‹ Les femmes d'aujourd'hui: esquissesChapitre 2 sur 31 · II A MADAME DE S · texte numérisé non relu

II A MADAME DE S

rinées quelques physionomies intéressantes des belles dames du temps.

<t Qui peindra de la sorte nos salons d'aujourd'hui et les femmes qui les animent? » demandàtes-vous, madame, à votre voisin, homme d'esprit fin et conteur charmant. Un de vos hôtes, peut-être un peu trop prompt à la réplique, s'avisa d'avancer qu'il n'y avait plus de salons, que la vie s'en était retirée pour se réfugier dans les cercles.

Une semblable critique faite chez vous, madame, qui brillez dans l'art de la conversation, que vous, avez également le rare mérite d'inspirer aux autres, ne pouvait passer sans protestation. On ne s'en fit pas faute, et tout de suite je m'engageai vis-à-vis de moi-même à tenter l'œuvre à laquelle vous sembliez convier vos contemporains.

Que de fois déjà j'avais entendu cette phrase : (( 11 n'y a plus de salons! »

Si l'observation est vraie dans un certain sens, elle me parait fausse, prise dans un sens absolu. En effet, madame, si l'on veut dire par là qu'il n'y a plus de ces salons comme il en existait au dix-septième et au dix-huitième siècle, où, sous l'inspira-

A MADAME DE S... m

tion d'une grande dame, ou à l'ombre d'un hôtel Bambouillet, naissaient la gloire d'un artiste ou d'un écrivain, l'ambition d'un futur homme d'Etat, la renommée d'un capitaine, où s'enflammait, aux éclairs de l'esprit et de la beauté, le cœur des poètes et des héros, où se décidaient le sort des parlements, la paix ou la guerre, oui, à ce compte, il n'y a plus de salons.

Mais l'influence qu'exerçaient autrefois les femmes sur les destinées mêmes du pays, serait-elle possible aujourd'hui avec nos mœurs et dans notre état social et politique? Assurément non. Et cependant, je tiens à le constater, n'y a-t-il pas maintenant comme alors des femmes distinguées et réputées pour leur beauté, pour leurs gràceî;?, pour leur esprit, pour leur génie, des femmes qui peuvent en tous points supporter la comparaison avec celles dont les peintres et les historiens nous ont transmis les portraits? n'en trouverait-on pas quelques-unes, au moins, qui sans être aussi puiiîr samment aidées que le furent leurs devancières, ont su néanmoins grouper autour d'elles les individualités les plus brillantes de ce temps- ci? et si

Page 1