, éclate en sanglots et en torrents de larmes, l^e médecin en chef la soumet à un traitement rigoureux et longtemps inutile. Enfin, une miit«|u'elle essayait selon sa coutume, de faire mouvoir son gosier rebelle, un mot s'en échappe : elle parle, elle est .sauvée! Que va-t-ellc faire? Sans doute appeler ses compagnes d'infortune, et leur dire : je parle! Le leur dire pour entendre elle-même le son de sa propre voix! Non, elle s(; tait. Six heures, sept heures sonncMd. Les sœurs gardiennes lui a])poitenl sa nourriture, elle s(î tait toujours, et seulement parfois,

' I^s Femmen.

72 LKS FKMMES If.M'UKS LKS Al ÏKIRS l'R.VNÇAlS.

sa Ictc sous sa couverture, elle s'assuie de sa guéiison par quelcjues svllabes |UOM(>ii(ées tonl bas. Kuliii la porte s'ouvre, le médeciu entre v\ s'approche de sou lit : alors, avec un souiùre plein de larmes :« Monsieur , lui dit-elle , je parle, et j'ai voulu ijarder ma |)remière parole pour mon sauveur. »

I lie femme seule pouvait dire un tel mol, car reni|)ire du cœur esl à elle.

I l'.lYOMTi;, — KTOUnf>EItIF..

^ La frivolité e^;t le caractère des femmes eu général, c'est pourquoi celles ipii sont sevrées n'aiment point la compagnie des personnes de leur sexe.

Rien n'est plus insupportable pour un vrai philosophe que la conversation des femmes, elle roule ordinairement sur l'extérieur. On parle d'une robe, ou d'une coiffure, un bal est un long sujet d'entretien.

Qu'un homme se présente, elles ne font attention qu'à son maintien, à ses ajustements, et ne pensent jamais aux talents estimables. Voilà pourquoi elles préfèrent un petit-maître, dont les façons sont singulières, étourdies, brusques, contrariantes, cpii se dislingue par cpudipie liavers d'esprit, une imagination grotesque.

Pour leiii' plaire, il ne faut être ni un sot m un liouune de bons sens: il ne s'agitcjue de fournir à la conversation, sans rien qui se suive, qui soit approfondi et bien pensé.

l'eu accoutumées à la raison, elles n'ont égard (juaux att( niions, aux assiduités, aux flattei"ies ; elles prisent les petits soins et même les impertinences.

En un mol, elles préfèrent les qualités de néaiil aux vertus solides.

Comparez deux enfants de différent sexe : ils ont les mêmes goûts, ainsi (pie le même leinl el le inênie son de voix. Le garçon change à Ions égards en (h.'vcnant grand : la lillc conserve les mêmes inclinations et le même visage. Rousseau, de (ieiiève, n'avait pas tort (h; regarder les fenuTies connue de grands enfants. Le l'ère .Ioly, c.iti': pau M. Deschanei..

P"'i La femme ayant plulôt des caprices ou un enjouement passager tpie dos volontés constant(!s, cette mobilité innées rempêchera toujours de conduire de grands ouvragesà leur perfection. La persévérance n'est pour elle qu'une variété perpétuelle de goûts sur le même objet. La fennue trouve encore dans sa timidité naturelle la sourcf! d<' cette sagacité (pii lui fait régler son langage, ses actions sui- tout ce ipii peut plaire, dans la société; elle lui inspire le seiiliment si (»\(piis (l("^ coiivcnai'ci"', un liiliiil ilc ('nii\i'i>.;i|i(Mi (pii iiiclc à son conmici'ce un charnie

FACULTÉS MORALES. — CARACTÈRl-]. — QUALITKS. 7'>

iléliciinix, onliii ootto ôlôiianlc |)olilt'ss(> (li>s numurs capalth» (radoucir los rararfi'i'os los plus laniuclKvs. J,.I. Vii;i:v.

^?5 (^11 ropi'tu'lio à uoU'c scxo la lôi^vrotô cl riiicoustauro; cos délauls vioulUMit «lu peu (le solidilc ilo caracIcTc^ des IVnuncs. Kilos s'oud)ar(puMit dans dos liaisons avoc uuo j'arililo incrovahlo, sans t>\aminor si ollos sont di' naluvo à pouvoir duror, ot si los poisonnos avec los(piollos ollos s(> lionl ont los «|ualit(''s uôoossairos à la sooiôtô ou à loui's humours, (iounnonl vou(-on (pio l'auiiliô ou I amour puisso ôtro durahlo oniro doux oaractôros tout à l'ail, o|)posôs, ond'o doux porsonnos dont los idéos sont dilTôrontos, ot qui no pouvont jamais ôtrc du mômo sontimout? Il n'vaquo la conformitcî de sontimonts qui puisso rondro los liaisons durables : c'est la sympatliio (jui rapproch;^ los oœurs, ot qui serre los lions de l'amilié ou do l'amour. Combien s'épargnerait-on do chagrins, si l'on choisissait toujours ce qui peut convenir? On ne verrait point tant de haines dans les familles, point tant de femmes oublier leurs devoirs,^ ni tant d'amants manquer à leurs serments.

Sg L'étourderie ot la vivacité ont fait grand tort à des femmes qui n'avaient d'autres fautes à se reprocher que de n'avoir pas veillé avec assez de soin sur leurs actions, et de n'avoir pas pris garde à quelles gens elles confiaient leur léputation.

ES J'ai peine à me résoudre à parler raison avoc los autres femmes en tîénéial, soit crainte de les ennuyer, ou crainte de les mortifier en les ontretcnanl de ce qu'elles no sont pas en état d'entendre. J'en ai pourtant rencontré quelquefois dont le bon sens valait bien la peine d'être mis au jour ; mais avoc cela il v on a d'autres dont la sottise, le langage et la suffisance me rendent >iloncionse, malgré que j'en aie. M""' de Pcisieux.

cg3 Les devoirs que nous rendons (les founties) consistent à entrer en un jour dans le plus grand nombre de maisons qu'il est possible pour y payer et y recevoir un tribut de louanges réciproques sur la beauté du visage et de la taille, sur rexcolloncodu goût ot du choix dos jiarnros, et jamais sur les qualités do l'àme. M'"" m CiiuFFiaNY.

^ Agathe : Je ne pourrai jamais venir à bout d'arranger tant de machines >ur ma tête : il n'y a pas de place seulement pour on mettre la moitié.

Pasquin : Oh! quand il s'agit de placer des fadaises, la tète d'une femme a plus d'étendue qu'on ne pense. UEGNARn.

® L'étourderie des femmes leur tient lieu de raison : celles qui sont trop folles font rarement des folios. J. J. Rousseau.

E^ Il est bien difficile que le succès d'une compote n'intéresse pas plus une jeune fille «pic toutes los leçons. M'"" Guizot.

?S 11 est... un mot leriiblc on l«^s hommes résument tout ce qu'ils peuvent concevoir pour notre sexe de mépris, d'indignation et de pitié... Chiffons! disent-ils, et tout est dit sur notre compte. Pauvres gens! savent-ils seulement ce que c'est qu'un chiffon ! Ils savent ce que cela coûte, et voilà tout ! mais ce que c'est en réalité, je vais vous le dire... C'est la dentelle qui frissonne, le velours qui miroite, le satin qui craque sous les doigts, ce sont mille tissus légers comme l'air, gracieux comme les fleurs, brillants comme les astres, que notre main tourmente, ploie et assouplit à sa fantaisie. Dites tant que vous voudrez que cela est frivole; mais avouez que cela est charmant.

Orr. Feullet.

^ On parlait devant mademoiselle X... de la légèreté des femmes : « N'en dites pas de mal, s'écria-t-elle, c'est tout ce que les hommes aiment en nous. »

P. J. Stahl.

CURIOSITÉ. — niSCRKTION.

^ Nos docteurs disent que la première femme du monde que les Hébreux nonnnentÉva, n'eust jamais entré en tentation de manger le fruit de tout sçavoir s'il ne lui eust esté défendu... Le tentateur lui dict : « H t'est defîendn, tu eu doibs doncqnes manger, ou tu ne serois pas femme. » R.xbelais.

[® Femme ne cèle (\w ce qu'elle ignoie. {Proverbe.}

^ L'Kglise, comme une bonne mère, a ordonné les |)r('stres confesseurs et non pas les femmes, parce qu'elles ne ))euveiit rien celer.

as Ce n'est point pour cette occasion, mais c'est parce que les femmes sont tant ennemyes du vice (pi'elles ne domieroicut pas si facilement absolution (jue les hommes, et seroieni trop austères dans leins pénitences.

iHi Si elles l'esloijMit autant, elles feroicnt tiésespérer pins de pécheurs qu Clle'^ n'en attireroienl à .salut : pour(jiH)y l'Kglise, eu tonte sorte, y a bien pourven.

M\it(;i'KnnK luo Navahhk.

SSi (il hoiiiiiic est pins hdèh; au secret d'aiitrui (|n au sien propre; une rcninie, au contraiic, garde niiciix son secret que celui (raiitiui.

Relisez Barbe bleue.

FACULTÉS MORALKS. — CARACTKUK. — QUALITKS. 75

r,KS FKMMKS ET I.E SECKKT. I

Rien no pèse tant qu'un sccivt :

Le |)orlor loin ost dirticilo aux dames : Et je s;iis même sur ce fait Ron nombre d'honmies qui sont femmes.

Pour éprouver la sienne un mari s'écria,

La nuit, étant près d'elle : — « 0 dieux ! qu'est-ce cela?

Je n'en puis plus ! on me déchire !

Ouoi! j'accouche d'un œuf! — D'un œuf! — Oui, le voilà Frais et nouveau pondu : gardez bien de le dire ; On m'appellerait poule. Enfin n'en parlez pas. »

La femme, neuve sur ce cas.

Ainsi (jue sur mainte autre affaire, Crut la chose, et promit ses grands dieux de se taire;

Mais ce serment s'évanouit

Avec les ombres de la nuit. ^

L'épouse, indiscrète et peu fine.

Sort du lit quand le jour fut à peine levé; ^

Et de courir chez sa voisine :

— (( Ma commère, dit-elle, un cas est arrivé ; N'en dites rien surtout, car vous me feriez battre : Mon mari vient de pondre un œuf gros comme quatre.

Au nom de Dieu gardez-vous bien D'aller publier ce mystère. »

— « Vous moquez-vous? dit l'autre : ah ! vous ne savez guère Quelle je suis. Allez, ne craignez rien. »

La femme du pondeur s'en retourne chez elle. L'autre grille déjà de conter la nouvelle : Elle va la répandre en plus de dix endroits :

Au lieu d un œuf elle en dit trois.

Ce n'est pas encore tout, car une autre commèie Eu dit quatre, et raconte à l'oreille le fait :

Précaution peu nécessaire ;

Car ce n'était plus un secret.

Connue le nombre d'œufs, grâce à la renommée,

Uc bouche en bouche allait croissant,

Avant la fin de la journée

Ils se montiiient à plus d'un cent.

La Fontaim:.

SS La curiosité de.s lemmes est excessive, mais je en»is qu'on peut eu réduire les motifs à deux articles : Ce qu'on pense d'elles en bien, ce qu'on pense des autres en mal. Voilà les deux grands objets de leurs recherches. Bkrms.

^ La curieuse est rarement discrète : Qui tout écoute aisément tout répète,

Mai-fu^atiu;.

7(i LES FEMMKS D'AlMiKS I.ES VL'TEURS FI{.\NÇ.\1S.

«ç l.a ciiridsiU' a pcidii |»liis de iciiiics lillcs (jiio I aiiidiir.

^ On (Icniandait un jour dans une compagnie quelle était la verlu qui nous (Hait la plus néoessan-o; presque toutes les l'emmes furent d'avis (jue c'étail la chasteté : il n'y en eut qu'niu' qui répondit : « Vous vous tronq)ez, c'est la discrétion. J'ai soixante ans, et j'ai la réputation d'avoir été sage : il n'v a ijuc moi (jui sache si cela est.» Cette t'ranchisc termina la contestation ; on jugea «pic la |)er.«onne qui venait de [)arler avait de l'expérience, et on n'en pensa ])as plus mal de sa vertu. On lit une antre (piestion : on demanda quel était le défaut le plus insup|)ortal)le dans une l'cmme; mais on ne put jamais s'accorder sur ce point : chacun jugea à sa fantaisie, et regarda le défaut (ju'elle n'avait j)as comme le plus insupportable. On laissa les femmes pour passer aux hounnes et l'on demanda quelle était la qualité la plus essentielle pour eux : tout le monde dit : la probité ou la valeur, et moi je dis que c'était moins ces vertus que l'art de paraître ce que Ton voulait, sans se démentir. M""" db Pcisirhx,

E^ Être discrète et femme tout ensemble,

Ce sont deux points que jamiiis on n'assendjie ; Et la moins femme, en ce sexe indiscret, Gi^rderail mieux son honneur qu'un secret.

La ClIALSSKF..

c^ La curiosité a beaucou[) (rempire sur les l'emmes: elles cherchenl sans cesse à devincM', et restent plus attacliées à leurs |)ropres découvertes (pi'à ce «pi'on leurapprend. A j)eine ont-elles conq)ris condtien de plaisir et dt>boidieur l'lionnn(> leur doit, cpie déjà elles ont compris (|u'elles [nnivent i)asscr de la <lépendance à Tenqjire; alors leur amoiu-propro commence à se montrer et leur coquetterie à se laisseï" entrevoir. nKAiir.HÊNE.

{^ La (lis( ié|i(ui (Tune fitunne est itarl'aite (piaiid Tamonr (mi l'amitié en es! le sceau. A, Crv\r.ii.

riMlSSK. — lUISK. INTlUr.l'F.

£§3 La femme la jdus naïve vend an marché l'iionnue le plus retors, sans qu'il s'en prenne garde. HitAMOME.

&e (ne rcmiMc liiic scanra vivie on lltn>^ les hounnes mouri'onl de faim.

.MAïKii'Kiini; iii: N'avmiiii;.

l ACILTÉS MORALES. — CARÂCTKi;i:. — QUAMTIÎS. 77

® La naluiT, on ses opérations, no soulTic rion de conlrainct; car si yons anvsto/. le cours iVunc liviôre, elle se tlcshoidcra cl gastcra tout; le l'eu, enl'eiinù c(Mnnic on voit es mines, lera crever et petei' la terre : tenez une Icnnne serrée tant (|ue vous vondrez, si l'era-t-elle nn saut en rue, malgré vos dents, s'il lui eu [Mcnd envie. iMontaigne.

îS5 L adresse |)articulière donnée au sckc est undédounuagcuieuttrès-équilal)le de la force (ju il a de moins, sans «juoi la l'cmme ne serait pas la comj)agiie de 1 liounne mais son esclave ; c'est par cette supériorité de talent (pi'ellc se maintient, et (pi elle le gouverne en lui obéissant. La l'emme a tout contre elle : nos défauts, sa timidité, sa faildesse: elle n\i poui' elle (pie son ait et sa beauté. N'est-il pas juste (ju'ellc cultive Tun et l'autre'.' Mais la beauté n'est pas généi'ale; elle péril par mille accidents, elle passe les années, l'iiabitude en détruit l'effet. L'esprit seul est la véritable ressource du sexe, non ce sot esprit auquel on donne tant de prix dans ce monde et qui ne sert à rien pour rendre la vie heureuse, mais l'esprit de son état, l'art de tirer parti du iwtre, et de se prévaloir de nos propres avantages. On ne sait })as combien cette adresse des femmes nous est utile à nous-mêmes, combien elle ajoute de charmes à la société des deux sexes, combien elle sert à réprimer la pétulance des enfants, combien elle contient de maris brutaux, combien elle maintient de bon ménages que la discorde troublerail sans cela. Les femmes artilicicuses et méchantes en abusent, je le sais bien, mais de quoi le vice n'abuse-t-il pas? Ne détruisons ])oint les instruments du bonheur, parce que les méchants s'en servent quelquefois à imire.

^ La ruse est nu talent naturel au sexe; et, persuadé que tous les penchants naturels sont bons et droits par eux-mêmes, je suis d'avis qu'on cultive celui-là comme les autres : il ne s'agit que d'en prévenir l'abus.

Je m'en rapporte sur la vérité de cette remarque à tout observateur de bonne foi. Je ne veux point qu'on examine là-dessus les fcnnncs mêmes : nos géuanies institutions peuvent les forcer d'aiguiser leiu" esprit. Je veux (ju'on examine les lilles, les petites filles qui ne font, pour ainsi dire, que de naître; (|u'on les compare avec les petits garçons du même âge, et, si ceux-ci ne paraissent lourds, étourdis, bêtes, auprès d'elles, j'aurai tort incontestableiiienl... J. J. Rousseau.

^ Les femmes intrigantes sont en assez grand nondjre, sans ce|)endant former un corj)s; car, (pioicprellcs se connaissent toutes, ce n est (\\ie pour être en uarde les uiu's conlie les autres et s'éviter, de peur de se trouver en concurrence et de se traverser. Il y en a de toute condition, et toutes ont le même tour d'es])rit, souvent les mêmes vues, avec des intérêts o[)|)osés. Elles ont (piel- (jucfois des dé|)artcments séparés, comme si, par une convention tacite, elles s'étaient partagé les affaires ; cependant elles n'excluent rien. Elles peuvent admettre des préférences, mais jamais de bornes. La dévotion et l'amour s'allient également avec l'intrigue. Ce (jui serait passion ou genre de vie pour d'autics

iiCsl «1111111 ressort pour les iiitrijiantos : elles n'atlopleul rien eoimiie j)rinL'i|>e. elles eiiiploienl tout coimue moyen. On les nié|)iise, ou les craint: on les menace, on les reclieiclie. Cependant il s'en faut bien (jne leur crédit réponde à I opinion (piOn en a ni aux apparences (|u'on eu voit ; leur vie est plus agitée; «jue remplie. On leur fait honneur de bien des événements où elles n'ont aucune part, quoiqn elles n'oublient riey pour le faire croire; c'est la fatuité de leur étal. Elles ont le plus grand soin de cacher le peu d'égards et souvent le mépris (pi'ont pour elles ceux dont elles s'autorisent avec le plus d'éclat. Ou'il y a de gens en place dont le nom sert ou nuit à leur insu! Combien d'intrigantes dont le crédit tire son existence de l'opinion qu'on en a ! on le détruirait en le niant, c'est un fantôme qui s'évanouit quand on cesse d'y ajouter foi. On commence ce méticr-là par ambition, par avarice, par inquiétude; on le continue par habitude, par nécessité, pour conserver la seule existence (ju'on ait dans le monde.

Page 1