‹ Les femmes d'après les auteurs françaisChapitre 78 sur 194 · I. AMOrU. — Lt: MAUIAGE. — LA MATERNITÉ · texte numérisé non relu

I. AMOrU. — Lt: MAUIAGE. — LA MATERNITÉ

doit précéder son époiiso dans le sentier de la vertu et lui servir do modèle. La soumission do la louinio, dit saint Chrysostome, est celle d'une personne libre, égale à riioninio |)ar 1(> rang qu'elle occupe. L'époux et réj)()uso, dit-il ailleiu's, ne constituent pas deux êtres, mais un seul dont celui-là est la tète. Saint Amhroise d'Amasée, qui s'exprime de même, y ajoute la peinture attendrissante des consolations qu'une épouse répand sur sa famille dans toutes les vicissitudes de l'existence. Grâce au christianisme, le mariage cessa d'être pour la femme un esclavage, pour l'autre une domination injuste.

11 fut un temps où le mot concubine, qui actuellement n'a qu'une acception flétrissante, désignait luie épouse légitime. La disparité de dénomination étendait ou restreignait les droits de la femme et de sa progéniture. Jusqu'à nos jours, en Allemagne, s'est maintenu ce reste de barbarie nommé vulgairement mariage de la main (jaiiche, et nommé par les jurisconsultes mariage mor(janaliqiie. S'il en résulte des enfants, ils ne peuvent succéder à la dignité paternelle parce que la mère est plébéienne ou d'une condition inégale. C'est l'orgueil féodal qui a établi cet usage. Tels ont été le mariage de Louis XIV avec madame de Maintenon, divers mariages de plusieurs rois de Prusse et d'autres princes allemands, le second mariage du roi de Naples dernier décédé, celui du prince Constantin de Russie, et cependant le czar Pierre I" avait épousé une paysanne, Catherine Alexiowna. Mais le christianisme, étranger aux préjugés de la noblesse comme à ceux de la couleur, ne connaît pas ce qu'on appelle mésalliance. Quelles que soient les distinctions civiles sur l'état des femmes, la qualité d épouse les place toutes au même rang.

Ces notions sacrées ont été travesties dans le moyen âge par des chevaliers toujours prêts à se battre pour Dieu et leurs dames, ensuite exagérées par les quakers, la seulei société chrétienne où, en contractant mariage, la femme ne promet pas d'obéir à son mari. Us n'admettent entre les deux sexes aucune inégalité, et par cette raison (comme les Colliridiens dont parle saint l^]piphane) ils accordent aux femmes le ministère de la prédication. Les femmes elles-mêmes, suppléant à la force par l'adresse, ont tenté quelquefois de franchir les limites qui leur sont tracées. On connaît l'histoire de Vlasta, qui, au commencement du sixième siècle, entreprit en Bohème d'émanciper entièrement son sexe de toute sjibordination à l'autre, et qui, à la tête d'une armée de femmes, après sept ans de combats, périt les armes à la main. Mais les torts des passions et l'erreur n'infirment pas les principes.

® Quand la propension d'un sexe vers l'autre n'est pas une vertu, elle est, dit un auteur, le plus honteux des vices. Pour la combattre plus efficacement lorsqu'elle est vice, il fallait la sanctifier lorsqu'elle est vertu. Le christianisme imprime un caractère sacré à l'union conjugale ; auparavant elle n'était qu'une institution civile. On voit, dans Tertullien, que déjà de son temps l'usage était «le bénir les mariages dans l'assemblée des chrétiens. Dans la suite, les prêtres devinrent simultanément, sur cet article, officiers de l'état civil. 11 en est ré-

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suite des notions fausses el conséquemmenl fâcheuses, par la contusion du contrat et du sacrement.

^ Entre les observations légales imposées aux femmes par la loi mosaïque, était la purification, ou obligation de se présenter au temple quarante jours après leurs couches si le nouveau-né était un garçon, quatre-vingts jours si c'était une iille. Dans l'Église catholique, cet usage est admis seulement comme pratique pieuse, sans fixation d'époque autre que celle du rétablissement de la santé, et en la dégageant du caractère d'observance légale ; cérémonie touchante, où une mère, au pied des autels, remercie Dieu de l'avoir préservée, dans les incommodités de la grossesse, dans les douleurs de l'enfantement, lui offre son enfant, appelle sur lui les bénédictions célestes, et demande les grâces nécessaires pour l'élever dans la piété chrétienne. La bénédiction des femmes après leurs couches se trouve dans tous les eucologes grecs et les rituels latins. La plupart contiennent une formule instructive à laquelle un pasteur peut adapter les exhortations que suggère la circonstance. Mais, ce qu'il faut remarquer, c'est que rÉglise, ne donnant cet honneur qu'aux épouses légitimes, a voulu par là faire sentir la dignité, la sainteté du mariage. Grégoire, évêque de Blois.

® Dans les classes peu aisées, les parents se refusent à marier leurs enfants jusqu'à ce que ceux-ci soient en état de pourvoir à leur entretien, et, comme on dit, de se tirer d'affaire. Mais est-il une situation au monde où l'on se tire d'affaire dans le mariage autrement que par la raison? M""' Necker.

® Quand on songe que le mariage est le pivot sur lequel roule l'économie sociale, peut-on supposer qu'il soit jamais assez saint'.' On ne saurait trop admirer la sagesse de celui qui l'a marqué du sceau de la religion. Sa ponqie est grave et solennelle ; l'homme est averti qu'il commence une nouvelle carrière. Les paroles de la bénédiction nuptiale, en frappant le mari d'un grand respect, lui disent qu'il renq)lit l'acte le plus important de sa vie, qu'il va devenir le chef d'une nouvelle famille, (ju'il se charge de tout le fardeau de la condition humaine. La fennne n'est pas moins instruite. L'image des plaisirs disparait à ses yeux devant celle des devoirs. Une voix semble lui crier du milieu de l'autel : « OÈve! sais-tu bien ce que tu fais? Sais-tu (pi'il n'y a plus poin- toi d'autie liberté (jue celle! de la torribe? Sais-tu ce que c'est que de porter dans tes entrailles mortelles l'homme immortel et fait à l'image de Dieu? »

Chez les anciens, un byménée n'était (pi'une cérémonie pleine de scandale cl de joie, qui n'csuseignait rien des graves pensées (jue le mariage inspire : le cbrislianisme seul en a rétabli la dignité.

L'honune, en .s'unissant à la fennne, ne fait que reprendre inie partie de sa substaïu'c; son âme ainsi (|ue son corps sont iuconqiiets sans elle : il a la force, ell(! a la beauté; il condiat l'ennemi el laboure le champ de la patrie, mais il n'entend rien aux détails domestiques; il a des clia^iins, el sa conq)agne est la |»onr les adoucir. Sans la femme, il serai! rude, grossier, solitaire. La femme

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sii>j)tMul autour de lui les fleurs de la vie, comme ces liaues des forêts qui décorent le tronc des chênes de leurs guirlandes parfumées.

Enfin, Téponx chrétien et son épouse vivent, renaissent, meurent ensemhle ; cnsondde ils élèvent les fruits de leur union; en poussière ils retournent ensemhle, et ils se retrouvent ensend)lc par delà les limites du lomheau.

Chateaubriand .

^ A un houmie d'esprit il n(> l'ant (|n iiiic femme de sens : c'est trop de deux esprits dans une maison. Dk Bonald.

® Dans le cœur de toute jeune feunne il y a un fonds d'idées exaltées; elle les cache, les comprime, sans réussir à les étoufler. Tant que ces idées chez votre femme se portent sur vous, elles sont sans doute hien innocentes, mais faites qu'elles ne soient pas accompagnées de trop de douleur. Ménagez encore à d'autres égards sa délicatesse. Que tous les antécédents de votre vie, s'il y en a eu qui puissent lui être pénibles, lui soient cachés ; son bonheur ou son respect pour vous souffriraient de ces confidences déplacées. Laissez-lui cette fleur de pureté qui la distinguera à vos yeux de toute autre femme. En elle seule vous trouverez ce que vous appelez amour uni avec l'innocence. Double charme réservé au hen le plus saint de tons.

Hors votre connaissance d'un monde corrompu, communiquez, s'il se peut, toutes vos pensées à votre femme; qu'elle soit pour ainsi dire une âme hors de vous, mais à vous. C'est alors seulement que vous aurez une compagne. Ne metfez pas toujours votre générosité à lui dérober une autorité tutélaire, et si quelque chose vous déplaît dans sa manière de se conduire, dites-le-lui avec douceur, mais sans détour. Prenez garde qu'un mécontentement trop longtemps contenu ne se fasse jour tout à coup avec irritation, avec rudesse. Il est trop injuste d'exiger qu'elle vous devine toujours. La vérité exprimée avec sentiment est une preuve d'estime ; plus vous montrerez de confiance à votre femme, plus sa valeur morale s'élèvera. Quelle union peut subsister sans une sincérité parfaite?

^ Que la nouvelle épouse le sache bien, les hommes n'ont pas notre fond de roman dans l'àme ; ils ne sont exaltés que passagèrement. Les émotions qu'ils recherchent sont d'un genre gai, vif, restaurant ; le mélodrame au logis leur est désagréable. Aussi la jeune personne qui s'est livrée à de longs épanchements de cœur avec sa mère ou avec une amie, trouve rarement, à cet égard, de la sympathie dans son mari. De tels entretiens ont presque toujours une teinte de mélancolie; on se plaît à signaler le côté faible de toutes choses, les inconvénients de tel séjour, de telle société ; on appuie sur la difficulté d*accorder les vœux d'un goût délicat avec les réalités de la vie. Un mari comprend mal ordinairement ces lamentations ; il ne sait pas qu'on cause entre femmes pour causer, qu'on se plaint uniquement pour se plaindre. Avec son esprit positif, il croit toujours qu on en veut venir à un résidtat, et que sa femme cherche à obtenn* quelque chose. Cela même doit imposer silence à celle-ci quand elle a du sens cl de la dignité naturelle.

r.iS IKS FEMMES D'APRÈS LES AUTEURS FRANÇAIS.

^ Pciise-t-on à ce qu'est Fisolement dans le inariaue, dans un mariage mcmc où tous les dehors sont sauvés? Plus d espérance pour une femme, plus d'avenir; sa perspective semble murée; rien d'agréable et d'innocent à la fois ne peut plus s'offrir. Ah ! combien elle regrette son état de fille et les chances variées que lui présentait alors Timagination ! Une teinte grise et sombre ne s'étendait pas sur le tableau de sa destinée, elle portait la vie légèrement. Avec quel plaisir n'échangerait-elle pas les privilèges si vantés de sa situation nouvelle pour ses douces rêveries d'autrefois !

Plaignons cette jeune femme !

® Serait-il donc vrai qu'il ne peut se trouver de bonheur dans le mariage'.' serait-il vrai que la femme aussi ne peut s'attacher de cœur et d'àme à son époux? A Dieu ne plaise ! En portant leur espoir plus haut, ils s'aimeront autant qu'on puisse aimer ici-bas et bien plus qu'on ne s'aime ordinairement. Deux êtres aj)puyés l'un sur lautie, qui s'élèvent d'un même élan vers l'éternité, deux êtres qui se savent imparfaits, et dont chacun se connaît à soi-même plus de défauts qu'il n'en peut découvrir chez l'autre, cultivent d'un commun accord, dans leur àme, tous les germes d'immortalité, et se reposent sur l'avenir j)our l'accomplissement de leur destinée.

Quel plus beau sort peut-on concevoir ! Toutes les douleurs ici-bas ne sont à leurs yeux que passagères ; toutes les joies dignes d'être senties se prolongeront pour eux dans le ciel. Et ce même christiainisme du cœur qui rend l'épouse à la lois si tendre et si résignée, soutiendrait encore la femme restée solitaire et ne la laisserait jamais sans affections et sans appui. M"'^ Neckeh.

® Une épouse doit se complaire dans la conversation d'un mari occupé des alTaires publi(iues. Elle peut avoir d'elle à lui un avis sur son opinion s'il est membre d'une assemblée, sur son livre s'il est écrivain, sur son vote s'il n'est (jue citoyen ; elle doit entrer dans ses ])rojcts relativement au progrès de la science, de l'art ou du métier qu'il exerce. Eclairée et sensible, dévouée et prudente à la fois, presque toujours la raison s'applaudira de l'avoir consultée, et l'amour lui re[)ortera une part du succès. Son aflectueuse ai)prohation affaiblira l'impression des jugements légers ou sévères, et devancera quel(|ucfois aussi, par l'enthousiasme, celte estime nécessaire que le [)lus juste n'obtient jamais des hommes aussitôt ()u il la méritée.

® Une femme peut avoir sans inconvénient sa part d'aclion dans les chances sérieuses de la vie sociahî. l']lle y portera le charme qui s'attache toujours à l'union d'une faiblesse naturelle et d'un courageux dévouement. Notre devoir à nous n'est point de dissimuler nos elforts, nous ne perdons rien à laisser voir que la victoire nous ail coûté.

Il est assez inutile, je pense, d'insister sur ce que la tendresse et la raison il'une é|)onse peuvent ollrir d(! cunsolations à cet honnne ain.si devenu |»anvre et snjitaiic II n'est |»as nécessaire non pins de la peindre associée par lui à l'évi-

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iloiuo iluno situation pulilitjiu'. (Ji'i ignoro aujouitriiui cominent une l'emmo peut utilement aider son mari par sa manière d'accueillir ceux qui ont affaire à lui? Oui n'a ressenti dans le monde l'inlluence do ce tact, de cette politesse éiiale pour tons dans rinlenlioii, diH'crenle dan^ les formes, selon les diversités de caractère, ipie nous démêlons lonjoiu's si vite et si lînement?

Mais pour conserver nos vrais avantai^u's il nous faut, je dois le redire, éviter soigneusement les usurpations. Elles ne sont honorables ni pour qui les tente, ni pour qui les supporte. Les droits n'ont pas de plus dangereux ennemis que les prétentions; lalégitimité est la base du repos des Etats et des ménages. Con lidentes nées du [irojet d'un mari, nous ne pouvons convenablement agir que selon son ordre; et notre soumission, résultat du devoir et du sentiment, contente le cœur autant que la conscience. La plupart des actions des femmes s'exercent dans un cercle si resserré qu'elles ne peuvent guère s'enorgueillir (jue des motifs qui les ont inspirées ; les petites choses obligées donnent de médiocres satisfactions et de grands ennuis, il faut les relever par un sentiment tendre ou par une pensée sérieuse : la liberté d'en disposer à sa fantaisie ne vaudra jamais à la longue, pour une femme, le plaisir de les faire tourner au profit de celui qu'elle aime. M""' de Rémusat.

^ Damoii disait à son épouse Hortense :

« Les sacrements sont objets d' importance!, Sais-tu leur nombre?

— Oui : sept.

— (l'est trop commun.

— Six,

— Depuis quand ?

— Depuis que pénitence Et mariage, hélas! ne font plus qu'un. »

Mille voYE.

gs? La gourmandise, quand elle est partagée, a l'influence la plus marquée sur le bonheur qu'on peut trouver dans l'union conjugale.

Deux époux gourmands ont, au moins une fois par jour, une occasion agréable de se réunir: car, même ceux qui font lit à part (et il y en a un grand nombre) mangent du moins à la même table; ils ont un sujet de conversation toujours renaissant : ils parlent non-seulement de ce qu'ils mangent, mais encore de ce qu'ils ont observé chez les autres, des plats à la mode, des inventions nouvelles, etc., etc.; et on sait que les causeries familières {chit chat) sont pleines de charme.

La musique a sans doute aussi des attraits bien puissants pour ceux qui l'aiment ; mais il faut s'y mettre, c'est une besogne.

D'ailleurs, on est quelquefois enrhumé, la musique est égarée, les instruments sont discords, on a la migraine, il y a du chômage.

.Vu contraire, un besoin partagé a|)pelle les époux à table, le même penciiant les y retient; ils ont naturellement l'un pour l'autre ces petits égards qui an-

55U LES IK.MMtS It'Al'HKS LKS AL'iKlKS IRANÇAIS.

iionccnt l'envie d'obliger; et la manière dont se passent les repas entre poui beaucoup dans le bonhein- de la vie. Rhillat-Savarin.

® Le pays du mariage a cela de particulier, que les étrangers ont envie de I habiter : elles habitants naturels voudraient en ètreexilés.

RiV. Dlt'HESlNV.

^ Rien de pins ridicule que hi supériorité alïeclée [)ar un sot sur une lémme prudente et dune giande àme, si ce n'est celle d'une ieuune qui, al'i'ectant sur son époux un empire suprême, une domination écrasante, l'avilit, le rend méprisable, en fait son jouet et celui de la société. F. L. Lévesqui;.

^ Avant (}u'à l'hymen ou se range

A deux fois faut y regarder...

Car pour les amants, on les change, Mais les maris, faut les garder.

^ Ouelques honneurs, quelque rang (ju'il cumule,

C'est par sa femme qu'un mari Est honorable ou ridicule.

Le public juste, et circonspect.

Qui dans leurs rapports les contemple, A pour le mari le respect ['ont la femme donne rexem[)le.

^ Quand il y a dans un ménage le chapitre des dépenses secrètes, quand elles ne sont point tenues ostensiblement et à partie double, cela va toujouis mal.

^ Quand monsieur trompe madame, madame trompe monsieur; l'un va de son côté, l'autre va du sien ; il n'y a plus d'accord, plus d'ordre et de boidieur. .V (pii la faute? à celui des deux qui a connnencé; car, dans un ménage, dès (lu'un (I un font trois, on ne peut plus se retrouver.

^ C'est la règle commune

Qu'en ménage on doit observer.

C'est le mari qui gagne la fortune,

La femme doil la cons(!rvei-.

Pour tous les siens son active tendresse Dans tous les temps doit savoir amasser. Car le bonheur est une autre richesse Qu'elle n'a pas le dioil de dépenser.

^ L'ordrt! et l'économie, (pii fout la fortune des États, fout aussi ceux des jeunes ménages. E. Schibi:.

® Je suis loin d'approuver la coutume absurde (\uo l'on a troj) suivie, de marier une lille en consultant plus rinlérét des convenances que celui de son ••(j!ur; mais rexcès contraire n\!st-il |)as aussi daugeicuxV Lorscpi'un ((uiscnfe-

I VMOrn. — l,K MARIMÎK. — i. A m.ukrnitf:. Ô.M

nient nuitnt>l do la lille ol ilo ses parents forme une union aussi sacrée, elle est raisonnable et iloit réussir; mais taut-il que son choix soit fait sans l'approbation (le sa famille, combien île nœuds dès lors mal assortis! Malheureusement le Cd'ur se trompe trop souvent. Que d'exemples on en pourrait donner! lorsque les femmes livrées an monde et mal avec leurs maris choisissent une autre chaîne où leur volonté seule les engage, combien de fois ne prouvent-elles pas, par leur malheur, que les sentiments même ont besoin de conseils!

De Ségur.

E5§3 Dans le mariage, les promesses sont pour la vie. C'est quelque chose de bien hasardé que cette institution.

a^ L'imagination d'une femme qui cherche dans l'inconnu quelque espoir opposé aux contraintes habituelles de sa vie, doit se peindre le moment du mal'iage comme l'époque d'une nouvelle existence et l'instant extrême de la félicité. Son éducation, son intérêt, les conseils directs ou maladroits de ceux qui la gouvernent, avaient mis ce but dans sa tête, avant que le besoin d'être admirée et le désir d'être aimée en eussent fait le triomphe unique et comme l'objet de la vie même. Tout est mystérieux, vague, interdit; toutes les facultés d'inventer s'y portent nécessairement, et c'est là que se dirigent tous les songes secrets.

Mais quand on a éprouvé que celte chose si grande est une chose comme une autre ; quand on a vu que cette situation extraordinaire nous laisse bientôt où nous étions auparavant, et que les jours qui suiventcegrand jour sont semblables aux jours passés, qu'ils sont remplis d'indifférence, de regrets, d'ennui, qu'ils sont chargés de misères et dérangés par des sollicitudes qu'on n'avait pas entrevues dans la vivacité de ces beaux songes; alors tout s'évanouit, on n'imagine plus, on n'espère plus; la vie n'a plus rien à donner, et l'âme, vide de bonheur, achève son travail sur la terre, sans y chercher ni aliment ni joie.

Pourquoi voit-on les femmes chercher cette chaîne souvent si pesante pour elles avec un empressement étranger aux raisons d'intérêt et au juste désir d'assurer leur sort? Elles y sont portées, dit-on, par le besoin de jouissances honnêtes : pour moi, je crois que le besoin d'un maître les entraîne plus souvent encore que le besoin d'un mari. Cela paraîtra moins paradoxal quand je me serai expliqué.

Presque toutes les manières de vivre que nous supposerions, toutes celles que nous pouvons supporter, trouvent dans l'étendue de nos facultés et l'aptitude de nos organes des rapports en quelque sorte tout préparés. Toutes les situations j»euvent nous convenir, an moins momentanément : elles sont même douces par quelque endroit, unicjuement parce qu'elles sont possibles, parce que nous aimons à nous exercer dans tous les sens, parce que nous sommes avides d'incidents nouveaux. De tous les mouvements corporels, il n'en est aucun que l'on ne fasse volontiers dans l'âge des essais; il n'est aucune situation des membres que quelquefois on ne cherche et l'on ne préfère même dans les jeux de l'âge actif. Sans doute la liberté est un besoin de l'individu, sans cela il n'aurait point

ircxislence propre ; mais la dépendance lui convient aussi, sans elle il sérail étranger dans le monde. Ces deux besoins se balancent en proportion très-différente, selon les caractères, les babitudes, les âges, et plus encore les sexes. Or, comme l'àme n'est jamais plus calme que quand elle sait se soumettre aux choses j^ar un sage consentement, elle trouve aussi du repos dans la dépendance portée» plus loin, dans un certain assujettissement aux volontés humaines. La femme, particulièrement, a le goût naturel de ce repos, de cet abandon apparent de son être, de cette portion d'oubli, d'un joug enfin qu'elle ait choisi, pour y réunir la mollesse de l'insouciance aux ressources d'une autorité secrète et toute industrieuse. Ce joug volontaire la délivre de la responsabilité extérieure : elle dépend de l'homme pour régner sur les choses; elle s'ouvre par là une sphère d'activité où elle pourra exercer, à l'abri des orages, un pouvoir indirect bien plus séduisant pour elle, et s'attribuer la puissance des détails, dédommagement analogue à .-es forces et tout à fait conforme à ses goûts.

^ On doit se marier, cela e.st prouvé ; mais ce qui est devoir sous un rapport peut devenir folie, bêtise ou crime sous un autre. Il n'est pas si facile de concilier les divers |)rincipes de notre conduite. On sait que le célibat en général est un mal ; mais que l'on puisse en blâmer tel ou tel particulier, c'est une question très-diiférenle.

^ Le mariage est un engagement civil ; on peut s'y promettre civilité, bienveillance et protection; mais s'y promettre un amour durable, c'est une chose absurde. Imaginer que l'amour subsiste, qu'il existe dans tous les mariages, ce serait une erreur trop manifeste. Tous doivent être mariés, et si peu sont capables d'avoir de l'amour!... si peu sont laits pour en donner!...

De Sénancour.

^ Le mariage n'est point une institution arbitraire ; il est l'union physique et morale d'un seul homme avec une seule femme, qui se complètent l'un l'autre ens'unissant; et toute atteinte portée au mariage, à son unité, à sa sainteté, est une violation des lois naturelles, une révolte insensée contre le Créateur, une source de désordres et de maux sans nondire. Plus d'une fois on a vu se répandre dans le monde d'abjectes et licencieuses doctrines destructives du lien conjugal. Repoussez avec horreur et dégoût ces hideux enseignements de quelques esprits déj)ravés qui voudraient ravaler l'honnne au niveau de la brute, et mènui audessous de la brute, car, en plusieurs espèces d'animaux, on ajierçoit déjà comme une faibb; ond)re de ce (pii devient, en s'élevant, l'union sainte d'où dépend la perpétuité du genre humain.

N'ayez |)oint à rougir devant la colombe fidèle et pudique, et ne dégradez point 1(! sacré cara<lère iiiipiimé sur votre bout i)ar le doigt de Dieu...

linlre riioiiuiic el la icninu;, ré|)ou\ et ré[)onse, les dioils sont égaux, les ;q)lilu(l(:s et les fonctions divci'ses...

La b'nune n'est point ta seivanle de riioiinne, enctuc nionis son esclave; elle est sa compagne, son niib;, les os d»; ses os, la cliair de sa rliair.

I \M(i| K. LK MARIVGK. - l\ M.VTKRNÎTK. 355

A inosiue tiue le sens moral se développe chez, un peuple, elle croit en dignité et en liberlé, en colle sorte de liberté qui n est point rexeniptioii du devoir et de la rèijle, mais raffranchissement de toute dépendance sorvilc..

Mari, vous devez à votre femme respect, amour et protection; femme, vous devez à votre ninri déférence, amour et respect. En lui donnant la force, Oien Ta charité des plus rudes travaux : en vous donnant la fjjriàce, la tendresse et la douceur, \\ vous a départi ce qui alléi^e le poids et lait du labeur mcuu' une source intarissable de joies pures.

Lors(]ne votre main essuie son visage mouillé de sueur, tontes ses fatigues ne sont-elles pas à rinstunt oubliées'.' Lorsque son âme est triste et sa pensée soucieuse, une de vos paroles, un de vos regards ne ramène-t-il pas le calme en son cœur et le sourire sur ses lèvres ? Lamennais.

® FMus leur épouv montre de beauté, de mérite, de jeunesse, de qualités brillantes et aimables, plus les femmes conçoivent de soupçons, de déliances sur son infidélité, plus elles sentent de fureur contre toute autre femme qu'il approche. Qui ne connaît la rage d'une Médée envoyant à sa rivale une robe empoisonnée et égorgeant ses propres enfants? Qui n'a pas entendu retentir la scène des douleurs d une llermione dédaignée par Pyrrhus?

.GÇ3 Le délaissement d'un ingrat paraît à la beauté un sanglant outrage, et c'est ainsi qu'on voit se faner, dès leur printemps, de brillantes fleurs, par le souffle empoisonné de ce mépris pour leurs charmes : telle union formée sous les plus fortunés auspices ne présente plus que d'atroces querelles jusque sur la couche nuptiale. De là les chagrins rougeurs qui font un tourment infernal de la vie domestique. J. J. Vjrey.

® La tourterelle se lamente ;

Que veut la tourterelle? Elle veut un époux. * Apaisez, dit le coq, le feu qui me tourmente ; Beau, brave, vigilant, je suis digne de vous!

— Je ne puis vous aimer, répond la tourterelle,

Car je veux un époux fidèle. »

En ce moment l'aigle arrive des cieux : '( Des oiseaux, lui dit-il, soyez la souveraine. » Elle répond : o L'amour n'est pas ambitieux. » Le rossignol survient : « Pour adoucir ta peine

Je filerais les plus doux sons.

— Le chant ne suffit pas à mon àme brûlante;

L'amour ne vit pas de chansons. »

Le paon déploie en vain sa roueétincelante ; Elle lui dit : « L'éclat, la vanité Ne font pas la félicité. »

Les amants éconduits quittent la tourterelle,

Et la pauvrette pleure encor.

Vn tonrlfreau vennnt : « Soit mon époux, » dit-elh.-.

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