‹ Les femmes d'après les auteurs françaisChapitre 69 sur 194 · M"^ DE SCUDÉRI · texte numérisé non relu

M"^ DE SCUDÉRI

^ Fiez-vous aux femmes jalouses du soin de vous connoître, vous ne perdez rien avec elles; la nécessité de bien voir est attachée à leur misérable passion, elles vous trouvent toutes les qualités que vous avez, en vous cherchant tous les défauts que vous n'avez pas, Marivaux.

508 LES 1 EMMl'S DAPHÈS LES AUTEURS EUANÇAIS.

^ Lii j;ilaiisic est im mal si commun choz les femmes, elle influe tellement sur leur bonheur, elle les compromet si souvent et de tant de manières, qu'il est impossible qu'une suite de développements qui leur montrent, à chaque mot, jusqu'à quel point cette passion peut les égarer, ne leur offre pas une utile et grande leçon. P**'' de Salm,

® Quant à la jalousie chez les femmes, elles sont méliantes, elles risquent infiniment plus que nous, elles ont plus sacrifié à l'amour, elles oui beaucoup moins de moyens de distraction, elles en ont beaucoup moins surtout de vérifier les actions de leur amant. Une femme se sent avilie par la jalousie; elle a l'air de courir après un homme; elle se croit la risée de son amant, et qu'il se moque surtout de ses plus tendres transports; elle doit pencher à la cruauté, et cependant elle ne peut tuer légalement sa rivale.

Chez les femmes, la jalousie doit être un mal encore plus abominable, s'il se peut, que chez les hommes. C'est tout ce que le cœur humain peut supporter de rage impuissante et de mépris de soi-même sans se briser.

Je ne connais d'autre remède à un mal si cruel que la mort de (pii l'inspire ou de qui l'éprouve.

® Les femmes fières dissimulent leur jalousie par orgueil. Elles passent de longues soirées silencieuses et froides avec cet homme qu'elles adorent, qu'elles tremblent de perdre, et aux yeux duquel elles se voient peu aimables.

Stendhal.

® La plupart des femmes se livrent sans réserve à l'impétuosité des sentiments jaloux qu'elles éprouvent. Leurs bouches ne s'ouvrent plus que pour les plaintes les plus amères et les plus durs reproches. P. C. Levesque.

^ Une des plus mauvaises passions du cœur des femmes, c'est la jalousie. Les femmes sont plus jalouses que les hommes.

^ Quand une femme est jalouse, rien ne la fléchit : ni la vue des douleurs (pi'elle (ait endurer, ni les larmes, ni les protestations, ni les prières. A chaque instant elle épie les actions et les pensées. Le jour, la nuit, à tonte heure elle se forge des chimères, poignards (pi'elle aiguise pour les enfoncer ensuite dans le cœur de sa victime, de sa victime (pi'elle aime j)ourtant, (|n'elle aime trop. Mais, hélas! la ])auvre folle, elle n'a plus sa raison; peu à j)eu son espiit et ses facultés se sont fait un besoin d'exaltation factice qui ne rendent plus |)ossiblc pour elle la vie commime, calme et tranciuille, avec ses joies et ses bonheurs. Il lui faut du drame et de la tempête; de jour en jour elle s'exaspère, elle devient furieuse, puis (piehpiefois il aiiivc; un uKunent où, finissant par ajoulci foi aux chimèi'es qu'elbî invfiiite, elle ci'oit viaiiiieni eiiminel celui (pii est l'objet de ses fureurs, et alors ell(! s(! changea cw haine, elle maudit (M re|(ousse le e(i'ur le phrs dévoué, le plus aimant, et cvX amoui' qu'elle craigiiail tant de perdre, c'est elle (pu le tUfi) RailK s'inquiéter d(!s soullrauces de celui rpii le '^-.Wili' dans son eo'in'.

L'AMOl'U. - LK MARl.Vr.K. — lA Al.VTKRNITÉ. 309

Parfois lajalousio la jumism» au paijuiv, à la trahison, carello a sos vengeances aussi al)snrilos, aussi exagérées que les eliiuïères (ju'elle se l'orge. Une feiuuic exaspérée par celte passion est capable tle tout : elle devient inlidèle sans amour, pour se venger des infidélités qu'elle suppose. D'autres fois même elle ouvre son cœur aux séductions extérieures. Bélouino.

iS On remarque dans les maisons d'aliénés beaucoup plus de folles par jalousie (pie de fous pour cette cause. J. ,1. Virev,

!• R I K 11 E n UNE F i: M M E JALOUSE

« Mon Dieu ! il y a trois heures, trois siècles qncje l'attends! faut-il attendre, faut-il espérer, faut-il souffrir encore? Faites, ô mon Dieu ! qu'il ne soit nulle part où mon amour ne puisse être avec lui ! faites que ce qui le retient loin de moi ne soit ni le vœu ni l'oubli de son cœur! Faites que ces heures lui soient longues, qu'elles soient éternelles comme à moi ! faites, grand Dieu ! que, pendant que je verse ces larmes amères et que ma poitrine éclate en sanglots, la joie ne soit point dans son âme et le sourire sur ses lèvres ! faites que rien de léger, que rien de sérieux surtout ne l'arrête !

« Où est-il. Dieu puissant?... Dieu cruel, oii peut-il être?... Une autre, ah ! peut-être une autre!... mais non, non. Mon Dieu, soyez béni! celui que j'aime n'est point coupable, je l'accuse à tort. Une voix amie me dit que je fais mal de me plaindre, que mes pleurs l'outragent.

o Lui, infidèle? lui, lâche? oh! loin de moi. Seigneur, le soupçon d'une misère si grande ! quelque obstacle imprévu, matériel, insurmontable à son courage, à l'amour lui-même, nous sépare, et non sa volonté. Merci, Seigneur! un accident, un piège... que sait -on? un danger... il est blessé peut-être, et non parjure... »

« Tout à coup on entend le canon gronder dans le lointain; une vive fusillade s'engage dans la rue voisine; la maison s'ouvre avec fracas; un homme entre, pâle et sanglant; il tombe épuisé aux pieds de Pauline : c'est George de C...

« — Je le savais bien. Dieu juste ! reprend la femme jalouse en se redressant, le regard plein de reconnaissance et, je dois le dire, de triomphe. — Je le savais bien. Dieu clément, que vous l'auriez tué plutôt que de le laisser se couvrir d'une tache si noire! » . P. J. Stahl.

?10 I r.S FCMMKS DAPRKS LKS ATTEURS FRANÇAIS.

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