DE L.\ J.VLOUSIE CHEZ LES FEMMES
^ Lorsque la jalousie saisit ces pauvres âmes faibles et sans résistance, c'est pitié comme elle les terrasse et tyrannise cruellement : elle s'y insinue soubs tiltre d'amitié; mais depuis qu'elle les possède, les mesmes causes qui servoient de fondement à la bienveillance servent de fondement de haine capitale. C'est des maladies d'esprit celle à qui plus de choses servent d'aliment et moins de choses de remède : la vertu, la santé, le mérite, la réputation du mary, sont les boute-feux de leur maltalent (dépit) et de leur rage... Cette fiebvre corrompt et laidit tout ce qu'elles ont de bel et de bon d'ailleurs ; et d'une femme jalouse, quelque chaste qu'elle soit et ménagière, il n'est action qui ne sente à l'aigre et à l'importun : c'est une agitation enragée qui les rejecte à une extrémité du tout contraire à sa cause.
® De donner conseil aux femmes pour les desgouster de la jalousie, ce seroit temps perdu : leur essence est si confite en souspeçon, en vanité et en curiosité, que de les guarir par voye légitime, il ne fault pas l'espérer. Elles s'amendent souvent de cet inconvénient par une forme de santé beaucoup plus à craindre que n'est la maladie mesme ; car, comme il y a des enchantemens qui ne savent pas ester le mal qu'en le rechargeant à un autre, elles rejectent volontiers cette fiebvre à leurs marys, quand elles la perdent. Toutefois, à vrai dire, je ne sçais si on peult souffrir d'elles pis que la jalousie; c'est la plus dangereuse de leurs conditions comme de leurs membres la teste. Pittacus disoit que chascun avoit son default ; que le sien estoit la mauvaise teste de sa femme. Montaigne.
® C'est la coutume des femmes qui ont de la jalousie, de haïr presque également les amants qui les abandonnent et celles pour qui elles sont abandonnées